‹ Essai sur la typographieChapitre 27 sur 44 · GI · texte numérisé non relu

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TYPOGRAI'IIIK

d'jcelles nostlistes lettres, prohibitions et défenses soitet demeure en suspens etsurséancejus((u'a ce que par nous autrement y ait été pourvu ; et cependant nous mandons et ordonnons à vous, gens de notredite cour du parlement de Paria, que incontinent vous aviez àélire vingt-quatre personnages bien qualifiés et cautionnés, desquels nous choisirons et prendrons douze, qui seuls , et non autres, imprimeront dedans notre ville de Paris, et non ailleurs, livres approuvés et nécessaires pour le bien de la chose publique , sans imprimer aucune composition nouvelle, sur peine d'être punis comme transgresseursde nos ordonnances, par peines arbitraires. Les noms desquels vingt-quatre personnages nous seront par vous envoyés par écrit, ensemble votre avis sur la forme et manière qu'il vous semblera que lesdits douze personnages, ainsi choisis et élus desdits vingt-quatre, auront à tenir au fait desdites impressions pour en ordonner ainsi que verrons et connaîtrons être à faire. Et jusqu'à ce qu'il nous ait été satisfait à ce que dessus, et que lesdits noms et avis nous aient été envoyés pour faire notre déclaration, de notre vouloir et plaisir, nous avons de ce chef prohibé et défendu, prohibons et défendons à tous imprimeurs généralement, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, qu'ils n'aient à imprimer aucune chose, sur peine de la harl, le tout par manière de provision et jusqu'à ce que nous avions plus amplement été informé sur les remontrances qui nous ont été faites quant au fait desdites impressions et que nous ayions arrêté si nous voudrons faire corriger lesdites lettres d'ordonnance, prohibition et défense par nous, comme dit est , sur ce décernées, ou non. »

153G. Corrozet (Gilles), poète, historien et traducteur. Les livres de ce libraire, très-instruit, sont recherchés. Parmi ceux qu'il a composés lui-même on distingue La Fleur des Antiquités et singularités de Paris, 1533 ; imprimé chez Bossozel et réimprimé plusieurs fois. L'édition de 1543 indique pour chaque rue leurs tenants et aboutissants, ce qui donne des renseignements curieux sur la position des anciennes rues. Son Catalogue des Villes et Cités de France, 1538, imprimé chez Janot, offre aussi de l'intérêt, ainsi que Les divers et mémorables Propos des nobles hommes de la Chrétienté, ouvrage rare, quoiqu'il ait eu cinq éditions. Son Conte du Rossignol en vers français, Paris, Gilles Corrozet, porte la date d'avril 1536.

Si Ton en croit le privilège fait en son nom , Corrozet serait aussi l'auteur d'une pièce de vers intitulée : Triste Élégie sur la mort de François de Valois, fils aîné du roi François 1" ; se vend en la grand salle du Palais, et boutiques de Jean André et Gilles Corrozet ; ( et à la fin ) imprimé à Paris, le 6e jour d'octobre 1436. C'est donc par erreur que Lotlin , dans son Catalogue, ne le porte comme libraire qu'à la date de 1541.

Corrozet fut reçu imprimeur en 1555, et mourut en 1566. Sa devise était : In corde

prudentis reviresclt sapientia; <-t qui:; quefois une ro>c dans un cœur 0/.

1537. François l" (Ettietine) , déni fil-, de Henri Ier, libraire juré. Quoiqu'il i

au nombre des imprimeurs, il parait que le peu de livres qui port< ut BOD nom fut imprimé chez son beau-père Simon <!•• Coiines. Il avait reçu une éducation ii ainsi

qu'on le voit par le testament >U; son père.

1538. Martin Guillaume, libraire jo imprimeur, s'associe avec Sébastien Nivelle. Ils publièrent de grands ouvrages, tels que le Digeslum velus et novum, seu Pandeclx Juris avilis, 1559, 5 vol. in-fol. ; — Corpus Juris civilis, 5 vol. in-fol., 1567, en rouge et noir. La devise de Martin Guillaume était : I V. niet lempus messionis. — Non oderis laboriosa opéra. — Homo nascilur ad laborem. — Vade, piger, ad Jormicam.

1538 (17 janvier). Lettres patentes de François Ier adressées à la république [des lettres françaises), qui confèrent à Conrad Néobar le titre d'Imprimeur royal pour le Grec (2):

«Voulant que tous et chacun soient convaincus que rien ne nous est plus à cœur que d'assurer aux belles lettres notre bienveillance spéciale et toute notre protection aux études de la jeunesse, atin que le royaume de France ne manque point d'hommes qui pour enseigner la religion .rendre la justice et gouverner l'État, illustrent noire règne en préférant le bien publica leurs intérétspersonnels, nous avons naguère libéralement assigné des traitements à des savants distingués (3) pour enseigner à la jeunesse les langues et les sciences, et les formera la pratique, non moins précieuse, des bonnes mœurs. Riais nous avons considéré que pour hâter les progrès de la littérature, une chose, non moins nécessaire que l'enseignement public, manquait encore, c'est à savoir une personne capable, spécialement chargée de la typo graphie grecque, sous nos auspices et avec nos encouragements, pour imprimer correctement des auteurs grecs à l'usage de la jeunesse de notre royaume.

(i) Ces sortes de rébus qu'adoptèrent plusieurs imprimeurs de Paris furent également employés à Londres. Pour n'en citer qu'un exemple, l'imprimeur Grafton, dont les éditions sont nombreuses et estimées, mettait sur ses livres une tonne d'où sort.iil un arbre greffé, couvert de fruits, avec cetie devise : C'est à leurs fruits qu'on les reconnaît. Ce Grafton était imprimeur de la reine Marie, qui lui retira ce titre pour le donner à un autre imprimeur, John Cawod, qui fut aussi imprimeur de la reine Elisabeth ; il fut le président et le bienfaiteur de la compagnie des libraires de Londres, dont il avait été le fondateur.

(2) Franc. Dei gratia rex Francornm, Callica rcipublicœ, félicitas. Cette pièce remarquable a été indiquée par M. A. X. Renouard, dans le Catalogue de lu Bibliothèque d'un Amateur, t. I, p. 45s. Un exemplaire imprimé par Néobar lui-même se trouve à la Bibliothèque Mazarine (n° 16029). M. Crapelet l'a reproduite dans l'opuscule dédié aux amis des bonnes lettres et de la typographie, Intitulé : Des progrès de l'Imprimerie au seizième siècle, p. 28.

(s) En isso François 1er avait nommé des professeurs au Collège Royal, aujourd'hui Collège de France. Les plans des bâtiments, arrêtés en ism, ne purent être exécutés alors, faute de fonds.

a En effet, des hommes distingués dans les lettres nous ont représenté que les arts, l'histoire, la morale, la philosophie et presque toutes les autres connaissances, découlent des écrivains grecs , comme les ruisseaux de leurs sources. Nous savons également que le grec étant plus difficile à imprimer que le français et le latin, il est indispensable, pour diriger avec succès un établissement typographique de ce genre, qu'on soit versé dans la langue grecque, extrêmement soigneux, et pourvu d'une grande aisance; qu'il n'existe peut-être pas une seule personne parmi les typographes de notre royaume , qui réunisse tous ces avantages : nous voulons dire la connaissance de la langue grecque, une soigneuse activité et de grandes ressources (I); mais que chez ceux-ci c'est la fortune qui manque, chez ceux-là le savoir, ou telle autre condition chez d'autres encore : car les hommes qui possèdent à la fois instruction et fortune aiment mieux poursuivre toute autre carrière que de s'adonner à la typographie, qui exige la vie la plus laborieuse,

« En conséquence, nous avons chargé plusieurs savants que nous admettons à notre table ou à notre familiarité de nous désigner un homme plein de zèle pour la typographie, d'une érudition et d'une diligence éprouvées, qui, soutenu de notre libéralité, serait chargé d'imprimer le grec.

« Et nous avons double motif de servir ainsi les études. D'abord, comme nous tenons de Dieu tout-puissant ce royaume, qui est abondamment pourvu de richesses et de toutes commodités de la vie , nous voulons qu'il ne le cède à aucun autre en solidité des études , en faveur accordée aux gens de lettres et en variété et étendue de l'instruction ; et que la jeunesse studieuse, connaissant notre bienveillance pour elle et l'honneur que nous nous plaisons à rendre au savoir, se livre avec plus d'ardeur à l'étude des lettres et des sciences; enfin que les hommes de mérite, excités par notre exemple, redoublent de zèle et de soins pour former la jeunesse à de bounes et solides études. Et, comme nous cherchions à quelle personne nous pourrions confier en toute sûreté celte fonction, Conrad Néobar s'est présenté fort à propos. Désirant beaucoup obtenir un emploi public qui le plaçât sous notre protection , et qui pût lui procurer des avantages personnels proportionnés à l'importance de son service, d'après les témoignages qui nous ont été rendus de son savoir et de son habileté par des hommes de lettres nos familiers, il nous a plu de lui confier la typographie grecque pour imprimer correctement dans notre royaume, soutenu de notre munilicence,les manuscrits grecs, sources de toute instruction.

« Mais, voulant prévenir toute fraude au préjudice de notre typographe Néobar, nous l'établissons dans son oflice, aux conditions suivantes :

« i° Il déférera à l'approbation de l'Univer-

(0 « Ac ncminem fere inter nostri regni typographos esse qui hxc omnia pracstare possit, dico gra?ci sermonis cognitionem, sedulam diligentiam , et facultatura coplara ; sed in his opes, in illis eruditioneni , in aliis aliud dcsiderari : nam qui literis pariter ac facultatibus Instmcli sunt, lios quidvis vita: instilutum perscqui malle quam rem typographicam, occupatissimam illam Vivendi raltonem, suscipere. »

site et de la Sorbonne les ouvrages qu'il imprimera;

« 2° Il déposera à la Bibliothèque du roi un exemplaire de toutes les premières éditions grecques qu'il publiera, aiin que s'il survenait quelque événement calamiteux aux lettres, la postérité conserve ce moyen de réparer la perte des livres;

« 3° Les livres que Néobar imprimera porteront la mention expresse qu'il est notre imprimeur pour le grec, et que c'est sous nos auspices qu'il est spécialement chargé de la typographie grecque, afin que non-seulement le siècle présent, mais la postérité apprenne de quel zèle et de quelle bienveillance nous sommes animé pour les lettres; et qu'instruite par notre exemple elle se montre disposée, comme nous, à consolider les études et à contribuer à leur progrès.

« Du reste, comme cet office est plus que tout autre utile à l'État, et qu'i I exige de l'homme qui veut l'exercer avec zèle des soins assidus , en sorte qu'il ne peut lui rester un seul moment pour des travaux qui pourraient le conduire aux honneurs ou à la fortune, nous avons voulu pourvoir de trois manières aux intérêts et à l'entretien de notre typographe Néobar :

« i° 11 lui est accordé un traitement de cent écus d'or, dits au soleil, à titre d'encouragement et pour l'indemniser en partie de ses dépenses ;

« 2° Exemption d'impôts et jouissance des privilèges accordés au Clergé et à l'Académie de Paris ;

o 3° Privilège pour cinq ans pour les livres que Néobar aura imprimés le premier, et de deux ans pour les livres qu'il aura réimprimés plus correctement sur d'anciens manuscrits, soit par ses soins, soit par ceux d'autres savants. »

Cet édit, aussi honorable pour François Ier que pour les lettres et pour la typographie française, est terminé par l'injonction au prévôt de la ville d'infliger une peine sévère à quiconque porterait trouble ou empêchement à Néobar dans l'exercice de son emploi ; « car nous entendons qu'il soit à l'abri des atteintes des méchants (1) et de la malveillance des envieux, afin que le calme et la sécurité d'une vie paisible lui permettent de se livrer avec plus d'ardeur à ses graves occupations ».

1538. Maillard (Olivier), libraire, est nommé imprimeur du roi.

1538. Un procès éclate entre les papetiers et l'Université; les imprimeurs interviennent. Le plaidoyer en faveur de Godard et Guillaume Merlin prouve que ces imprimeurs avaient ordinairement quatorze presses en ac-

(i) La protection du roi pour imprimer, même en grec, était déjà nécessaire. Les théologiens étaient généralement hostiles à ce genre d'étude. Conrad d'Heresbach dit avoir entendu, quarante ans plus tard, un moine prononcer en pleine chaire : « On a decouvert une nouvelle langue, qu'on appelle grecque, il faut s'en garantir avec soin; car cette langue entante toutes les hérésies ; quant à la langue hébraïque, quiconque l'apprend devient juif aussitôt. (Gaillard, Histoire de François l'-', t. IV. p. 177.)

tivilé, qu'ils occupaient deux cent cinquante ouvriers et consommaient par semaine «Jeux cents rames de papier. « Je ne crois pas, écri- « vait Crévier en 1 760, qu'il y ait actuellement à Paris aucune imprimerie de celte force. »

1539 ( août). Ordonnance datée de Villers- Cotterets qui supprime l'usage du latin dans les tribunaux et dans les actes publics, et lui substitue la langue française.

1539 (24 juin ). Robert Estienne est nommé par François 1er imprimeur pour l'hébreu et le latin. Le litre d'Imprimeur pour le grec avait été conféré a Néobar.

1539-1544. Robert Eslienne donne en 4 volumes in-4° la Bilbe en hébreu , « publiée pour la première fois, dit-il, sous les auspices et avec l'appui de François 1er, qui, pour encourager l'étude des langues et la jeunesse studieuse, accorde de larges rémunérations aux œuvres et aux travaux des professeurs ».

De 1544 à 1546, Robert Estienne en imprima uneautre, en 8 volumes (1).

1539. Dupuis (Mathurin rT) est reçu libraire juré. Cette famille de libraires exerçait encore leur profession en 17*8.

1539. Lebé {Guillaume leT), graveur et fondeur en caractères, est reçu libraire. Il avait été chargé par François 1er de graver les caractères en langue orientale dont se servait Robert Estienne. Philippe II le choisit aussi pour graver les caractères de la Bible imprimée à Anvers chez Plantin.

1539. Déclaration du roi François 1er du 31 août, portant

, Art. 6 : « Les dits compagnons continueront l'œuvre commencée, et ne la laisseront qu'elle ne soit parachevée, et ne feront aucun trie, qui est mot pour lequel ils laissent l'œuvre, et s'ils font perdre forme ou journée aux maîtres par leur faute ou coulpe , seront tenus de satisfaire lesdits maîtres. »

Art . 17. « Si les maîtres imprimeurs de livres en latin ne sont savants et suffisants pour corriger les livres qu'ils imprimeront, seront tenus avoir correcteurs suffisants, sous peine d'amende arbitraire; et seront tenus les dits correcteurs bien et soigneusement de corriger les livres, rendre leurs corrections aux heures accoustumées d'ancienneté, et en tout faire leurs devoirs ; autrement seront tenus aux intérests et dommages qui seroient encourus par leur faute et coulpe. »

1539 (28 décembre). François Ier rend obligatoire pour Lyon le règlement de 1539 relatif aux différends entre les maîtresimprimeurs et leurs compagnons et apprentis.

1540. Néobar meurt d'excès de travail et de fatigue, et Robert Estienne le remplace

(i) « J'estime que Robert Estienne a donné , soit en hébreu , soit en grec , soit en latin , soit en français , onze éditions complètes de la Bible, et autant d'éditions du Nouveau Testament. » Observations sur Hobert et Henri Estienne, par Firmin Didot, p. 201.

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comme, impi imeui rlu roi DOUI le grec, el le*

caraclèrea que Garamond avait comme]

graver lui sont confié* (l).

1540. Les caractère! grecs grav< ramond d'après l'ordre «le François 1", el connus sous le nom de t>jj» regil, furent cm fiés par ce prince et par les roi! ses gui seurs à ceux des imprimeurs qui se distinguaient le plus par leur savoir et leur habileté. François 1er, qui honorait ces imprimeurs du nom de typographi regii, o'eut jamais l'idée de créer une imprimerie royale travaillant pour le compte de l'État.

C'est en 1540 que parut le premier ouvrage imprimé avec les grecs du roi; il est intitulé Arislot. et Phil. de Mundo.

Pour les caractères romains, Garamond suivit les beaux modèles donnés par Jenson. Pour quelques caractères grecs, il suivit li dessins que lui donna Henri Estienne, qui s'était appliqué à la calligraphie en prenant pour son maître le Grec Ange Vergèce, dont la liibliothèque Nationale possède quelques manuscrits, d'une élégante écriture.

1540. Robert Estienne publie la Bible in-f° en latin, avec les noms des hommes, des femmes, des peuples, des idoles, des villes, des fleuves, des montagnes et des divers lieux indiqués dans la Bible en hébreu, chaldéen, grec et latin, le tout traduit en latin, et avec la description des lieux d'après les cosmographes. Dix-huit grandes gravures en bois, représentant le tabernacle de Moïse, le temple de Salomon, etc., d'après les dessins de François Vatable, accompagnent le texte. Voici ce que dit le père Le Long , dans sa Bibliotheca Sacra . sur cette Bible, où Robert Estienne prouve sa profonde connaissance des langues hébraïque, chaldéenne, grecque et latine : « H&'C edilio omnium Roberti Stephani praestantissima est et optima... opus sane in arte typographica, si unquam fuit, perlectum. » Celte superbe édition, qui contient le résullat des nouveaux travaux de Robert Eslienne sur le texte sacré, est de beaucoup supérieure, sous tous les rapports, à celles qu'il avait données en 1528, 1532, et 1534.

Quoique les docteurs en théologie ne pussent prouver qu'elle fût enlachée d'hérésie, cette Bible suscita de nouvelles persécutions à Robert Estienne, qui dans sa Réponse à la Censure, s'exprime ainsi : « Et lors de rechef furent allumées nouvelles flammes : car ces prud'hommes de censeurs se dégorgèrent à outrance contre tout le livre, auquel ils ne

(0 11 n'est fait emploi des caractères de Garamond dans aur.un des ouvrages grées imprimés par Néobar ou par sa veuve ; ceux qu'il employa étaient pins gros. Ce qui me fait croire que les earaetères gravés par Garamond appartenaient au roi, c'est que les Morel et les Turnèbe et autres étaient autorises à s'en servir.

trouvoient la moindre chose qui fût à reprendre, ni qu'ils pussent eux-mêmes redarguer, sinon aux sommaires, disant en leur censure qu'ils sentoient l'hérésie. »

1 540. [Le premier jubilé de l'imprimerie est célébré à Wittcmberg, par Hans Luflt, qui, adoptant la date de 1440 fixée par Ulrich Zell pour l'invention de l'imprimerie, réunit les imprimeurs de la ville, avec tous les ouvriers imprimeurs et les habitants de la ville, pour inaugurer cette fête solennelle.]

1541. Loys ou Louis ( Jean ), dit Tiletain on Tiletan (1), imprime une édition de Quintilien in-f°, très-estimée. Il était savant dans les lettres grecques et latines. Henri Estienne a fait en son honneur deux épitaphes, l'une en latin et l'autre en grec.

Le savant Guillaume Morel fut quelques années correcteur dans son imprimerie.

1542. Déclaration est faite par l'Université aux libraires de la défense «■ d'exposer aucun livre en vente avant d'avoir été examiné et visité. Dès qu'un ballot de livres leur parvient, ils sont tenus d'appeler quatre libraires, pour assister à l'ouverture, lesquels, d'après la nature des livres, feront leur rapport au recteur et doyens des trois hautes facultés, qui enverront chacun deux délégués, lesquels, après avoir examiné les livres, y apposeront leur paraphe, s'il y a lieu d'en approuver la vente. »

1542. Arnould et Charles Angelier firent imprimer un grand nombre d'ouvrages. Leur librairie était la plus considérable de l'époque. Ils avaient pour devise deux anges liés avec cette devise : « D'un amour vertueux, l'alliance immortelle, les Anges liez. »

1 542. Arrêt du parlement ordonnant que les imprimeries et librairies seraient visitées pour y saisir les livres favorisant les nouvelles opinions.

Peu de mois après, le 1er juillet.deux libraires jurés, Jacques Nyverd et Jean André (2), se présentèrent chez François Estienne, frère de Robert Estienne Ier du nom , pour y faire visite. Il s'y refusa : de là plainte des libraires jurés au parlement, qui par arrêt du 30 octobre ordonna à François « de représenter, exhiber et meLtre entre les mains desdils demandeurs tous et chacun des livres qui seront par eux demandés, pour être visités suivant ladite ordonnance, et cela sous peine de prison « (3).

(i) Il était rie Tielt, dans la Gueldre.

(2) C'est à M. A. A. Renouard que nous devons connaissance de ces faits, qui sont consignés dans une copie des trente-sept pièces historiques sur l'imprimerie et la librairie de Paris rassemblées par G.Claude Saugrain, auteur du Code de la Librairie, et qui furent acquises après sa mort , en 17G2, par la chambre syndicale de Paris.

(s) Ce Jean André, l'un des pljs acharnés ennemis drs Estienne, était, ainsi que Jacques Nyverd, un des limiers du président Lyset, qui les employait à sur-

1542. Charlotte Guillard, veuve de Rembold , qui l'avait instruite dans l'art typographique, devint veuve de rechef en 1542, parla mort de l'imprimeur Chevalon, qui l'avait épousée en secondes noces. Les travaux de l'imprimerie furent continués par elle avec autant de savoir que de courage. Elle publia d'importants ouvrages , parmi lesquels sont deux éditions du Corpus Juris civilis. Beaucoup d'éditions très-correctes données par elle furent longtemps prisées. En 1552, dans la préface du Lexicon Thusani, elle déclare « que depuis cinquante ans elle dirige son imprimerie, et lui consacre tous ses soins sans relâche et sans cesser de supporter ce poids, si lourd en soucis, peines, et dépenses. » Frédéric Morel fut quelque temps correcteur dans son imprimerie. L'évêque de Bergame, le savant Louis Lippomanus, qui avait faitimprimer chez elle en 1546 sa CatenaS. S. Patrum in Genesim, fut si satisfait de son exécution, qu'en se rendant au concile de Trente il vint tout exprès à Paris pour l'engager à en entreprendre le second volume, Catena in Exodum, qui parut en 1555, et qui est trèsbien exécuté.

1543. François Ier, par lettres patentes du 12 avril, confie le titre d'imprimeur royal pour la langue française à Denis Janot.

« Nous, par la grâce de Dieu, etc., ayant été bien et dûment advertis de la grande dextérité et expérience que notre cher et bien-aimé Denis Janot a en l'art d'imprimerie et es choses qui en dépendent, dont il a ordinairement fait grande profession, et mesmement en la langue françoise; et considérant que nous avons ja retenu et fait deux nos imprimeurs, l'un en laugue grecque et l'autre en la latine, Conrad Néobar pour le grec, Robert Estienne pour le latin, ne voulant moins faire d'honneur à la notre qu'ausdictes deux aultres langues, etc.-, etc. »

1543. François Ier exempte ies imprimeurs du service des gardes bourgeoises.

1543. Robert Estienne publie sa seconde édition de son Thésaurus Latinx Lïngux,1 volumes pouvant se relier en un. On y lit ce distique :

Immensum raodico venumdatur serc volumcn, TJberior fructus. Consule quxque boni.

1544. Robert Estienne publie la première édition de la Préparation Évangéliqueetde h Démonstration d'Eusèbe,2vol. in fe, imprimés avec les beaux caractères grecs gravés par Garamond, et dont la garde fut confiée à Robert Estienne; on en connaît trois de grosseur

veiller et dénoncer ceux qu'ils soupçonnaient coupables d'hérésie. Jean André excitait surtout les sorbonnistes pour qu'ils ne laissassent pas Robert Estienne s'enfuir de France. « Defunctus Joannes Andréas, qui sperabat maritare Clias suas de bonis ipsius ( Roberti ), ut erat zelotissimus catholic;c fidei, benc etiam cl.v i-Kibat semper quod fugerct ->. Epistolœ obscworuin f'irorum.

7 fin

différente : celui qui a servi a l'impression de VEusèbe; un autre, plus petit, que R. Estienne a employé pour son Nouveau-Testament in-1 6, édition connue sous le nom de 6 mirificam (I ) ; enfin le plus grand caractère, qui servit à l'impression du Nouveau Testament grec in-f" de 1550, imprimé aussi parR. Estienne. Ces lypes avaient été dessinés par le Cretois Ange Vergèce, que François Ier pensionna parmi les professeurs royaux ( du Collège de France), sous le titre de nos Ire écrivain en grec.

L'épltre dédicatoire de Robert Estienne au roi François 1er en tôle de V Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe est écrite en grec : en voici la traduction ; elle fait autant d'honneur au roi qu'à l'imprimeur :

« Robert Estienne, imprimeur du Roi, à tous ceux qui liront ce livre, salut.

« Si le divin Platon a eu raison de dire que le genre humain serait heureux quand les philosophes régneraient, ou quand les rois deviendraient philosophes, il faut s'empresser de proclamer la France réellement heureuse sous un roi tel que François 1er. N'est-ce pas, en effet, une merveille que ses entretiens avec les hommes les plus instruits, dans lesquels, presque tous les jours, après avoir réglé les affaires de l'État, il traite, au grand étonnement de ceux qui l'écoutent, toutes sortes de questions littéraires et scientitiques. N'est-il pas admirable de voir un roi, forcé de s'occuper des plus graves intérêts, traiter tous les sujets avec une éloquence et une justesse que peuvent a peine égaler les hommes qui ont consacré toute leur vie à l'étude; de l'entendre proférer cette maxime, digne d'un philosophe accompli, que la règle qu'il doit appliquer à l'exercice de son pouvoir, c'est de faire à la société tout le bien que lui permettent les circonstances ?

« Aussi son premier soin a-t-il élé de choisir, avec une scrupuleuse attention , les maîtres les plus habiles dans les plus belles sciences, et de leur donner des chaires dans cette école si fameuse où l'amour de l'étude attire de toutes parts d'innombrables élèves. Les hommes qu'il a trouvés suffisamment instruits, et déjà habitués au maniement des affaires, il les a élevés aux honneurs. D'autres encore ont reçu des présents véritablement dignes de la magnificence royale ; et quant à ceux qui ont voulu rester étrangers à toute instruction , il s'est montré si sévère à leur égard , que ceux surtout qui avaient de la naissance et de la noblesse, et qui regardaient l'étude comme incompatible avec leur condition, s'efforcent maintenant de joindre la culture des lettres à la science des armes.

« Enlin il a formé à grands frais une vaste bibliothèque, où il a rassemblé des livres de tout genre, et il ne se passe pas de jour qu'il n'en ajoute de nouveaux. Il a fait venir à grands frais de la Grèce et d'Italie les ouvrages des poètes et des historiens les plus célèbres de l'antiquité, et il a pris tous les moyens de faire

(i) C'est en effet par ce mot que R. Estienne loue la mirifique générosité du roi, qui fit graver ces petits caractères, aussi élégants que les premiers.

ÉNCYCL. MOU. — T. XXVI.

Jouir de ses richesse! quiconque le désire

dansée Lut qu'il a ordonne OUI OOISleil la

plus habiles d'exécutée des caractère* de Corne moderne et élégante. Avec ces caractère plus beaux ouvrages, Imprim lu, fi

multipliés a l'infini, se répandront dans toutes

les mains, et déjà noua en livrons au public un spécimen en langue grecque.

o Pour parvenir plus sûrement I HOU acquitter, comme nous le dévoua, de l'oiflee >i h

le roi nous a COnlié, nous avons pris soin de

collationner et comparer les textes de plusieurs anciens manuscrits; nous avons appelé à notre

aide les soins et les lumières de-, homme, les plus consommés dans ce genre de travail , et particulièrement attachés a notre maison.

Jouissez pleinement, lecteurs, du fruit de no» labeurs, et rendez de. justes actions de gr.ie.- an meilleur comme, au plus libéral des princes, qui vous prodigue ces dons avec tant de sollicitude et de munificence.

« Paris, la veille des calendes de juillet 1544. •

1545. Dans la Bible que Robert Estienne publia cette année en 2 volumes in-8°, il mil à côté de la Vulgate une nouvelle traduction du texte hébreu , plus fidèle que celle de saint Jérôme, qui lui-même avoue qu'il avait plus songé à exprimer le sens que la valeur des mots. R. Estienne ajouta aux marges et au bas des pages toutes les variantes confrontées avec la traduction de Sanclès Pagnin, des noies et des explications.

Cette édition excita de nouveau l'animosilé de la Sorbonne ; Robert Estienne dut céder à l'orage et chercher un refuge auprès du roi, ainsi qu'on le voit dans sa Réponse aux Censures des Théologiens de Paris (l) :

« Sept ans passés, l'an 1540 j'imprimai de rechef la Bible en laquelle je restituai beaucoup de passages sur l'original d'une copie ancienne, notant en la marge la vraie lecture convenant avec les livres des Hébreux, ajoutant aussi le nom du manuscrit.

« Et lors de rechef furent alumées nouvelles flammés.

« Qui est ce qui ne commit les fâcheries qui m'ont élé faites pour cela? Combien de temps m'a-l-il fallu m'absenler de ma maison ? Combien de temps ai-je suivi la cour du roi, duquel à la lin j'obtins lettres pour réprimer leur fotcénerie.

« Cependant pour ce que je leur étois suspect d'hérésie , comme ils disent, combien de

(i) Les Censures des Thcoloniens de parh,ctc, avee la Réponse d'icelui Robert Estienne; tssï, imprime avec l'olivier de Robert Estienne (à Genève). M. A. A. Renouard a reproduit cette Réponse dans ses Annula des Estiennes, p. b«, ïc édition.

Dans la conférence qui cul lieu a Fontainebleau en novembre !M7,cinq ou six articles encoururent le blAmc des théologiens. Mais, comme le fait observer M. Firmln Dldot , ces articles ne purent être condamnés qu'en vertu des décisions du concile de I rente tenu en i«4g; or, c'est en ItHB que A. Estienne ,i\.nt oublie sa Bible. P. lfln.

fois ma maison a-t-elle été fouillée par les juges à leur instigation, pour voir si on y trouverait quelques livres suspects! En 1541 j'imprimai le Nouveau Testament avec brièves annotations. Il s'éleva un murmure dont saillirent tout soudain leurs crieries accoutumées, tellement que pour la troisième fois je (us contraint à me cacher.

« Je laisse une chose qui est surtout digne de mémoire, que cela même que ces bons censeurs avaient condamné en moi fut alors imprimé de leur commandement par Jean André, lequel n'est pas moins ignorant que méchant et infidèle : c'est leur suppôt en toutes leurs trahisons, et fort bon soufflet pour inciter à dresser calomnies, et le plus âpre bourreau en cruauté qui lut oncques : aussi ils n'ont pas eu de honte de l'admettre en leur secret conseil.

« Cependant le roi François va de vie à trépas, et son fils Henri, le 16 août 1547, le premier an de son règne envoya aux docteurs de Sorbonne lettres patentes contenant ce qui s'ensuit :

« Comme ainsi soit que les maîtres, doyens et docteurs de la Faculté de Théologie en notre Université de Paris, n'auroient pas tenu grand compte de ce que notre feu seigneur et père leur auroit mandé touchant les Bibles de notre imprimeur Robert Estienne, et encore moins en auroient tenu compte depuis le trépas de notre dit feu seigneur et père ; pour ce est-il que nous te mandons, huissier, que tu fasses très-exprès commandement de par nous aus dits maîtres, doyens et docteurs de livrer incontinent leurs critiques et observations, qu'ils les baillent à notre dit imprimeur, pour qu'il les imprime en leur nom , et les mette au-devant ou derrière les dites Bibles ; et en cas de refus ou délai, comparaître à jour fixé par-devant le roi en son privé conseil. »

« Quatre jours après, ayant répondu qu'ils bailleroient à la Toussaint leurs censures, ils se moquent du roi, comme ils avoient de coutume, et se rient auprès de leurs brocs et flacons sans se soucier de rien.

« Je retourne à la cour, je demande qu'eux présents disent ce qu'ils ont à l'encontre de moi et qu'ils produisent leurs articles. Étant contraints, ils viennent dix (suivent les noms); ils entrent au conseil privé, plus nombreux que de coutume ; tous les cardinaux et évoques suivant la cour y étaient, le connétable, second après le roi , et le chancelier.

« Ayant débattu beaucoup de choses, avec grandes risées de toute l'assistance, à cause île leurs noises tumultueuses, pour ce qu'ils discordoient ensemble, il me fut commandé de répondre sur-le-champ, et parler pour moi. Je crois qu'en ma défense l'objurgation dont

j'usai sembla bien dure à ces dix ambassadeurs. Toutefois, la vérité de la chose contraignit aucun d'entre eux de témoigner que mes annotations étoient fort utiles.

« Après que nous eûmes été ouïs de part et d'autre, on nous fit retirer dans une garde robe prochaine. 11 leur est prohibé et défendu expressément de n'usurper plus en la matière de foi le droit de censurer, appartenant aux évoques, etc.

« Cependant la Faculté sollicite le bon prud'homme Guiancourt, qui pour lors étoit confesseur du roi, afin qu'il s'employât vaillamment et âprement à me combattre.

« Avisez, luiécrivoit-on, que Robert Estienne « soitcondamnécomme hérétique. Comment!

« qu'il soit dit qu'un homme mécanique ait « vaincu le collège des théologiens !» Et à la fin des lettres ( je les ai vues et lues ) il y avoit de rechef écrit. « Surtout voyez que Robert Es- « tienne ne vainque! » (1).

« Et m'élant retiré à Lyon, par devers trèsillustre prince cardinal de Guise, il m'avertit en gratide compagnie de gentils-hommes du changement qui était advenu ; et quand je lui demandai s'il n'y avait nul remède, il me repondit : Nul. Je fus bien triste, et lui dis adieu et au pays.

« Je m'en allai vers Castellan ( Pierre du Châtel, depuis cardinal), lui raconter ces choses, et lui dis le dernier adieu, voyant qu'il me falloit quitter le pays, et le priai bien fort qu'il lui plût savoir du roi que cela vouloit dire. — Castellan déclare au roi par assez long propos comment j'étois contraint d'abandonner le pays ; que la Dature des théologiens étoit telle de poursuivre jusqu'à la mort ceux auxquels ils se sont attachés. Lors le roi répondit que pour cela il ne me falloit pas laisser le pays; seulement que je me donnasse garde à l'avenir, ajoutant que j'eusse bon courage et que je poursuivisse comme de

(») Richard Simon, dans son Histoire critique du Vieux Testament, dit : « On pourrait mettre au nombre des interprètes de l'Écriture Robert Estienne, s'il n'avait témoigné lui-même dans toutes les préfaces de ses Bibles, qu'il n'était point l'auteur des nouvelles traductions qu'il donnait au public... Il est certain que Robert Estienne n'a pas agi avec assez de sincérité dans la plupart des éditions de la Bible qu'il a données , et qu'il a imposé en cela aui théologiens de Paris; principalement dans l'édition de isas. D'autre part, il semble que les mêmes théologiens auraient dû traiter avec plus de douceur et de charité Robert Estienne ù l'occasion des nouvelles traductions de la Bible qu'il fit imprimer avec des notes fort utiles, bien qu'il y en eût en effet quelques-unes qui méritaient d'être condamnées. Pierre Castellan, grand aumônier de France, qui rapporta au conseil du roi l'affaire qui était alors entre les théologiens de la Faculté de Paris et Robert Estienne, n'a pu s'empêcher de condamner en quelque chose l'excès de ces théologiens, lesquels trouvèrent des hérésies où il n'y en avait point; et cela venait, comme l'assure Castellan. de ce qu'ils ignoraient dans ce temps-là les langues grecque et hébraïque. »

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coutume à (aire mon devoir à orner et embellir son imprimerie. »

Mais les persécutions continuèrent, malgré le bon vouloir du roi , qui voulut môme, pour indemniser Robert Estienne des dommages qu'il avoit éprouvés, lui faire donner une forte somme d'argent (2,500 écus), lui promettant en outre d'être plus libéral une autre fois.

Mais, ajoute R. Estienne, les docteurs, « par leurs clameurs et remontrances, obtinrent ce que je désirais, c'était qu'on ne me baillât pas d'argent (car je puis dire en vérité que mon esprit a toujours été libre ; je n'ai jamais servi à l'argent ; le Seigneur m'a accoutumé au travail, comme l'oiseau au vol ). »

Il raconte les difficultés qu'il éprouva pour obtenir des lettres du bon vouloir du roi àson égard : « après avoir été cinq fois corrigées, à la fin elles furent scellées par le commandement du roi, très-clément prince.

« Je garde ces lettres par devers moi , et ne les divulgue point. Incontinent j'entends que dans trois jours je dois être mis en prison si je ne me garde. Alors je produis les lettres du roi. Ils devinrent plus muets que poisson, sinon qu'ils murmuroient entre eux sans dire mol. »

Dans les lettres de maître Passavant au président Lyset , si connu par son animosité contre ceux qui étoient soupçonnés d'hérésie , se trouve ce passage : « Et vos nescitis, ego vidi illurn maledictum liereticum Robertum, qui nobis est tam benè elapsus. Per Diem (ut dicit David ), vos bene dicebatis. « Cavele bene, ipse vobis evadet. » Epist. obscurorum Virorum.

1545. Benoît Prévôt imprima quelques ouvrages grecs, et en 1555 un ouvrage de Belon, Y Histoire de la nature des Oiseaux , en un volume in-f°, orné de belles gravures en bois.

1545. Charles Estienne, frère de Robert 1er, publie son petit traité deRe Hortensi, en tête duquel est une préface adressée à son neveu Henri, fils de Robert Ier, où il signale le mérite et les heureuses dispositions de ce jeune homme et son bonheur d'avoir Tusan pour précepteur. On sait qu'auparavant c'était Pierre Danès, ami de Robert, quiavait voulu cultiver cette belle intelligence et lui continuer ses leçons, malgré ses nouveaux devoirs de précepteur de Henri II ( 1 ). Voici cette préface adressée

(0 En vain les personnes les plus distinguées de la cour et de la ville sollicitèrent de Danès la inêrue faveur pour leurs enfants. «Non, leur disait- il, je ne le puis; les soins de ma charge auprès du dauphin, et mes fonctions épiscopales, me forcent de renvoyer souvent trois fois de suite mon Jeune Henri; il s'en va tristement , mais il ne se lasse pas de revenir : d'ailleurs, je suis l'ami de son père , qui est un frère pour moi. «

Observations littéraires et typographiques sur Itobert et Henri Estienne, par Firmin Didot, à la suite de sa traduction des Chants de Tyrtee; Paris, In-ia, t826.

Jlcnriculosuo. ■■ Video m i<-, uepotule, qjiiod jampridem summo de.siderio Ctipiéfcfln, at que i<i quantum gaodeara salis exprimera

non possum. Magnum enim est, Bdofc tem paternis, non solum moribus , sed Ptiam irigenioadsequendo lia itodere, utjamineante asiate felieem omnibus ingenîl rai et

tationem relinquat. Sed uesdo an omnium maximum esse dici debeat, praeceptorem nactum fuisse, qui bene natum ingéniant excolat, palri similem effieiat, omnium booarum litlerarum ornamenlis illuslrem atque insignem reddat : Qualem fœlicissime te adsecutum fuisseaudio JacobumTusanum , virum et in docendo et in dicendo ac scribendo tantae apud eruditos omnes autorilatis, ut nuuquam Ciceroni magis commendatus Chrysippus. »

Henri Estienne suivit ensuite les cours d'Adrien Turnèbe.

1546. Pour la première fois l'usage des guillemets est introduit dans l'imprimerie.

1546(3 août). Etienne Dolet, âgé de trentesept ans, célèbre imprimeur de Lyon, est brûle vif à la place Maubert, après dix-huit mois de prison à la Conciergerie de Paris. Il semble que toute l'existence de Dolet ait été sous l'influence de la fatalité antique. Bon père de famille, savant érudit, poète aussi bien en latin qu'en français, philosophe et chrétien , dévoué à l'ancienne foi de ses pères (1), sa vie aurait dû s'écouler paisiblement dans le commerce des muses , les travaux de son imprimerie, les soins de la famille, et le commerce de ses doctes amis Guillaume Budé, Pierre Danès, Tusan, Marot, Rabelais, Macriii, Bourbon, Voulté, Dampierre, dont il cite les noms parmi les convives du festin qu'il donna, lorsqu'en 1537, par la protection de François Ier, il crut pouvoir retourner sans crainte à Lyon, où il s'était vu contraint de tuer un ennemi qui voulait l'assassiner (2). Mais toujours un fatal génie semble conspirer sa ruine.

(0 Voici ce qu'il répondit aux Toulousains, qui l'avaient accusé d être luthérien : « Je vous prie donc « et vous conjure U'ètre bien persuadés que, loin de « suivre en quoi que ce soit cette inique et impie « obstination des hérétiques, il n'y a rien de pire et « qui soit plus haïssable et plus condamnable à mes « yeux que ce désir des novateurs à la règle; la seule « religion qui me plaise est celle qui nous a été ap- « portée et transmise depuis tant de siècles par ces « saints et pieux héros de notre croyance. Je ne sau- « rais donc approuver en rien ces nouvelles opinions ■• qui ne sont nullement nécessaires ; je n'observe « que celle dont nos pères ont jusqu'à ce jour prati- « que les rites. « Orationcs in Tholosam, p. ks.

bt il finit ainsi son dialogue contre Erasme : De Imitatione Ciceroniana : « l.a méprisable curiosité d des luthériens a porté une cruelle atteinte à la di- <> guité de la religiou : ces hérétiques ont fourni le « prétexte de mépriser les choses les plus connues; « en place des divines institutions qu'ils ont renver- « sées, ils en ont introduit de purement humaines: « ils ont aiguisé l'esprit des ignorants et des brutes. »

(2) C'était un peintre, nommé Compaing ; mais Dolel

Pourrait-on croire que sa passion pour le beau style de Cicéron fûl en grande partie la cause de ses malheurs! La république des lettres était alors divisée par la querelle des Cicéroniens. Longueuil et autres gens de lettres en France, Bembo et Sadolet en Italie, partisans outrés et passionnés de Cicéron, étaient possédés plus que les autres de cette sorte d'égarement de l'esprit humain. Érasme, pour les guérir, les attaqua dans son Ciceronianus, et malmena surtout Longueuil, qu'il regardait comme le chef de cette secte. Parmi les défenseurs de Longueuil , Scaliger occupe le premier rang, et il répondit à Érasme par un violent discours. Trois ans après, Dolet prit aussi la défense de Longueuil, etBayle nous apprend que ce fut cette conformité d'opinion entre Scaliger et Dolet qui devint la cause d'une rivalité et d'une animosité telle, que Scaliger eut recours aux calomnies contre Dolet. Un certain Joannes Angélus Odonus , qui se jeta aussi dans la querelle, déclare tous les singes de Cicéron méchants et emportés (1).

En 1535 Dolet, ayant obtenu avec peine le privilège pour imprimer ses célèbres Commentaires sur la langue latine, revint à Lyon pour confier à Sébastien Gryphe, dont U vante le savoir littéraire et typographique et la probité délicate , cet immense labeur, auquel il avait consacré dès l'âge de seize ans son repos, sa jeunesse, ses plaisirs et sa santé. Ce livre fut l'objet de nouvelles attaques, et l'on voit avec peine figurer Charles Estienne parmi ses adversaires.

En 1537 Dolet avait obtenu de François 1er l 'honorable privilége,queje crois unique, «pour

prouva que c'était à son corps défendant, et il obtint sa grâce de François 1er.

Après avoir (ait ses études d'abord à Paris, puis à Padoue, où il resta trois ans, Dolet fut attaché domine secrétaire à Jean de Lauzeae, ambassadeur du roi de France à Venise. Il vint ensuite faire ses études de droit à la Faculté de Toulouse, où il voulut soutenir le parti français contre d'autres partis formés dans les écoles, et il blâma l'arrêt du Parlement de Toulouse contre les sociétés d'étudiants. Tout ce que la jalousie peut inventer pour perdre un concurrent redoutable par son savoir fut employé contre Dolet : Jeté en prison le i\i mars 1355, il n'en sortit que par l'intercession de Jean Pinus, évéque de Rieux. Mais ses ennemis attentèrent à ses jours en soudoyant des assassins, le poursuivirent de libelles outrageants, et firent promener sur un char dans les rues de Toulouse un cochon chargé d'un écriteau portant le nom de Dolet. Il lui fut défendu par un décret du Parlement de rentrer à Toulouse.

« Il était imprimeur, pol'te, orateur, humaniste et outré en tout; comblant les uns de louanges, déchirant les autres sans mesure ; toujours attaquant, toujours attaqué; extrêmement ami des uns, haï des autres Jusqu'à la fureur; savant au delà de son âge , s'appliquant sans relâche au travail ; d'ailleurs orgueilleux , méprisant , vindicatif' et inquiet. » Voy. le père Colonla, Chaudon Delandine, Née de la Rochelle, etc.

(l) La lettre est conservée par le père Nicéron. Voy. Mëm. pour servir à l'Iiist. des Hommes Illustres, t. XXI, p. im et sulv.

pendant dix ans pouvoir imprimer et faire imprimer tous les livres par lui composés et traduits, et autres œuvres des auteurs modernes ou antiques qui par lui seroient dûment revus, amendés, illustrés ou annotés soit par forme d'interprétation , scholie ou autre déclaration tant en lettre latine, grecque, italienne que. française. »

Prêt àrentreràLyon, Dolet nous dit que sur le bord de la Saône les Muses l'exhortèrent ainsi :

Detreclatorum lingua pelulea

Non te frangat : âge, acterno fac noraine seela Postera testentur gallum vixisse Doletum, Vixissc ardentem pulchro virtutis amore.

Cette espérance de l'immortalité qui inspirait à Dolet l'amour du beau et du vrai lui devait faire payer bien cher sa célébrité.

Malgré la protection de François 1er, Dolet dès son arrivée à Lyon fut mis en prison, d'où il ne sortit qu'après avoir adressé plusieurs requêtes en vers et en prose au cardinal de ïournon, nommé régentdu royaume par François 1er pendant son expédition en Italie.

Il ne put donc faire usage du beau privilège que lui avait accordé le roi, qu'après sa sortie de prison. 11 s'en montra digne. « J'aug- « menterai, dit-il (1), de toutes mes forces les « richesses littéraires, et j'ai résolu de m'alta- « cher les mânes sacrés des anciens par l'im- « pression scrupuleuse de leurs œuvres, et de « prêter mon travail et mon industrie aux « écrits contemporains; mais autant j'accueil- « lerai les chefs-d'œuvre, autant je dédaigne- « rai les mauvais écrits de quelques vils écri- « vailleurs qui sont la honte de leur siècle. »

Il fut fidèle à sa promesse. En 1539 il commença à imprimer, et en 1540 il publia la Chirurgie de Paul d ' Ègine , et quelques opuscules de Galien ; en 1541, le Novum Testamentum, les Élégances delà Latinité, par Laurent Valla, etc.; en 1542, Les Grandes Annales ou Chroniques très-véritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel , son fils ; édition qui fut l'une des causes de ses malheurs ; en 1 543, les Commentaires de César, les œuvres de Clément Marot , etc.

Ses livres portent pour enseigne une hache ou doloire tenue par une main dans les nuages, menaçant une tige d'arbre noueux , avec cette épigraphe pour les livres français : Préservez-moi, Seigneur, des calomnies des hommes ; et pour les livres latins : Duriovest spectatx virtutis quamincognilxconditio.

Cette noble devise l'entraîna peut-être à sa perte par l'idée de devoir qu'elle lui imposait. Quelquefois aussi il mettait celle devise :

(il f'oy. sa lettre en tête de l'ouvrage de Chudc Coltcreau, De Jure Militiœ ; Lyon, apud Doletum, idr.o, in-f°.

Scabra etimpolita adamussim dolo atque perpolio.

La naissance d'un lils fut l'occasion pour Dolet de composer et d'imprimer un poème composé de sentences morales; j'en citerai quelques vers ( le commencement et la fin ) comme preuve de ses sentiments religieux. Dans tousses écrits Dolet s'est toujours montré contraire à la doctrine de Calvin et de Lui lier.

Vive Deo fldens : stabills fiducia divûrn, Trlslltia viUe Immuncm te reddetab omnl. Relligionis amor vera fert commoda tanta.

Invidlam sola supera virtutc : crepabunt Hostes disrupti, tantis si vlribus obstes.

De reliquo : cmn Mors pallens, xtate peractâ , Instabit, non œgro aniitio communia perfer Fata : nlhil nobls dumni Mors invciiit atrox, Scd mala cuncta auferl mtscris, et sidéra pandit.

Tu ne crede animus una cum corporc lucls I'rivari usiira. In nobis cnelestis origo Kst quaedam, post cassa maliens, post cassa superstes Corpora, et peterno se commotura vigore.

Scilicet a summo rerum genitore creati Sic snmus, ut rapida corpusque antmusque necentur Morte, nec in cœlum pateant ex orbe receptus? Non ita sunt nobis reditus ad régna paterna. Régna Dei, genus unde animi duxere perennes.

Chef de famille, Dolet s'occupait des soins de son imprimerie, lorsqu'en 1539 se réveilla plus ardente que jamais la querelle des Cicéroniens. Sabinus accumula dans un écrit tant d'injures contre Dolet, qu'on voit l'intention de le rendre odieux. Dolet y répondit en 1540 par son traité De Imitatione Ciceroniana , où il repousse avec aigreur toutes les calomnies et les horreurs dont Sabinus l'avait chargé; il le poursuit de ses épigrammes, et se permet d'attaquer à son tour le style, les mœurs et la vie d'Érasme.

Mais un orage plus terrible s'amoncelait sur la tête de Dolet. Ses ennemis l'attaquent dans l'ombre, et sous le vague prétexte, toujours si perfide, d'imprimer des livres entachés d'hérésie, ils le firent emprisonner en 1542 à la Conciergerie de Paris, d'où il ne sortit qu'après quinze mois de détention, et grâce à l'intercession de Pierre Duchâtel, alors évoque de Tulle. Ce vertueux prélat dût même lutter contre un puissant cardinal , qui lui reprocha d'avoir employé la protection du roi pour sauver Dolet, infatué , disait-il, de l'hérésie de Luther et coupable d'impiété. « Je n'ai point, « lui répondit Pierre Duchâtel, protégé auprès « du roi les crimes et les fraudes de Dolet ; « mais j'ai réclamé les bontés du monarque « pour un homme qui promettait de repren- « die des mœurs et une vie dignes d'un chré « lien. J'ai cru que l'Église devait ouvrir son « sein à celui qui, étant tombé par impru - « dence dans l'erreur, semblait disposé au re- « pentir; car Jésus- Christ ordonne derame- « ner au bercail la brebis égarée. »

Toutefois, triste présage du sort qui lui était réservé! treize ouvrages imprimés par

Dolet, el dont plusieurs étaient composai lui, dorent ■< condamnés a être brûlé* , mit et « convertit ensemble en oeadreo comme son* « tenant damnante, pernicieux <t bérétiqas « doctrine », par arrêt du parlemeni de Pan-, en date du 14 février IMS. Dolet, averti de Cette sourde haine, devait, ou se taire complètement, ou, comme avaient fait Robert EstienneetMarot, quitter la France. Mais, fort de sa conscience et bravant les périls, il rei inl à Lyon. Dans son Second Enfer, publie dans ce monde le Ie' jour de mai 1544 , il informa ses meilleurs et principaux amis, a qui est dédié ce recueil de poésie, qu'il avait composé un Premier Enfer sur son emprisonnement en 1542, et qu'il comptait le publier ; c'est alors qu'il fut arrêté de nouveau i Lyon, au commencement de janvier 1544. Ce Premier Enfer ne vit donc pas le jour, et c'est dans le second qu'il nous apprend, dans un récit en vers dignes de Marot par la naïveté du style, comment il put tromper la vigilance de son geôlier et s'enfuir en Piémont, d'où il écrivit au roi François 1er comment ses ennemis, non contents

« De l'avoir Jà tourmenté auinze mois, « Se sont remis à leurs premiers abois. •< Pour le remettre en la peine première,

imaginèrent de composer deux ballots de livres, l'un rempli de ceux qu'il avait imprimés, l'autre de livres venus de Genève, tous hérétiques ou suspects d'hérésie, et marquèrenteesdeux ballotsdu nomde Dolel ; puis les envoyèrent à Paris, où ils les firent saisir afin d'obtenir du parlement un ordre de le faire emprisonner comme ayant des liaisons criminelles, et propageant des livres dangereux et prohibés par la loi. Dans toutes ses épitrea Dolet proleste de son innocence, et en donne les preuves, ainsi que le prouve cette adresse au cardinal de Tournon, où il fait celte profession :

.... J'ai vécu jusque ici et vivrai

Comme chrétien catholique et fidèle

Fauteur ne suis d'hérésie ou d'erreur; Livres mauvais J'ai en haine et horreur. Et ne voudrais en vendre ou imprimer Un seul feuillet pour la Foi déprimer Antique et bonne; ou pour être inventeur De sens pervers et contre Dieu menteur.

Confiant dans le succès de ses épîtres, adressées à la Souveraine et vénérable Cour du parlement de Paris (t), à laieinedeNa-

(l) On trouve dans toutes ces épîtres, dont l'ensemble compose le Second Enfer, les plus nobles sentiments, une haute philosophie, un amour dévoué et désintéressé du beau, du bien et de la patrie. Nous nous bornerons ù en citer quelques vers :

Vivre je veulx, pour l'honneur delà Frvkcs,

Que je prétends (si ma mort on n'avance)

Tunt célébrer, tant orner par escripts.

Que l'estrangier n'aura plus à mépris

Le nom françois et bien moins notre langue

Laquelle on tient pauvre en toute harangue

varre, seule Minerve de la France, etc., et devançant l'assurance de son pardon il revint à Lyon secrètement pour imprimer ces épîtres ainsi que la traduction française qu'il avait faite de deux dialogues de Platon.

Mais la haine qu'il s'était attirée par les railleries, que, dit-on, il s'était permises, dans son édition de Rabelais (l), ne s'était pas endormie; tontes ses actions étaient épiées, ses écrits examinés avec perfidie, et dans sa traduction du Dialogue de Platon, VAxiochus, on dénonça le passage où, croyant mieux rendre la pensée de Platon, Dolet lui donne une extension que le sens semblait demander, mais qui lui fut fatale. Voici ce passage ainsi que le texte de Platon :

« Sucrâtes. Pour ce qu'il est certain que la mort n'est point aux vivants, et quant aux ilefuncts, ilz ne sont plus : doncques la mort les attouche encore moins. Pourquoy elle ne peult rien sur toy, car tu n'es pas encore ci prest à décéder; et quand tu seras décédé,

Il n'est plus temps, ores que tu t'endormes Roy non pareil, des vertueux le père : Entends-tu point au vray, quel vitupère Ces entiemys de vertu te pourchassent, Quand les sçavants de ton royaume ils chassent,

Ou les chasser à tout le moins prétendent

Car vivre ailleurs qu'en France je n'espère, Et la requiers pour mon dernier repaire.

( Epître ait roy François ltr. )

Raison ne veult ni aussi équité Que je demeure en cette adversité, Errant çà, là, sans oser séjourner Dedans Lyon : où je veux retourner, Et consommer le reste de ma vie , Malgré aucuns et leur meschante envie.

Si à ce bien puis un coup parvenir.

Ne craignez pas que voyiez advenir Que de ma vie un seul Livre j'imprime De l'Escripture, ou aultre telle estime.

J'en suis trop saoul, et trop saoul doibs rsirp, Vu qu'il m'en vient a dextre et à senestie Malheur, esmoi, tout encombre et domniaige, Et que j'en suis si souvent mis en caige

Et moi cbétif, qui jour et nuict me tue De travailler, et qui tant m'évertue Pour composer quelque ouvrage excellent Qui puisse aller la gloire révélant Du nom françois en tout quartier et place, On ne me faict seulement tant de grâce, Qu'en bien versant, en repos puisse vivie. Et mon estude en liberté poursuivre.

D'où vient cela? C'est un cas bien estrangr, Où l'on ne peut acquérir grand louange. Quand on m'auia ou bruslé ou pendu, Mis sur la roue et en quartiers fendu, Qu'en sera-t-il? Ce sera un corps mort.

Las ! toutes fois n'aurait-on nul remord De faire ainsi mourir cruellement Un qui en rien n'a forfaict nullement.

Un homme est-il de valeur si petite?

Est-ce une mouche? ou un verms, qui mérite Sans nul égard si tost être destruict?

Un home est-il si tost faict et instruict, Si tost muni de science et vertu, Pour eslrc ainsi qu'une paille, un fétu Annihilé? fnict-on si peu de compte D'un noble esprit qui maint aultre surmonte ?

' Epître à la souveraine et vénérable Court du Parlement de Paris. )

■■ \ny. Ducatiana, t. I, p. 170.

elle n'y pourra rien aussi, attendu que tu ne seras plus rien du tout (1).

Le 4 novembre 1544, la Faculté de Théologie de Paris s'étant assemblée, ce passage traduit de latin en français, dit d'Argentré, « après la mort lune seras rien du tout, fut « jugé hérétique et conforme à l'esprit des « Saducéens et des Épicuriens (2). Il fut « déféré à la censure, qui le déclara mal tra- « duit et contre l'intention de Platon , auquel « n'y a en grec ni en latin ces mots rien « du tout. »

Sur celte décision , Dolet fut déclaré atteint et convaincu d'être athée relaps. La sentence fut exécutée le 3 août 1546 , jour de la fête de son patron Etienne. Monté sur l'écliafaud, il prononça, dit-on, cette prière : « Mi Deus , quem toties offendi , propilius « esto; teque Virginem matrem precor , di- « vumque Stephauum , ut apud Dominum « prome peccatore intercedatis » ; puis il avertit les assistants de lire ses livres avec circonspection , protestant plus de trois fois qu'ils contenaient bien des choses qu'il n'avait jamais entendues.

Je regrette de ne pouvoir insérer ici le cantique que Dolet composa dans sa prison, et dont mon parent M. Guillaume Debure donna communication à M. Née de la Rochelle, savant libraire de Paris, ami de mon aïeul, et qui a écrit la vie très-circonstanciée d'Etienne Dolet, Paris 1779. Je me bornerai à la Prosopopœa ad Lectorem composée par Dolet, qui dans tous ses ouvrages semble frappé de l'idée de la mort , et d'une mort prématurée :

« Salre, lector, et animum hue paulum adverte. « Quod tniserum mortales dueunt, felicissimun cito « mori puto. Quamobrem et mllii raortuo morteni « gratulare, et questu abstine; morte enira mortalis « cssedesil. Vale.etimbi quiescentibeneprecare(3). »

M. Taillandier (4) a publié toutes les pièces judiciaires concernant Dolet, qu'il a retrouvées dans les registres criminels du parlement de Paris. Nous nous bornerons à un extrait de l'arrêt de condamnation, du 2 août 1546, en la grand' chambre, où étaient MM

« Ladite cour condamne ledit Dolet , prisonnier, à être mené et conduit par l'exécuteur de la haute justice en un tombereau, depuis lesdiles prisons de la Conciergerie du Palais, jusques à la place Maubert, où sera dressée et plantée au lieu plus commode et convenable une potence,

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AXÎOCh., p. 369.

(2) Collectio Judicior. t. I, p. », col. 2, et l'index qui est à la fin; et t. II, part. 1, p. un, col. 2.

(3) Pièces de vers de Dolet à la sutle des Orafiones duœ in Tholosam, p. 208.

(4) Procès d'Estienne; Paris, Teclincr, iuôg.

781 ÏYPOGRAPIIIK

h l'entour de laquelle sera fait un grand feu , auquel, après avoir été soulevé en ladite potence, son corps.sera jeté etbruslé avec ses livres et son corps mué et converti en cendres, et a déclaré et déclare tous et chacun les biens dudit prisonnier acquis et confisqués au roi; que auparavant l'exécution de mort dudit Dolet, il sera mis en torture et question extraordinaire pour enseigner ses compagnons.

« LlZET. — DE MONTMIREL. »

« Et néanmoins est retenu in mente curiœ, que ou ledit Dolet fera aucun scandale ou dira aucun blasphème, la langue lui sera coupée, et brûlé tout vif. »

La Caille met Dolet au nombre des libraires de Paris, où probablement il avait un dépôt; toutefois, ii appartient à l'histoire de l'imprimerie de Paris par ses deux emprisonnements à la Conciergerie, et sa fin déplorable à la place Maubert. C'est à ces titres que j'ai cru devoir lui consacrer ici cette notice.

1547. Henri 11 renouvelle l'ordonnance de François 1er datée de 1521 relativement à la défense d'imprimer sans autorisation de l'Université et de la Faculté de Théologie, et ajoute que l'approbation des permissions données par la Faculté de Théologie serait imprimée au commencement des livres. Par lettres patentes (de septembre) il confirme l'exemption accordée par François Ier, en 1515, aux imprimeurs et libraires de tout service militaire dans la ville, hors le cas de péril imminent.

1548. Guillaume Morel, né à Tilleul en Normandie, savant helléniste, est reçu imprimeur et est nommé imprimeur du roi pour le grec.

Ses éditions sont nombreuses et élégantes, dit Maittaire, qui en a donné la liste. D'après l'épitaphe satirique qu'Henri Estienne a faite sur lui, il paraît qu'il abjura la religion réformée.

Sa marque était la lettre fatale des Grecs, 0, entourée de deux serpents, signe de l'immortalité. Quelquefois un amour est assis sur la ligne transversale de la lettre 0, avec ce vers de Martial placé au-dessous,

Victurus genium débet habere liber, et quelquefois cette maxime d'Euripide : Aeû- Tepat (pporuÔE; croçpartepai.

Guillaume Morel , malgré ses belles éditions et tout son savoir, mourut ruiné. La Caille dit qu'Estienne Prévosteau épousa sa fille Jeanne, et que sur les livres qu'il imprima il mît la marque de son beau-père. Sa veuve épousa l'imprimeur libraire Bienné.

Selon La Croix du Maine, le frère de Guillaume Morel, Jean, aurait été brûlé à Paris pour fait dé religion; mais Peignot dit seulement que Jean Morel, accusé d'hérésie, mourut en prison ; que son corps fut déterré et brûlé le 27 février 1559.

1550. André Wéchel succède à son père.

Secondé par François gylborge, il accrut le

renom de l'imprimerie paternelle.

En 1559 l'ouvragé de Pierre Ramas (ou

de La Ramée), Liber de M or i bus veterum Gallorum, petit in-8°, fut imprimé en latin par Wéchel, ainsi que la traduction frai i de Michel de Castelnan.

En 1562 il imprima la grammaire de Pierre Ramus, où est adoptée l'orthogi aphe simplifiée conformément à la prononciation ; son titie est Gramere. En 1572 Ramus en donna une autre édition, chez Wéchel, mais il avait renoncéà son système orthographique; en voici le titre : Grammaire de Pierre de La Famée, lecteur du roy ; à la reyne mère.

Mais bientôt, par suite de démêlés avec la Sorbonne et des dangers qu'il courut au massacre de la Saint-Bai Ihélemy, auquel il n'échappa que par les efforts de Hubert Langlet, ministre d'État de Saxe, alors à Paris, il transporta son imprimerie à Francfort-surle-Main, et se mit sons la protection du comte de Hanau. Dans l'épître dédicatoire en tête des Vandalia d'Albert Krantz, imprimé par lui à Francfort, en 1575, il témoigne à ce ministre sa reconnaissance. Il mourut à Francfort, eu 1581-

1550. Ballard ( Robert 1" ), libraire, est nommé imprimeur royal pour la musique.

Cette imprimerie s'est continuée jusqu'à nos jours. M. Vinchon, l'un de nos meilleurs peintres, allié de madame veuve Ballard, lui a succédé comme imprimeur de la Ville de Paris.

J551. Estienne Charles (I), troisième 111s de Henri 1er, est reçu imprimeur-libraire. Son éducation ne fut pas moins brillante que celle de ses frères. Jeune encore il fut reçu docteur en médecine à la Faculté de Paris, et fut choisi vers 1540 par Lazarre Baïf pour être précepteur deson fils Antoine, qui acquit une certaine célébrité par ses poésies françaises. Charles fut emmené par Lazarre Baïf dans ses ambassades d'Allemagne et d'Italie, où il se lia avec les hommes les plus célèbres, entre autres avec Aide Manuce, qui écrit dans une de ses lettres à un de ses compatriotes qui se trouvait à Paris: « Saluta eum (Turnebum) meis verbis , cnm veterrimo amico meo, spécial» virtutis et industrie viro, Carolo Stephano. » Ép. 17, 1. 5.

Le poète Antoine Baïf, dit en parlant du voyage de son père :

il fut soigneux de prendre

Des maistres le meilleur pour dès lors m'enseigner

Le grec et le latin sans y rien espargner,

Charle Estienne premier, disciple de Lascare . etc.

Mon père, qui alors

Alloit ambassadeur en Almagne

.... et meuoit en >oyage

(i) Je crois que Lotttn commet une erreur en indiquant Charles Estienne comme reçu libraire en isse cl Imprimeur du roi en 1838 ; c'est seulement aux éditions de IS3I que ce titre apparaît pour la première fois.

Charte Esticnneot rtonsanl.qulsortoiltiors de page, Kstlenne, médecin, qui bien parlant estolt, Ronsard, de qui la fleur un beau fruit promettait.

En 1552 il fut nommé imprimeur du roi, et publia une nouvelle édition in-f° du Dictionnaire Latin-Français , revue et augmentée par lui, d'après les éditions données en 1538. 1543 et 1546 par Robert Estienne. II aida le voyageur Pierre Bélon dans la rédaction de son ouvrage De Aquatilibus , qu'il imprima avec soin , et dont il composa la préface. Ce bel ouvrage est orné de gravures en bois représentant les oiseaux. Il donna en 1555 son traité d'agriculture intitulé Preedium Rusticum, format in-8°, qu'il traduisit luimême en français, et qui fut publié en 1564, sous le nom à' Agriculture ou Maison Rustique, par les soins de son gendre Liébault; ouvrage qui fut successivement augmenté et amélioré d'édition en édition. Charles a aussi imprimé plusieurs petits traités pleins d'érudition, dont il est l'auteur.

En 1553 Charles Estienne fit paraître son Dictionarium Historicum etPoeticum,ini°, ouvrage qui lui coûta de grandes recherches, et qui est l'origine et le modèle de tous les dictionnaires historiques publiés depuis.

Eu 1555 il publia une édition de Cicéron, en 4 vol. in-f°, suivi d'un Thésaurus Ciceronianus, auquel il avait donné tous ses soins et sur le succès duquel il avait fondé un espoir qui fut déçu sous le rapport commercial.

Maittaire met au premier rang les éditions de Charles Estienne, qui, dit-il, n'a été surpassé comme typographe par aucun imprimeur de la même époque, et qui comme érudit ne le cède en rien aux plus illustres membres de sa famille et aux plus savants imprimeurs de son temps. Le célèbre Buchanan en parle avec éloge dans son poëme sur la goutte.

Charles mourut en 1564, dans les prisons du Chàtelet, par suite du fâcheux état de ses affaires commerciales. Sa fille Nicole épousa le médecin Liébault; elle se distingua dans les lettres par ses compositions en prose et en vers.

1 550. Robert Estienne publie sa superbe édition du Nouveau Testament in-f°, dont le texte, revu de nouveau par Robert Estienne, qui savait, dit son fils Henri Estienne, noblement dépenser l'argent lorsqu'il fallait propager l'instruction et les bonnes études, mais qui devenait prodigue dès qu'il s'agissait de propager les saintes Écritures et d'éclaircir la parole de Dieu. Cette édition est accompagnée de varianles placées en marge. Quoique l'autorité eût déclaré le livre irréprochable, la Sorbonne l'attaqua. Les notes avaient été empruntées au docte Vatable; mais celuici, redoutant le courroux de la Sorbonne, crut devoir les désavouer. En lêle du volume est

RAPHÏE 7*4

une pièce de vers grecs, composés par Henri Estienne au sujet de cette édition, et deux préfaces de Robert Estienne, une en grec, l'autre en latin.

Après une conférence avec les théologiens, dont R. Estienne rend compte dans sa Réponse aux Censures, et où il prouve leur peu de connaissance des manuscrits , il raconte qu'étant allé présenter au roi « cet ouvrage, selon la « coutume, en présence des cardinaux et des « princes, Castellan exposa au roi ce que la « sacrée Faculté avait ordonné d'un si saint « œuvre. On se mit à rire d'une façon étrange « et à tourner en ridicule les prétentions des « théologiens. Quand ils virent que revenu de « lacourjemisceNouveau Testamenten vente «sans nulle crainte, ils s'émerveillèrent de « l'audace d'un homme privé et imprimeur « contre le décret des théologiens.

« Me voyant hors de leurs mains, afin dt « ne lesenaigrir par mépris, je m'accordai de « leur communiquer tout ce que j'imprimerois « ci-après, dont me trouvant enfilé par cette « paction ou plutôt nécessité, ils commencè- « rent à n'avoir plus nulle crainte de moi; et « de moi je n'élois en rien plus assuré d'eux , « car je savois bien qu'ils étoient enflammés « d'une haine irréconciliable contre moi, par « quoi j'ai élé contraint de me retirer en lieu « plus sûr, d'où je pusse accomplir la promesse « que j'avois faite. »

Robert Estienne expose que, « bien qu'il n'y avoit nulle cause de se défier de la protection du roi, cependant tout étoit à craindre, et de leurs calomnies, et de leur audace, qui alloit jusqu'à mépriser les commandements du roi, sans en être punis, et en outre la grande dépense qu'il lui falloit faire à suivre la cour, en abandonnant ses études et ses travaux. Voilà, lecteur chrétien, le dernier acte de ce jeu; et il seroit trop long et trop difficile de raconter comment le Seigneur m'a tiré de leurs lacs. »

1550. Nivelle (Sébastien), libraire juré et imprimeur, n'épargnait aucune dépense pour la bonne exécution des livres qu'il imprimait. Parmi les Pères grecs in-l° qu'il publia est saint Jean Chrysostome, 4 vol. En 1550 il imprima une description de la Terre-Sainte par Miré. Sa devise était : honora patrem tuum et matrem iuam, ut sis longœvus super terrant •• il mourut à quatre-vingts ans.

1551 (27 juin). Déclaration de Henri II, datée de Chateaubriand, qui veut que « deux fois Tau les officines et boutiques des imprimeurs, libraires et vendeurs de livres, soient visitées par des députés, auxquels les imprimeurs et libraires seront tenus et contraints par toutes voies faire ouverture, pour saisir et mettre en notre main tous les livres qu'ils trouveroient suspects de vice. «

1551. Robert Estienne publie une charmante

édition du Nouveau Testament, 2 vol. format in- 1 6. La date imprimée porte par erreur mdxu. A presque tous les exemplaires elle a été grattée.

1551. Robert Kstiennc se réfugie à Genève. Il paraît cependant qu'il conserva une partie de son imprimerie à Paris.

Un document récemment découvert, et publié dans le Recueil de l'École des Charles ( I ), nous apprend comment R. Estienne parvint à faire passer sa nombreuse famille secrètement et successivement en Suisse, afin de pouvoir quitter un jour son pays sans fâcheux empêchement, et comment Charles Estienne, frère de Robert, obtint du roi Henri II « lettres de « rémission et de main levée en faveur des ii héritiers mineurs de Robert Estienne, « l'auloi isant,comme oncle et tuteurdeZ/ewn, <c Robert, Charles, François, Jeanne, Ca- « therine,Jean et Marie, tous enfants mi- « neurs de Robert Estienne , notre impri- «meur ordinaire es lettres hébraïques, grec- « ques et latines, et de feue Perette Bade, sa « femme, etc., etc., jouir... leur faisant pleine « et entière main levée de leurs dits biens, etc. « Donné à Villers-Cotterez, août 1552. »

Ces lettres royales, où l'intention d'être favorable aux enfants de Robert Estienne est manifeste, ainsi que le prouvent les longs détails qu'elles contiennent, préservèrent cette famille d'une ruine complète ; sans elles nous serions très-probablement privés des immenses travaux qui immortalisent Henri Estienne.

« Ainsi donc, dit très-justement M. A. A. « Renouard , malgré la faiblesse de son carac- « tère, le roi Henri II, par cet acte d'une sage « clémence, jusque alors ignoré, sut préserver « des derniers effets de la haine ecclésiastique « la famille de l'imprimeur chéri du roi son <t père, et pour lequel il n'était pas lui-même « sans estime. »

Combien ne doit-on pas regretter que les passions religieuses d'une époque où des persécutions acharnées conduisaient des chrétiens à l'échafaud pour quelques différences dans l'interprétation des textes sacrés nous aient enlevé Robert Estienne à la force de l'âge (2) !

« Doué du géuie de l'investigation et de la critique, ce qui l'entraînait vers la doctrine du libre examen, et dominé en même temps par une imagination austère et puritaine, ce qui le prédisposait à l'exaltation religieuse, le jeune Robert eut nécessairement un rôle marqué dans le terrible drame de la réforme.

« Sincère dans ce qu'il croyait la foi catholique, il se maintint pendant vingt-cinq ans dans cette orthodoxie un peu douteuse qui

(0 Par M. Eugène de Stadler (juillet 1840).

fa) Parmi les statues qui ornent l'Hôtel-de-Ville est celle de Robert Estienne ; il est représenté de grandeur naturelle, tenant d'une main son T/iesaurus Latinœ Linçniœ ,- à ses pieds est une casse d'imprimerie lui servant de soutien.

«AI'IIIK

fut celle de tant d'hommes célèbres et mo

de cette époque, f.rasrne, lîudé, Lambin, Turnéhe, Cujas, Guillaume Cop, de Thon, L'Hospital et beaucoup d'antre*. Sans les attaques provocatrices (Jet tbéologfefli et les excitations fébriles de la polémique, il est probable qu'il aurait persévéré jusqu'à sa mort dans cette situation indécise et équivoque, a laquelle ne purent même pas se aoustrain lièrement plusieurs hauts dignitaires du i catholique, les Du Bellay, le cardinal Guillaume Biïçonnet, le cardinal Odel de Chàtillon, Guillaume Parvi, JeandeMootluc,évè'|iie de Valence, etc., etc. Mais, poussé à bout par des hostilités maladroites, irrité par des censures qu'il croyait entachées d'ignorance et d'injustice, emporté par l'impatience de la lutte, il franchit la distance de plus en plus faible qui le séparait du protestantisme. De tiède et douteux catholique il devint calviniste emporté (l). »

1551 ( 13 octobre). Privilège est accordé au libraire Jean Dallier, demeurant sur le pont Saint-Michel, pour l'impression des livres examinés et censurés parla Faculté de Théologie de Paris depuis 1544 jusqu'en 1551.

155t. Ballard Robert, libraire , estnommé imprimeur du roi pour la musique.

1552. Tîirnèbe ( Adrien ) est nommé imprimeur du roi pour le grec, en remplacement do Robert Estienne, réfugié à Genève. Ce fut un des plus savants hommes de son temps, professeur du roi en grec, en latin et en philosophie. Berlhius, Scaliger, Huet, Ronsard en ont fait le plus grand éloge. Montaigne dit qu'il était « le plus savant et le plus grand homme qu'il y eût depuis mille ans, n'ayant rien de pédantesque que le port de sa robe et quelque façon extérieure qui ponvoit n'être pas tout à fait civilisée, et qui sont choses de néant » (2). Le président de Thou dit que sa vue et sa conversation produisirent sur lui un tel effet, qu'elle lui revenait sans cesse à la mémoire, même en rêve, dans sa jeunesse. Le premier jour de ses noces, dit Scaliger, il étudia encore plusieurs heures. Ses éditions sont belles et estimées. Il publia la première édition du texte grec de Philon, 1 552. Dans son recueil complet in-f°, 1580 (3), intitulé Adversaria , divisé en trente livres, il avait réuni tout ce qu'il avait rencontré d'intéressant dans ses lectures. Ses autres ouvrages ont élé imprimés à Strasbourg en 1606; ils contiennent ses Com-

(i)M. Magnin, second article sur les Estienne, inséré au Journal des Savants, janvier imi.

(2) Montaigne, Essais, I. I, ch. xiv ; il ajoute au 1. II, ch. 'xvil, qu'il savait plus et savait mieux ce qu'il savait qu'homme qui fût de son siècle ni loin au delà.

(3) La première édition parut a Paris, 1. 1, |86«, t. Il, isgb, t. 111, IS72. Cet ouvrage, que de Thou profitante digne de l'Immortalité, fut réimprimé encore en i::s:.. et à Bile en issi , à Strasbourg en 1399, à Orléans

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mentaires sur Cicéron, Varron, Thucydide et Platon, des écrits contre Kainus, des traductions d'Aristote, Théophraste, Plntarque, Platon, etc., des poésies grecques et latines, et des traités particuliers. Henri Estienne,qui était intimement lié d'amitié avec lui, a fait son éloge, où se trouve ce vers remarquable :

Hic placuit cunctis, quod slbi non placuit. Ses impressions sont remarquables par leur belle exécution typographique. Il s'était adjoint Guillaume Morel pour le seconder dans les travaux de l'imprimerie royale. Son édition d' Eschyle, in-8°, 1552, est surtout recherchée. Il mettait pour devise sur les livres qu'il a imprimés ce vers d'Homère, dont il faisait l'application à François 1er : BaatXetT' àyaOw y.paTspw t ofr/pîTvj (i). Il mourut en 1565, âgé de cinquante-trois ans.

1552. Sur la réclamation d'Érasme, dont les ouvrages étaient contrefaits, un privilège de deux ans après l'impression achevée, fut accordé aux auteurs pour la ventede leurs livres.

1552. Robert E9tienne publie à Genève en fiançais sa Réponse aux Censures des Théologiens de Paris, qu'il avait d'abord écrite en latin. Ce pamphlet violent, incisif, « chef- « d'œuvre de polémique, digne par le nerf « de l'argumentation, la grâce et la malice « des récits et des portraits, d'être regardé <• comme un avant-coureur des Petites Lettres « fulminées un siècle plus tard contre cette « même société de la Sorbonne (2) ».

Mais dans ce chef-d'œuvre de style, où jamais la langue française n'avait brillé encore avec tant d'éclat et de netteté, la passion se montre trop à découvert pour n'y pas admettre l'exagération, le caractère sévère de Robert Eslienne ne permettant pas de soupçonner sa bonne foi.

Toutefois, comme le fait remarquer avec raison M. Magnin, « la mansuétude n'était pas la vertu de Robert Estienne et n'était guère non plus celle de son époque. On est frappé de stupeur quand on voit un vieillard échappé à grand'peine aux persécutions et aux bûchers de la France, applaudir, dans son asile, à d'autres persécuteurs, regarder comme un crime les dissidences religieuses, approuver les supplices et mettre ses presses au service des apologistes de la condamnation de Michel Servet. On ne sait si on veille quand on voit dans une préface, datée de 1533, Robert Estienne reprocher aux théologiens de Paris, ses persécuteurs, de n'avoir pas seulement songé à faire brûler les livres et la personne de l'athée François Rabelais (3). D'aussi tristes ïnconsé-

M) Plusieurs livres imprimés par Robert Estienne portent aussi ce vers d'Homère.

la) M. Magiiin, même article du Journal des Sai unis.

r.) l'rœ/at. ad Closs, novembre 1555.

quences ne justifient pas, sans doute, mais expliquent et font comprendre les excès de la Sorbonne. On sent que les violences qui ont ensanglanté ce siècle ne sont pas le propre de tels hommes ou de telle corporation, mais le résultat de l'esprit général, ou plutôt de la maladie qui affligeait alors la société tout entière. »

1553. Parmi le grand nombre d'édits en faveur et en honneur de l'imprimerie donnés par les rois de Fiance à partir de Charlemagne est celui de Henri II en date du 23 septembre 1553 :

Henri II, etc.; nous duëment averti du grand prolit et émoluments qu'apporte en nostre royaume et à nos sujets l'art de l'imprimerie, tant pour la grande quantité des livres qui s'impriment es villes de nostre royaume, qui se vendent el débitent aux estrangers en divers lieux, pays et provinces, dont viennent gros deniers en iceluy nostre royaume et à nos dits sujets, qu'aussy pour le grand bien, commodité et prolit que prennent de l'impression des livres tous les gens de lettres , et singulièrement les supposts et escholiersde nos Universitez; pour ces considérations, et aussi pour le grand et louable artilice qu'il y a au fait de l'imprimerie, par laquelle est conservée et perpétuée la mémoire de toutes les choses, nos prédécesseurs désirant entretenir, accroître et augmenter l'art d'icelle imprimerie, pour le grand fruit qu'elle apporte, l'auroient non-seulement privilégiée, affranchie et exemptée de tous tributs, péages, imposition et subsides, mais aussi les escrivains, imprimeurs et toutes autres personnes nécessaires et requises pour le dit art, composition et fait de la dite imprimerie. Outre ces considérations, n'ignorant qu'en mettant sur les livres imprimés l'imposition de la taxe foraine, resvê, domaine forain, et haut passage, ce seroit chasser et éloigner de nostre royaume l'art et négoce de l'imprimerie et l'envoyer aux estrangers, lesquels, pour l'attirer à eux et en prendre le prolit et émoluments, tinrent la dite imprimerie, franche et exemple de tout subside et impositions; en quoy faisant les imprimeurs et libraires des pays estrangers pourraient vendre les livres à beaucoup meilleur marché et à plus bas prix que les imprimeurs et libraires de nostre dit royaume, dont viendront que les estrangers qui y négocient pour le commerce des dits livres, et en achètent de nos sujets, se pourvoiroient ailleurs, ce qui pourrait estre cause que l'art de l'imprimerie viendroit à s'anéantir et estre délaissé en plusieurs lieux et villes d'iceluy nostre royaume, auquel seroit grosse perte pour les denierset autres denrées quiy viennent de tous costez, a. cause du dit commerce que font nos sujets des ditz livres imprimés , avec les estrangers... avons ordonné et ordonnons., de ne lever ni exiger aucune chose des dits droits pour raison des dits livres, en quelque temps que ce soit.

1554. Henri Estienne II , fils de Robert I , publie les Odes d'Anacréon sur le manuscrit qu'il avait trouvé dans son voyage en Italie.

A la fin du texte d'Anacréon, imprimé avec les plus beaux types de Garamond, est la traduction latine faite par Henri Estienne dans les mêmes mètres que ceux du poêle grec. Ce charmant petit volume porte : Apudf/enricum Slephamim,cum privilegio régis; mais comme il est probable que Henri Estienne n'avait pas encore monté son imprimerie, c'est chez son oncle Charles Estienne qu'il aura imprimé ce volume, en lui donnant des soins tout particuliers.

Dans l'épttre en grec de six pages, adressée par H. Estienne à Odet de Selve, qui se trouve en tête du charmant petit volume Dionysii Balicarnassei Iiesponsio ad Cn. Pompeii epistolam, etc., imprimé et publié par Henri Estienne chez son oncle Charles, en 1554, il s'excuse de ne pouvoir lui offrir un ouvrage plus considérable, vu le fâcheux état de sa situation (1); et dans son épître latine, adressée à Pierre Victorius, il donne un précieux détail sur les deux manuscrits d'Anacréon, dont l'un avait été découvert par lui en Italie, l'autre lui avait été donné par un étudiant anglais, John Clément, attaché à sir Thomas More. « L'un des deux, dit-il, estécritsur parchemin, l'autre sur écorce d'arbre, le premier est mal écrit et souvent peu correct; le second est si vieux qu'à chaque mot quelque lettre échappe à la vue. »

« Il eût été bien désirable, dit M. de la Mon- « naye, écrivant à Bayle, que ces deux manus- « crits eussent pu être retrouvés ; mais malheu- « reusement à la fin de sa carrière la raison de « Henri Estienne s'étant égarée, il les laissa « périr ainsi que beaucoup d'autres, qu'il ne « communiquait à personne, pas même à son « gendre Casaubon (2). »

1556. Harsy ( Olivier) est reçu imprimeurlibraire. Sa devise était une herse avec cette devise : evertit et saquât.

Il imprima en 1576 le Droit Civil, avec les commentaires d'Accurse, 5 gros volumes in-f° ; ouvrage à cinq et à six colonnes, imprimé en rouge et en noir et d'une superbe exécution. C'est un vrai chef-d'œuvre.

1556. Henri II exige qu'un exemplaire, imprimé sur vélin , de tout livre dont l'impression est autorisée soit remis à la Bibliothèque Royale, et que cet exemplaire soit superbement relié. C'est, dit-on, à Diane de Poitiers, qui aimait beaucoup les livres, et dont tant de beaux exemplaires portent les armes, qu'on doit celle ordonnance.

(i) 'Avxi Tïokliûv xat [AEyâXcov, <Lv cot •utcscryv6fjt.Y]v, ôXîya xtvà xat fjuxpà ité\nzta e?oi. Oùoe yàp Èyw a'ixioç, àW v} xûv è;xwv Ttpayjj.aTwv ■rcovripà xaxàaxacnt;. 'EtteiSyi Se xà 7ipâyfj(,axa où yiyvExoa wç pouX6(xe8a, wç yîyvExai pouÀcôp,s6a. Voy. A View o/t/ie early Parisiangreelc press. Oxford, 1855, by E. Greswel ,• tome II, p. 162.

(ï) Kai <ptXojj.a6e£a(; xai TroXujiaQsiaç prope incredibilia monumenta. Ep. 186 à Dav. Hœschel.

1557. Robert El tienne publie ■■ < ,■ ■ Grammaire Française, i vol. in-v.

1557. Morel ( Frédéric 1" ), Dé en Champagne , gendre et héri lier de Michel

est libraire et imprimeur. Anssi docte en qu'en latin, il était interprèle dn roi èi langues, et mt nommé imprlmenr du roi le i ' 1571, en remplacement de son ODCle Robert Estienne. Les principaux ouvrages imprimé* par lui sont Quinlilien, 1563, et \'ArchUee~ ture de Philibert de Lorme. La marque de Morel était un mûrier, avec cette dei tse : Hâv Sc'vopov àyaOov xap-o-j; y.a/ov; -oiîï.

Il obtint en 1581 de transmettre à son fils Frédéric son titre d'imprimeur du roi.

1558. Henri Estienne publie en un vol. in-f° : Impp. Justiniani, Jus Uni , Leonis .\ovellii', Conslituttones ; Justiniani Edid a, ex bibliolheca illusliis viri Huldrici Puggeri, domini in Kirchperg, et Weyssenborn, pubbcae commodilati dicantur. Justiniani opus anlea editum, ex vetuslis exemplaribus studio et diligentia Henrici Scrimgeri (1 ) , Scoti , restilutum et emendatum, etc.

Au bas du titre Henri Estienne met pour la première fois : « Excudebat Flenricus Stephanus, Huldrici Fuggeri typographus. »

Ce riche banquier d'Augsbourg, d'abord camérier du pape Paul III, puis protestant, secourait généreusement Henri Estienne. Il était le protecteur des lettres; mais sa famille le fit déclarer incapable de gérer ses biens, et Henri fut privé de ce puissant appui (2). Hulrich Fugger, retiré à Heidelberg, légua sa superbe bibliothèque au Palatinal.

1 558. Buon ( Gabriel) est libraire juré et imprimeur ; il a donné l'édil. de Ronsard de 1 587, réimprimée par son fils Nicolas Buon en 1623, in-f°, avec les commentaires de Richelet.

1559. Paraît chez Vincent Sertenas la première édition de la traduction de Longus par Amyot, petit in-8°. Cette édition, fort recherchée, porte à la fin la marque du libraire, qui est composée avec goût. Au-dessous de son monographe, où se retrouvent toutes les lettres

(f) Barbe, fille de Claude de Ville, seigneur de Ville- Ie-Prudhom et de Félix, était parente de cet Henri Scrimger, noble écossais et l'un des jurisconsultes les plus célèbres de ce temps. Henri l'épousa en secondes, noces, en ir.66. Dans sa préface d'Aulu délie , isss, adressée à Paul, son fils, on voit combien elle lui était cbère et combien étaient grandes ses qualités. Paul, son fils aîné, fut le seul de ses enfants qu'elle put allaiter. Henri, dans la lettre à Jean Galon de Vienne, 1er août 1881, lui écrit : Pluribns salito distrirttis eram curis et negotiis, propter mnrlem charissimas conjugis, quam tnecum tota propemodum urbs luget, quod in ea rarissimvm exstiterit exemplum magnai nobilitatis , nabilitari tamen magis montai prœstantia et virtutibus cnpientis.

(2) Dans les lettres de Henri Estienne publiées en 1850 par M. Passow il réclame de cette famille des payements arriérés: mais, malgré dos engagements écrits, il est probable qu'il ne reçut jamais les Cinq cents florins pour lesquels il offrait de transiger.

de son nom , que dominent les emblèmes d'Apollon, est placée cette légende : Vincenti non victo glorïa datur.

1559. Mort de Robert Eslienne à Genève, le 7 septembre(l). « Forïs glorïa dites, eldomi liberis,qui manebant rclicta opulenla sup pellecttle, » dit de Thou, qui en a fait ainsi l'éloge :

« Robert Eslienne laisse loin derrière lui les Aide Manuceet Froben pour la rectitude et la netteté du jugement, pour l'application au travail et pour la perfection de l'art même. Ce sont là pour lui des titres à la reconnaissance de la France et du monde entier, litres plus solides que n'ont jamais été pour les plus fameux capitaines leurs plus brillantes conquêtes. Ces travaux seuls ont plus fait pour l'honneur et la gloire immortelle de la France que tous nos exploits militaires et que tous les arts de la paix (2). »

Et voici ce qu'en pensait son noble rival Aldus Pius, ainsi que nous l'apprenons de son fils Paul Manuce. « J'ai entendu dire à mon père que nul n'avait égalé Robert Estienne par le soin et le zèle qu'il apportait à la correction et à la publication des anciens auteurs (3). »

On a vu combien la vie de Robert Estienne, dévouée à l'étude scrupuleuse des textes de la Bible et à son interprétation selon ses convictions et sa profonde science, fut entourée de périls ; celle de son fils, non moins dévouée à l'amour de l'étude, à ses convictions politiques et religieuses et au devoir de soutenir la gloire paternelle (4), ne fut pas moins orageuse. Même foi pour la religion; même dévouement, on peut dire héroïque, pour la science; même enthousiasme pour leur art; même tendresse éclairée pour leurs enfants et leur famille , animaient l'un et l'autre. Mais si le caractère du père nous semble plus austère, tandis que celui du fils, tantôt mélancolique et solitaire, tantôt emporté par la passion des voyages et le charme de la société des savants , des grands, des princes et même des rois (5), se montre plus inquiet, tous deux

(i) Lottin commet une grave erreur dans son Catalogue en faisant figurer Perette Bade, veuve de Hubert l" Estienne à la date du 7 septembre isjs. Celte savante fille de John Bade, que Robert Estienne avait épousée vers IS26, était morte depuis longtemps, puisque le M décembre isso Robert Estienne s'était marié en secondes noces avec Marguerite Descliamps, dite Duchemin.

(2) Histoire de Jacques-Auguste de Thou, I. XVI, ad annum ijj9.

(s) A la mort d'Aide Manuce, Henri Estienne composa en son honneur une épitaphe en vers grecs et latins où II signale les services dont le monde et les écrits des anciens sont redevables à Aide, «la gloire et le soutien de l'art typographique ».

(4) Ct paternam in paterna diligentia gloriam aemularetur. (.Préface d' Aulu-Gelle , p. 6. )

(s) Tantôt il vivait renfermé dans son cabinet, tantôt il vivait à la cour, à demi courtisan (semiaulicn.', fréfaue d'Aulu-Gelle, p. »g\ Quelquefois une humeur

par leurs liavaux, leur probité et leur zèle surhumain pour la science , ont élevé la typographie à la dignité d'un sacerdoce. Enfin, c'est par leur amour du beau dans les lettres et les arts, par leur esprit de nationalité et la conviction qu'ils avaient dans la précellence du langage français, qualités sympathiques à la branche des Valois, que tous deux, quoique voués au protestantisme, furent également chers à François 1er, à Henri II et à Henri 111, qui les estimèrent, les protégèrent et les honorèrent de leur familiarité (I).

Principibus placulsse vlris non ultima laus est. C'est avec un vif intérêt que l'on suit le roi François 1er et sa sœur, l'aimable et savante Marguerite, reine de Navarre, dans les visites qu'ils daignaient faire, dans la rue Saint-Jean de Bauvais, au modeste atelier de Robert Estienne, pour y suivre les progrès dont la typographie, encore naissante, était redevable à ce docte et habile imprimeur. Je crois même qu'à ces marques de bienveillance se rattachait une pensée généreuse, et queFrançois 1er, qui avait honoré Robert Estienne du titre d'imprimeur du roi et l'avait préservé de l'animosité du clergé, voulait ainsi , dans ces temps calamileux, lui donner une preuve manifeste et salutaire de l'intérêt tout particulier qu'il portait à sa personne.

1559. Henri Eslienne II réunit l'imprimerie de son père à la sienne.

1560. Lettres patentes de Charles IX (mars) portant confirmation et continuation aux imprimeurs de toutes les grâces, faveurs, droits, privilèges, libertés, franchises, exemptions, etc., octroyées et concédées par les rois ses prédécesseurs.

1560. Le 15 juillet le libraire Martin Lhomme (2) est pendu, d'après un arrêt du parlement de Paris, en date du 13 juillet.

noire, qu'il décrit dans sa préface au président Henri de Mesmes, lui faisait prendre ses livres en dégoût. Presque toujours en voyage, il composait a cheval des vers, tout en recherchant les manuscrits eu Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Hongrie, et en Italie, où il se rendit souvent, et chargé quelquefois par le roi de missions délicates et périlleuses.

(i) On sait que François Ier surprenant un jour Robert Estienne absorbé dans son Imprimerie par le soin extrême qu'il apportait à la lecture d'une épreuve, exigea qu'il achevât son travail, dont il voulut bien attendre la fin. Ce fait est rapporté p:.r Heinsius, presque contemporain, dans une épitre en tête d'un curieux ouvrage, intitulé : Dissertatio épistolica an viro titerato ducenda sit uxor et qualis ; Lugdunl Batav., îsie, p. 56.

F oy. à ce sujet, et sur l'histoire de Robert et de Henri Estienne, trois articles aussi intéressants qu'ins- Iructifs, par M. Magnin , conservateur de la Bibliothèque .Nationale, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres , insérés an Journal des Savants, années isjo et is-ii.

Le nom de M. Magnin se rattache à l'imprimerie de Paris par les Saugrain, dont II descend, et par M. Guill. Debure, dont il est le neveu.

(2) Il ne figure au Catalogue de Lottin que comme

m 1ÎTP0G

Ce maître imprimeur demeurant a Paris, rue du Mûrier, près la rue Saint* Victor, aux Trois- Marches ilu Degré, natif de Rouen, lut accuse d'avoir débité un écrit intitulé le

Tigre, royal, qui était une satire dirigée contre les Guises (I), et condamné, dit l'arrêt (2), « à estre [tendu et estranglé a une potence mise à la place Maubert, lieu commode et convenable (3) , et déclare tout et chasenn des biens du dict prisonnier acquis et confisquez au roy, et oultre ordonne la court que les dicte cartel/., epistres, livres diffamatoire» mentionnés au dict procès seront aises et bruslez en la présence du dict prisonnier auparavant la dicte exécution a mort ».

De Tbou parle de la mort de ce malheureux, qu'il appelle pauperculus librarius. Régnier de la Planche, Castelnau, Brantôme, Rayle, etc., l'ont également mentionnée. Mais ce qui est encore plus déplorable, c'est la triste destinée d'un marchand de Rouen, nommé Robert Dehors , qui se trouvait par hasard à Paris lorsqu'on conduisait ce libraire au supplice : « Or, dit Régnier de la Planche, ne savoit-il pourquoy on le faisoit mourir, et descendoit de cheval à une hostellerie prochaine; voyant le peuple fort animé contre ce malheureux, s'écria : « Et quoy , mes amisl dit-il, ne suffit-il pas qu'il meure? Laissez faire le bourreau. Le voulez-vous tourmenter davantage que sa sentence ne porte? »

Ces paroles d'humanité le firent arrêter, et promptement juger, puisque l'arrêt est daté du 19 juillet. 11 fut condamné à être pendu et étranglé en place Maubert, « pour raison de la sédition et émotion populaire faicte par le dict prisonnier lors de l'exécution de mort de Martin Lhomme, par le moyen des propos scandaleux et blasphèmes dicts et proférés par le dict Dehors, prisonnier, contre l'honneur de Dieu et de la glorieuse Vierge Marie, induisant par le dict prisonnier le peuple à sédition et scandale public. »

1561. Ordonnance de Charles IX (17 jan-

llbralre en irfso, et exerçant sa profession en ikk». Régnier de la Planche et Castelnau disent qu'il était Imprimeur.

(i) On ne connaît qu'un seul exemplaire de cet ouvrage, intitulé : Épltre envoyée au J'iyre de la France; notre célèbre bibliographe M. Drunet en est I heureux: possesseur; il n'a que sept feuillets. Le style en est très-remarquable, surtout a une époque antérieure de vingt ans aux Essais de Montaigne. M Nodier en cite les phrases suivantes : « Tu fis tant par tes impostures que sous l'amitié fardée d'un pape dissimulateur, ton frère aîné fut fait chef de toute l'année du roi. — Je connols ta vieillesse, si envieillie en son obstination, et tes mœurs si dépravées, que le récit de tes crimes ne te sauroit émouvoir, etc. »

11) Arrêt, du us Juillet ikso, retrouvé par M. Taillandier dans les registres criminels du Parlement, et inséré au bulletin du Bibliophile de Teelmer avec des détails très-intéressants sur cette affaire. Année ism, p. Bï

(%) C'était aussi a la pince Maubert que quatorze ans auparavant Dulct avait été pendu et brûlé vif.

RAPI11E 7'u

j vier ), ordonnance confirmée le lu leptem» bre I&63 :

• Art. is, Vouions que ion, Imprime ui s, »»■meurs et vendeurs de placards el libella difl i maloires soient punis pour la première toi fouet, et pour la seconde Ibis de la vi<-. .

1561. Robert Eitienne //, Ms du précédent,

est nommé garde des caractères et poinçons du roi, qui le protégea, attendu qu'il avail été déshérité par Robert Retienne , son père, poui

n'avoir pas voulu embrasser la religion pi i testante.

1501. Galliot II Dufjré, second fils de Galliot Ier, est reçu libraire.

1562. Henri Lslienne II publie la traduction latine deSexlus EmpU leus. Dana M dédicai i au président de Mesme, il raconte comment cette occupation parvint a le guérir d'une maladie, qui semble avoir été le spleen.

1562. Eslienne (François 11), lils de François Estienne Ier, est imprimeur et libraire.

1562. Henri Estienne publie quatre ouvrages in-fol. commencés du vivant de son père, qui mourut avant leur achèvement. Ce sont des commentaires rédigés par Martorat, Valable, Luther et Calvin, 1° sur la Genèse; 2" sur les Psaumes de David; 3" Catena recenliorum Theologorum Proteslanlium in l'salmos et Cantica; 4° N. T. Catholica Expositio, ecclesiaslica, ex variis probalis Theologis excerpta ab Augustino Martoralo ... in unum corpus singulari artificio confiais : qux instar liibtiothecœ multis exposilionibus refertx esse possint.

C'est à ce dernier ouvrage, réimprimé trois fois par Henri Estienne, et qui l'a été souvent à Genève et ailleurs, que se trouve la préface où H. Estienne déplore la mort de son père, si fatale à sa famille, aux lettres et à l'existence de la typographie.

Cette même année, le 30 octobre, l'infortuné el savant Augustin Martorat fut pendu a Rouen, par ordre du connétable Anne de Montmorency et de François duc de Guise.

1563. Lettres patentes de Charles IX ( Mantes, 10 septembre), par lesquelles il est défendu aux imprimeurs d'imprimer sans permission, sous peine d'estre pendus et es/r/ntglez. Elles furent lues, publiées et enregistrées par le parlement sans opposition.

1563. Jean Estienne, troisième fils de Robert Ier, est reçu libraire.

1565. Michel SonniUS, libraire juré, fut le chef d'une famille d'imprimejurs-libràires qui s'est éteinte en 1650, et qui fut à la tête du commerce de la librairie par l'importance de Bes publications. Sa marque était la vipère atlachée au doigt de saint Paul, à Malte, sans lui nuire ; avec ces mots : Si Deus pro nobis, qu'ai contra nos?

roc

1565. Mort d'Adrien Turnebe. Voir! l'épilaphe que lui composa Henri Estienue :

Cur plaçait cunctis Turnebus? Car tôt amicl

llli, rii hostes unus et ait? r erant?

Car plaçait cunclU? Tôt linguis lic^ua disert

Totne illi poluit concilia re viros?

Cur plaçait cunctis? An quod certare Tidebant

Judicii dotes dotibos ingenii?

Car plaçait canctis? canotas pbcuitne quod artes

Eicoluit Graîas, eicolait Latias?

Cnr placuit cunctis? an quod totnsque lepores

Spirarct, totus quod lepidosqae sales? [causa : Causa: equidem sunt hz : sed et hxc est mi\ima H.c plaçait cunctis quod sibi non plicuiL

1565. Le Discours merveilleux de la vie, actions et déportements de Catherine de Médias, royne mère, auquel sont récitez les moyens qu'elle a tenus pour usurper le gouvernement du royaume de France, et ruiner FÉlat d'iceluy, publié cette année sans nom de lieu ni d'imprimeur, passe pour être l'œuvre de Henri Estienne, quoique d'autres l'attribuent à son ami Théodore de Bèze; peut-être est-ce l'œuvre de tous deux. La traduction latine qui parut la même année fut faite , à ce qu'on assure , par Henri Estienne , et imprimée probablement par lui.

« L'histoire a confirmé, sinon approuvé, presque toutes les rudes et souvent brutales accusations de cet outrageux pamphlet. Un des plus sûrs garants de la véracité de ce libelle pourrait être Catherine elle-même, qui, suivant ce qu'assurent plusieurs écrits contemporains , dit , après s'être fait lire l'ouvrage, que si l'auteur l'avait consultée, il aurait pu en raconter bien d'autres (1). »

Henri Estienne publie le Truite de la conformité du langage français aveclegrec. H est sans date, mais il porte cette indication : Duquel traité l'auteur et imprimeur est Henri Estienne, fils de feu Robert Estienne.

Estimant que la langue grecque est la plus parfaite que les hommes aient jamais parlée , c'est sur ce système que Henri Estienne appuie tout le raisonnement de son livre, en sorte que de tous les idiomes modernes celui qui se rapprochera le plus du grec sera le plus parfait , d'où il conclut que la langue française , par son rapport avec la langue grecque, «■ tient le second lieu entre tons les langages qui ont jamais esté, et le premier entre ceux qui sont aujourd'hui ».

1566. Henri Estienne publie sa magnifique édition des Poetx Grxcï principes. Dans ce véritable chef-d'œuvre typographique, Henri Lstienne a cherché des difficultés d'exécution que je n'ai remarquées dans aucun autre de Eesonn

Afin de distinguer les noms propres, ceux des tilles ou des peuples, ceux des montagnes, ceux des fleures, Henri Estienne a ajusté au-

l 4. A. Renonard Eitienne. [>. itî.

.Annales te f Imprimerie des

dessus de ces mots quelques signes particuliers ^ i^. pour désigner chacun d'eux.' Cette difficulté typographique, qui s'augmente en raison des esprits ou accen te des mots grecs, n'avait pas encore été signalée. Elle est partout heureusement vaincue, et même sans laisser deviner par quel moyen. Le titre porte : Excudebat Henricus Stephanus, illuslris viri Huldcrichi Fuggeri typographus.

Il publia aussi cette année la traduction latine d'Hérodote par Laurent Valla, après l'avoir retouchée. C'est dans la préface que Henri Estienne fit l'apologie d'Hérodote. Au verso du litre sont deux pièces de vers dirigés contre ceux qui accusent cet historien d'avoir composé une histoire tabuleuse (1). Le temps n'a fait que confirmer l'opinion d'Henri Estienne , en prouvant la réalité d'un grand nombre de faits regardés à toit comme fabuleux.

Les attaques injustes dont Hérodote avait été l'objet et l'ardeur que mit Henri Estienne à le défendre l'engagèrent, sous prétexte qu'on voulait faire une traduction française de l'apologie qui accompagne son édition, à publier la même année l'Introduction au Traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, ou Traité préparatif à C Apologie pour Hérodote, qu'il composa à la hâte. Dans cet écrit satirique Henri Estienne, prenant pour prétexte d'excuser les choses qui paraissent absurdes et révoltantes dans Hérodote par d'autres qui ne lui semblaient pas moins étranges à des époques récentes , accumule une foule d'anecdotes, de traits satiriques, de petits contes plus ou moins inconvenants que sa vaste mémoire avait recueillis dans ses voyages, ses conversations et ses lectures. Mais cet ouvrage original est plutôt d'un pamphlétaire que d'un érudit, et d'après le titre on s'attendait à autre chose.

Il en résulta pour Henri EstieDne- plus de désagrément à Genève de la part des protestants qu'a Paris de la part des catholiques. Mandé au conseil de Genève, le 11 septembre 1 578, et réprimandé, Henri Estienne crut prudent de venir se réfugier à Paris, et ce ne fut que le 12 août 15S0, par l'intervention de Henri III et par l'entremise de M. de Sancy, son ambassadeur, qu'il obtint la permission de rentrer a Genève. Mais les remontrances qui lui furent faites l'ayant irrité, il répliqua avec emportement, et fut arrêté et emprisonné. L'ambassadeur de France dut donc intervenir de nouveau pour obtenir sa grâce. Henri Es-

(•) Ces Ters latins ont été ainsi traduits par Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote :

Tant d'actes merTeillcux en cet œaïre lirez Qoe de nol autre après, eoienreillé serez. Et pourrez, vous tarants, du plaisir ici prendrr, -'jjrirz ru r;aot y apprendi'-.

tienne, ayant reconnu sa faule, fut mis en liberté. Cependant le 1" septembre 1581 il futd*nouveau réprimandé, et condamné à l'amende pour avoir imprimé un livre sans permission. L'apologie pour Hérodote fut réimpriméedouze ou treize fois du vivant de Henri Estienne.

1566. Henri Estienne publie le Nouveau Testament en grec, format in-16, avec des additions en marge expliquant les mots et les locutions difficiles et une savante préface de trente-six pages, que le P. Niceron s'étonne de n'avoir point vu réimprimer en tête des bonnes éditions du Nouveau Testament en grec.

1566 (21 mai). L'histoire, qui a enregistré dans les annales de la typographie le jour delà visite que fit Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, à l'imprimerie de Robert Estienne III, nous a çonservéaussi le quatrain qu'elle y improvisa :

Art singulier, d'ici aux derniers ans Représentez aux enfants de ma race Que j'ai suivi des craignant-Dieu la trace Afin qu'ils soient les mêmes pas suivants.

El voici la réponse que lui lit immédiatement Robert Estienne :

Au nom de l'Imprimerie.

Princesse que le ciel de grâces favorise, A qui les craignant-Dieu souhaitent tout bonheur, A qui les grands esprits ont donné tout honneur, Pour avoir doctement la science conquise, S'il est vrai que du temps la plus brave entreprise, Au-devant des vertus abaisse sa grandeur, S'il est vrai que les ans n'offusquent la splendeur Qui fait luire partout les enfants de l'Église, le ciel, les craignant-Dieu, et les hommes savants Me feront raconter aux peuples survivants Vos grâces, votre cœur et louange notoire. Et puisque vos vertus ne peuvent prendre fin, Par vous Je demeurai vivante à cette fin, Qu'aux peuples a venir J'en garde la mémoire.

1566. Jean Bien-l\'é (Benenatus) succéda comme imprimeur à Guillaume Morel. il élait fort instruit ; et il imprima de concert avec Prévosteau un Aovum Tcstamentumen syriaque et en grec, avec leur version latine interlinéaire, 1584, in-4°. Son chef-d'œuvre est l'édition grecque de Démosthène, avec les Scholies fP Vlpien, iii-f0, dont l'impression avait été commencée par Guill. Morel douze ans auparavant (1).

D'après une épigramme de Scwvola Sainte- Marthe, il parait que Bien-Né mourut assassiné. Sa fille, fort instruite en grec et en hébreu, fut capable de continuer la surveillance de l'imprimerie de son père. La veuve de Bien-Né, première femme de Guillaume Morel, lui succéda comme imprimeur et comme libraire le 1 5 lévrier 1 588.

1560. Les députés de l'assemblée des libraires se réunirent pour recevoir des libraires

(l) Retske déclare que la partie Imprimée et revue par Guillaume Morel , et qui s'arrête a l'Oratto (/tfalsa légations, est de beaucoup supérieure sous tous les rapports;'! la suite, dont Ulen-Né confia la révision à Lambinus,

leur engagement et serment d'assister aii i

cessions.

• GongregaH foernat D. D. depa sit.Uis ad recipiendom jurarnenU a librar adeundis processionibus. Idem eMPMl Michael Vaacosan, taaanea :

Merlin ; Hieronymusde Marnât; Jotkwaa cber;Sebast. Nivelle; Guill. I Mony-

siusPauger; £gfdfosGourbin ; 1 1. .masBrwnon; Stephanus Petit ; Guill. Guillart; Petras Imxiart; Guill. Merlin Junior; Michael S^>nnius;GalIiotaa Du Pré ; Gabriel Buon ; Joannes Ricouart, titrant jurait, et Joamies Canivel , religalor pra><iicU> Lniversitalis , qui juramentum praestiterunL •

1567 (janvier 12). L'Université condamne ceux des libraires qui se sont abstenus d ter à la procession du recteur, lllos et altos Officiarios mulctandos , qut non ad/uerunt publias supplicationibus{\).

1567. Ordre aux libraires de tenir a::

dans leur boutique le prix de chaque ou-. \ conformément aux anciens usages.

1567. Henri Estienne publie en un seul volume in-f°un Corpus Me dicorum, composé de onze auteurs, sous le titre de Medics A Principes post Hippocratem et Galienum.

Dans la préface il s'applaudit d'avoir eu l'idée de réunir en un seul volume un grand nombre d'ouvrages épars, dont chacun s rément formait souvent plusieurs volumes. Il dit que la pratique lui ayant démontre dans le cours de ses études l'inconvénient qui résultait de cette dispersion des auteurs en tant de volumes divers, il a cru , après mûre réflexion, rendre un grand service aux des lettres en réunissant sous un même toit les auteurs qui ont écrit sur un mèmesiijet ou dans un geure analogue, afin qu'où put les consulter simultanément

Cette pensée de Henri Estienne, qui m" toujours frappe, se trouve exécutée dan - Bibliothèque des où les ou-

vrages traitant de sujets analogues sout reunis eu peu de volumes, ou même en un seul, lorsqu'il y a possibilité. Ainsi tous les ■ didactiques et bucoliques (3] sont teufermes

(I) P. si du Recueil d'actes.

(a) Qnum suis stiuiiis uttlissimum semper j.: eiusdem argument) scriptores, si non km voiumine. al certe quam pauCtSSlmts fleii posset, RtttUSM

borovadoo ut etiam multos. qui seorsum compact) erant , reooinptngendos. ut alns se - '.. cu-

r.iriP venit tue aliquan.io lumentem.

judicanti. gratissimatn se omnibus literaruui st. rem facturam si etusdem goner:> - Valut teoto reciperet, it.< ut una M vci'si consull a quolibet possent...

(s) C'est aussi oc qu'avait fait Artemtdore. comme on le voit dans son distique.

B<oxoV.\.\" M. -.-.. .- ' - '

'EvTt [m3{ ' sç»

Vos muses, qui Iota du hameau Erraient chacune eu sa pi

is, m font plus qu'un tiw I t n'eut plus qu'il ■

eu un seul volume ; il en est de même de lotis les poètes épiques, Homère excepté, et des poètes cycliques, qui réunis forment a eux seuls un autre volume, etc.

1568. Jean Ricouart est accusé de déshonorer sa profession de libraire en exerçant le métier de charbonnier. Cité le 1" septembre pour comparaître eu Sorbonne dans l'assemblée du recteur et des députés de l'Université, il lui est intimé Tordre de quitter l'exercice de charbonnier sous peine de perdre son office de libraire.

1568. Psalmi Davidis aliquot, métro cnacreonlico et sapphico. Autore Henrico Stephano, cujus eliam in officina prodeunt ejusdem Henrici Slephani Odarion de Psalmis aliquot Davidicis a se fcnaqew- TEtofiE) omxijBdci.

En tète se trouvent ces jolis vers latins de H. Eslienne :

AnacreontLs olim Modos dedi jocosos • Anacreonticam nunc, Sed nihil Anacreoniïs Dabo lvram sonanlem.

Sic senjQiabor bastaro

Qnse volnas inferebat, Addebat et rnedelam.

Quos sauciavit olim Nervis chelys prufaois, Sanabit illa nervis Aptata cbrUtianis.

1569. Henri Estienne publia cette année deux ouvrages qui intéressent la typographie; J'un est son poème intitulé : Artis typograf nicx Qcep.imonia de illiteralis quibusdam Typograpkis, propter quos in conternptum vernit (1) , l'autre est sa lettre adressée à ses amis sur l'état de son imprimerie. Dans le premier il déplore l'ignorance et la négligence de quelques imprimeurs et correcteurs, dans l'autre il rend plus particulièrement compte des travaux qu'il exécute pour son édition du Thésaurus Grœcas Lïngux.

1570. Chaudière ( Guillaume) est reçu imprimeur-libraire. Il était ainsi que Jean Bien->"é imprimeur de la Sainte-Ligue. Tous deux publièrent en 1594 les Sermons de la simulée conversion du roi Henri IV, prêches par Jean Boucher, curé de Saint-Benoit, in 8°.

i Dans sa préface on lit ce passage : Ecquid, obsecro, dictiirumputamus Aldum, si nunc reviviscens rideat successisfe sibi typographos quorum non minima pars vix pêne aliud in Ubrit qvam quomodo alba pagina discemenda sit a nigra, intelligit .' Sam qui lantum pro/ecerunt ut grœca literarum elementapossint a Latinis, Hebraicaa Crœcis dtscernere, atrocem sibi fteri injuriam exisliment si in nurr-ero indoclorum habeantur . | Quid xero dicturos M. illmn Musurum et lanum Lascarin putamus, in quibus primis Grœcia retiviscere cœpu. et qui principes in pandendo nobis ad linnwz Grœca! adytaitinere fuerunt? Quid , inguam, dicturos remur, si quum ipsi tantum honoris arti t y pr,gr ap hicœ delulerini , ut non indignam ezistitnarint cui suam operam natarent./ungenlesmurutre correctorum ' Uceat enim de rébus typogra- I phicis typographicè loqui), eo rem devenisse videant, lit si quis tria Latinœ hnguœ verba, totidemque Grœca norit. typographicœ illius correctioni nobi- , litli "i quique. vtriusque llngnœ scriptores committ.antur? Quid enim, obsecro. aliud est hanc in illos scriptores pntestatem ejusmodi hominibus permit ■ i tere quam gladios furiosis in manus tradere?

1571. La Sorbonne censure et défend la vente du quatrième livre du Pantagruel de Rabelais. Mais l'année suivante, par la volonté du roi Henri II et grâce aux sollicitations du cardinal de Chàtillon, cette défense est levée.

1571. Edict du roy Charles IX sur la réformation de l'imprimerie. (Gaillon, mois de mai, enregistré le 7 septembre) (1) :

« >~os prédécesseurs roys , entre tous les arts qu'ils ont estimé dignes d'être conservez, maintenus et advatwez , ont principalement eu en grande réputation et estime l'art de l'imprimerie, comme celui qui cultive, polit, entretient et esleve les bons esprits ; et pour la manutention et conservation du dit art, fait plusieurs statuts et ordonnances; et mesmement feu notre très-honoré sieur et ayeul es années 1541 et 1542, ait favorisé les imprimeurs et libraires, comme instruments nécessaires à ta conservation des lettres et sciences , sans lesquelles la société humaine ne peut eslre entretenue. — Outre lesquelles considérations est le dit art recommandable pour la commodité de deniers que l'imprimerie, vente et distribution des livres , qui se fait principalement en nos villes de Paris et Lyon, apporte et tire des pays estrangers. — Or, combien que chascun se doyve esludier à la conservation du dit art, et d'oster et réséquer tous obstacles qui luy peuvent nuire, toulesfois nous avons esté adverlis que la cherté du papier, et la difficulté qu'il y a aux compagnons imprimeurs, et à leur satisfaire de vivres, gages et salaires, et les tenir en devoir, apportent telle incommodité , que partie des libraires qui souloienl faire leur imprimerie en nostre ville de Lyon sont contraints faire imprimer hors nostre royaume la meilleure partie de leurs livres, puis soubs une première feuille qu'ils font ja ire avec leurs nom et marque, les vendent et a meilleur marché que s'ils estoient imprimez en notre royaume; transporlans par conséquent le gain que nos subjects de\oyent recevoir, à estrangers. — Et outre ce, les dits compagnons usent de divers monopoles et complots, qu'ils font ensemblement, par le moyen desquels et mauvaise intelligence qui se servent el pratiquent entre eux, il est impossible aux no tables marchands qui voudraient entreprendre, conduire et mettre a lin quelque bon et lalk>rieux ouvrage d'imprimerie, de s'asseurer que ce qui auroil esté commencé par tels imprimeur; mal obéyssnnts a nos édicts et ordonnances soil parachevé : et les œuvres demeurans imparfaites, les frais qu'ils auroienl avancez seroienl penius. El sur ceste défiance sont les dits notables marchands, et qui ont des moyens et facullez d'entreprendre les plus longs et laborieux ouvrages, tellement refroidis, qu'ils n'osent commettre leur travail , deniers et avances à gens si peu dociles et susceptibles de raison , et tenans si peu de compte de l'observation de nos édicts. Ce que par traict et succession de temps pourroit apporter cessation ou grande et notable diminution de la dite imprimerie. Pour ausquels abus obvier, et contenir les dits compagnons imprimeurs en devoir, ont été dressez

i Kontanon. Edits el ordonnances des rois de France, t. IV, p. \--,, Paris, icii.

certains articles; l'entretenement desquels a esté requis par nostre procureur en nostre séneschaucée de Lyon, et depuis par les conseiller.'* et eschevains de la dite, ville. Et ayans été veuz par les recteurs, relents et principaux supports de noire Université de Paris, et par eux trouvez utiles et nécessaires.

« Sçavoir faisons, etc. :

« Art. 3. Que les dits màistres /amU et puissent jaire et prendre autant d'apprentifs que bon leur semblera. Et ou ils en auront plus d'un , seront contraints en prendre l'un du nombre des enfaus qui sont nourris et entretenus en Phospital de la Trinité de nostre ville de Paris. Et que les dits compagnons ne puissent battre ne menasser les dits apprentifs , ains les laisser besongner à volonté et discrétion de leurs màistres.

« Akt. 5. Les dits compagnons et apprentifs ne feront aucuns banquets , qu'ils appellent proficiat, soit pour entrée, issue d'apprentissage, n'autremeut, pour raison du dit estât.

« Art. 10. Les dits màistres fourniront aus dits compagnons les gages et salaires pour chacun mois ou sepmaine respectivement, comme ils accorderont ensemblement.

« Art. II. Pour obvier aux plaintes qu'ont cy -devant faites les dits compagnons pour leurs vivres, tant de vin, pain que pitance, dont s'ensuyvoient plusieurs et diverses débauches et querelles : les dits compagnons se nourriront d'oresenavant eux-mêmes, ainsi qu'ils font aux Allemagne, Flandre , Italie et ailleurs, soit en leurs maisons ou autrement en pension , comme bon leur semblera, sans que les dits màistres soient tenus de les nourrir, sauf à leur augmenter leurs gages, comme il appartiendra ainsi qu'il sera advisé par les libraires jurez de la dite Université, màistres imprimeurs et notables bourgeois non suspects aux parties.

« Art. 12. Les dits gages des dits compagnons commenceront quaud la presse commencera à besongner, et finiront quand la dite presse cessera. Et demeureront les copies sur lesquelles les impressions auront été /aides entre les mains des màistres imprimeurs, pour y avoir recours quand besoin sera.

« Art. 13. Les màistres imprimeurs esliront, par chacun an, deux d'entre eux, avec deux des vingt-quatre màistres libraires jurez de la dite année; l'office desquels sera de garder qu'il ne s'imprime aucun livre ou libelle diffamatoire ou hérétique, et que les impressions qui se feront en chacune ville soient bien et convenablement faites, c'est à savoir correctement et en bon papier et bons caractères , qui ne seront pas trop usez. Et où les dils jurez trouveront quelque faute qui mérite répréhension, soit en la dite impression , ou que les présents articles ne soient observez , ils en feront leur rapport, pour y estre pourveu par le juge ordinaire, civil ou criminel, selon l'exigence du cas.

« Art. 20. Aucun ne pourra dresser imprimerie nouvelle, ne faire estât de maistre imprimeur, sinon qu'il ait fait son apprentissage en la forme, voulue, ou qu'il ne soit certiiié capable de bien faire le dit estât, et par la certification de deux libraires jurez, et de bonne réputation.

« Art. 21. Les màistres imprimeurs bailleront

Encvcl. mod.

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