TABLEAU VIII
tant pour satisfaire aux besoins nouveaux de la circulation et de la consommation industrielle que pour compenser les pertes causées par le frai, le stock d’or aurait dû augmenter de 22/30 environ depuis 1878 soit 1/30 par an.
Partons de cette estimation, sur laquelle d’ailleurs toutes réserves peuvent être faites, et supposons qu'en 1878 la production de l'or ait été suffisante pour ajouter au stock existant le 1/30 qui lui était nécessaire. En 1879, la production d’or devait normalement être égale à la production de 1878 plus 1/30 de celle-ci. En 1880, la production normale devait de même dépasser de 1/30 celle de 1879 et ainsi de suite en augmentant chaque année d’un 1/30 la production normale de l’année précédente. On peut ainsi calculer les différents termes de la progression qu'aurait dû gravir la production de l'or depuis 1878 pour maintenir les prix au même niveau. En comparant cette progression normale au développement réel de la production du métal jaune on constate une longue série de déficits qui s'accumulent jusqu’en 189,6, puis des plus-values qui viennenten diminution des déficits accumulés jusque là.
En comparant le mouvement général de ces déficits avec le mouvement des prix que traduisent les indexnumbers de M. Sauerbeck, on constate une remarquable similitude des courbes qui en fournissent l'expression. Les seules irrégularités apparentes en 1880 et en 1888-91 sont le résultat temporaire de mauvaises récoltes que l'importance attribuée au blé, dans le calcul des index-numbers, fait particulièrement sentir. Une double conclusion se dégage de ce rapprochement : 1° la production de l'or n’est suffisante pour maintenir les prix au même niveau que si elle croît régulièrement avec les besoins monétaires et industriels de métaux précieux et avec les pertes causés par le frai ; 2° les prix suivent le mouvement] des déficits accumulés par rapport à cette progression normale.
66. En combinant ces conclusions avec celles que nous ont précédemment fournies les crises de 1849-60 et de 1868-79, nous arrivons à cette formule générale :
Tout accroissement net du stock monétaire amène, toutes choses égales d’ailleurs, la hausse des prix.
Toute diminution nette du stock monétaire amène, toutes choses égales d’ailleurs, la baisse des prix.
Il paraît impossible d'obtenir expérimentalement une formule plus précise. Il faut s’en tenir à cette loi de tendance et ne pas prétendre, pour le moment au moins, déterminer l’étendue des variations dont nous ne pouvons connaître d’une manière générale que le sens.
Un problème toutefois pourrait être dès maintenant abordé, celui de la discrimination des actions exercées sur les différents prix par un même accroissement du stock monétaire. Il ne paraît pas impossible d'arriver à des conclusions suffisamment générales relativement à la hausse comparative des capitaux, des produits et des salaires. Seule l'insuffisance des données statistiques crée un obstacle qui ne semble pas devoir rester à jamais insurmontable.
67. L'analyse des conditions générales du commerce international fait prévoir, avons-nous vu, que les prix, dans les pays à monnaie dépréciée, doivent s'élever dans la mesure même de cette dépréciation. Or, on a maintes fois opposé à la vérification de cette loi des statistiques ou des renseignements plus ou moins précis sur les prix des marchés indiens, paraissant établir que les prix n'y avaient pas varié, tandis que l'argent baissait par rapport à la
monnaie d’or des Etats Européens de plus de 50 0/0. Un travail statistique considérable, réalisé par M. Frédéric James Atkinson et publié par le Journal de la Société de statistique de Londres (*), est venu récemment lever toutes ces objections en donnant aux prévisions rationnelles une éclatante confirmation.
M. Atkinson a calculé des index numbers basés sur les prix de 100 marchandises cotées aux Indes en prenant pour chacune d'elles la moyenne de ses prix sur les différents marchés et en lui attribuant pour le calcul de la moyenne générale un coefficient en rapport avec son importance économique. À cette échelle, il a joint celle des variations daus la valeur de l’argent et celle des prix anglais exprimés en or, dressée par M. Sauerbeck. Du tableau que nous reproduisons se dégage nettement la conclusion que la dépréciation de l'argent a produit aux Indes la hausse des prix tandis que les prix en or non seulement ne s'élevaient pas mais subissaient au contraire une baisse considérable. Les chiffres laissent paraître quelque flottement dans le développement régulier du phénomène parceque les années de sécheresse qui produisent aux Indes une hausse passagère des prix suivie d’une réaction qui se combinent avec l'effet des causes générales. Mais dans l'ensemble le mouvement est assez net pour que cette loi puisse être formulée :
La dépréciation de l'instrument monétaire d’un pays, par rapport à celui des autres, amène dans ce
pays une hausse générale et correspondante de l’ensemble des prix.
() Reproduit par M. Gournay dans l'Economiste Francais. 1e mai 1897.
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