LES HELVELLES
J'aurais pu m'occuper des Helvelles dans les pages précédentes ; ces Ascomycètes ne présentent en effet, au point de vue qui nous occupe, rien de spécial, et même, grâce au poison qu'ils renferment, substance très toxique et volatile, 1ls réalisent à merveille le type du champignon dangereux quand il est frais, complètement inoffensif à l’état sec. J'ai préféré cependant faire de cette question l’objet d’un nouveau chapitre, car son histoire est très intéressante ; en premier lieu, elle est toute récente, et comme la plus grande partie des travaux sur ce sujet ont paru en langue allemande, on n’en connaît guère en France que de courts résumés ou des traductions très abrégées, publiés par nos journaux médicaux ou botaniques, de telle sorte que, connus seulement d’un petitnombre de médecins ou de toxicologistes, ils sont ignorés de la plupart des amateurs de champignons ; enfin, si l’on songe que les Helvelles forment avec les Morilles une branche importante du commerce de produits alimentaires, on comprendra facilement pourquoi il m'a semblé utile de m'arrêter plus longuement sur elles que je ne l’a fait pour les autres champignons et de leur consacrer un
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chapitre tant soit peu hors de proportion avec les autres parties de ce petit travail.
Les Helvelles,dontla chair rappelle celle des Morilles, et qui ne diffèrent d'elles que parce que l’'hyménium est supporté par des lobes irréguliers au lieu de tapisser des alvéoles, ont toujours été regardées avec elles comme un aliment excellent. Dans plusieurs pays, comme l'Allemagne, elles se vendent à l’état frais sur les marchés ; en France, il n'y a guère que les amateurs qui les mangent ainsi; et on les trouve surtout dans le commerce desséchées à la façon des Morilles ; souvent même, ce sont elles seulement qui sont vendues sous ce dernier nom. Je ne crois pas qu'en France elles aient jamais occasionné des accidents, mais ceux-ci se voient de temps en temps en Allemagne.
Pendant longtemps,les Helvelles n'avaient jamais été suspectées, et les premières observations d’empoisonnement qui parurent (la plus ancienne est due à Krombholz, 1829) restèrent dans l'oubli. Cependant, des cas ayant été signalés à plusieurs reprises, BosrrôM en ayant lui-même observé un qui se termina par la mort de deux enfants dont 1l fit l’autopsie, cet auteur se livra à des recherches dans la littérature médicale et à des expériences très complètes sur les champignons incriminés. Le résultat de cette étude fut un mémoire très approfondi qui parut en 1882 sous ce titre : Sur les intoxications par l’Helvelle comestible! et que je demande la permission de résumer ici.
{ Ueber die [ntoxicationen durch die essbare Lorchel (Helvella esculenta) (Deutsches Archiv für Hklinische Medicin, XXII. Le mémoire en question ne comprend pas moins{de 75 pages.)
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À la suite du cas qu'il avait observé, Kromenozz proposa une explication très simple et fit du champignon, cause de l’empoisonnement, üne espèce nouvelle à laquelle il donna le nom de H. suspecta ; mais Bostrôm trouve qu’elle repose sur des caractères trop superficiels et la rejette ; c’est l’avis de plusieurs auteurs, comme PHoBus, HusEemanx, Loninser ; celui-ci dit même qu’à Dobrisch,où Krombholz fit son observation, l'Helvelle suspecte est méconnue et ne cause aucun empoisonnement, tandis que l'Helvelle comestible présentant les caractères de l’/1. suspecta Kromb., se vend'au marché ; ilest probable que les accidents observés provenaient d'espèces gâtées, ou même (cela arrive quelquefois) d’une trop grande consommation. WEBERBAUER défend l'opinion de Krombholz et insiste particulièrement sur la différence des spores, différence vainement recherchée ensuite par Bostrôm.
Après ce court exposé, Bostrôm recherche les cas d’empoisonnement déjà observés. La première observation est de Krombholz, en 1829 ; la femme d’un charbonnier et son fils mangent des Helvelles,et meurent ; l’autopsie montre que la mort est due à l'usage de ces champignons. Lorinser nous apprend que dans cet endroit les travailleurs des forêts et notamment les charbonniers calment souvent leur faim avec cet aliment. Les observations se multiplient au moment où la question est le plus débattue : Fonéré publie 1 cas, Wozr (1834) nous montre une famille de 5 personnes empoisonnées. En 1844, BERGER voit 3 cas présentant J'aspect d’une attaque cholériforme. Les cas se succèdent: Scaugerr, une famille de 6 personnes dont 2 suc-
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. combent; Koserr (1846), 6 personnes mises en danger pendant deux jours par une violente gastro-entérite ; HAmBuRGER, 8 personnes atteintes d’accidents à forme typhique ; l’une reste quinze jours dans cet état; SCHULTZER, 3 personnes sur 6 succombent. Voici une observation, prise au hasard, qui, si elle n’est pas typique, donnera cependant une idée de ce qui se passe dans beaucoup de cas ; elle est de Rubin Schôünheit!.
Le 24 avril au soir, une veuveet ses deux fils avaient mangé une quantité de grandes et de petites morilles ; à minuit, ils s'éveillèrent avec une angoisse extraordinaire et de l'oppression, en même temps apparurent de violents vomissements qui persistèrent jusqu’au jour suivant. A 3 heures de l'après-midi, environ vingt heures après le repas, l'enfant deseptans mourut dans des convulsions violentes, la mère quelques heures plus tard. L'enfant de dix-sept ans fut sauvé.
Aulopsie. — Hyperémie du cerveau et des poumons ; muqueuse de l'estomac et de l'intestin ulcérée, couverte de petites vésicules ; foie et rate plus gros que d'ordinaire, congestionnés ; vésicule biliaire presque vide. Dans le gros intestin de la mère se trouvait une quantité de champignons non digérés.
Avant de passer à la symptomatologie, Bostrôm qui, dans sa statistique, a donné les dates de tous les empoisonnements, nous fait remarquer qu'ils se restreignent à un petit nombre d'années pendant lesquelles ils sont fréquents. A quoi attribuer ce fait ? Outre la cause qui a été découverte par Bostrôm, les influences cosmo-telluriques n’agiraient-elles pas sur la production du poison, ou bien, par un pur hasard,
L Ungarische Zeitschrift, n° 46, 1853.