‹ Essai sur la typographieChapitre 14 sur 44 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

La corporation des imprimeurs lihraires,stationer's company , fondée en 1403, existe encore à Londres, où elle occupe une maison magnifique, connue sous le nom de Stationer's Hall. C'est là que sont enregistrés tous les livres imprimés à Londres (1).

C'était dans les rues avoisinant celles de Pater noster row qu'étaient groupés les stationnant ou scribes, en anglais stalioners, qui écrivaient et vendaient les alphabets ainsi que les Pater noster, les Credo, les Ave-Maria, et autres livres d'église qui ont fait donner à ces rues les noms de Pater Noster, à' Ave-Maria,

(i) En 1848 M.Colier a publié à Londres pour laShakspeare Society l'extrait des registres de la Stationer's Company, contenant la liste de tous les ouvrages enregistrés de 1S37 à isto. Le droit pour obtenir la licence garantissant la propriété est ordinairement de 4 pences (s sous). On y voit figurer des amendes pour infractions soit d'avoir imprimé avant d'avoir obtenu la licence, soit pour avoir vendu des livres dans la rue.

Le droit pour l'inscription d'un apprentif imprimeur est de 8 pences (16 sous). L'Angleterre a eu la sagesse de maintenir l'apprentissage rigoureux de sept années pour tout ouvrier compositeur ou imprimeur, d'où résulte une plus grande habileté et un plus grand attachement à sa profession.

Ai'iin,

dé Credo, de Grtta , ■■ \nu », i le. On |

liait aussi des cliapcleU.

Le premier livre lut-il imprimé à Oxi Quel en fut l'imprimeur? La date rtUelle fausse? Caxton est-il le premfei qui ait Imprimé en Angleterre? Enfin les premiers livres qui ont été imprimés par lui l'ont- ib • Cologne ou en Angleterre?

Toutes ces questions longuement controversées ne peuvent ôlre résolues péremptoirement. L'origine de l'imprimerie en Angleterre est restée un mystère impénétrable. Il faut donc ici recourir encore aux probabilités et discuter les documents contradictoires.

Caxton.

Il paraît que l'Anglais Guillaume Caxlon, après s'être occupé du commerce de la mercerie et avoir voyagé comme représentant ce commerce en Hollande en Flandre et en Allemagne, commença par imprimera Cologne quelques ouvrages non datés. De retour en Angleterre , le premier livre sorti de ses presses porte la date de 1474 (l); car on croit avec raison qu'un chiffre X fut oublié à la date de VExposilio in symbolum Apostolorum , impressa Oxonie et finita anno Doniim ncccglxviii (1468, au lieu de 1478). Autrement, ce serait à Oxford que l'imprimerie aurait été introduite, et par un autre imprimeur que Caxton, puisqu'il élait alors sur le continent (2).

Un récit fabuleux d'Atkins, dans son livre de VOrigine de la Typographie , publié à

(i) The Came oftlie Chess ; Westminster, 1474, in-P.

(î) Subterfuge ou erreur qui se rencontre dans un assez, grand nombre d'ouvrages. Ce livre est d'un caractère semi-gothique qui se rapproche des formes de Faust et de Schœffer, tandis que les formes des caractères employés par Caxton, par Thierry Hood à Oxford, par Wynkin de Word et Pynsoa, se rapprochent de l'ancienne écriture anglaise L'impression est supérieure à celle de Caxlon, et porte des signatures au bas de chaque page, ce qui n'existe à aucune des impressions de Caxton, qui aurait suivi cet exemple si ce livre eût précédé les siens Comment expliquer que cette imprimerie, après avoir publié ce volume, soit restée onze ans oisive? Lu 1479 seulement on voit deux ouvrages imprimes a Oxford, suivis d'autres les années suivantes, où figurent les noms de Thierry Rood, de Cologne, et de l'Anglais Thomas Hunt. Dans une pièce de vers placée à la fin de l'un d'eux, imprimé en Mes a l'université d'Oxford. Thierry Rood , en nous apprenant qu'il fut envoyé de Cologne en Angleterre, où il imprima cet ouvrage, dit que l'Angleterre apprit l'art de l'imprimerie d'un naturel de ce pays. Or, Rood, venu de Cologne probablement sur l'invitation de l'Anglais Caxton, avait dû l'y connaître pendant son séjour, et de plus devait savoir à Oxford quel était celui qui avait introduit le premier l'imprimerie en Angleterre. Jean Lcland, bibliothécaire de Henri VT!I, écrivain exact et trèsversé dans les antiquités de son pays, et qui, après avoir fait ses études à Cambridge , séjourna quelque temps à Oxford, dit que Caxton fut le premier qui imprima en Angleterre, et cite les ouvrages sortis de ses presses. Ces preuves me semblent suffisante!! pour reconnaître en Caxton le fondateur de l'imprimerie en Angleterre

Oxford en 1664, voudrait taire noire que l'évèque de Cantorbéry avait conseillé au roi Henri VI de chercher les moyens d'introduire l'art de l'imprimerie dans son royaume, et que le roi, ne pouvant parvenir à corrompre quelques ouvriers à Harlem, où Jean Gutenberg venait de découvrir cet art qu'il y exerçait, confia ce soin à Robert Tumour, qui s'associa à cet effet Caxton ; qu'enfin ils parvinrent à gagner l'un des employés de Gutenberg, Frédéric Corsellis, qui s'embarqua et vint à Oxford, etc. Ce récit inadmissible a été appuyé par Meerman, qui crut y découvrir un argument en faveur de Harlem.

Caxton, dans sa continuation du Polychronicon de Higden, où il traite du règne entier de Henri VI , ne fait nulle mention de ce fait qui intéresse l'imprimerie, fait qu'il eut certainement mentionné s'il eût été vrai, puisque dans le même livre il parle de l'invention de l'imprimerie, qu'il attribue à Mayence (1).

On pourrait faire remonter l'origine de l'imprimerie en Angleterre à une date encore plus reculée si on admettait aveuglément ce curieux passage de Shakspeare, qui, dans sa tragédie intitulée: Secondpart of Henri VI, fait adresser par le rebelle Jean Cade ce reproche au lord trésorier Say : « C'est toi qui as si traîtreusement corrompu la jeunesse du royaume en créant des écoles; et tandis que nos aïeux n'avaient d'autres livres que la taille et le cran, tu as introduit l'usage de l'imprimerie, et contrairement au roi, à sa couronne, à sa dignité, tu as fait construire un moulin à papier. » Mais c'est évidemment un anachronisme commis par Shakspeare, puisque lord Say fut décapité en 1449.

Caxton ayant été envoyé en 1442 dans les Pays-Bas pour une mission commerciale, Marguerite d'York, femme de Charles le Téméraire et sœur du roi Edouard, l'engagea à traduiredu français un ouvrage dontil existe une très-ancienne édition en caractères gothiques, sans nom de lieu ni d'imprimeur, mais datée de 1463 et portant cette indication : Recueil des hisloyres de Troyes, composé par le vénérable homme Raoul le Fèvre, prêtre chapelain de monseigneur le duc de Bourgogne en Van de grâce 1464. Il a été traduit du françois en anglois par William Caxlon, mercier de la ville de Londres, d'après le commandement de très-haute, etc., Marguerite , duchesse de Bourgogne. Cette traduction a été commencée à Bruges en Flandres, dans la vieille cité de Cologne, le 1er jour de mars 1463e< terminée le 19 septembre 1471.

Les caractères qui ont servi à ce livre sont les mômes que ceux que Caxlon a employés

(i) About this tlme( tvsA), the craftc of emprynting was ûrst found In Mognuncc, In MmagilC, etc.

pour l'impression de la traduction anglaise (I), laquelle, dit notre savant bibliophile M. Brunet, doit avoir paru, soit dans les Pays-Bas, soit à Cologne, vers 1471, quelques années avant que ce célèbre imprimeur retournât en Angleterre, où il porta le premier l'art typographique. Caxton nous apprend que lorsqu'il présenta à la duchesse de Bourgogne son livre des Historiens de Troyes, elle l'accueillit favorablement et l'en récompensa avec générosité.

Encouragé par cet essai , il acheta une fonte de caractères; ses presses furent établies à l'abbaye de Westminster, et en 1474, il y fit paraître le premier livre imprimé en Angleterre : The game of the chesse , portant la date de 1474, traduit du français et imprimé par William Caxton. En le dédiant au duc de Clarence, frère du roi Edouard IV, il fait des vœux pour que Dieu accorde au roi et à son frère de longs jours et un règne fortuné ! Caxton réimprima cet ouvrage avec des gravures en bois, mais sans date ni aucune indication.

Jusqu'en 1491, époque de sa mort, Caxton s'occupa sans relâche de traductions, qui presque toutes sont la reproduction de nos romans de chevalerie. Tous les ouvrages qu'il a imprimés, et dont on trouve le détail dans la Typographie de Johnson, sont accompagnés et suivies de préface où Caxton montre sa passion pour la chevalerie, qu'il regrette de voir déchoir de ses sentiments de religion, d'honneur et d'amour pour sa patrie. Ses éditions sont fort inférieures à celles des imprimeurs du continent ses contemporains. Ses types, gothiques, sont grossiers, ainsi que les gravures en bois, qui attestent l'enfance de l'art, ce qui ne les empêche pas d'être très- recherchées en Angleterre, où elles se vendent à des prix excessifs. En 1823, lord Spencer acheta au prix de 205 livres sterling et 16 schellings un exemplaire incomplet (2) de la traduction de Caxton des histoires de Troye de Raoul le Fèvre (3),

(i) Cette traduction Recuyell of the historiés of Troye, in-f°, gothique, porte : Wicke translation was begonne in lirugis theftrst day of marche uns and ended andfynysshid in the Itoly cyte of Cotcn the 19 day of septembre un. Mais Je crois qu'ils'agil plutôt de la rédaction du texte que de l'impression. Cependant ce livre est celui que Caxton dans le prologue de sa Golden Legend, imprime en nsj, désigne comme le premier dans l'ordre de ses travaux.

(2) Récemment Whittaker a recomplcté des exemplaires défectueux au moyen d'une imitation parfaite des types, de l'encre et de la couleur du papier. C'est aussi ce que mon père avait fait pour quelques exemplaires des incunables de sa belle bibliothèque auxquels il manquait quelques feuilles. A cet effet, il avait gravé et fondu avec une parfaite identité les caractères de la Bible de Mayence, ceux de Jensun et de Vendelin de Spire.

(r,) Une édition imprimée en IoOô par Wynkyn de Woràe est peut-être encore plus rare.

Le livre intitulé : The lyf and acts of the hing Arthur ; of his noble htiyghtes of the Bond Table . etc., redueed to the cnglysshc, by syr Thomas Malory

et on n'estime pas à moins de 300,000 fr. la

valeur des soixante ouvrages de Caxton que lord Spencer a pu réunir.

Dans les avis très-élendus que Caxlon a joints à ses ouvrages il nous apprend qu'il fut encouragé à traduire en anglais un grand nombre de livres de chevalerie et d'histoire par le désir des dames, des lords el gentilshommes; que le livre des histoires de Troyes précéda le livre des Échecs et celui de Jason ; que pour l'engager à traduire et imprimer la Légende dorée, le comte d'Arundel s'engagea a lui en acheter un nombre suffisant d'exemplaires, et lui envoya un gentil-homme pour l'assurer qu'il prendrait soin de lui -tonte sa vie, en foi de quoi il lui enverrait tous les ans un cerf en été et un daim en hiver.

11 n'y eut jamais, dit John Bagford , d'imprimeur dont la main ail autant traduit et imprimé d'ouvrages. Les poëmes de Chaucer sont presque les seuls livres qu'il ait imprimés qui ne soient point écrits par lui. Le bibliographe Dibdin, qui s'est livré à de grandes études sur Caxton, croit que l'histoire de Jason (1) est le premier livre imprimé en Angleterre par Caxton, qu'il nomme partout le premier imprimeur en Angleterre, bien que par une contradiction manifeste il ne rejette pas la date de 14CS de YExpositio, etc., imprimé à Oxford.

Le premier livre imprimé par Caxton avec la date Westminster \kll est the Dictes and saynges of Philosopher s and of Socrates, traduit du français en anglais par le comte Rivers et revu par Caxton sur le désir du comte.

Il paraît certain qu'il imprima à Cologne la première édition de Barlholomaeiis, De Proprietatibus Renan, en latin, puisque ce fait est affirmé par les vers qu'on lit à la seconde édition en anglais, imprimée à Londres par Wynkyn de Worde, sans date, mais que l'on croit, être de 1490 (2). La marque de Caxton est à la lin.

Cependant on ne connaît d'édition imprimée à Cologne que celle de Jean Kœlhoff, de 1470 (3).

and by me, devyded into XXI bookes , chapytred , and enprynted and fynysshed in thabbey Westmes tre the last day of july the yere of our lord MCCCC hXXXV; Caxton me fleri jtissit , dont on ne connaît que deux exemplaires; l'un chez lord Jersey, l'autre incompiet de huit feuillets, fut acheté eu laie par lord Spencer à la vente Lloyd 32s livres ( plus de 0,000 fr. ). L'édition semblable, imprimée en usa, par Wynkyn de Worde, est tout aussi rare. (1) 11 est sans date; on le croit de I47B. (ï) And also of your charyte bear to remembrnnce

Tiie soûle of William Caxton, first printer of this boke, In Laten tongue at Coleyn , himself to avance , Thatevery wcll disposyd man may thereon loke. And John Tate the yonger, joye mote he broke [ne Whichelale hath in Englonde doomakethis paperthyn- That no» in our English this boke is prynted inné. (0) A cette occasion je ferai remarquer que les erreurs de chiffres dans les dates des anciens livres sont assez fréquentes. Ce même Kœlhoff date un de ses li-

A cette époqiU CastOO était a Cologne ; con-

tnbua-t-il lentement k rlmpreerioa boémm correcteur et compositeur? Cet ce «tora mm

fraude pieuse de rélêVC et de l'ami de Caxton pour faire remonter plus prés de l'oii^me <bl'imprimerie son prédécesseur Caxton? Jusqu'à présent ce problème eet resté insoluble.

Des livres que Jean Letton et Guillaume de Machlinia (Matines) imprimèrent à Londres en 1480, il reste fort peu de chose, et presque rien du School-Master, ou l'Instituteur de l'abbaye de Saint-Alban.

Wynkyn de Worde. Ou croit qu'il aida Caxton dans ses essais d'imprimerie à Bruge-. ou à Cologne, et il paraît certain qu'il le secondait dans les travaux de l'imprimerie. En effet, aussitôt la mort de Caxton, on le voit continuer son imprimerie à Westminster; de 1500 à 1502 il la transporta à Fleet-Street, à l'enseigne du Soleil. Marguerite de Beaufort, mère de Henri VII, fut sa protectrice. On connaît jusqu'à quatre cent huit ouvrages imprimés par lui. Il améliora un peu la forme des caractères, dont il varia les grandeurs; il mourut en 1534. Il était né dans le duché de Lorraine.

On croit qu'il grava et fondit lui-môme ses caractères ; ses impressions ne sont guère supérieures à celles de Caxton; son édition de Polychronicon est ce qu'il a fait de mieux.

Richard Pynson, né en Normandie, fut probablement employé dans l'imprimerie de Caxton. Le premier livre qu'il imprima, en 1493, indique que son imprimerie était à Temple-Bar de Londres. En 1508 Henri VII lui donna le titre d'imprimeur du roi, et Henri VI II lui accorda une pension annuelle; alors il prit sur ses livres le titre d'Esquire. Parmi les ouvrages qu'il a publiés on recherche l'édition de Térence,àe 1497. C'est le premier classique latin qui ait été imprimé en Angleterre sans version anglaise.

Pynson commença l'impression d'un livre rare et très-curieux pour l'étude de notre langue. Jl est intitulé : V Esclaircissemenl de la Langue Françoyse, composé par maistre Jehan Palsgrave, Angloys, natif de Londres et gradué à Paris. Ce livre, que M. Génin

vres ainsi : MCCCC en omettant un C. Il en date un autre de MCCCCLV11I, cette fois peut-être avec Intention. Une bible à Augsbourg, par une transposition des deux derniers chiffres, porte la date de 1449 au lieu de 1494. Chevillier signale aussi trois Bibles, l'une de Paris portant la date de 1443, une de Lyon 144s, et la troisième de Baie uso, comme entachées de semblables erreurs. Orlandi signale aussi trois livres imprimés à Mayence avec de fausses dates. Enfin 11 parait certain qu'à la date du Décor Puellarnm, imprimé par Nicolas Jenson à Venise, MCCCCLM, il manque un X, puisque tous lès autres ouvrages imprimes à Venise par Jenson sont de uro à uso, et que Vendelin de Spire, dans son édition des t'pirres de Ciceron, daté de 14G9, qui est le plus ancien ouvrage qu'il ait imprimé, affirme que c'est lui qui le premier introduisit l'imprimerie a Venise.

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réimprime en ce moment à Paris, fut achevé en 1530 par l'imprimeur Jean Haukins. C'est un énorme volume in-4°; et, comme tontes les impressions anglaises de cette époque, d'une asspz laide exécution.

Julien Nolary ( Le Notaire), que Ton croit être un Français, imprima en société avec un autre Français, Jean Uarbier, d'abord à Westminster, et ensuite près de Temple-Bar. Son premier livre est daté de 1498; et ses derniers de 1520.

Guillaume Faques nous apprend qu'il était Normand, et qu'il apprit l'imprimeneàRouen, chez Jean Lebourgeois. Ses types étaierrt supérieurs à ceux dont on avait (ait usage en Angleterre jusque alors, et il paraît queWynkyn de, Worde s'en servit après la mort de Faques, survenue vers 1511.

Parmi les typographes de cette époque plusieurs méritent d'être mentionnés; tels sont : Richard Graflon , à qui l'on doit la Bible de Cranmer, de 1540, in-fol.; Eeynold Wolfe, savant d'origine suisse qu'Henri VIII attira à sa cour; John Daij, qui perfectionna les types grecs et publia plusieurs cartes et figures mathématiques; Richard Jujge, imprimeur de la reine Elisabeth; il se distingua par ses belles éditions de la Bible, 1550; Thomas Vautrollier, qui publia l'ouvrage, maintenant si rare, de Giordano Bruno. Enfin William Carier, pendu, puis écartelé pour avoir publié un pamphlet en faveur de Marie Stuart.

En 1531 plusieurs personnes furent brûlées à Londres pour avoir propagé ou pour avoir eu en leur possession quelques traductions des saintes Écritures faites par Tyndall.

1536, 2 septembre. Tyndall, le premier traducteur de la Bible en anglais, est étranglé puis brûlé. Son frère est condamné à faire pénitence. Son protecteur, lord Monmouth, est emprisonné à la tour et ruiné.

Le 4 mai 1556 une charte fut accordée à la communauté des libraires de Londres par- Philippe et Marie, laquelle fut confirmée en 1588 par Elisabeth , en 1684 par Charles II , et enfin par Guillaume et Marie en 1690, qui accorde aux syndics et adjoints de cette profession (1), le droit 1° de surveillance sur tout écrit littéraire; 2° de rechercher dans les maisons tout livre réputé nuisible à l'État ou à l'intérêt de leur profession ; 3° d'entrer aussi souvent qu'ils le veulent dans les maisons, et en tout lieu dépendant d'un imprimeur, relieur ou vendeur délivres de quelque manière que ce soit; 4° de saisir, enlever , brûler, ou convertir à leur usage ce qu'ils soupçonnent d'être imprimé contrairement aux statuts , actes ou proclamations faites ou à faire.

(0 Tlic master and kccpers.or wardens and conrimnnalily n[ the niystcry or art ol llic staiioners of Ihr cil}' o( LoildOQ.

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L'acte est signé des quatre-vingt-quatorze libraires, du principal et des deux gouverneurs. Parmi leurs noms je n'en vois aucun figurer parmi les familles exerçant actuellement cette profession.

Ces droits exorbitants furent mis souvent à exécution , excepté toutefois dans ce siècle.

En 1588, lorsque l'Angleterre était manacée par l'invasion espagnole, Elisabeth, craignant le mauvais effet des faux bruits à l'approche de Vin\\cib\e, Armada , crut qu'il était d'une sage politique d'informer le public de l'état des choses au moyen d'un journal. D'accord avec son prudent ministre Burleish, on vit paraître à de courts intervalles une feuille publique intitulée tue english mercurie, publié par l'autorité pour prévenir les faux rapports. Le premier article, 23 juillet 1588, contient l'annonce faite par sir Francis Walsingham de l'arrivée de la flotte espagnole à l'embouchure du canal, par un vent favorable; puis il donne des nouvelles de la Hotte anglaise , composée de quatre-vingts vaisseaux, etc. Pour enflammer les esprits, un des numéros contient une lettre de Madrid annonçant que la reine d'Angleterre serait mise à mort, et que les instruments de la torture sont à bord de la Hotte. Dans ces numéros sont annoncés quelques livres nouveaux, portant : imprimés par Christ Barker, imprimeur de sa majesté.

En 1588 la reine Elisabeth accorde à son joaillier John Spilman, l'autorisation de cons« truire près de Darlfort un moulin à papier. On croit que c'est le premier qui ait existé en Angleterre (2); auparavant on le tirait de l'étranger, et principalement de la France.

L'art de la gravure en taille douce sur cuivre s'introduisit très -lard en Angleterre. En 1591 Jean Harrington, dans sa traduction d'Ariosle, nous apprend qu'il n'avait encore vu de gravures sur cuivre que dans un seul livre autre que le sien.

Au commencement du seizième siècle les livres étaient fort chers. Un des livres de droit, VAbridgcment de Filzherbert, coûtait 40 schellings, somme équivalant à trois bœufs de forte taille. Le chiffre habituel du tirage était de deux cents exemplaires.

Un décret de la chambre Éloilée, du 1 1 juillet 1637, à la requête de l'archevêque Laud, réduit à vingt le nombre des imprimeurs.

Sous le règne de Charles 1er et pendant la république les querelles politiques et reli-

(i) Ce renseignement, que j'ai recueilli dans l'ouvrage de Teuiperley, semble être en désaccord avec la souscription en vers du traité De Pvoprietatibus Rerum, que l'on croit être de isoo.

|2) A sparke of friendship witli a poem

concerninn ilie commortity of sundry sciences; especially eoncerning paper and a mill lately set up neer Dart/ort , bij a high Germon. calledM. SpUmon .jctccUer to the queen majesty ,■ 1588, in-v.

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pieuses produisirent une foule d'ouvrages et de pamphlets. Le Brilish Muséum en possède un recueil de deux mille volumes publiés de 1640 à 16fi0. On peut estimer à trente mille le nombre de ces écrits éphémères.

Après la restauration de Charles II un acte du parlement fixe de nouveau à vingt le nombre des imprimeurs pouvant exercer leur profession dans le royaume.

La révolution de 1688 amena un élément nouveau, le journalisme, en 1709. Londres comptait dix -sept journaux en 1724, dont trois journaux quotidiens, six hebdomadaires et dix paraissant trois fois par semaine. En 1731 parut le Gentleman Magasine, qui se continue avec succès depuis cent vingt ans.

La première annonce que l'on rencontre dans un journal anglais, {Impartial lntelligencer, remonte à 1 649 ; elle concerne des chevaux volés.

A présent le nombre des journaux imprimés s'élève chaque année à plus de soixante millionsd'exemplaires. Les annoncesà 6 schillings insérées au journal le Times s'élevaient en 1842 à deux cent trois mille faisant ensemble plus de douze cent mille francs.

En 1657 parut à Londres la Polyglotte en 6 volumes in f°, imprimée par Roycroft, et publiée par le docteur Walton. Ce fut le premier livre publié par souscription. Chaque souscripteur pour 10 livres sterling recevait un exemplaire , et six pour 50 livres sterl. En deux mois les souscriptions s'élevèrent à plus de 200,000 fr. Ce savant ouvrage reçut l'approbation des souverains en exil et celle du Protecteur. Cromwell permit l'importation du papier avec exemption de droit, et fit souscrire le gouvernement pour 25,000 fr. Celte Bible en neuf langues, l'hébreu, le chaldéen, le samaritain, le grec, le syriaque, l'arabe, l'éthiopien , le persan et le latin , est accompagnée de commentaires. Quand Charles II fut remonté sur son trône, le docteur Walton lui présenta l'ouvrage, mais avec suppression des deux derniers feuillets de la préface, où il remerciait le Prolecteur de sa générosité; ils furent remplacés par trois feuillets appropriés à la circonstance. Quelques exemplaires ayant les premiers feuillets sont connus sous le nom de républicains, et les autres sous le nom de loyalistes.

Le docteur Castell fit imprimer en 1669, chez T. Roycrolf, en 2 vol. in-f°, le Lexicon heptaglosson , chef-d'œuvre d'érudition, où il consuma sa vie et sa fortune. 11 y dépensa trois cent mille francs, et mourut endetté.

En 1663, John Twyn, imprimeur, Thomas Brewster, libraire, Simon Dover, imprimeur, et Nathan Brooks, relieur, sont jugés, le 20 février, à la session d'Old Bayley, à Londres, et condamnés pour avoir, les uns imprimé un

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rsr,

Traité sur l'exécution de la justice, qu un devoir pour le magistrat etpout le peu

pic, les autres pour avoir coopéré a celte publication : John l 'wyri a être Mltpeodu pai le cou à une corde, (pie l'on coupera lui eMOi e \ ivant, afin que ses membres toieol coup. -, Kl entrailles arrachées, et brûlées lui vivant et sous ses yeux ;sa tète sera ensuite tiancbéeel son corps divisé en quatre quartiers pour 'I" '■' en soit disposé au gré de sa Majesté, laquelle fait grâce aux autres , mais qui seront retenus en prison aussi longtemps qu'il plaira a sa Majesté, et après avoir été deux fois mis au pUoi i avec écriteau. Thomas Brewster est en outre condamné à payer cent marcs, Simon Dover et Nathan Brooks quarante marcs, et ils sont condamnés en oulre à d'autres fortes amende>.

En 1666 des musiciens, ayant chanté quelques chansons satiriques contre le duc de Buckingham, furent mis en cause. Pour éviter le mauvais effet qu'aurait produit dans l'auditoire la lecture de ces chansons, "accusateur public s'avisa de ce moyen : il fit distribuer a chaque juge un exemplaire, et ne lisait que le premier motet le dernier de chaque passage incriminé ; il les communiquait ensuite aux accusés,en leur demandant s'ils les reconnaissaient. Ils furent condamnés à 500 livres sterling d'amende, à être fouettés et mis au pilori.

Le grand incendie de 1666 consuma le quartier de la Libraire à Londres, et détruisit un uombre immense de livres.

En 1668 la loterie de M. Ogilby, imprimeur de roi Charles II, est la première qui ait été faite en Angleterre pour la vente des livres. Les billets étaient de 6 francs; la valeur des livres d'environ 350,000 fr. Il y avait 3,36S lots ; le gros lot était de 1 ,500 fr. en livres, le second de 1,450 fr., et ainsi de suite.

Au dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, en Angleterre comme dans les autres pays, la typographie éprouva un moment d'arrêt. Il faut mentionner toulelois la superbe édition de {'Histoire de Jacques de Thou, imprimée parBuckley en 1733, 7 vol. in-f°. C'est la meilleure et la plus complète.

Avec la seconde moitié du dix-huitième siècle commence en Angleterre une nouvelle ère pour la typographie.

Baskerville.

Peu satisfait du mauvais goût des caractères d'alors, John Baskerville résolut d'en graver de nouveaux , et il y réussit à force de patience et d'habileté. Ses caractères furent admirés, quoiqu'ils soient un peu maigres. Soutenu dans ses essais par l'université de Cambridge, il publia, en 1757, son Virgile, petit in-4°, qui excita l'enthousiasme général, et qui fut regardé comme son chefd'œuvre; il donna ensuite plusieurs auteurs

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latins, entre autres Horace, en 1762; puis une édition de Milton, une Bible anglaise, et enfin VOrlando furioso de l'Arioste, 4 vol. grand in-8°, avec quarante-sept planches gravées.

Les caractères de Baskerville sont élégants. On ne trouve dans ses éditions aucun des ornements employés alors, tels que vignettes, initiales ornées, etc. ; mais elles se distinguent par l'amélioration qu'il apporta dans la fabrication et l'apprêt du papier et dans la confection de l'encre.

A sa mort, qui eut lieu en 1775, une société française, à la tête de laquelle se trouvait le célèbre Beaumarchais, acheta tous ses caractères, avec lesquels furent publiées les diverses éditions de Voltaire imprimées dans le fort de Khell (1).

C'est en 1741 que Samuel Richardson, l'immortel romancier de l'Angleterre, commença à imprimer pour son propre compte Pamela, le premier de ses romans. Jusque-là Richardsou n'avait guère imprimé que des feuilles publiques. On lit son nom sur le titre de vingt-six volumes du journal de la Chambre des Communes. 11 fut d'abord ouvrier imprimeur, comme Franklin, et tous deux ont honoré l'imprimerie par leur talent et leur caractère ; mais ils n'ont pas cherché à signaler les ouvrages qu'ils imprimaient par la perfection typographique.

En 1755 Smith publia son ouvrage sur l'imprimerie, intitulé Prinlers' Grammar.

D'autres ouvrages, volumineux, sur cet art ont paru en Angleterre, tels que Luckombe, History and Art of Printing , 1770 (il olfre un résumé du précédent pour la partie technique , du Typographkal Antiquilies, d'Ames, pour la partie historique , et des Mechanical Exercises, de Moxon, pour ce qui concerne les presses) ; — Stower's Printer's Grammar, 1808; Palmer's History of Printing ; Johnson's Typographia, or the Printer's lnstructor , 1824; Hansard, Typographia, 1825; Watson, History of Printing.

Enfin, Timperley adonné en 1842 YEncyclopxdia ofLilerary and Typographical Anecdotes.

Luke Hansard fut imprimeur de la Chambre des Communes, de 1799 à 1828. Son imprimerie, très-considérable, occupait un vaste local. Son fils est l'auteur d'un ouvrage fort diffus sur l'imprimerie. M- Spottiswood, l'un des plus habiles imprimeurs de Londres, est aujourd'hui chargé des nombreuses impressions du Parlement.

William Strahan, né à Edimbourg, en 1715, nommé membre du parlement en 1775,

(i) Par une singularité semblable, M. Alexandre de la Borde lit imprimer chez mon oncle P. Didol avec des caractères qu'il avait achetés de Bodoni son foyage pittoresque de l'Espagne ( ioog-iom',. 2 vol i:' roi.

fut l'ami de Charles-James Fox ainsi que de Benjamin Franklin. Son fils Andrew lui succéda comme imprimeur, et fut, comme son père, membre distingué du Parlement. 11 mourut en 1831, laissant une fortune de plus d'un million de livres sterling provenant de son privilège sur l'impression de la Bible.

En 1728 Voltaire fit paraître à Londres sa Henriade, format grand in-4°, avec gravures. La dédicace, écrite en anglais par Voltaire, est adressée à la reine d'Angleterre. Ce poëme parut par souscription au prix d'une guinée par exemplaire. On a prétendu que cette souscription avait produit 150,000 fr. à l'auteur ; mais on a calculé sur le placement de toute l'édition, ce qui est une erreur. Voltaire, dans sa Correspondance , dit qu'en déduisant les frais de gravure , d'impression et les nonvaleurs, il n'en avait guère retiré que des ennuis.

Thomas Bensley fut avec Bulmer le plus célèbre typographe anglais de notre époque. Fils d'un imprimeur de Londres, il commença à se faire connaître par l'impression d'une traduction de Lavater, Londres, 1789, 5 vol. in-4°. Ses plus belles publications sont l'édition de luxe de la traduction anglaise de la Bible entreprise par Macklin , 1800, 7 vol. infol. ; Hume's History of England, 1806, 10 vol. in-fol. supérieurement exécutés. Les peintres et artistes Reynold , West, Opie, Norlhcote, Hamilton travaillèrent à saPoet's Gallery. On voit par son ouvrage de Thomson's Seasons, 1797 , grand in-fol., qu'il n'épargna rien pour élever un beau monument typographique dans son pays. Parmi les éditions d'un moindre formai on recherche l'édition de Shakspeare en 7 vol. C'est lui qui le premier osa mettre à exécution la presse-mécanique inventée par les deux Allemands de Leipsick MM. Kœnig et Bauer (1).

Bensley eut le malheur de voir deux fois tout le matériel de son imprimerie détruit par l'incendie. Mais cette infortune n'abattit point son courage ; et il continua ses travaux typographiques jusqu'à sa mort, en 1835.

(t) En 1814, aussitôt que la paix fut signée, j'allai à Londres juger des progrès que la typographie y avait faits. J'y admirai, entre autres, l'immense machine, bien simpliliée depuis, qui commençait alors â imprimer le Times, .le félicitai M. Bensley du courage qu .. avait eu de ne point reculer devant une telle dépense ( plus de ioo.ooo francs ) et MM. Bauer et Kœnig de leur merveilleuse invention. Dans un dîner chez Bensley avec ces ingénieurs mécaniciens des toasts furent portés aux progrès de la typographie. Us sont tels en effet, qu'il ne reste plus rien aujourd'hui de cette admirable et monstrueuse machine , remplacée succès siveraent par d'autres machines, encore plus expéditives. Au commencement de cette année , j'ai vu imprimer sur des presses à cylindres verticaux, invention de l'ingénieur Jpplcyath, le Times, cet immense journal, à raison de dix mille exemplaires par heure, et avec une admirable perfection Quid mortatwits arduum est !

C89 TYPOO

William flulmcr, né à Newcaitle, se di««

tingua tellement par son édition miniature des poêles anglais, et de Perse, 1790, que le roi George 111 le chargea de la publication des œuvres de Shakspeare , y volumes infolio, 1791-1804.

Ce chef-d'œuvre fit donner à l'imprimerie de William Bulmer le nom de Shakspeare Press; il publia ensuite les Poèmes de Goldsmilh cXParnell, 3 vol. in-fol.; le Paradis perdu, de Milton, en 3 vol. in-fol., 1794 ; le Muséum Worsleyanum , qui ne coûta pas moins de 27,000 livres sterling; les Portraits of the Sovereigns of the Turkish Empire, publiés aux frais du sultan Sélim ; enfin les Antiquities of the Arabs in Spain : ouvrages qui ont rendu célèbre le nom de cet imprimeur. Il mourut en 1830.

L'Angleterre a raison d'être fière de la magnifique édition de Shakspeare imprimée par Bulmer. Les belles gravures dont elle est ornée ont été exécutées par les plus habiles artistes nationaux; peut-être cependant a-t-on un peu trop vanté ce monument typographique. Il excita le zèle de mon oncle Pierre Didot, qui voulut aussi élever à Racine un monument encore supérieur à celui des Anglais. Son frère Firmin Didot, animé du même désir, grava les caractères et surveilla avec un soin extrême tous les détails de la fonte; Girodel, Gérard , Prudhon , Chaudet exécutèrent les dessins, qui sont des chefs-d'œuvre, et les plus habiles graveurs y consacrèrent un grand talent.

Whittingam. La perfection de ses impressions, et surtout sa grande habileté à tirer les gravures sur bois à une époque où généralement elles étaient mal imprimées (1), ont rendu célèbres les éditions sorties de ses presses, établies aux environs de Londres, à Chiswick. C'est sous ce nom que ses charmantes éditions sont connues. Parmi les plus remarquables qui parurent alors, je citerai la petite édition de Shakspeare, de 1818.

William Clowes possède une imprimerie considérable sur la rive gauche de la Tamise. Deux machines à vapeur mettent en mouvement 28 presses mécaniques, qui en une semaine impriment jusqu'à 2,000 rames de papier. En 1851, lors de la grande Exposition de Londres, elles travaillaient jour et nuit. L'étendue qu'occupent les resserres pour les planches clichées des divers ouvrages qui s'y impriment étonne l'imagination. Tout enfin

(«) Son neveu , qui en ce moment est juré avec moi pour l'Exposition des produits de toutes les nations à Londres, soutient la réputation de son oncle, auquel il i succédé. Les ouvrages qu'il imprime actuellement pour M. Pickering, renommé par le goût qui préside à ses charmantes éditions , sont imprimés avec des caractères dont la forme se rapproche de celles des types de Jenson et de Garamond.

RAPHIE

dans cette imprimerie portion gigante que.

il résulta <Fim rapport officiel adressé* aa Parlement Je 9 juin i8..i que pendant i. dernières années il a été Impffnn 1 million 157,Ooo Bibles et 760,000 Honvi Testaments; àOxford 920,7 60 Bibles* Nouveaux Testament ; .. Cambrl .. Bibles et 240,000 Nouveau Testament!

qui forme un total de 3 militons 927,760 exemplaires des saintes Écritures.

Sur le papier employé a ces impri tal a perçu en droits la somme de 17,653 liv., soit 441,450 francs.

Oxford — Longtemps on a cru que le premier livre imprimé en Angleterre avait él< publié dans cette ville; mais il a été démontré que VExposilio sancti leronimi in symbolum Apostolorum, attribué par Heerman à Corsellis, fut imprimé, non pas en 1468, mais en 1478.

Plusieurs ouvrages sans nom d'imprimeur parurent à Oxford en 1478 et 1479; un d'eux, les Lettres de Phalaris, traduites en latin par Fr. Arétin , imprimé par Thierry Rood en 1485, porte à la liu ces vers :

Hoc Theodoricus Rood, quem Collonla mlsit,

Sanguine Germanus nobile, pre.ssit opus, Atque sibi Socius Thomas fuit Anglicus Munie.

Dii dent ut Vcnetos exsuperare queant.

Quem Jenson Venetos docuit vir Galllcos arteit ,

Ingenio didicit terra Britanna suo.

Celatos Veneti nobis Iransmtttere libros

Cedite, nos aliis vendimus. o Veneti!

Quaefuerat vobis ars prima, l.atini.

Est eadem nobis ipsa reperta premens.

Quamvis sejunctos tolo canil orbe Britannoâ

Virgilius, placet his lingua Latma lamen.

En vantant les produits de l'imprimerie de l'Angleterre, Thierry Rood s'adresse aux Vénitiens, et leur dit qu'ils peuvent maintenant cesser d'envoyer leurs beaux livres en Angleterre, puisqu'elle aussi peut en vendre aux autre s pays, ce qui indiquerait, si ce livre n'était pas daté, qu'il est postérieur à l'année 1483 , ou . par un acte de Richard III, défense fut faite aux Vénitiens d'importer et de vendre en détail en Angleterre aucune marchandise, excepté toutefois les livres imprimés et les manuscrits.

En 1585 il sortit d'une presse établie à Oxford, aux frais de lord Leicester, l'ouvrage intitule : Johannis Casi Spéculum moralium Qusestiomtm in Âristotelis Ethicam, in-4°.

En 1713 lord Clarendon fonda à Oxford, avec les bénéfices considérables résultant de la vente de son Histoire de la Rébellion, une célèbre imprimerie d'où sortit une foule d'excellentes éditions d'auteurs grecs et latins, qui parurent à la Clarendonian-Press.

En 1S30 une nouvelle imprimerie importante s'établit à Oxford, sous le nom à'University-Press. Les éditions grecques et latines qui s'y impriment sont aussi remarquables par

r,ni

leur mérite littéraire que par leur belle exécution.

Ëton. — John Norton introduisit l'imprime rie au collège d'Éton, près Windsor; il était alderman de Londres , et grand maître de ia communauté des libraires, à laquelle il fit des dons considérables. Elisabeth le nomma son imprimeur pour l'hébreu, le grec et le latin. En 1615 il imprima la belle et savante édition de Saint Jean- Chrysoslôme, publiée aux frais et par les soins de Saville, qui en revit le texte grec sur les manuscrits. C'est un véritable chef-d'œuvre d'impression grecque, et les travaux critiques de Saville ne sauraient être tiop appréciés.

Lorsque Paul Estienne, fils de Henri II, vint à Londres, vers 1594, il eut des rapports d'amitié avec les hommes les plus distingués, et se lia particulièrement avec John Norton , auquel il permit de se servir de la marque distinctive de la famille des Estienne. Ce fut en 1005 que Norton en fil usage.

Cambridge. — Le premier livre imprimé à Cambridge est daté de 1521; c'est une traduction latine, faite par Linacre, d'un traité de Galien. Le nom de l'imprimeur est Jean Siberch, qu'on croit né à Lyon.

Edimbourg. — Sous la protection de Jacques IV l'imprimerie y fut introduite en 1508 par Walter Chapman et Andrew Millar. A cette ville appartient l'honneur des premiers essais de stéréotypie. En 1736 William Gedd imprima un Sallusle in-12, avec ce nouveau procédé, encore informe, et qui fut aussilôt abandonné. Edimbourg rivalise pour ses productions typographiques avec Oxford, Londres et Cambridge. Thomas Rudimanfut un de ses imprimeurs les plus instruits.

Glasgow. — L'imprimerie s'y établit en 1638. De 1743 à 1774 deux frères Robert et Andréas Foulis publièrent une série d'éditions classiques, qui méritent d'être mises à côté de celles des Coustellier, des Barbou et des Bodoni. Les principaux ouvrages sont : Cicéron, 1749, 20 vol. in-12; le Nouveau Testament, en grec, 1750; Homère, 1756, 4 vol. in-f°; Thucydide , avec la traduction latine, 1759; Hérodote, 17 Gl, elXénophon, 1762. L'Horace de 1775 est entièrement exempt de fautes. Mais toutes ces publications ruinèrent les deux frères. Un de leurs descendants imprima, en 1 806, de bonnes éditions classiques, parmi lesquelles on remarque le Virgile en 2 vol., de 1778, et ['Eschyle in-f°, de 1795.

Alost. C'est dans cette ville que Jean de Westphalie, qui, comme Pierre Schœf fer, avait été scribe, imprima Porphyrii liber I'redica-

bilium , en société avec Thierry Martens <■ in Alosto, per Johannem de Westphalia, Paderbonensem, cum socio suo Theodorico Martini (Martens), 1474, maii die sexto ><.

Cette indication a fait croire à Foppens que Martens apprit l'art de l'imprimerie de Jean de Westphalie. Cependant Martens, dans la souscription de son édition de Fratris Baptiste Manluani, etc.. de Vita Deata liôe//ws, Alost, 1474, dit que c'està Venise qu'il a appris son art :

Hoc opus impressi Martinus Theodoricus Alosll, Qui Venetum scita Flandrcnsibus affero cuncta.

Jean de Westphalie fut ensuite appelé à Louvain , et son imprimerie fut installée dans l'Université même. On lui donna le titre de Magisler artis impressoriee, qu'il avait seul le droit de porter. Ses livres, au bas desquels il mettait : Florida in Universilate Lovaniensi clarissimorum impressione characlerum , ont donné quelque célébrité à cette université. Dans son édition de la morale d'Aristote, traduite en latin par Léonard Arétin, il dit qu'il demeure dans la florissante université de Louvain, et qu'il a exécuté ce livre non lluviali calamo, sed arte quadam characterizandi modernissima.

Daunou dit que le premier livre imprimé à Louvain est Gesta Eomanorum, in-4°, daté de 1473; mais Lambinet affirme que le livre est sans date, et en effet sur l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale la date est mise à la main.

Les caractères que Jean de Westphalie appelle vénitiens sont à demi gothiques.

Martens d'Alost.

Thierry Martens vint aussi s'établir à Louvain, où il imprima un grand nombre d'éditions in-4° et les ouvrages d'Érasme et de Thomas Moins. A la fois homme de lettres et professeur à l'Académie de Louvain , Martens composa plusieurs ouvrages, qui prouvent son instruction; il savait l'hébreu , le grec, et parlait l'allemand, le français, l'italien et le latin. Martin Doipius, dans une lettre à Érasme, prétend que Martens aurait pu provoquer saint Jérôme, sinon pour l'élégance de la diction, du moins pour le nombre de langues qu'il savait. Mais cette même lettre nous apprend qu'il aimait fort à boire, et l'appelle un suppôt de Bacchus (1). Lui-même avait pris pour devise : In vino veritas (2). Quoique ses éditions soient très-correctes, dans l'une d'elles ( P Apologie d'Érasme, 1529) on lit cet avis : « Thierry Martens d'Alost, aux étudiants « salut et bénédiction typographique, a Bien que nous ayons soigneusement suffi) Theodorico nostro Barchi mystae.

(2) C'est peut-être par opposition à cette devise en l'honneur du vin <|iie Henri Estienne Ier du nom, son contemporain , adopta celle «lui accompagne son olivier : l'ins olci quatn vint.

TYPOC

« veillé la correction, de manière à nous ser- « vir des deux yeux et à négliger souvent " dans l'intervalle notre ami Bacrhus(l), ce- « pendant il a été impossible de ne pas laisser « échapper quelques fautes ; les voici : »

Sa probité et sa sincérité lui concilièrent l'estime et l'affection des savants, tels qu'Érasme, et des imprimeurs, ses confrères. Josse Bade, a qui Érasme avait envoyé le Livre des Similitudes, que Martens venait d'imprimer, se refusa à le réimprimer en France, de peur de nuire à son ami (2) !

Ses impressions, surtout celles en grec, sont bien exécutées. Les caractères étaient fondus par lui. Son premier livre imprimé en grec date de 1501.

Sa marque était une double ancre avec ces mots .- Theodo. Martinus excuoebat. Au-dessus sont ces mots H IEPA ArKTPA ; à droite : Sacra hœc Anchora non fefellit unquam ; à gauche : Semper sit tibi nixa mens honcsio , et au-dessous : Sacra Anchora.

Ne tempestatum vis aufcrat; Anchora sacra Quo inentem figas est Jacicnda tibi.

Et plus bas : iv ohup i\ àXvjGeia, avec le correctif TroXXobuç Èv otvou vauayet tiç xujxaaiv. L'épilaphe qu'Érasme composa pour Martin d'Alost fait allusion à l'ancre de son insigne : Hic Tbeodoricus jaceo , prognatus Alosto ;

Ars erat impressis scripta referre typis. Fratribus, uxori .soboli, notisque siiperstes,

Octavum vegetus prseterii decadem.

Anchora sacra manet, gratœ notissima pubi : Christe,precor,nuncsis Anchora sacra mihi.

Martens, après avoir exercé son art pendant cinquante ans, mourut en 1534, à Alost, où il avait commencé à imprimer dès 1473. Ses éditions nous le montrent en 1476 à Anvers, puis à Alost de 1487 jusqu'en 1492; les années suivantes à Anvers ; en 1499 à Louvain, pendant (rois ans; ensuite de nouveau à Anvers, jusqu'en janvier 1512 ; puis à Louvain, où il se fixa. A l'exemple de Gering, qui avait laissé ses biens à la Sorbonne, Martens légua sa fortune au couvent des Guillemites d'Alost , où il s'était retiré, après avoir perdu toute sa famille.

Bruges. Dans le Jardin de Dévotion, in- fol., qui parut vers 1475, Mansion nous apprend que c'est le premier livre sorti de ses presses ; ensuite parut, en 1476, l'ouvrage de Boccace : du Dechiet des nobles Hommes et cleres Femmes, Bruges, Colard Mansion, 1476. Le dernier livre avec date qu'il ait imprimé est les Métamorphoses d'Ovide, traduites de la-

n) Intérim xai xoy Bpojuov 7toXXaxi; à.-xzyo- [xevot.

(2) Ne iili damno sim , non ausira praelo committere : sanctius enim amicitiam coio. Lettre de Josse Bade à Erasme, g juillet isig.

11 est fâcheux que les imprimeurs et éditeurs belges n'éprouvent pas les mêmes sentiments d'arailié à l'égard des imprimeurs et éditeurs français, et de respect à l'égard de nos auteurs.

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