SICILE
L'imprimerie y est introduite en 1473. G Lie année parut à Messine la Vita d'Bkroni
et en 1477 à Palnrme l'ouvrage suivant : Kasonis Consueludinis Panormitanx, in-4".
L'usage du papier de colon fut introduit très-anciennement en Sicile par les Arabes.
Le roi Roger, au rapport de liocchus Pierrius (Italia Sacra), accorda en 1102 un diplôme d'autorisation pour construire en Sicile une manufacture de papier de coton.
SLISSE.
H y avait à peine huit ans que la découverte de l'imprimerie était divulguée, lorsqu'elle pénétra en Suisse, à Béromunster (Munster in Ergau), dans le canton deLucerne, on Elias I-Iélie établit une imprimerie en 1470 et publia la même année le Mammelractus de. Marchesini. Elias avait deux associés, Jean Dotflingde Winterlhur et Ulrich Géring, qui plus tard fut appelé à Paris. On connaît encore deux éditions du Spéculum Vitx Humanx, imprimées à Zamore, avec la date de 1472.
Zurich. — GesnerSalomon, à la fois poète, dessinateur, graveur et libraire en 1700, doit figurer parmi les illustrations qui se rattachent à la typographie.
Aujourd'hui de charmantes éditions grecques remarquables par la pureté des textes revus, par MM. les professeurs Orelli et Baïler sont imprimés par MM. Orell, Fuessli.
Bâle. — On attribue à Bernait Kicliel la Bible dite de quarante-huit lignes , sans date . sans nom de lieu ni d'imprimeur, et quelques autres ouvrages également sans date : son premier livre porte celle de 1475.
Dans le siècle dernier c'est à M. Haas, imprimeur distingué de cette ville, que sont dus les premiers essais des cartes exécutées par la typographie.
Les Amerbach.
Jean Amerbach, maître ès-arts de l'université de Paris, imprima à Bàle, en 1492, les œuvres de saint Ambroise. Le docteur Jean Lapierre, à qui l'imprimerie de Paris doit sa fondation, atteste, dans une lettre imprimée en tête de cet ouvrage, l'exacle correction des li-
vresde cet imprimeur (I), auquel la piété et la religion firent entreprendre l'édition des Œuvres de saint Augustin, qu'il acheva en 1 506. Amerbach désirait surtout donner une édition de saint Jérôme, mais, convaincu que pour s'en charger il fallait connaître le grec et l'hébreu, il lit apprendre ces langues à ses trois fils, afin de les mettre en état de donner une bonne et savante édition de ce Père de l'Église. A son lit de mort, il leur fit promettre d'en entreprendre l'impression , et le vœu paternel fut exécuté (2); elle parut en 1516. Érasme, qui travailla aussi à cette édition, donne les plus grands éloges aux Amerbachs : il loue le père d'avoir pris un tel soin de ses enfants; il loue les enfants de s'être rendus aussi habiles dans les trois langues, et de lui avoir prêté leur secours, surtout pour l'hébreu.
Cette édition de Saint Jérôme est un des plus anciens ouvrages où le texte latin soit imprimé en regard du texte grec, et sur la même page, ce que le savant Gesner imita pour ses éditions (3), où il recommande aux imprimeurs d'ajouter toujours aux interprétations latines les textes grecs , et aux auteurs de donner à côté des textes grecs des traductions latines. 11 expose tous les avantages résultant de ces éditions à deux colonnes, qui obligent les auteurs à rendre leurs versions plus exactes en les rapprochant davantage du texte, auquel elles doivent être le plus parallèle qu'il est possible, et qui permettent la comparaison de l'original avec la version, sans peine et presque d'un même coup d'œil, tandis qu'il faut perdre beaucoup de temps si on la met sur l'autre page, comme a fait Aide, ou au bas des pages, comme on le fait ordinairement. Pour oser se placer en regard du texte, toujours présent pour accuser le traducteur, aucune inexactitude n'est permise. C'est de plus un moyen sûr et infaillible d'éviter et de corriger les fautes d'impression, les erreurs et les omissions (4).
(i) 11 s'exprime ainsi : Istitd non ego favoris , scd veritatis gratia, atisim dicere, quod non tegerim tibros hac arte efflclos , quos tins emendatiores exactiorique stylo consummatos probaverim.
(2) l'er quos non minore studio quam fide peraetum est quod optimus pater volult.
(3) Latinis interprétât ionïbu s grœca esse conjungendœ, ad interprètes librorum grœcoruni et typographos .-idmonitio. Gesner y donne cet avertissement •. « Moneo ut quicunqne posthac aliquid interpretanduin susceperint , vel suas Interpretationi et apographo archetypum graecurn adjungant; si ille modo et eruditis hominibus gratificari voluit et suas auctoritatifideique consulere. Porro typographosquoquc moneo, etc. » Voyez aussi la préface de son édition de Stobée.
(4) Ainsi le théologien qui lirait dans l'édition originale des Conciles généraux en grec et en latin , Home, 1KI2, la première épîtrc canonique de saint Hasilc, p. S89, y trouvera : Omni ratione forma teneatur, lit cos qui ad illorum ( Encratitatum) buptismum accessisse probantur. aftdelibus procnl du- Lio primitits jungantur, et ita demum sanctismvs-
Froben.
Froben, né en 1460, à Hammelburg, fut d'abord correcteur dans l'imprimerie de Jean Amerbach et de Jean P. de Languedorf. Ses éditions sont fort estimées et fort correctes. Il employaitles meilleurs artistes pour les encadrements , les initiales et les vignettes dont il ornait ses impressions. On prétend même que Jean Holbein voulut bien lui prêter son aide. La maison de Froben était le rendez-vous de tous les hommes instruits. Érasme logeait chez Froben, dont il fut l'ami constant, et composa en son honneur une épitaphe en vers latins (t).
teriis digni effteiantur ; frappé du sens insolite de cette phrase , s'il recourt au grec il découvre par le mot ^pÎEaôat que le mot inungantur s'est transformé en jungantur, qui offre un sens absurde. Dans l'édition d'Élien, Basle, issu, la version latine dit que les Grecs sont de grands menteurs, p. 431 : Omnium Grœcorum ctarissimi , prœstantissimique viri per totam vilam in extrema mendacitate versati sunt. Cn savant, se rappelant en effet que saint Paul a dit Cretenses mendaces, fit à la marge de son édition d'Elien une longue note à ce sujet, dont il se serait abstenu s'il eût recouru au grec, où le mot Ttevîa l'eût averti que mendacitate devait être remplacé par mendicitate. Dansplusieurs éditions d'Aristote, même celle de Duval, p. H69 de la dernière édition, 1G29, on fait dire au philosophe qu'on Juge de la physionomie des enfants par les mœurs de leurs parents. Tandis qu'il dit seulement qu'on juge de la physionomie par les mœurs apparentes d'un chacun : en effet, au lieu de ex moribus apparentibus inl twv ÈtuçcuvopLÉvwv ïjÔojv, la traduction latine porte ex moribus a parentibus. Celui qui ne lirait qu'en latin la version de Platon par J. Cornarus se douterait diflicilemcnt , en voyant dans cette phrase du dialogue d'Ion « Musa minime afftatos ipsa facit : l'er ho.i minime afftatos alii afftantur. Boni poetm non ex arte, sed minime afflati pulchra poemata dicunt », que ce mot minime, est mis trois fois au lieu de numine, ïvQsoç. La version de Saint Épiphane imprimée à Basle par Robert Winter, 1S45. et réimprimée dans la même ville par Oporin en 1360, puis à Pa?is par Sébaslien Cramoisy, iki2, porte dans toutes ces éditions : a Sancta Ecclesia et virginitatem gloriflcat , et solitudinem, etcastitatem ; et virginitatem laudat. et nuptias honestas honorât. » Cette double virginité et ces noces pudiques s'éclairciront dès qu'on verra dans le texte grec que le mot virginitatem employé en dernier doit être remplacé par viduitatem, yripoCTÛvrjV. La version latine de la quatorzième Homélie de saint Jean Ckrysoslome offre un sens encore plus bizarre; dans l'édition de Froben, (330, t. V, p. 61 , et dans celle de Paris, donnée par Chevalon, on lit avec étonnement que c'est la femme qui est la tète, le chef de l'homme : M anifestus quod unum sunt vir et millier, sicut Paulus inquit .- caput viri mulier. Tandis que tout au contraire le texte grec dit y.TjçaXrj tïjç y^vaixo; ô àvr;p. Caput mulieris vir.
Tous ces exemples sont extraits de l'ouvrage de Chevillier sur l'imprimerie.
Les savants éditeurs qui concourent à la publication de notre grande Bibliothèque grecque, dont les textes sont revus sur les manuscrits et où pour la première fois les traductions latines, accolées au texte grec, sont revues avec un soin extrême et souvent refaites en entier, ont eu fréquemment occasion de découvrir et de rectifier de pareilles erreurs.
(1) Dans la dispute sur les cicéroniens, où Scaliger combattit Érasme, qui s'était déclaré anti-cicéronien, il apostrophe ainsi Érasme : « N'as-tu pas gagné de l'argent chez l'imprimeur Aide en corrigeant les
Le chef-d'œuvre de Froben esl son édition de Saint Augustin, donnée par Érasme, en 10 vol. in-fol.,Bâle, 1529. Sept presses étaient occupées à la fois sur cet ouvrage. Froben ne faisait d'autre vœu que de vivre assez pour l'achever; mais il ne vit que les deux premiers volumes imprimés (1).
Un important ouvrage imprimé par Froben, \51G, àBH\e,est\e Saint- Jérôme, <\onl les œuvres complètes forment 9 vol. in-f°. Cette édition donnée par Érasme est complétée par l'index rédigé par J. Œcolampade, 1 vol. in f°.
Froben en imprimant, en 1490, une Concordance delà Bible, qu'il réimprima en 1525, avait, reconnu quels soins minutieux et pénibles exige la correclion d'un ouvrage de chiffres. L'attention qu'il apporta à cette édition fut telle, qu'on n'y remarque aucune faute; elle est précédée d'un Dialogue latin, que j'ai traduit ainsi :
Dialogue entre un acheteur et Jean Froben.
l'acheteur. Eh bien, Froben ! quel livre nous donnes-tu?
froben. Un livre qu'il est de ton intérêt et du mien de vendre et d'acheter.
l'acheteur. C'est doncquelque livre nouveau?
froben. Ni vieux ni nouveau ; il est à la fois l'un et l'autre.
l'acheteur. Explique ces énigmes.
froben. C'est Y Index des livres sacrés, qu'on appelle Concordance de la Bible-
l'acheteur. Cet ouvrage a déjà paru bien des fois.
froben. S'il reparait, c'est pour le bien de tous. Le soleil ne parait-il pas clAque jour, bien qu'il soit toujours le même? Mais cet ouvrage, en reparaissant, vaut mieux que le précédent.
l'acheteur. J'avoue, Froben, qu'il y a du mérite à se surpasser ainsi soi-même.
froben. Aussi j'espère que dans cette œuvre dernière mes efforts me mériteront une double couronne.
l'acheteur. Toujours les grands artistes se iigurent que leur dernière œuvre, objet de leurs plus grands efforts, est le comble de leur art.
froben. Il est vrai ; cependant Apelle laissa son Anadyomène inachevée. Moi, j'ai achevé mon œuvre.
l'acheteur. Tula trouves donc parfaite?
froben. Tu sais que dans un tel ouvrage il est presque impossible que quelque erreur ne se glisse au milieu de tant de chiffres. Mais par les soins que j'ai pris cette difliculté sans pareille est surmontée (2). De plus, il y a des addi-
épreuves, et les erreurs qu'on y reconnut ne provenaient-elles pas plus du vin que de l'eau que tu y avais bue. » Longtemps Érasme corrigea des épreuves chez Froben; mais rien ne prouve qu'il recevait des honoraires pour ce travail.
(i) Érasme, dans sa lettre à Emstedius, en parlant de Froben, disait : Inter familiares Frobenius dicere solitus sit se non optare lonrjius asvi spativm, quam quod absolvendo suffteeret Auguslino.
(2) C'est aux soins extrêmes et à la fatigue qu'éprouva mon père à lire avec une attention scrupuleuse la première édition des Tables logarithmiques de Callet, où une faute de chiffre est d'une telle gra-
ENCYCL. MOD. — T. XXVT.
lions ipn ne se trou valent pas aux édition ; i dentés l'acheteur Je t'en félicite. Mail peu de gloire
S'attache a de tels travaux.
fkoi;i:n. Aussi nies droits s rolre reooni eance doivent s'en accroître
l'acheteur. Par ces travatn assidus nect
tu pas de vieillir vile?
froci.m. Qu'y faire ! c'e>l ma destinée, si elle me donne la vieille ennuis, vous avez
le moyen de m'en garantir.
L'ÀCHETEUB. Lequel ?
FROBEN. D'acheter vite et de nie Bavoli gré de
ce que je vous offre.
l'acheteur. Mais n'as-tu pas de houle de nous livrer ainsi les enfants.
froben. Nullement; c'est pour vous, non pour moi, que je les ai créés.
L'acheteur. Quel en est le prix.
froben. Approche ton oreille, que je te le dise tout bas.
l'acheteur. Hô! hô! c'est bien cher!
froben. Emporte, examine. Si tu te repens du marché, tu rendras la marchandise, je te rendrai ton argent.
l'acheteur. C'est bien parler.
froben. De belles paroles, chacun eu est prodigue, mais Froben tient plus qu'il ne promet.
l'acheteur. Reçois donc de belle et bonne monnaie.
froben. Et toi reçois aussi de belle et bonne marchandise. Je souhaite qu'elle profite à tous deux.
C'est Froben qui publia la première édition grecque du Nouveau Testament, en lévrier 1516,in-f°. Elle est rare et recherchée Le texte grec en avait été imprimé à Alcala en 1 5 1 4 , il est vrai, mais il ne parut qu'en 1520.
Lorsque Érasme voulut en donner une nouvelle édition avec la traduction latine et des commentaires étendus, il s'installa chez Froben pour y corriger ses épreuves; et Froben, voulant comme lui que cet ouvrage fût d'une correction parfaite, n'épargna aucun soin, ainsi qu'il l'annonce dans sa prélace (1). Ce livre, achevé en 1516, fut dédié à Léon X . Cependant, malgré tant de précautions, et bien qu'Érasme eût aussi donné ses soins à la correction : « Ipso quoque Erasmo in liane, partem advigilante, » l'errata des fautes esl nombreux. Il est vrai qu'Érasme, à ce que nous apprend Œcolampade, entretenait alors à lui seul trois presses, et compulsait les
vite qu'elle peut occasionner la perte d'un navire, on des erreurs de calcul en astronomie, qu'est due l'idée de conserver composées tontes les formes de ce gros volume. Pour éviter les accidents qui pourraient survenir ù des types mobiles , mon père imagina de les souder par le pied en rendant ainsi impossible toute chance d'erreur. C'est sa première invention du stercotypage. Ce nom qu'il lui donna est passé maintenant dans la langue usuelle.
(i) «Nec meis laboribus peperci, nec pecuniis; quin et precibus et pi acmiis egi ut castigatores adessenl complures, h.iud vulgari doctrina pr.Tdili, et imprimis Joannes OF.colampadius , triuin linguarum pentissinius. »
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manuscrits grecs et latins, consultait les auteurs anciens et modernes, et corrigeait ses épreuves (I).
H semble qu'Érasme ait été poursuivi par une sorte de fatalité lorsqu'on songe aux désagréments que lui causèrent les fautes commises par ses imprimeurs (2). Ainsi dans le traité intitulé : Vidua Christiana, imprimé par Froben, Bâle, 1529, et dédié à Marie, sœur de Charles-Quintet reine de Hongrie, une faute inimaginable, résultant d'un hasard auquel il semble que le diable ait présidé, ou d'une malice non moins diabolique de la part des compositeurs ou correcteurs, a rendu cette édition célèbre dans les fastes de la typographie. Érasme s'exprime ainsi en parlant de la reine de Hongrie: Menteillausameamsemper fuisse, qux talem fœminam deceret, on lit dans l'édition imprimée Mentula au lieu de mente Ma. Il y eut, dit-on, mille exemplaires distribués avant qu'on s'aperçût de celte erreur, «lue l'on s'efforça, mais trop tard, de réparer en réimprimant le feuillet. Érasme a écrit qu'il eût donné volontiers cent pièces d'or pour que cela ne fût pas arrivé.
Une autre fatalité fit attaquer Érasme par le docteur de la faculté Noël Béda, et fit censurer par la théologie de Paris, le 17 décembre 1527, une doctrine particulière sur le Christ, qui ne provenait que de l'addition de la lettre a , qui fit amore du mot more dont Érasme s'était servi dans sa paraphrase des paroles de saint Pierre au chapitre xvi de saint Matthieu (3) : Tu es Christus Filius Dei vivi. Il avait écrit : Non suspicioneproferens, sed ccrta et indubitatascientidprofilens,illum esse Messiam a prophetis promissum , si?igulari more filium Dei; mais au lieu de more, le texte porte amore. Dans sa censure, la faculté de théologie déclara hérétique cette proposition (4). Érasme répondit que c'était une faute d'impression, et produisit en faveur de sa bonne foi la petite édition qu'il avait donnée en 1522, où il y avait more et non amore; déclarant n'avoir voulu rien
(0 Tant il est vrai que la correction est chose difficile : « Llnceis enim opus foret oculis, aut ccntuin Argi luminibus ad eam rem elimati peragendam ut oltra mendam liber emitterctur. » C'est ce que disait le docteur Clictou, qui a Imprimé un grand nombre d'ouvrages à Paris, et qui dans l'épitre placée en tétc de ses sermons, nous apprend qu'il surveillait souvent dans l'imprimerie même les ouvriers pour s'assurer de la correction des fautes indiquées.
(ï) Biles résultent souvent de la malice d'ouvriers malintentionnés, soit contre l'auteur, soit contre le iiiaitre imprimeur.
(5) Ouvrage imprime chez Froben en isai et répandu en grand nombre en France où cette hérésie fit grand bruit.
(4) H.tc propositio perperam esplicat sententiam Kvangelicam, pricbens occasionem maie sentiendi de Divinttatc Filii Dei cuiu Nestorio;non enim singulari quodam amore Dei in ipsum. Christus et Films Dei, neque adoptione et gratia,sca origine et naturâ.
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dire d'autre si ce n'est que Jésus-Christ était fils de Dieu d'une manière toule particulière (I).
Une voyelle ajoutée avait suscité une mauvaise affaire à Érasme, la suppression d'une voyelle en suscita une encore pire à Flavigny. Dans une critique qu'il fit de la Polyglotte de le Jay, où il signale un grand nombre de fautes qui existaient au livre de Rutb (2), un funeste hasard fit que dès la seconde page de la troisième lettre critique de Flavigny, au passage du chapitre VII de saint Matthieu, fr 3 : Qu'td vides festucaminoculofralrïstuiettrabem in oculo tuo non vides, le mot oculo se trouva à la tin de la ligne. Il fut donc divisé ainsi oculo, et par une malice bien noire ou un accident bien malheureux la lettre o disparut sous presse. En vain Flavigny, dans sa fureur contre le typographe, montrait qu'à la tierce et malencontreux o existait, il ne pouvait s'expliquer sa disparition que par une lièvre chaude dont son typographe aurait été atteint (3). Il n'en fut pas moins forcé de jurer publiquement son innocence en ces termes solennels : Sed Deus testis est, ante cujtts conspectum animant meam effundo, et cujiis , ut ait Apostolus, ira revelatur de cœlo super omnem impietatem, et ïnjustitiam homimun illorum, qui veritatem in injustilia detinent, me numquam vel tantillum de tam impïa, horrenda, sacrilega, emendatione cogitasse (4).
En visitant les tirages de nos presses, je me souviens d'être* arrivé à temps pour faire disparaître une faute bien moins grave, mais non moins déplaisante qui allait se glisser dans une édition de Racine, où par un singulier hasard ce vers se trouvait ainsi défiguré :
Vous allez à V hôtel et moi j'y cours, madame. On peut se faire une idée de la consternation et de la colère d'un imprimeur, atterré par de pareils coups de foudre. 11 serait curieux de savoir d'après le calcul des probabilités, quelles sont les chances d'erreurs dont les typographes sont perpétuellement menaces parmi les milliards de milliards de mots et de combinaisons diverses qui serviraient de base à de pareils calculs (5)!
La marque de Froben était un pigeon per-
(i) Opéra Erastni, éd. Basil, 1340, t. IX, p. 7)2.
(2) On savant professeur maronite nommé Abraham Echellensis avait donné tes textes arabe et syriaque et la version latine.
(3) Aut a meo typographo , dum hœc milii excvderet, multa febre phrenetico , ac plane quid agent inscio.
(4) Une Bible allemande dut sa célébrité au mot narr substitué par la femme de l'imprimeur au mol herr, pour faire une malice à son mari.
(a) L'habile mathématicien Jacauct a calculé que les diverses combinaisons des vingt-quatre lettres de l'alphabet montent à G20,448,4ni,733,229,«9,r.GO,ooo, et sans qu'aucune lettre soit répétée. Voy. Asile, Origine et Progrès de l'Écriture; Londres. iso4,in-f°.
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clië sur un bâton entortillé de deux serpents. A ce sujet Érasme écrivait : « si les princes de ce côté des Alpes voulaient enconrager Proben
à l'égal des Aides, ses serpents ne lui seraient pas moins profitables que leur a été le Dauphin; Froben en employant la prudence du serpent et l'innocence de la colombe qui surmonte son étendard acquerra gloire et richesse. »
Froben mourut en 1527. Érasme et Henri Estienne ont composé en son honneur des épita plies grecques et latines. Son fils Jérôme lui succéda, ainsi que son gendre Nicolas Episcopius.
Oporin, habile imprimeur, dont le vrai nom était Jean Herbst (l'automne), elZach. Béer, célèbre théologien, plus connu sous le nom latin d'Ursinus, avaient placé sur la porte de leur cabinet une inscription plus brève encore que celle d'Aide, mais qui prouve également combien le temps leur était précieux : « Amice, quisquis hue venis, aut agito paucis, aut abi, aut me laboranlem adjuva. »
Jean Oporin , d'abord médecin, puis professeur, se fit ensuite imprimeur par amour pour la science et les lettres. Parmi les belles éditions qu'on lui doit est Andréas Vesalii De Humant Corporis Fabrica UbrïVUÎ, 1555, in-f°. Il composa un Onomasticon propriorum nominum, et des Annotationes in Quœstiones Tusculanas. Justus Vultejus fut correcteur dans son imprimerie. Jean Oporin mourut en 1568, ruiné et endetté après une vie laborieuse.