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68. L'influence des variations du stock monétaire sur le taux de l'escompte est peut-être plus insaisissable encore que leur influence sur les prix (). Si, comme nous l'avons d’abord supposé, cette influence n'est que temporaire et disparaît rapidement sous l’action de causes multiples et compensatoires, le procédé des moyennes ne peut donner aucun résultat sérieux. C’est, en effet, ce que l’on constate en comparant la production ou les mouvements de l’or en France et en Angleterre avec les moyennes du taux de l’escompte à la Banque de France et à la Banque d’Angleterre. On n’aperçoit entre tous ces chiffres aucun rapport permanent. Ils paraissent l'expression de phénomènes tout à fait indépendants. M. de Viti de Marco (*) a fait un rapprochement curieux entre les mouvements de l’'escompte et ceux des prix sur le marché anglais entre 1845 et 1859. Les courbes sont sensiblement parallèles et passent au même instant par leur maximum mais l’auteur lui-même attribue ce synchronisme, non pas à l’influence directe du facteur monétaire mais à l'expansion et à la contraction de la production et du crédit qui ont été les conséquences de ces variations.
« Au moment, en effet, où les métaux commencent à arriver en grande quantité sur le marché, remarque M. Levasseur (*”), ils constituent un capital flottant qui ne trouve pas immédiatement son emploi. Les détenteurs de monnaie l'offrent à bon marché et l'intérêt baisse. Mais la réaction ne tarde pas à se produire, les emprunteurs accourent ; la monnaie trouve un placement, la production s’accroit et une fois l’élan donné, la demande suffit à la
() Soeiété d'Économie politique. — Du taux actuel de l'intérêt et de ses rapports avec la production des métaux précieux. Discussion mensuelle, Février 1899. |
(”) De Viti de Marco. Op. Cit. P. 99. (”) Levasseur. La Question de l'Or. P. 171.
consommation de tous les métaux précieux que les mines continuent à fournir, l’ancien niveau est rétabli et quelquefois même dépassé, parce que l’ardeur de la spéculation a fait augmenter la demande plus rapidement que le travail n’a accru le capital. »
69. Pour saisir l'action quasi instantanée, qu’un accroissement de la production d’or est susceptible d’exercer sur le taux de l’escompte, il faudrait suivre presque jour par jour les mouvements de ce dernier. Encore n'observe-t-on une relation bien nette qu'en une seule circonstance historique, lorsque, en 1852, la production de l’or doubla subitement. Le taux de l’escompte à la Banque de France qui, pendant les années précédentes s'était maintenu à 5 et 4 ©}, fut abaïissé le 23 Mars 1852 et pour la première fois depuis la création de la Banque à 3 °,. A la Banque d'Angleterre, l’escompte, qui était à 3 °/, depuis le 26 décembre 1850 fut successivement abaissé à 2 1/2 p. °4 EM Manvienmels mb) 0lem2224vr1m1852 "Sur: l’untret l’autre marché l’escompte ne tardait pas à se relever dès 1853 jusqu'à 4°/,. On ne saurait voir dans ce brusque mouvement l'effet d’une crise périodique de production et de crédit. On sait, en effet, qu’en pareil cas la baisse du taux de l’escompte s'accompagne d’une baisse des prix, or,en 1852, les'prix se sontau contraire sensiblement élevés. D'autre part la crise de 1847 était déjà liquidée et l’on était entré depuis deux ans dans la période ascensionnelle précèdant la crise de 1857.
Il paraît impossible de trouver un second exemple aussi net. D'ailleurs, le taux d’accroissement de la production de l'or par rapport à l’année précédente qui avait atteint en 1852 le chiffre inoui de 2,70 n’a jamais dépassé depuis 1,20. Il semble que les différences ont été trop peu sensibles pour exercer une action visible sur le taux de l’escompte. On peut en conclure que:
Les crises rapides et intenses de surproduction monétaire sont susceptibles d'amener une hausse temporaire du taux de l’escompte; les oscillations plus faibles ou les variations lentes n’exercent sur lui aucune influence sensible.