T. XXVI
aux bons ouvriers tels lalairi petits
qu'ils advlsecoot COOVl yard <i In
dexlcrU<i et diligence, et a l'ouvrage | pourront rendre par chacun j"»r, sanceux qui pour leur panne ou moindre dextérité ne pourront rendre tant de besongne s'm puisse plaindre.
« Art. 2i. l\e pourront les dits Ubt vendre lafeuilledes livres declatseen latin de grosses lettres, sans commentaire» ni grec, plus de trois deniers ( I . tournois , te grec plus de six , et autres livres de menue lettre, i plus grand papier que celui de classe, ai: rata. En sorte que advenant que les dils libraires ayent meilleur marché des journée* • laires des compagnons , seront tenus de diminuer le prix de leurs livres, selon l'advis des recteurs, doyens, màistres et vingt-quatre jurez de la dite Université. »
Par cet édit Charles IX avait réglé les différends des apprentis imprimeurs avec leurs maîtres, mais son exécution excita quelques troubles , et le procureur général demanda que les imprimeurs-libraires fissent élection d'un procureur syndic qui veillât à l'exécution de l'ordonnance du roi et informât contre ceux qui refuseraient d'obéir. L'arrêt est du 1er octobre 1571. Ce syndic n'était qu'un rapporteur sous les quatre grands libraires jurés; car on ne voit pas qu'il soit fait mention de lui dans aucun arrêt. Ce fut en 1610 qu'il acquit quelque pouvoir et qu'on tenla d'ôter le nom de jurés aux quatre grands libraires pour le remplacer par celui de gardes. On les voit ainsi désignés dans le règlement de 161 S : « Il sera défendu ans dicts syndic et gardes de vostre Université de ne plus recevoir qu'un libraire. »
1 572. C'est dans cette année fatale (celle de la Sainl-Barlhélemy) que Henri Estienne lit paraître les quatre volumes in-P (le cinquième parut l'année suivante) contenant le Thésaurus Grxcx Linguœ, monument d'uue prodigieuse érudition, conçu par son père et rédige après onze ans de longs travaux par Henri Estienne, qui l'imprima au milieu des circonstances les plus difficiles.
11 parut sous les auspices de l'empereur d'Autriche IMaximilien II.de Charles IX, roi de France (2), d'Elisabeth , reine d'Angleterre, et des illustrissimes princes etseigneurs Frédéric comte palatin du Rhin, Auguste duc de Saxe, Jean-Georges marquis de Brandebourg et de leurs illustres académies d'Heidelberg, de Leipsick et do Witlenberg, enfin de Francfort ad Viardum.
De tout ce qu'offre d'intéressant sa longue
(!) Équivalant à un sou valeur actuelle.
(2) Le privilège est doté de 1861. Ce qui donne lieu de croire que l'impression en tut alors commencée, en sorte que les quatre volumes auraient été onze années sous presse. Kn tsas nous avons commence l'impression de la nouvelle édition, que nous espérons achever en \vm.
TYPOGRAPlIIi.
et instructive préface je me bornerai à signaler l'enthousiasme dont il dit s'être senti enllammé pour entreprendre cet immense travail, sans être découragé par les difficultés pendant le long cours de son exécution.
« Ce fut pour moi , dit-il , une véritable tâclie herculéenne à remplir pendant tout le temps que je dus rouler ce rocher de Sisyphe sur un terrain hérissé d'obstacles. Mais de môme que Virgile a dit d'Éuée Vieil amor patries, je puis dire aussi Vieil amor linguœ. »
Puis, rappelant ces vers d'un ancien poète <]ui célèbre la patience avec laquelle un amoureux endure la rigueur d'une nuit orageuse et le soldat les rigueurs du climat en hiver : « Je puis me comparer à eux : Pervigilant ambo, dit le poète ; combien n'ai-je pas veillé aussi! Mes amis, mes domestiques, savent si je surpassais et le soldat et l'amant en abstinence; i't de même qu'un poète a dit au sujet de sa maîtresse ; Quinellam sedesjubeat si vendere avitas, Ite sub imperium sub IHuluinque lares;
chacun sait que moi aussi pour ma maîtresse , la langue grecque, et pour le passionné désir de créer mon Trésor, j'ai successivement dépensé tout mon avoir, et épuisé mon propre trésor, heureux si je puis dire avec le poète :
•rjSû ti tu (7w6evTi (Aô^vrjffôat iuôvuv. »
Cet immense travail, qui ruina sa fortune, le fit vieillir avant le temps. « Mais la perte de mes biens, dit-il aux lecteurs, la perte de ma j jeunesse me touchent peu, si mon travail ob- j tient ton estime;» sentiment généreux, digne du fils de Robert Estienne (1).
Pour concevoir comment Henri Estienne put amasser et coordonner une telle masse de matériaux à une époque où les recherches étaient si pénibles, puisque les textes publiés alors n'étaient accompagnés d'aucune table, ni divisés par chapitres et paragraphes , il faut croire qu'indépendamment de ses autres lectures, il dut prendre soin, à mesure qu'il imprimait tant de textes grecs enrichis de ses notes ou de ses traductions, de faire le dépouillement de ce que sur chaque mot chacun d'eux offrait de remarquable et d'utile (2). Celte science, cette persévérance, ce travail surhumain seront un éternel sujet d'étonnement. Aussi, revendiquant pour Henri Estienne la première place, que M. A. A. Renouard avait d'abord trop facilement accordée aux Aides, c'est avec raison que mon père a dit :
« Ah ! si Henri Estienne, persécuté pour ses
II) AtThesaurus me hic de divite reddit egenum El facit ut juveneia ruga senllis aret ; Scd miliiopum levis est, levis est Jacturaju venta:, Judicto haud levls est si labor iste tuo. lï) C'est ainsi qu'il publia en i:;r,3, comme essai, son Dictinnarlttm Medicum grœco-latinum, peur lequel il avait extrait tous les mots tenant à l'art de guérir qui se trouvent dans les anciens médecins.
opinions religieuses , et l'esprit enfin aliéné par ses immenses travaux, est allé mourir pauvre, à Lyon, dans un hôpital , du moins ne lui envions pas la gloire d'être le premier imprimeur de tous les pays et de tous les âges, et que tout typographe, s'il a un noble sentiment de son art, se prosterne avec respect devant sa tombe.
Manibus date lllia plcnls, Purpnreos spargam flores, non, (jaliia, lanto r.ursum te poteris Jactarc typographo, et ultra Sit sperare nefas (i). »
Parmi les pièces de vers grecques et latines qui furent composées en l'honneur de cet ouvrage, la plus remarquable est celle qui se trouve au tome 1er. Les lettres initiales T. B. V. indiquent que l'auteur est Théodore de Bèze de Véseiay, ce hardi et savant prédicateur, qu'on vit à la bataille de Dreux à la tête des troupes protestantes, armé de toutes pièces comme un autre Zuingle (2). Il y signale les services rendus aux lettres grecques et latines par Robert Estienne et par son fils Henri, auteurs, l'un du Trésor de la Langue. Latine, l'autre du Trésor de la Langue Grecque.
Ausonias quondam Musas Robertus egentes
Excepit grato providus hospitio.
Et nunc Henrieus, patris vestlgia sectans.
Errantes Gralas excipit hospitio.
Illfe autem meraores accepti muneris, cccc
JEternas Stephanis constiluerc domos.
Vos xternum igitur, Stephani, nunc vivitc; nai
JEternum praestant vivere Piérides.
Et vos cum Stephanis seterno fœderc pactir,
Et graiœ et latia-, vivite. Piérides.
Tu quoque, Masarum cultrix, Musis Stcphanisquc
Communes colito, sedula turba, domos.
1572. La déclaration du 10 septembre porte que « les maistres imprimeurs bailleront les copies diligemment revues , correctes et mises au net, au compositeur, afin que par le défaut de ce leur labeur ne soit retardé ».
1573. Mattayer (Jean), libraire et imprimeur du roi ; son frère Samuel était également imprimeur du roi Henri III, pour lequel il imprima, en 1588, le grand Bréviaire in-f°, en rouge et noir. Il suivit le roi à Tours, où il imprima, eu 1593,1e Catholicon d'Espagne.
qui est la première édition de la Satyre Ment ppée.
(i) Note bibliographique et typographique à la fin des Bucoliqii.es de Virgile, etc. , par Finnin Didot,
ln-83, 1806.
Dans la lettre A mon fils aine Ambr. Firmin Didot. voyageant dans la Troade et dans la Grèce, à la lin de sa tragédie A'vlnnibal, Paris, is«7 , ln-8=, mon père m'écrivait : « S'il fallait citer les noms fameux dans les fastes de l'imprimerie, quels noms on y trouverait! D'arord parmi la foule de ceux qu: se sont distingués dans les ouvrages d'érudition et l'étude des langues, les Aides, cl surtout Robert K.sticnnc cl son fils Henri, l'un auteur du Trcsor de la Langue Latine, l'autre du Trésor de la Langue Grecque, hommes sa - \ants et laborieux, auprès desquels nous ne sommes rien, etc. »
ïj Florimond de Raymond, livre V'.ll, chap. XV i.
TYI'OGUAWIIK
hoc,
1573. Richer (Jean), libraire juré, était Tort instruit; on lui doit la publication des premiers volumes du Mercure Français. Il fut un des libraires-imprimeurs qui suivirent Henri IV à Tours; sa marque était un arbre verdoyant , avec cette devise : "OXëioç aùtâpy.Yjç, « Qui sait se contenter est riche ».
1575. Le 12 juillet le doyen de la Faculté de Médecine se plaint en assemblée générale qu'on imprime les livres d'Ambroise Paré, premier chirurgien du roi, attendu qu'ils contiennent une doctrine pernicieuse et contraire aux bonnes mœurs : Quse bonis moribus et reipublicœ nocent, quse sunt nefanda, et supplie l'Université de faire requête au parlement pour obliger l'auteur à faire examiner ses ouvrages par les docteurs en médecine. Sur quoi le procureur syndic fit aussitôt sa réquisition pour que les libraires imprimant ces livres fussent mis à l'amende : ut muleta indicalur librarïis qui eos typis excudunt.
1575. Marner t Pâtisson , imprimeur-libraire, Irès-savanl en grec, latin et français, épouse Denyse Barbe , veuve de Robert Estienne 11. Les livres qui portent le nom seul de Robert ont dû être imprimés chez lui. Ils portent la marque desEslienues. Robert 111 (it chez lui son éducation typographique.
La traduction d'Oppieu en vers français par Florent Chrestien porte : Paris, imprimerie de Robert Estienne, par M amer t Pâtisson, 1575 , in-4°. L'année précédente il avaitimprimé le premier volume des Œuvres poétiques de Jodelle, avec cette indication : chez Chesneau, rue Saint- Jacques, au Chêne- Vert, et Marner t Pâtisson, rue Saint-Jean de Beauvais, devant les Écoles de Droit, avec cette devise : Concordia vis nescia vinci.
En 1579 Mamert Pâtisson fut nommé imprimeur du roi. 11 mourut en 1601. Sa veuve, qui lui succéda, imprima en 1G04 Thuani Uistoriasui temporis, pars F, in-f°, édition encore recherchée, parce qu'elle contient des passages supprimés.
1576. Thierry (Henri), dont le père et l'aïeul étaient libraires, est reçu imprimeurlibraire. Ses caractères sont beaux et ses impressions correctes; les principales sont : Sancti Hieronymi Opéra, 158S, 4 vol.in-f°; Origine des Bourguignons, in-f°, etc.
1577. Arrêt du 27 juin, faisant défense à tout libraire, imprimeur et relieur d'acheter aucuns livres des enfants ou serviteurs des autres libraires, des enfants de famille, des écoliers, serviteurs, domestiques ou personnes inconnues , ni même vieux papiers et parchemins, soit qu'ils proviennent de Paris ou des provinces.
1578. Galliot Corrozct , premier fils de Gilles, est reçu libraire.
i :>78. Robert Grandjon, •■■■ mond, appelé par le pape Grégoire xm, ».i
établir une fonderie de caraetèret a Rome,
le palais du Vatican, ou il ira»
dresdu cardinal de Méd
tères romains, droite, latins, arabes,*]
ques, arméniens, illyriens et i
1579. Henri III accorde a Henri Estierni" une pension de 300 livres, en coaaidéraUoi beaux ouvrages grecs et latins qu'il avait Un< primés et de sa mission en Suisse, ou le roi l'avait envoyé pour recueillir des manuet livres rares. Le brevet signé du roi Henri , le 12 août 1579, ajoute: « Enfin pour reconnaître les services que luietses prédécesseurs m'ont ci-devant faits. »
Déjà il en avait reçu une gratification de 3000 livres pour son ouvrage De la Précellence du Langage Français. Dans sonépltre dédicatoiie au roi , Henri Estienne nous apprend que c'est sur les instances de Henri 111 qu'il avait entrepris cet opuscule; qu'en vain, pour s'en défendre, il avait allégué que les papiers qu'il avait laissés à Genève lui étaient indispensables pour bien traiter ce sujet; mais que le roi, avec qui Henri Estienne s'en était souvent entretenu dans leurs conversations, lui avait dit : « Faites suivar.t ce que vous fournira votre excellente mémoire. »
Cet ouvrage, annoncé par Henri Estienne sous le simple titre de projet, contient sur notre langue des renseignements d'autant plus précieux que Henri Estienne la possédait parfaitement, soit par l'élude de ses divers dialectes et des romanciers et fabliaux , soit par la comparaison qu'il en savait faire avec les laugues anciennes et avec les langues modernes. Jugeant avec raison que les proverbes sont l'expression la plus vraie et la plus vive de nos pensées, et que pour se graver dans la mémoire du peuple et servir en quelque sorte de monnaie courante, ils avaient dû se présenter sous une forme nette et succincte, c'est la surtout qu'il est allé chercher ses exemples(l). Henri Estienne a écrit cet ouvrage dans un esprit tout national et pour démontrer que la langue française l'emporte sur toutes les autres en clarté et en précision , et que ni l'italien ni l'espagnol ne sauraient lui être comparés.
Les deux Dialogues du nouveau langage
(i) L'Académie Française en a Jugé de même dans la composition de sou Dictionnaire, où les proverbes sont choisis de préférence pour exemples. Voyez ce qui est dit à ce sujet dans la Préface du Dictionnaire de i Académie Française, par M. Vlllemaln.
Henri Estienne, pour prouver que les proverbes formaient la richesse la plus pure de notre langue , publia en 1H94 Les Prémices, ou te preynicr livre des Proverbes epigrammatizez , ott des Ëpigrammes proverbial isez, c'est-à-dire signez et scellez par Us proverbes français, etc. Ouvrage curieux, mais incomplet et rédigé trop rapidement, comme tout ce que Henri Estienne a écrit en français.
français italianisé, et autrement déguisé principalement entre les courtisans de ce temps, etc., qu'il avait publiés en 1578, furent écrits dans le même esprit, et prirent aussi naissance dans les conversations de Henri Estienueavec Henri III. Tous deux s'indignaient que par un esprit servile d'imitation étrangère lesFrançais introduisaient, surtoutdans le langage de la cour, une foule de mots et d'idiotismes italiens, en abandonnant ainsi ce qu'ils avaient de mieux. »
1579. Morel ( Frédéric II), fils de Frédéric 1", professeur et interprète du roi, est nommé imprimeur ordinaire du roi, tant pour l'hébreu , le grec et le français que pour le latin. Dans la souscription de son édition des Actes du Concile de Nicée, 1599, il prend le titre de professeur royal et d'architypographe royal; plus tard il fut doyen des professeurs royaux (1). Pendant trente-quatre ans il exerça avec autant de zèle que de talent la profession d'imprimeur, tout en remplissant ses autres devoirs de professeur et d'érudit. II composa en latin une tragédie d'Alexandre Sévère, et traduisit en vers grecs plusieurs extraits de poètes latins. « Personne, dit M. Huet, n'a traduit plus fidèlement que lui. » 11 avait donné des conseils à Amyot sur sa traduction de Plutarque. Comme critique, on estime surtout ses travaux sur les Sylves de Stace, et ses notes et sa traduction latine de Libanius.
Maittaire dit au sujet de cette illustre famille de typographes, qui exerça si honorablement cette profession de 1557 à 1646, qu'il n'en est aucune, à l'exception des Estiennes, qui ait honoré autant et aussi longtemps la typographie.
L'application au travail fut telle chez Frédéric Morel, qu'on rapporte qu'il était absorbé dans ses recherches sur Libanius, lorsqu'on vint l'avertir que sa femme, qu'il aimait tendrement (2), était malade, et qu'elle mourut presque subitement avant qu'il s'arrachât à ses travaux , tant ses affections cédaient à son amour de l'étude!
Sur la fin de sa carrière, son frère Claude Morel lui succéda dans la direction de son imprimerie; il était sans ambition et plein d'honneur.
1 580. Nyon ( Guillaume ) est reçu libraire. 1583. Arrêt du conseil et lettres patentes
de Henri III, enregistrées au parlement, sur la réclamation faite par les imprimeurs et fondeurs en caractères pour n'être pas compris dans la création qu'on venait de faire des
(|i De quanto honoris culmine nunc temporis deri/IU an typographica, dit a cette occasion Maittaire, après avoir énuniérè tous les titres littéraires et honorifiques de Morel.
(s) Isabelle Duchesne , fille du professeur de ce nom au Collège de France
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Métiers, ce qui était contre l'honneur de tout temps attribué à l'art d'imprimer. Il est fait droit à leur requête, pourvu qu'ils ne fassent autre profession ni aucun autre art mécanique.
Voici le considérant de cette déclaration :
o Nos chers et bien amez les imprimeurs de noslre ville de Paris nous ont, par leur requeste à nous présentée en noslre conseil d'Étal, fait dire et remonstrer, qu'auparavant que l'art de l'imprimerie eust esté inventé il y avoit grand nombre d'escrivains qui estoient censez et réputez du corps de l'Université de Paris. Et depuis que le dit art d'imprimerie a esté mis en lumière, les imprimeurs ont succédé au lieu des dits escri vains, et ont toujours esté autaût ou plus gratifiez que les dits escrivains : n'ayant jamais le dit art d'imprimerie esté mis au nombre des mesliers méchaniques, ains tenu en tel honneur et réputation , que plusieurs personnages grandement expérimentés au fait des lettres, et de grande éruditioD, ont bien voulu eux-mêmes prendre qualité d'imprimeurs, tant en cestuy royaume que dehors. Toutesfois, depuis quelques jours ayant esté par nous fait un édit de création de mestiers, ceux qui ont charge de l'exécution du dit édit auroient voulu comprendre les suppliants entre les artisans méchaniques, chose du tout contraire à l'honneur de tout temps attribué à l'art d'imprimerie. Etseroient contraints les dits suppliants, si on meltoit sur eux quelque cotisation, quitter leur art, ou pour le moins enchérir leurs impressions, qui sont déjà à assez haut prix, à cause de la cherté des vivres et du prix excessif du louage des maisons. En quoy faisant, toutes sortes de personnes studieuses , et mesmemeni les pauvres escholiers seroient grandement incommodez : nous suppliants et requérants très-humblement à ceste occasion , qu'il nous pleust les excepter du dit édict, ensemble les fondeurs de caractères nécessaires au dit art d'imprimerie en nostre dite ville de Paris; et sur ce leur octroyer les lettres nécessaires ;
« Scavoir faisons que nous inclinant libéralement a la supplication et requeste des dits imprimeurs, et désirant maintenir le dit art, comme des premiers et plus exguis de tous les autres, et duquel nos subjects retirent grant profit et utilité pou? leur instruction et érudition, de l'advis de noslre conseil, avons dit, déclaré et ordonné, et de nos grâce spéciale, pleine puissance et authorité royale, etc. *
1583. Nivelle (Nicolas), premier fils de Sébastien Nivelle, libraire juré, instruit et habile, devint imprimeur de la sainte ligue. En 1589, lors du siège de Paris, il se trouvait sur le rempart près la porte Saint-Jacques quand les troupes du roi descendues dans le fossé escaladaient la muraille; déjà plusieurs soldats étaient montés sur le rempart, lorsque, secondé d'un avocat et d'un père jésuite, Nivelle les en chassa; le reste des troupes, au nombre de plus de deux mille hommes, se retirèrent voyant la ville si bien gardée.
1584. Arrêt du 10 décembre rendu contre
TYPOGKAI'IIIK
ISelleviile, qui lut pendu pour avoir publié un mauvais livre par lui composé contre le roi.
1584. Langelier (Abel) est reçu libraire; il passe pour avoir le plus fait imprimer en son temps; il avait pour marque le Sacrifice cl' Abel.
1585. Henri Eslienne publie son excellente édition d'Aulu- Celle, précédée d'une épître à son fils Paul, servant de préface à l'ouvrage. 1*2 1 le donne beaucoup de détails intéressants sur son imprimerie et sur sa famille. Je n'en citerai que ce passage :
« Votre aïeul Robert avait réuni cbez lui une espèce de décemvirat littéraire, qu'on pouvait appeler navToeGvrj (de toules nations), aussi bien que TOxvyXaxraov (de toutes les langues), car les membres de cette docte réunion étaient de tous les pays et se servaient de tous les idiomes. Ces dix étrangers d'un savoir profond , particulièrement ceux qui composèrent les Epigrammata qui sont en tête de la dernière édition du Thésaurus Lalinas Linguae, remplissaient les fonctions de correcteurs. Originaires de diverses contrées, et ne pouvant parler la même langue, ils se servaient entre eux du latin comme d'un commun interprète... Votre grand-mère, à l'exception de quelques mots peu usités, entendait tout ce qui se disait en latin presque aussi facilement que si c'eût été du français. Que dirai-je de votre tante Catherine , ma sœur, qui vit encore? Elle, non plus, n'avait pas besoin d'interprète pour comprendre le latin; bien plus, elle sait s'exprimer en cette langue, à quelques fautes près, de manière à être comprise de tout le monde. Les domestiques, les servantes même, qui entendaient tous les jours converser à table sur des sujets divers, plus ou moins à leur portée, s'accoutumaient tellement à ce langage, qu'ils comprenaient presque tout et finissaient par s'exprimer en latin. Mais ce qui contribuait encore à habituer toute la maison à parler la langue latine, c'est que mon lïère Robert et moi jamais nous n'aurions osé nous servir d'un autre langage en présence de notre père ou de l'un de ses dix correcteurs. »
1586. La compagnie de la Grand1 -Navire, composée de Dupuy (Jacques), Nivelle ( Sébastien), Sonnius (Michel ), Dupuy (Baptiste), avait pour marque les initiales de leurs noms IDP. SN. MS. BDP. Elle imprima entre autres grands ouvrages : Bibliotheca Patrum, gr.-lat., tt vol. m-(° ; Sancti Augustini Opéra, 9 vol. in-f°; Sancti Ambrosii Opéra, 4 vol. in-f°, etc. Elle avait acquis une telle réputation que dans les pays étrangers on ne visitait pas les livres qui portaient sa marque.
1587. Macé (Barthélemi), libraire juré.
Son édition de Plante avec les commentaires de Lambin, inf°, 1 588, est recherchée, par le travail littéraire et la beauté de l'impression.
ir>h8. Robert Estienne III, poète el interprète du roi pour les langues grecque et latine, commence à imprimer; ilestlradoeteui
des deux premiers livres de la Rhétorique d'Aristote. Parmi les ouvrages, peu nombreux, sortis de ses presses est le lome I" de la 4* édition de l' Histoire de de Thon. Pour n'être pas confondu avec son pèie et son aïeul, il mettait ordinairement sur ses livres Roberlus StephanusR. F. R. N. (Roberti lilius, Roberti ne pos ). 11 mourut en 1640.
1588. Thierry (llolin), imprimeur-libraire, qui succéda à son oncle Henri, (ut un des imprimeurs de la Sainte- Union, et par conséquent grand ligueur. Il fut emprisonné pour avoir imprimé le livre du Manant ; son emblème, par un jeu de mot bizarre, était trois épis de ris (tiers ris), avec cet bexamètie barbare : Pœnitet xtcrnun) mens non ter provida rite.
Il avait imprimé en société avec Nicolas Dufossée les Annales Ecclésiastiques de Baronius traduites par Durand; 1616, 12 vol. in-f°.
1588. Orry (Marc), gendre de Metlayer, libraire juré et imprimeur, a publié un grand nombre de livres qui lui ont acquis uue réputation méritée. Sa marque était un lion rampant regardant les étoiles, avec cette devise : Ad astra per aspera virtus, devise que conservèrent ses descendants, contrôleurs des finances.
1589. Cramoisy (Sébastien /"), gendre de Sébastien Nivelle, est reçu libraire; en 1610 il est reçu libraire juré.
1590. Sonnius ( Laurent ), fils de Michel 1er, est reçu libraire. Le 4 août 1 620 il est le premier syndic nommé par élection depuis la formation de la communauté. 11 faisait partie de la compagnie de la Grand'-Navire. Sa marque était un compas , avec celte devise : Suo sapiens sic limite gaudet.
1592. Henri Estienne donne son édition d'Appien. Sa préface contient ce témoignage de l'affection que François 1er portait à Robert Estienne : « Ce roi, qui aimait avec passion la littérature et les gens de lettres, avait une affection toute particulière pour mon père , et peu de jours avant de mourir il la manifesta devant toute la cour de la manière la plus signalée. Tout ce que mon père demandait, il l'obtenait sans peine, et l'extrême libéralité du roi pour les lettres et la science égalait l'importance de ses grandes entreprises typographiques; elle allait même au point de prévenir les désirs de mon père et de les surpasser tous. »
1593. Paul Estienne, premier (ils de Henri et digne de son père, mais d'une nature moins énergique, s'est distingué par son érudition et ses excellentes éditions enrichies de ses commentaires. 11 nous a laissé plusieurs traduc-
tions, et un volume imprimé par lui en 1593, contenant sa traduction en vers latins, dédiée a son père, de diverses pièces de Y Anthologie et ses Juvenilia. Son édition d'Euripide de 1602, celle de Sophocle de 1603, sont les plus estimées. On voit dans la préface de Henri Estienne en tête de son édition d'Aulu- Gelle toute la sollicitude que ce tendre père portait à son fils. Après avoir terminé ses études littéraires et typographiques dans la maison paternelle, il fit plusieurs voyages, et se lia d'amitié avec Jérôme Commelin à Ueidelberg, à Lyon avec Jean de Tournes, et avec Norton en Angleterre. Son père lui avait inspiré surtout le goût de la poésie latine, et Paul Estienne s'y distingua, particulièrement dans la pièce qu'il publia en 1600 sur la mort de son père (1), dont il déplore les grandes qualités avec les sentiments d'un fils aussi tendre que respectueux. Sa douleur y est profondément sentie et exprimée d'uue manière louchante.
1594. Henri Estienne publie à Francfort chez Wechel son Exhortation à l'empereur Rodolphe pour l'engager à faire une expédition contre les Turcs et à les combattre à outrance et à la réunion du conseil général des princes à Ratisbonne il la lui présente, ainsi qu'un autre discours sur le même sujet où la haine contre Juste Lipse se confond quelquefois avec sa haine contre les Turcs.
1 594. Fournier jeune prétend que la plus ancienne fonderie particulière en France fut celle qu'établit cette année Guillaume le Bé, célèbre graveur, qui s'était rendu acquéreur de la plus grande partie des poinçons et matrices provenant de la fonderie du célèbre Garamond. La fonderie de Guillaume le Bé fut continuée par son fils et son petil-lils ; et ensuite par sa veuve, qui mourut en 1707; puis elle passa en 1730 entre les mains de Fournier.
1595. Henri IV , par lettres patentes du 20 février, confirme les privilèges des imprimeurs, et les exempte des subsides et impositions nouvellement établis par son arrêt du conseil d'État du 17 décembre 1594; il les avait exemptés du payement des droits pour la confirmation de leurs anciens privilèges, à l'occasion du nouvel avènement à la couronne.
1595. Abel Langelier imprime la Gerusalemme conquistada du Tasse. Le parlement, par son arrêt du 1er septembre même année, y fit supprimer dix-neuf vers contenant l'éloge du règne de Clément VIII, où le poète, célébrant le pouvoir de ce pape, et parlantde la France, frappée d'excommunication par Sixte V, s'écrie : « Clément seul (oh! combien ces temps sont encore éloignés de nous ), Clément! dis-
(il En tcle de la Concordance grecque du Nouveau Testament.
je, pourra seul donner le roi au royaume de France, et le royaume au roi. »
1596. Saugrain (Abraham) est reçu libraire; il était d'une famille d'imprimeurs à Lyon.
1598. Henri Estienne II meurt à Lyon, dans les premiers jours du mois de mars de celte année. Il était revenu de Genève pour revoir sa patrie, et il s'arrêta quelque temps, vers la fin de l'année 1597, chez son gendre, Casaubon, à Montpellier, occupé alors de son édition d'Athénée, auquel il remit les collations qu'il avait faites eu 1554 de cet ouvrage d'après un manuscrit de la Bibliothèque Farnèse, il voyageait seul, selon sa coutume, dans quelques villes du midi de la France, lorsque, surpris à Lyon par une maladie , il alla chercher des secours dans l'hôpital de Lyon, où la mort le frappa :
Et Lugdunco requiescunt ossa scpulchro (i).
Le père Colonia, dans son Histoire do.
Lyon (2), dit que Henri Estienne fut euterié dans le cimetière des religionnaires, près l'hôpital , et qu'il fut le premier dont le convoi funèbre fut escorté par un détachement de la compagnie du Guet. « Nos magistrats, ajoutet-il, jugèrent cette précaution désormais nécessaire pour garantir les convois funèbres des protestants contre les insultes que leur avait faites la population catholique. »
1599. La communauté des imprimeurs et libraires de Paris fait saisir, d'après la sentence du prévôt de Paris, chez les dominotiers de Paris les caractères dont ceux-ci se servaient pour l'impression des légendes qui accompagnaient les planches gravées. Mais les dominotiers en appelèrent, et le 28 janvier 1600 ils obtinrent des lettres patentes en forme de charte qui leur en maintinrent l'usage ; l'arrêt suivant du parlement, du 18 juillet « leur permet d'avoir et tenir toutes sortes de lettres et de caractères, en tel nombre qu'il leur seroit nécessaire, pour l'usage et l'impression de leurs planches, titres, histoires, figures, chapiteaux, et ouvrages en livre et en placards, avec bordure concernant leurs dominoteries, selon et ainsi qu'ils avaient coutume de faire, avec main levée de choses sur eux saisies. »
1600. Morel ( Claude), deuxième fils de Frédéric Morel Ier, savant libraire, a donné une édition de la traduction de Plularque par Amyot (1615), 4 vol. in-f°, l'Histoire des Grands Chemins de V Empire, par Bergier ; in-4% 1602, etc. Il était membre de l'association librariorum et typographorum, fondée par les grands libraires, tels que Michel Sonnius et Sébastien Cramoisy, pour publier les Pères de l'Église grecque, imprimés in-f° avec grand soin. C'était à Claude Morel qu'était
(i) y'oy. la pièce de vers latins de Paul Estienne m ; 2 vol. iu-«c, 1710 ; François Rigolet.
plus particulièrement confié le soin d'éditer en 1005 ces belles éditions (1).
Les deux premiers volumes de l'édition grecque - latine des œuvres complètes de saint Jean Chrysostome, due aux soins du père Fronton du Duc, sont imprimés par Claude Morel en 1609; plus tard la date tut changée en celle de 1614, qui est celle de la publication du second volume. Morel lit paraître le tome 5 en 1616; il s'associa alors avec Sébastien Cramoisy. Le tout l'orme 12 vol. in-f°; le dernier volume parut en 1636.
Il laissa trois fils, Charles, Claude et Gilles ; le premier et le dernier ont continué honorablement l'exercice de la carrière paternelle.
1600. Buon (Nicolas), fils de Gabriel, est reçu libraire, et publie en 1623 la grande édition de Ronsard in-folio.
1600. La compagnie de la Grand' Navire est composée de Drouarl (Ambroise) , Langelier (Abel), Macé ( Barthélémy), et les trois frères Sonnius , Jean , Laurent et Michel.
1602. Cramoisy (Sébastien II) est reçu libraire et imprimeur; il fut distingué par la beauté et l'importanSe des livres qu'il imprima, dont le nombre est considérable, entre autres : Eusèbe, De Preeparationc et Démonstration Evangelica, 4 vol. in-f°; Chrysostomi Opéra, grec et lat., 9 vol. inf°, 1636; Historiée Francorum Scriptores, par André Duchesne , 3 vol. in-f°.
C'était le plus grand éditeur de livres grecs, latins et français de son temps ; son savoir, sa probité, ses talents furent récompensés par des dignités justement acquises ; il fut syndic de sa communauté , échevin de la ville de Paris , grand-juge, consul, administrateur des hôpitaux. Enfin il est le premier auquel fut confiée par le cardinal de Richelieu la direction de l'Imprimerie Royale, établie au Louvre en 1640, emploi qui fut conféré ensuite à sa veuve. 11 mourut en 1669, à quatre-vingt-quatre ans.
1603. Drouarl [Jérôme) est reçu libraire. Jl imprima, en 1609, le Polybe grec-latin de Casaubon et autres sa van ts ou vrages ; sa devise était un diamant avec ces mots : Nil me durius.
1603. La seconde compagnie de la Grand'- Navire imprime in-f°, en 1603, le Saint Damascène; en 1604, l' Origène; le Saint Cyrille, le Saint Hilaire et le Saint Grégoire,