QUOD ET TU AGAS, ET QUOTQUOT HUC ATTULERINT TEDES
Préface a André Navager, en tête du Ciccroins Libri Oratorii, IBI4, in-4°.
Dans l'avis placé en tête de la Grammaire tSrecqu* de Lascaris on lit ce passage curieux, on pourrait même dire par trop naïf: « ....Vix credas quaiu sim oecupatus : non habeo certe tempus non modo corrigendis, ut cuperem, diligentius. qui exciisi emittuntur libris cura nostra, summisque die nocttiquc laboribus, sed ne perlcgendis quidem cursini; id quod si uderes, miserescet te Aldi lui.... Cum sa:pe non vacet vel cibum sunaere, vel alvura levare. O provinciam quanidurissiraaiu ! etc.
(i) Voy. dans ses Cotloquia celui qui a pour titre Opulentia sordidu.
(2) foutus rcpvynante naturel.
«:>l TYPOGRAPHIE
son lustre. S'entourant de savants distingués, il voulut môme, à l'exemple de son père, prendre lesoin d'instruire douze jeunes gens nobles, réunion que dans une de ses lettres il nomme sa Jeune Académie; mais trois ans après, par suite de nouvelles discussions de famille, il alla se renfermer à Cesène, dans la bibliothèque des Franciscains; deux chaires d'éloquence lui furent offertes, l'une à Venise, l'autre à Padoue. Sa faible santé et les travaux de son imprimerie, qu'il reprit avec activité, lui firent refuser ces propositions ainsi que celles que lui fit également l'Espagne. Son père avait publié presque tous les auteurs grecs; il s'attacha de préférence aux latins, surtout à Cicéion, l'objet de ses affections particulières. Le commentaire qu'il a laissé sur presque toutes les parties des œuvres de Cicéron (I), la révision qu'il a faite du texte, sa traduction des Philippiques de Démos thène, en excellent latin, ses quatre traitéssur les antiquités romaines (2); ses nombreuses préfaces et notes ajoutées à ses éditions prouvent que Paul Manuce, dont la réputation d'excellent latiniste est universellement reconnue, était aussi un habile archéologue.
Henri Estienne, pendant son séjour à Venise, se lia d'amitié avec Paul Manuce, et fit imprimer chez lui sa traduction en vers latins de plusieurs idylles de Moscbus, de Bion et de Théocrite, suivie de trois poèmes de Henri Estienne en l'honneur de la vie champêtre, et d'une traduction en vers grecs d'une élégie de Properce. Venetiis Aldus,
Les princes de Ferrare renouvelaient les instances qu'ils lui avaient faites seize ans auparavant, et le pressaient de transporter son établissement dans leur ville à des conditions avantageuses; Bologne lui faisait aussi des propositions pour s'y fixer ainsi que sa famille. En 1556 il hésitait encore entre Rome, où il avait fait plusieurs voyages, Ferrare et Bologne, lorsque Badoaro, l'un des sénateurs les plus distingués de Venise, conçut et exécuta le projet de fonder dans son propre palais une académie composée de cent personnes les plus habiles en littérature et dans les sciences. Cette Académie, qui fut nommée Accademia Veneziana et aussi délia Faîne (3), devait s'occuper de toutes les branches des connaissances humaines à peu près sur le même plan que notre Institut de France. Cette circonstance,
(0 Son commentaire le plus Important est sur les Oraisons. 11 ne parut en entier qu'après sa mort, par les soins de son fils, s vol. in-fol., I578-IB79.
(2) i° de Legibîis, iM7, in-f° ; 2° de Senatu, publie en IK8I par son fils, in-4° ; 3° de Comitiis, lîologne, ii>3s, in-f° ; 4° de Civitate iiomana, Rome, isss, in--»0.
(s) La devise était une renommée avec ces mots : In vnln al ciel per riposarmi in Dio. L'académie nomma pour son chancelier lîcrnardo Tasso, te père du célèbre potte.
qui permettait à Paul Manuce de publier de belles et savantes éditions et les ouvrages nouveaux que d'après les statuts chaque académicien devait composer sur les sujets intéressant les lettres et les sciences, le décida à rester à Venise et à se charger de la direction de l'imprimerie, indépendamment d'une chaire d'éloquence. Il fit fondre en France par Garamond le caractère de moyenne grandeur (1) qui lui servit pour les impressions de l'Académie et pour celles qu'il fit pour son compte.
Dans les années 1558 et 1559 l'Académie publia une vingtaine d'éditions peu volumineuses, mais qui n'étaient que le prélude d'ouvrages plus importants. Par malheur la fortune du fondateur Badoaro croula, et entraîna la ruine de l'Académie en 1561.
Compromis par ses associés dans une four niture pour le gouvernement, Paul Manuce du quitter Venise et rester deux ans à Padoue Bientôt son innocence fut reconnue, et il re vint à Venise. Des lettres du cardinal Seri pandi lui témoignaient le vif désir qu'avai le pape Pie IV de lui confier à Rome Fimpres sion des Pères de l'Église d'après les beaux manuscrits de la bibliothèque Palatine. Le saint Père donnait à Paul Manuce cinq cents ducats d'or par an, trois cents pour ses frais de déplacement, et la promesse d'un bénéfice pour son fils. Le pape se chargeait de toute la dépense des impressions, sauf à s'en récupérer par la vente des livres, qu'il voulait établir au plus bas prix. Paul Manuce accepta ces propositions, et arriva le 7 juin 1561 à Rome, précédé d'unegranderéputalion. 11 y fut bien accueilli ; une belle et agréable maison lui fut donnée, et le pape veilla à ce qu'il eût en aide d'habiles correcteurs. En plein consistoire, il dit à trois cardinaux amis d'Aide : «. Ayez soin que rien ne manque à Manuce et à l'imprimerie, parce que notre volonté est d'en faire un très -honorable établissement. »
Paul Manuce fit venir de France un assortiment de matrices ou frappes de beaux caractères. Il aurait voulu employer le caractère italique de son père leslo d'Aldo; mais il ne put obtenir des Turrisan ni les frappes ni les poinçons, qui leur appartenaient par suite de partages de famille. Il confia la direction de l'imprimerie de Venise à son fils Aide.
Il paraît que l'imprimerie fondée à Rome par le pape fut mise à la charge pour moitié del Popolo, c'est-à-dire de la municipalité de Rome. C'est ce qui explique pourquoi les éditions de Paul Manuce exécutées à Rome portent l'indication : in sedibus Poputi Romani.
(0 Dans l'une de ses lettres, du 21 juillet ia;;a, il dit: Il carattere maggiore c quello rhe onorà molto la stampe di mio padre. Il mezzano iiofatto venir de Franza, et sono tutti i più eccellcnti ncl suo génère.
Le premier livre qu'il y imprima fut le Saint Cyprien, en 15G3; puis un grand nombre d'ouvrages, tels que les Lettres de saint Jérôme, Salvien, etc. Mais à la mort de Pie IV les magistrats del Popolo, qui n'avaient pas partagé l'affection du saint père , demandèrent à Paul Manuce, au commencement de janvier 15G6, de leur rcmeltre les clefs, c'est-à-dire de fermer l'imprimerie et de la transporter ailleurs. Paul les leur remit le dimanche G janvier, et le lundi 7 le pape Pie V lut élu. Il était bien disposé en faveur d'Aide ; aussi quand les municipaux vinrent se prosterner devant lui, il les reçut durement (1).
La défense du pape de rien imprimer à Rome qui ne fût exclusivement destiné à la religion ne permettait à Aide d'imprimer ni ses Commentaires , ni les œuvres de Cicéron , son occupation favorite, ni ses ouvrages sur l'antiquité (2); c'était à Venise, chez son fils, qu'il les faisait exécuter. Le besoin de surveiller lui-même ses impressions, sa faible santé et les fatigues auxquelles il succombait, l'engagèrent enfin à renoncer à la direction de l'imprimerie à Rome , confiée à ses soins depuis neuf ans. Après un voyage à Vérone et à Milan, il revint encore à Rome, où ses anciens amis l'accueillirent avec joie. Le pape Grégoire XIII, qui prenait intérêt à ses travaux, l'encouragea à les poursuivre ; en sorte que Paul Manuce reprit la direction de l'imprimerie tout eu travaillant à son Commentaire sur Cicéron huit heures par jour. 11 se préparait à retourner à Venise pour l'imprimer, lorsque à l'âge de soixante-dix ans il mourut, à Rome, et fut enterré à l'église de Sainte-Marie à la Minerve.
Aide le jeune.
Une jeunesse orageuse, un caractère inconstant empêchèrent Aide le jeune de remplir complètement sa carrière d'imprimeur, que lui avaient si honorablement tracée son père et son aïeul. Dès sa plus tendre enlance (3) son éducation fut l'objet des soins constants et affectueux de son père. La nature secondait les vœux paternels, et on espéra voir en lui un aussi bon grammairien que son aïeul, un érudit aussi profond que son père. C'est ainsi qu'en avait jugé Muret dans une visite qu'Aide, encore enfant, lui fit à Padoue (4).
(0 " Andate via, andate via, rimettete in casa subito raesser Paolo Manutio ; et poi tomate ; se ne parera di farvi délie gratie, vêle faremo. »
(2) A Rome, dit M. Daunou, l'imprimerie avait eu une grande activité Jusqu'en 147s; mais après cette époque, sous les pontificats d'Innocent Vlll et d'Alexandre VI on n'a presque plus Imprimé dans cette ville que des harangues, des bulles, etc.
(3) 11 était né le is février «S47.
(4) Nihil lllo puero festivius, niliil ingenioslus, nihil amabilius, nihil ardentlus in studio virtutis ac littccarum : quanta in sermone suaYitas, quanta indoles
IlAl'HIt 544
Aide fit paraître cri 155G,à l'âge de dix an-, la première édition d'un recueil accru depuis et souvent réimprimé : Elégante dalla Litigua Toscana e Latina, scelle da Aldo Manutio. En 1559 il donna une nouvelle édition de la traduction italienne des épltre-, <l>- Cicéron, revue et corrigée en une multitude d'endroits, par Aide Manuce. En 1561, il fit paraître à l'âge de quatorze 808 son Orthographiai Ratio, où il donne un système rationnel et fondé sur les monuments, tels que lei inscriptions, médailles et manuscrits, pour orthographier d'une manière régulière la langue latine. En 15G2, appelé à Rome par son père, il fit sous un maître aussi habile une élude, approfondie des monuments , en sorte qu'il perfectionna son traité, dont il donna en 1566 une nouvelle édition, augmentée des inscriptions recueillies par lui-même et d'un opuscule sur les abréviations qu'elles offrent. Il y ajouta l'ancien calendrier romain, que son père avait publié pour la première fois dans les Fasti Romani, d'après un ancien marbre.
Pendant son séjour à Rome, où il resta jusqu'en 1565, il donna dans l'imprimerie de son père une édition de Salluste, avec les fragments qu'il avait recueillis et des notes. De retourà Venise en 1565, il continua le cours de ses publications, et en 1571 il imprima Velleius Paterculus. En 1572 il épousa Francesca Lucrezia, fille de Bernard Junte, célèbre imprimeur de Florence , qui par une sage, et habile administration avait su acquérir une honorable fortune. Quelques combinaisons d'association typographique et commerciale furent liées avec celle famille. En 1574 il publia en quatre volumes in-8° Nuova
Scielta di Lettere fattada tutti i libri
sinhora s tampa t i, ouv rage dont la rareté est attribuée à la suppression de plusieurs lettres entachées d'hérésie, au sujet desquelles on voit dans la correspondance d'Aide Manuce avec son fils, qu'il lui témoignait ses inquiétudes. Son commentaire sur l'art poétique d' Horace, accompagné d'une dissertation où il traite de trente questions d'antiquités, paruten 1576. Vers ce temps il fut nommé professeur de belles lettres et lecteur dans les écoles de la chancellerie, où s'instruisaient les jeunes gens qui se destinaient aux fonctions de la secrétairerie de la république. Il avait conçu le projet d'une description complète de l'Italie, et s'était mis en rapport avec les municipalités, qui offrirent de le seconder; mais de ce vaste projet il n'est resté que la seule vie de Castiuccio Castracano, ce célèbre tyran de Luc-
ln Ipso vultu, ac mntu corporis, ut In summa Ingenil celerltate parcm modestiam facile agnoscas. Ilaque feras hoc a'quo animo : spero ciim aliquando et pâtre et avo ma)oreni et celcbrlorem futurum : ne vv- Tiim, si non ex animo loquor
ques, et une histoire de la maison Pio de Carpi, encore manuscrite.
En 1583 parut l'édition complète de Cicéron, 10 vol. in-f°. C'est l'ouvrage le plus important qu'Aide le jeune ait publié.
A la marque de l'imprimerie paternelle, l'ancre et le dauphin, Aide le jeune ajouta les armes que l'empereur Maximilien avait accordées à Paul Manuce.
Sa réputation littéraire, fort grande en Italie, l'était surtout à Bologne, où il accepta la chaire d'éloquence. Ayant fait imprimer en cette ville une vie de Cosme I, le grand duc François de Médicis , fils de Cosme , en fut si charmé, qu'il fit à Aide des offres pour la chaire de belles lettres à l'université de Pise. Les conditions étaient tellement avantageuses qu'Aide dut les accepter, lorsque de Rome survintune aulre invitation non moins honorable; c'était sa nomination à la chaire qu'avail occupée avec tant de distinction le célèbre Muret , ami de son père. Aide, lié par ses engagements envers le grand-duc, ne put venir à Rome qu'en 1588 , où le pape Clément VIII lui confia en 1590 la direction de l'imprimerie du Vatican. Occupé de ces deux honorables emplois, Aide le jeune mourut à Rome, le 28 octobre 1597, à l'âge de près de soixante ans. « Il ne fut pas aussi curieux du grec que Henri Estienne, et se contenta d'exceller dans le latin , qui était le fort de son père Paul. Tout occupés qu'étaient Aide Manuce et Henri Estienne à travailler sur les langues morles et étrangères, tous deux montrèrent une passion extraordinaire pour cultiver, polir et orner leur langue maternelle. Ils ne se sont pas contentés de composer divers ouvrages en langue vulgaire de leur fonds, ou de traduire, l'un des livres latins en italien , l'autre des livres grecs en français , mais ils ont encore écrit chacun des traités sur les origines, les progrès et les propriétés de leur langue, pour en faire voir les beautés (1). «
En lui finit cette illustre famille de typographes, à qui nous devons la conservation de tant de précieux monuments littéraires de l'antiquité grecque et latine.
Voici les vers qu'Angelo Rocca a composés sur les trois Aide Manuce :
Aldus Manucius senior moritura Latina
Graecaque reslituit mortua ferme typis.
Paulus restituit calamo roonumenla Quiritum,
Utque alter Cicero scripla diserta dédit. Aldus dum Juvenisroiratur avuraque patremque, Filius atque nepos , estavus atque pater.
Zacharias Calliergi.
C'est à ce savant Cretois que nous sommes redevables de quatre belles éditions qu'il a imprimées à Venise aussi parfaitement que l'auraient pu faire les Aide. Elles sont enri-
(i) Baillet] Jugement des Savants, t. VI, p. oo.
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chics d'ornements dans le style byzantin imprimés en très -belle encre rouge. Les caractères sont beaux ainsi que l'encre et le papier. Son savant compatriote Musurus et le Cretois Gregoropulo surveillèrent la partie littéraire de ses éditions.
Dans la superbe édition de Y E lymologicon Magnum qu'il imprima à Venise en 1499, format in-fol., un avis en grec (1) nous apprend que les frais en ont été faits par le Cretois Nicolas Blastos, sur le désir que lui en a témoigné l'illustre et savante princesse Anne, fille de l'ancien grand-duc de Constanlinople Lucas Nofaras, et qu'elle fut exécutée par le labeur et l'habileté de Zacharias Calliergi de Crète, pour être agréable aux savants et à ceux qui s'intéressent aux lettres grecques (2).
Ces vers de Musurus placés en tête nous apprennent que cet ouvrage tout entier est l'ouvrage de Cretois.
Kpïiç fàp 6 TOpvsÔG'a;, xà £ô yjx'/.v.écL Kpïj; 6 cuvsi- Kpv;ç o y.a&' ev <7Tti;a;, Kpr,; à u.o).,jëooy u'rr/; [pa; Kçn; oarcavà <i!.v.r& ô cpôptôvjfj.o;" aOro; ô xXemdv Kp/jç xàSe, Kpîj<Jiv ô Kpr,ç rimoç, aiytoyo;.
Dans sa préface Musurus s'adresse aux étudiants de Padoue, où il avait été professeur de grec avant de l'être à Venise (3), et les engage à l'étude de la langue grecque; il y parle des difficultés qu'il lui fallut vaincre pour exécuter ce livre, de la jalousie qu'il excita, et de la nécessité où fut l'imprimeur de se pourvoir d'autres caractères, attendu l'impossibilité, à moins de s'exposer à un procès, d'employer ceux auparavant en usage (4).
La même année il imprima le traité de Simplicius sur les Catégories d'Arislote. L'édition est du même format que celle à'Arislole donnée par Aide, dont elle peut être regardé' comme un supplément.
En 1500 il imprima Ammonius sur les cinq voix, également aux frais de Blastos ; le nom de Calliergi n'y paraît pas, mais les caractères sont les mêmes.
La première édition du livre XIV de Gnlien suivi d'un autre petit traité de Galien parut la même année, et aux frais de Blastos. C'est le dernier livre qu'on puisse attribuer avec certitude à Calliergi.
Bomber gue. Aide Manuceavaileu quelques caractères hébreux pour le service de son imprimerie. Un flamand d'Anvers, nommé Bonihergue,vint s'établir à Veuise.où il imprima une Bible hébraïque in-4°, en 1511 ; la troisième édition qu'il en fit, en 1525, est en deux volu-
(i) Au revers de la page portant la signature AAV.
(2) Sic clegantissima haec Elymologici editio con- Junctis utriusque sexus subsidiis peracta est : rarum sane et laudabile litteratura; ilto tempore florcntis argumentum. Maittaire.
(5) Frequenti seuiperet gravi auditorio. Fabricius.
(4) Le sénat de Venise avait accordé plusieurs privilèges à Aide.
mes, et il en réimprima plusieurs autres dans le format in-8° et in-4". Il avait appris l'hébreu de l'Italien Félix Pratensft, qui lui fil entreprendre une Bible Rabbinique, c'est-à-dire avec les commentaires des rabbins; elle parut en 1517, in-fol.; Bombergue la dédia au pape Léon X. Elle fut réimprimée en 4 vol. in-fol. en 1525, puis en 1548. 11 commença l'impression du Talmud en 1520, et l'acheva en quelques années. C'est le plus considérable ouvrage en hébreu qui existe; il forme onze volumes in-fol. L'imprimeur de Venise Antonio Justiniani l'a réimprimé (1). Les livres hébreux qu'imprima Bombergue pendant quarante ans sont fort bien exécutés et sur très-beau papier; Scaliger en parle avec éloge. « Bombergue, dit- il, a très-bien im- « primé les livres hébreux. Les juifs corri- « geaientet présidaient à l'imprimerie (2). 11 « a imprimé des livres pour plus de quatre « millions d'or. »
Au siècle précédent Venise devint un centre de contrefaçons, où furent reproduites les plus grandes publications de France et de la Hollande; telles que la Collection byzantine du Louvre, le Corpus Antiquitatum Grcevii et Gronovii; la collection des Bollandistes, etc. Aujourd'hui l'imprimerie y est complètement déchue.
Bamberg.
Les prétentions de la ville de Bamberg ont été examinées et disculées plus haut. Les Fables (3) allemandes, ou Lib&c Similitudinis, in-f°, orné de lot "vignettes, y furent imprimées en 1461, ainsi que l'indique un sixain en allemand placé à la fin du recueil ; en voici la traduction :
A Bamberg le livret fut fini,
Après la Nativité de N.-S. Jésus-Christ,
Quand on comptait mille quatre cents ans
Et soixante et un, cela est vrai,
Au jour de Salnt-Valentin
Dieu nous garde de ses peines. Amen.
On pourrait alléguer que par fini en 1 46 1 l'auteur a pu dire qu'il avait terminé la composition littéraire de l'ouvrage. Cependant il est plus probable que le mot^ni signifie ici imprimé. Le livre ne porte point de nom d'imprimeur. On ne trouve celui de Pfister qu'au
(i) Il parait qu'il en existe sept éditions. La plus célèbre est celle de Hanau . en 12 volumes in-f°. Celle de Bâle, Imprimée chez Ambroise Froben , est peu estimée des juifs, attendu que les commentaires ont été abrégés.
(2) M. Simon, dans son Histoire critique du Vieux Testament , prétend que les Bibles Hébraïques doivent être imprimées par les juifs, attendu qu'il y a tant de minuties à observer, soit pour les points voyelles, soit pour les accents, qu'il est difficile que les chrétiens puissent réussir dans ces sortes d'ouvrages. Joseph Scaliger a dit aussi au sujet des livres hébreux : Debent corrigi a Judœis, alioquin semper erunt menda.
(3) Voy. Saubert, Hisloria Biblioth. reipubl. Noribergensis, H>45; Noriberga;.
l'.Al-iiiK r,:,H