‹ Essai sur la typographieChapitre 16 sur 44 · TOI · texte numérisé non relu

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Quoique plusieurs fois , notamment en télé «lu César de 1635, ils déclarent qu'en publiant «les éditions correctes des meilleurs auteurs de l'antiquité, ils ne cherchent qu'à bien mériter de la république des lettres, cependant les <leux frères associés Bonaventnre et Abraham n'ont pas été à l'abri du reproche de manquer de ce désintéressement qu'on admirait chez les imprimeurs primitifs.

Malgré la liberté dont jouissaient les Elzeviers sous la protection du gouvernement républicain de la Hollande , cependant, soit par des motifs religieux ou politiques, soit par <lns motifs de convenance et de commerce , ils jugèrent prudent de ne point mettre leurs noms à plusieurs ouvrages sortis de leurs presses, tels que V Utopie de Thomas Morus, la Pietra del Paragone; la Secrelaria di Apollo di Boccalini, et surtout le Blessebois, les Raggionamenti et la Puttana errante.

Ces deux frères, non moins habiles dans l'art de la typographie que dans le commerce de la librairie, faisaient de fréquents voyages poulie placement de leurs livres , qu'ils faisaient imprimer quelquefois ailleurs que dans leurs ateliers, établis à Leyde, à Amsterdam, à La Haye et à Utrecht. Les derniers ouvrages imprimés par eux portent la date de 1652, année de la mort d'Abraham. Bonaventure ne lui survécut que de bien peu, puisqu'en novembre 1652, une lettre adressée à Hensius porte : «Vous avez sans doute appris la mort des deux Elzeviers. »

Par leurs longs travaux, leur concorde fraternelle , le grand nombre et la perfection des ouvrages sortis de leurs presses, ils ont acquis de justes droits à la reconnaissance des lettres et de la postérité.

C'est à eux que Balzac , dont ils avaient imprimé les œuvres diverses en une charmante édition in-12, en 1651, adressa cette lettre curieuse, en réponse à celle qu'ils lui avaient écrite. Elle est imprimée en tète du volume.

A MM. les Elzeviers, marchands libraires et imprimeurs à Leyde.

Messieurs, Je vous suis obligé, et peut-être plus que vous ne pensez. Le droit de bourgeoisie, romaine était quelque chose de moins que la faveur que vous m'avez faite ; car que croyez-vous que ce soit d'être mis au nombre de vos auteurs? C'est avoir rang parmi les consuls et les sénateurs de Rome; c'est être mêlé parmi les Cicéron et les Salluste; quelle gloire de pouvoir dire : Je fais partie de cette république immortelle; j'ai été reçu clans cette société de demi-dieux ! En effet, nous habitons tous à Leyde sous un même toit. De votre grâce, je suis tantôt vis-à-vis de Pline, tantôt à côté de Sénèque , quelquefois au-dessus de Tacite ou de Tite-Live ; et quoique j'y tienne peu de place, aussi bien qu'eux, je ne laisse

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pat que d'y l'Ire fort & mon aise et de m'3 en si bonne compagnie. Pour le moioi , t •

tOUl entier, encore que; •• Mil •> l'élroiL II ■

mère, notre patriarche, a bien été plot 1 1 que moi, él celui qui le logea dam une coque de noix était encore meilleur ménager de la matière dont il bâtissait. L'ai I étend el ■ .serre avec une égale louange de l'artisan, ti y a eu des. ouvriers que les pyramldet et lest ses ont mis en réputation; il y en a eu qu sont rendus célèbres par des bagues et de cliets. L'histoire ne parle-t-elle pas avec i d'un chariot à quatre chevaux qu'une mouche couvrait de ses ailes? Puisque cela est, et que la perfection des ouvrages se trouve, plutôt dans le lion usage de l'étoffe que dans sa pr ifusion , je n'ai garde de me plaindre que vous m'avez mis en petit volume; et pour n'être pas in-folio , je n'en suis pas moins, Messieurs , Votre très-humble et obligé serviteur,

Balzac.

Jean, fils d'Abraham, et Damf.i., fils de I! > naventure, fuient 'd'abord associés en 1652, et imprimèrent plusieurs beaux ouvrages, particulièrement l' Imitât 'ion, qui psi l'un des plus parfaits, des plus rares et des plus chers ; mais en 1655 Daniel se sépara de Jean, et alla se joindre à son cousin Louis (1), fils d'Isaac, qui à la mort de son père s'était établi à Amsterdam. Ils imprimèrent un grand nombre d'ouvrages, jusqu'en 1662, époque de la mort de Louis. Leur devise était l'olivier avec Minerve tenant d'une main un bouclier et de l'autre la devise ne extra oleas ; une chouette au-dessous de la devise indique que la vigilance est le devoir et la vertu de l'imprimeur, même durant la nuit. Leur correcteur était Zetterus, savant fort recommandable.

Les livres que Daniel imprima, soit seul, soit successivement avec ses parents, sont fort bien exécutés. Son Corpus Juris civilis, 1 vol. infolio, typis Ludovici et Danielis Elzeviriorum 1663 ; apud Johannem Blxuw, Ludoricumet Danielem Elzevirios, Lugd. Batavorum, est un de leurs plus beaux chefs-d'œuvre. Ce livre est imprimé à deux et quelquefois à quatre colonnes, avec notes en petits caractères aux deux marges et au bas des pages. La fameuse Bible traduite par Samuel Desmarest , 2 vol. in-f°, 1669, Amsterdam, chez Louis el Daniel Elzeviers, est un autre chef-d'œuvre typographique.

Quoique des divers pays de l'Europe on s'adressât à Daniel, comme à l'imprimeur majorum gentium, ainsi que l'appelait Muncker, cependant les guerres désastreuses pour la Hollande portèrent un grand préjudice à son commerce; en sorte que, malgré tonte son intelligence el son activité, il laissa une succession fort

(i) Il avait été capitaine de vaisseau avant de pueiv dre l'imprimerie de?son père.

embarrassée. Des fièvres contagieuses causèrent une grande mortalité à Amsterdam , et le 12 octobre 1680 Graivius écrivait à Hensius : « Daniel Elzevier est malade de la fièvre avec cinq personnes de sa maison » ; peu de jours après le même savant annonçait à Hensius : « Nous venons de recevoir aujourd'hui la triste nouvelle de la mort de notre ami commun, Daniel Elzevier. La république des lettres fait une grande perte, mais sa famille, dont une grande partie est malade, en fait une bien plus grande. »

Quelques successeurs des Elzeviers imprimèrent plusieurs ouvrages peu remarquables sous le rapport de l'art ; un grand nombre portent leur adresse qui leur sont môme étrangers. Ainsi se réalisa ce que Graevius écrivait en 1681 à Hensius : « Je crains bien que Daniel (1) n'emporte avec lui toute la gloire des Elzeviers, qu'on a vu fleurir pendant tant d'années par un si grand nombre de belles éditions qu'ils out données. »

L'année qui précéda la mort de Daniel, Wetstein.le père, imprimeur distingué d'Amsterdam, mourait également de la fièvre contagieuse, qui enleva une partie de la population.

La famille des Blseuw (en latin Caesius) se distingua aussi par ses belles et nombreuses impressions, comparables souvent à celles des Elzeviers. La superbe édition du Corpus Juris civilis, 1664, 2 vol., in-8°, qui porte sur le litre apud Johannem Blœuw, Lud. et Dan.

Elzeviros, a été imprimée chez Blaww, puisqu'on lit à la fin du second volume Ex typographia Joannis Bldsuw. Il paraît que les Bibles imprimées à Cologne qui parurent sous les noms de Guallerius, Balthazar Egmond, etc., ont été imprimées par Bla?uw. La belle Bible de 1682 et la Concordance de 1684, qu'on a attribuée à tort à Daniel Elzevier, qui alors était mort, paraissent aussi être sorties des presses de Blœuw.

Guillaume Blaeuw, père de Jean et de Cornélius Blœuw, était disciple et ami de Tycho- Brahé. A la fois imprimeur et éditeur, il est l'auteur de cartes géographiques remarquables par leur exactitude et leur belle exécution. Son Atlas géographique , ou Theatrum Mundi, 16G3-67, en 14 vol. in-f°, est un beau monument de chalcographie.

Dans ces derniers temps, le roi Guillaume Ier des Pays-Bas, qui avait prodigué les encouragements aux imprimeurs et libraires de Belgique pour reproduire les livres français dès leur apparition en France, au grand préjudice des auteurs et libraires français, voulant assurer à cette industrie un avenir fondé sur la perfection des moyens d'exécution, acquit de M. Jules Didot sa typographie pour la somme

(i) D.inipl Hensius fut son pnrrain , et la femme de Mcursiiis vi marraine.

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de 400,000 fr. Mais la révolution qui survint en Belgique fit mettre cette typographie sous le séquestre. A la conclusion de la paix elle fut rendue au roi Guillaume , qui voulut relever en Hollande la typographie et rappeler les beaux temps des Elzeviers et des Planlins. De superbes ateliers furent construits à La Haye, et on appela des Français habiles pour organiser les diverses branches qui constiluent la typographie. Quand tout fut prêt, sur la demande du directeur de cet établissement, le roi donna ordre aux divers ministres d'y faire exécuter leurs impressions pour donner la vie à ces beaux ateliers.

Mais les imprimeurs d'Amsterdam représentèrent au roi que cet établissement leur ferait une concurrence ruineuse, et leur enlèverait des travaux qui faisaient la prospérité de leurs imprimeries. « Avec quoi, lui direntils, payerons-nous les impôts si l'État nous ruine en nous privant des travaux inhérents à noire industrie? Laissez nous, sire, nous efforcer de remplir honorablement nos devoirs de citoyens cl de pères de famille, et contentez-vous d'être le roi de sujets heureux et riches. »

« Le roi Guillaume, contrarié, mais vivement frappé de leurs observations , trop bon commerçant pour n'en pas apprécier la justesse, prit bientôt son parti, et, leur souhaitant de continuer à demeurer de bons et utiles citoyens, dont la gloire lui était chère, déclara se contenter du métier de roi et renoncer au métier d'Imprimeur. Le lendemain le matériel était rentré dans les caves, où il est encore, et l'Imprimerie royale cessa d'exister.

« Heureux pays, ajoute M. Ch. Laboulaye, que celui dont les chefs ne font pas consister la gloire dans la splendeur de l'administration et dans la nation officielle, mais dans la prospérité de tous les citoyens (I)! »

Alcala. C'est dans le couvent de Complutc (Complutensi universitate) que fut exécutée à grands frais et par la volonté du cardinal Ximenès la première Bible polyglotte, 6 volumes in-fol., imprimée par Arnaud-Guillaume de Brocar de 1514 à 1517. Aucune dépense ne fut épargnée, soit pour les travaux littéraires, soit pour l'exécution typographique. Des manuscrits furent réunis de toutes paris, et Léon X, qui prenait un grand intérêt à cette entreprise et encourageait Ximenès à la porter à la perfection , lui communiqua les manuscrits du Vatican. Les éditeurs furent honorablement rétribués, et l'ensemble des dépenses dépassa cinquante mille couronnes d'or. Le travail , commencé en 1502, fut achevé en quinze ans.

(0 On mot sur l'Imprimerie Nationale; Paris, in-8°, 1831 , rue Madame.

L'impression venait d'être terminée lorsque, le cardinal mourut. Des doutes s'élevèrent à Rome sur l'utilité de rendre public cet ouvrage, et ce fut seulement le 22 mars 1520 que le pape Léon X en autorisa la publication. Cependant la distribution et la mise en vente n'eurent lieu qu'en 1522 (I).

L'imprimerie s'introduisit plus lard en Espagne qu'en Italie et qu'en France. A Valence le premier livre imprimé est de 1474 , Obres o Trobes Délia Verge Maria, in4°. A Séville l'imprimerie y parut en 1475 ainsi qu'à Saragosse ; à Salamanque, en 1485 ; à Tolède , en 1486 ; à Barcelonne , en 1497 ; à Madrid, en

C'est à Saint- Philippe, autrefois Xalioa, que la fabrication du papier fut introduite en Europe par les Arabes dès leur arrivée en Espagne. Cette ville autrefois importante et célèbre dans l'antiquité par ses manufactures de draps, ainsi que nous l'apprennent Pline et Strabon, le fut bien plus au moyen Age par ce que nous en dit Edrisi. « On y fabrique aussi du papier excellent et incomparable, que l'on exporte en orient et en occident (2). »

Les Arabes fabriquaient en Orient du papier avec du coton et de la soie. Ces substances étant rares en Espagne, ils firent du papier avec le chanvre et le lin. Un traité de paix conclu entre Alphonse II, roi d'Aragon, et Alphonse IX, roi de Caslille, daté de 1178, existe dans les archives de Barcelone; il est écrit sur papier. Peu de temps après, la fabrication du papier s'établit à Valence et ensuite en Catalogne.

Madrid. Le plus célèbre imprimeur de l'Espagne est Joacbim I barra, né en 1726, mort à Madrid, en 1785. Il fut le premier qui employa le satinage du papier après l'impression. Charles III le nomma imprimeur du roi. En 1772 il fit paraître la traduction espagnole de Salluste faite par l'infant don Gabriel. Cet ouvrage, qui est fort bien exécuté, est mis au rang des chefs-d'œuvre typographiques. Comme dans les éditions d'Aide, les caractères sont italiques ou penchés. On estime aussi son édition de Don Quichotte, 1780; Y Histoire d'Espagne de Mariana , et la Bible latine, qui parurent la même année.

En 14S9 les juifs Samuel Zora et Raban imprimèrent en Portugal le premier livre connu : c'est un commentaire sur le Pentateuque. En 1491 une édition célèbre du Pentateuque hébreu fut imprimée à Lisbonne.

(0 11 paraît que des motifs semblables ont empêché Jusqu'à ce jour la publication du texte Latin de la Bible d'après le célèbre Codex Vaticanus. Lorsque j'étais à Rome en «841 le cardinal Anglo Mai en avait achevé l'impression.

(2) Trad. par A. Jaubert. Tome II, p. 37.

Encycl. MOU. — T. XXVI.

L'imprimerie fut introduite i Ho 1564, sous le règne de Jean Bai itdwftcfe , mais la ville fut bientôt aprèe incendiée par le louais, ainsi que le matériel de l'imprimerie. Clievillier prétend qn'nti Anglais, qoiûitamlMI sadeur en Russie pendant sept ans , lui i que c'étaient les Russes eux-mêmes qui brûlèrent l'imprimerie, dans la crainte que la religion n'en reçût quelque atteinte. Le senl 1 que l'on connaisse de celte première imprimerie est un Nouveau Testament slave.

Le livre intitulé Aposlol, imprimé en 1564, est d'une telle rareté qu'on n'en connaît qu'un seul exemplaire. Il fut volé en 1730, pal trouvé et remis à la Bibliothèque de l'Aeâdémie de Saint-Pétersbourg. Il parait que trenledeux ans s'écoulèrent avant qu'on réimprimât à Moscou d'autre ouvrage. En 1644 l'imprimerie acquit de l'importance, sous le czar Michel Federowitsch. Des caractères furent demandés à Amsterdam, et en 1743, sous les auspices du prince Vaknsel une Bible fut imprimée en caractères géorgiens.

Jean Snell y imprima dès 1493 le Dialogus Creaturarum moralizalus. C'est le premier livre daté que l'on conserve à Upsal.

Anundus Olai fut nommé en 1 594 imprimeur du roi, et en 1700 l'Académie de Stockholm institua un imprimeur de l'université. Tous deux jouissaient de privilèges particuliers.

Christine fit venu1 à Stockholm un des parents de la famille Blseu w, et lui accorda comme imprimeur une pension annuelle et divers avantages.

En 1611 on imprima pour la première fois à Stockholm en caractères runiques.

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