L'ESCOMPTE
20. Deux pièces de monnaie peuvent différer par le temps et le lieu où elles se trouvent disponibles. Les transports d’espèces dans le temps donnent lieu au phénomène du loyer de l’épargne ou escompte, les transport d'espèces dans l’espace, aux phénomènes du change. Nous tâcherons d’en discerner successivement les éléments essentiels.
21. La détermination du taux d'équilibre de l’escompte résulte de l'égalité, à un moment donné, de l'offre et de la demande de monnaie de circulation. La demande se compose non pas de toute l’encaisse désirée sur le marché considéré, mais d’une partie seulement de cette encaisse, celle qui correspond à des transactions qui n’ont pas lieu simultanément et qui doivent être provisoirement compensées par un solde en monnaie, soit à la Bourse, soit sur le marché industriel et commercial. L'offre de monnaie de circulation se compose de même non pas de tout le stock monétaire mais de la partie seulement de ce stock qui n’est pas employée aux petites transactions courantes et se trouve libre sur le marché.
L'influence du stock monétaire sur le taux de l'escompte parait devoir être encore limitée par deux considérations importantes. La première c’est que, la monnaie étant un Capital qui ne diffère pas essentiellement de tous les autres, la production de ce capital doit se règler de telle sorte que le taux de l’escompte ne s’écarte pas sensiblement du taux général de l'intérêt. Des différences dues à l'inégalité de la durée des prêts, à l'inégalité des risques courus, aux retards d'adaptation dans la production relative des différents capitaux, peuvent persister entre le taux de l’escompte et le taux de l'intérêt. Ce dernier lui-même n’est pas — et pour les mêmes raisons —rigoureusement égal pour tousles capitaux. Mais il reste vrai,en dépit de l'opinion du professeur Hildebrand (*), que le marché des capitaux et le marché du capital circulant sont solidaires. La production monétaire ne peut croitre arbitrairement. Elle a pour limite, en hausse ou en baisse, l'égalité du taux de l’escompte et du taux de l'intérêt. En fait, la production des métaux précieux est subordonnée à des facteurs naturels dont l’action irrégulière peut entraver son adaptation aux conditions générales du marché. Nous voyons aujourd'hui la production de l’argent continuer sa marche ascendente malgré une baisse formidable qui semblait de nalure à anéantir tout bénéfice et à imposer aux producteurs des limites plus étroites. La réaction des cours sur la production est singulièrement moins sensible en matière de métaux précieux qu'en toute autre.
Si l’on s’en tenait au point de vue statique, l’afflux ou la contraction monétaires sembleraient, pour une raison plus péremptoire encore, ne pouvoir exercer sur le taux de l’escompte, aucune influence. En même temps, en effet, qu'un accroissement monétaire augmente l'offre de mon-
(1) Hildebrand. Die Théorie des Geldes. P. 89.
naie circulante il augmente les prix des marchandises et par conséquent la demande elle même de cette monnaie. Le taux équilibre de l’escompte doit rester sensiblement ce qu'il était et l’on voit ainsi l'erreur commise par ceux qui supposent, à l'état d'équilibre, à la fois la hausse des prix et la baisse de l’escompte (*).
22. En réalité, il faut considérer le phénomène au point de vue dynamique et le résultat se trouve quelque peu différent. Les deux effets attendus, baisse de l’escompte et hausse des prix, ne s’annulent pas complètement car, au lieu de se produire simultanément, ils semblent devoir se succéder. Toute quantité nouvelle de monnaie, se présentant sur le marché, s’en va naturellement grossir l’encaisse des banques régulatrices de la circulation et permet à celles-ci d’abaisser le taux de leur escompte. Il en résulte une impulsion donnée à la production industrielle toute entière et par là se propage, en s’atténuant, le mouvement ascensionnel des prix. Lorsque ceux-ci ont atteint un niveau sensiblement supérieur, la demande de monnaie circulante s'accroît, et l’escompte revient naturellement à son niveau primitif.
Il peut même arriver que l'impulsion industrielle et commerciale, reçue par le marché, ait été telle que le mouvement des prix dépasse les effets purs et simples de la cause monétaire initiale et que le taux de l’escompte les suive alors dans leurs variations, dûes soit aux mouvements même de la production, soit plutôt à la spéculation qui les aggravent. Nous trouverons de ce phénomène secondaire, mais très important, un exemple remarquable fourni par la crise de 1850-60.
En résumé, une première et sommaire analyse nous permet de conclure que le taux de l’escompte doit être
() Akin-Karoly. Article de la Revue d'Economie politique.
assez étroitement lié au taux général de l'intérêt et que les variations purement monétaires ne paraissent susceptibles d'exercer sur lui qu’une action transitoire.