‹ Essai sur la typographieChapitre 17 sur 44 · TURQUIE · texte numérisé non relu

TURQUIE

Constantinople. Déjà au quinzième siècle quelques livres imprimés par les juifs avaient paru à Constantinople. Mais un décret sévère du sultan Bajazet II, en 1483, renouvelé en 1515 par son fils Sélim I, défendit l'imprimerie sous peine de mort. Une histoire hébraïque de Joseph BenGorim porte la date de Constantinople 1490. D'autres ouvrages parurent de 1492 à 1598; le plus important est le Pentateuque Polyglotte de 1546. Au seizième siècle, le moine Nicodème Metara, de Céphalonie , secondé par le patriarche Cyrillus Luckaris, essaya d'y rétablir une imprimerie; mais ses efforts furent entravés par les jésuites. En 1698 une presse arménienne introduite en Turquie fut presque aussitôt détruite par les janissaires, sur l'ordre du sultan.

L'établissement de l'imprimerie n'eut lieu réellement que dans le dix-huitième siècle . sous la protection du gouvernement.

Ibrahim- Effendi, par son zèle infatigable, parvint à vaincre les préjugés de ses compatriotes et surtout des oulémas. Sous le règne du sultan Ahemed II, l'année de l'hégire 1 139, ou 1726 après J.-C, il obtint du sultan la permission de faire venir des matrices de Leyde et de fondre des caractères.

Le premier livre qu'il imprima fut un dictionnaire turc-arabe, publié de 172fià 1728; une grammaire française -turque parut ensuite en 1730. Après sa mort, en 1744, l'imprimerie, qui avait éprouvé quelque temps d'arrêt, reprit le cours de ses travaux.

En 181G, quand je visitai l'imprimerie Impériale à Scutari, où elle est fort bien organisée, elle Occupait quatre presses. Leur chef, dont j'ai oublié le nom, excitait ses ouvriers, qui tous étaient musulmans, à bien faire, et il avait visité les ateliers des principales typographies en Europe.

A l'imprimerie grecque du Patriarche M. Argyrammos achevait alors l'impression du premier volume grand in-f° de l'immense dictionnaire grec ancien et grec moderne, nommé Ktëano? V arche, auquel concouraient les Grecs instruits du Fanar. Il espérait pouvoir achever cette vaste entreprise, qui malheureusement n'a point été continuée.

Jusqu'en 1820 c'est principalementà Venise, chez Nicolas Glyky, que s'imprimaient en grand nombre les livres de liturgie , et en très-petit nombre ceux de science, de littérature et d'éducation dont la Grèce avait besoin. Quelquesuns étaient imprimés aussi à Vienne. C'est à Paris que le docte Coray publia, aux frais des généreux frères Zosima, la Bibliothèque Hellénique, enrichie de ses savants commentaires.

Quand je visitai Chios, les amis de Coray, les Rhodokanaki, les Rhalli me témoignèrent le désir d'y établir une imprimerie, dans le collège où Bardalachos et Bambas instruisaient la jeunesse grecque , si avide de leurs leçons. Une imprimerie composée de nos caractères y fut envoyée, et le discours prononcé par Bambas dans le collège fut la première impression faite à Chios. Plusieurs ouvrages y furent ensuite bien exécutés, ainsi- qu'on en peut juger par la grammaire grecque de Néophytos Bambas, imprimée en 1S21 à Chios par les soins de J. D. G. Bayroffer, dont le nom (i«ure en Allemagne parmi ceux des bons imprimeurs.

Mais bientôt, en avril 1822, cette imprimei if lut anéantie avec la malheureuse ville de Chios. La bibliothèque, qui contenait déjà 12,000 volumes, disparut également (I).

(i) « Us rac montreront dans la bibliothèque de leur fiymnase", avec un plaisir égal a celui que J'éprouvais

mol même, les livres dont j'avais lait présent en

En 1817, pendant mon séjour au collège de Cydonie (I), les professeurs et les élèves me témoignèrent aussi le désir d'y établir une imprimerie, et me prièrent d'enseigner à l'un d'eux les diverses branches de la typographie. Dès mon relour à Paris Constantin Dombras, qui avait été mon camarade au collège de Cydonie, vint dans notre établissement y apprendre la gravure, la fonte des caractères et l'imprimerie. Après deux ans d'études il revint à Cydonie; mais l'imprimerie qu'il y avait rapportée eut le sort de celle de Chios, et fut anéantie le 15 juin 1821, lorsque les Turcs incendièrent la ville.

Pendant la lutte d'extermination entre les Grecs et les Turcs, qui excita si vivement en Europe l'intérêt des amis des lettres et de l'humanité, MM. Firmin Didot tirent don à la Grèce d'une imprimerie, qui fut établied'abord à Hydra, où elle imprima en 1824 le journal l'Ami de la Loi, à 4>£).oç toù JN"ôu.ov; elle fut transportée ensuite à Nauplie (2).

Deux imprimeries s'étaient établies à Missolonghi, et en 1824 le journal des Chroniques Helléniques, Kpovixà 'JSXXïjvixà , s'y imprimait, avec les caractères que lord Byron y avait fait venir. L'autre imprimerie possédait les types de notre fonderie; et c'est, dit M. Colton (3), avec les caractères de Didot que fut imprimée l'oraison funèbre de lord Byron prononcée à Missolongbi, encore assiégée par les Turcs (4).

En 1830 André Koromélas, sur la recommandation du prince Michel Soutzo, fut admis dans la typographie de MM. Firmin Didot, et établit sous leurs auspices à Athènes une imprimerie, maintenant considérable.

L'imprimerie royale vers le même temps fut fondée, et convenablement pourvue de caractères de la fonderie de MM. Didot, qui y ont envoyé une presse mécanique, la seule qui existe encore en Grèce.

Mais jusqu'à présent presque tous les livres imprimés ne sont que des traductions ou des livres d'éducation. Je citerai cependant quelques mémoires historiques, tels que Y Histoire des combats maritimes des trois îles Hydra

1812 au collège lorsque j'appris de mon respectable maître Coray qu'on y devait former \mc bibliothèque publique. » (Notes d'un Voyage fait dans le Levant en I8t6 et 1817, p. 140. )

(1) Ville du continent de l'Asie derrière les fies Hécatonnôses ( Moschonnisi ). Le collège était dirige par les professeurs Théoplulos Kaïris, mon hôte et mon ami, Eustratios et Gregorios. Les professeurs étaienl habiles et les bâtiments magnifiques.

(2) Voy. Cotton, Typngruphical Gazctteer, seconde édition, Oxford, at the Cniversity press, 1x51.

(5) P. 174, même ouvrage. Le Courrier de l'Orient fut imprimé quelque temps à Patras.

(4) L'histoire conservera le souvenir de l'énergie patiente et courageuse avec laquelle M. ÎMaurocnrnalo a défendu Missolongbi après la mort de lord Byron , événement si déplorable pour la Grèce et pour les lettres.

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Spezia et Psara pour conquérir l'indépen

dance, par Antoine A. Miaoulis,Nauplie,l883,

typographie de Constantin Dombras; — le poème. Sw le pin/ s de Delvinaki sous Ali l'ucha, Égine, imprimerie de Koromélas ; — les Mémoires sur l'Hétérie, par Jean Philémon, Nauplie, 1834 ; — ceux AePerraivos, en deux volumes, Athènes, 1830; — ceux de Germanos, évoque de l'atras, Athènes, 1837, etc.

On a regretté de ne point voir les produits typographiques de la Grèce figurer à l'Exposition de Londres parmi ceux des nations civilisées. L'établissement de l'imprimerie à Athènes constate l'invincible puissance de la presse, puisque c'est elle qui en Europe a soulevé l'opinion des peuples chrétiens en faveur de la Grèce et forcé les rois à réunir leurs étendards, catholiques, protestants et du lit Grec, à Navarin pour cette nouvelle croisade du dix-neuvième siècle.

La Grèce s'est bornée à inscrire sur ses bannièresà l'Exposition de Londresdeux sentences de ses anciens poètes, comme gage d'un meilleur avenir.

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