‹ Essai sur la typographieChapitre 3 sur 44 · ORIGINES DE LA TYPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA TYPOGRAPHIE

S'il est si difficile pour un grand nombre de découvertes, surtout au moyen âge, de connaître le nom des inventeurs et de fixer la date de l'invention, on conçoit combien la difficulté s'accroît lorsque les inventeurs ont voulu s'entourer d'un profond mystère (3), afin que les produits de leurs nouveaux procédés ne pussent être distingués de ceux que la main des scribes créait si péniblement et si lentement (4).

Ce qui augmente les difficultés et complique la question, c'est que presque dès son origine des intérêts nationaux et aussi des intérêts de famille ont voulu s'attribuer l'honneur de celte découverte et faire pencher la balance en faveur, soit de Harlem, soit de Mayence, soit de Strasbourg, soit même de Bamberg, et je ne cile ici que les villes dont les prétentions sont appuyées de quelques titres (5) . Ce qui est constant, c'est que Strasbourg et Mayence sont les seules dont les droits à la découverte de l'impression en caractères mobiles soient incontestables, en laissant toutefois à Harlem le mérite de les avoir devancées pour l'impression labellaire.

(i) Papyrus vacua et nuda.

(2) Trilhôme dit aussi :

Nunc parvo doctus quilibet esse potest.

Ailleurs , il dit de l'Imprimerie :

Inventa do novo, mirabilî iudustria muneie givinitans ; Philippe de Bergame, en i4or>, a dit aussi

Qua certc nulla in mundo dignlor, nulla laudabilior, aut profecto utilior, sive divinior et sanctior esse unqiiani potuisset.

(si « D'abord cet art fut caché, et communiqué seu- « leraent à un petit nombre d'adeptes, qui apportaient « eux-mêmes les lettres dans des sacs fermés, et les « emportaient ensuite de l'atelier. » Henricus Pantaléon, Lib. de firis lllustribus Gcrmaniœ , pars. II,

p. 597, éd. Basil. ISG3.

(l) Imprimit ille die quantum vil scribltur anno. RI l'on peut affirmer que par les procédés récents du stéréotypage, des presses mécaniques mues par lavapeur et par la diffusion de l'imprimerie dans toutes les parties du monde, on imprime aujourd'hui en un seul jour, peut-être même en une heure, autant qu'imprimait dans toute son année Uidcricus Gallus, pour qui ce vers fut composé parCampanus. Il se trouve à la lin de son édition de Tite-Live, 2 vol. in-f°; Rome, 1470.

(:;) Plus de quinze villes ont revendique cet honneur, Augsbourg, Baie , Anvers, Bologne, Dordrecht, Kellrl , Florence , I.ubeck , Nuremberg, Rome, Russembourg, Schelestadt, Venise, etc. Kn 1777 de nouvelles prétentions ont été élevées en faveur d'une ville obscure du lirabant. L'inventeur aurait clé un célèbre violon ; mais, après plusieurs discussions, il a été reconnu qu'au lieu d'Inventer la manière de frapper des types, Il s'agissait seulement de battre ta mesure.

Témoignage d'Ulric Zell.

Parmi les nombreux témoignages recueillis jusqu'à ce jour par Meerman, Wolf et autres, nous rapporterons seulement les plus importants. Le lecteur appréciera la difficulté de les concilier.

Le premier que je citerai, par cela mêmequ'il est d'un imprimeur contemporain, est celui d'Ulric Zell, qui vint s'établir dès l'origine de la découverte de l'imprimerie dans une ville qui n'a pas élevé de prétentions rivales. Il me semble donc tout à fait désintéressé dans la question. Son récit me paraît le plus conforme à la vérité. Quoique trop succinct, il contient cependant en substance tout ce que cet événement offre de plus important (l).

«Ce noble art, dit-il, fut inventé pour « la première fois en Allemagne, à Mayence a sur le Rhin, et fit grand honneur à la naît lion allemande. Cela arriva vers l'anuée « 1440; et à dater de là jusqu'à l'année 1450 « cet art et tout ce qui s'y rattache fut per- « feclionné. On commença à imprimer l'an « 1450, qui était l'année du jubilé, et le pre- « uiier livre mis sous presse fut la Bible (2) la- « Une, en grands caractères, tels que ceux avec « lesquels on imprime maintenant les Missels. « Quoique cet art ait été inventé à Mayence, « ainsi que nous l'avons dit et comme on le « croit généralement aujourd'hui (3) , ce- « pendant sa première forme (4) existait en Hol- « lande dans les Donat qu'on y imprimait an- « térieurement à cette époque : c'est d'eux et « d'après eux que cet art prit son origine ; mais « l'invention nouvelle fut bien plus importante « et plus ingénieuse que la première (5). Le « premier inventeur de la typographie fut un « citoyen de Mayence, né à Strasbourg, nommé « Jean Gudenburch; il était noble. Ledit art

(1) Ce récit nous a été conservé par l'auteur de la Chronique de Cologne, écrite en allemand et imprimée à Cologne par Jean Kœlboff en 1499.

(2) Ind in den iairen uns heren do men Schreyff mccci, do was eyn gulden lair, do began men tzo drucken ind wns dut eyrste Boich dat men druckle die Bibcl zo latin ind wart gedruckt mit eynrc grover Schrifft.

J'ai reproduit le texte original allemand parce que Meerman en traduisant ainsi ce passage : « Primusque liber qui excuderetur Bibtia fuerc latina impressaque ea sunt scriptura grandiori,» a induit en erreur la plupart de ceux qui ont écrit sur l'origine de l'imprimerie, et qui d'après cette traduction ont compris qu'il s'agissait de Bibles latines, et se sont livrés à des dissertations a ce sujet; sans faire attention que Biblia latina ne signifie rien autre que l'Ancien et le Nouveau Testament, que nous traduisons par la Bible et non les Bibles. La phrase latine de Meerman est la traduction exacte et correcte de la phrase allemande, qui ne parle que d'une Bible. Ulrich Zell n'a donc voulu parler que d'une Bible, et non de deux Bibles.

(3) Als dan nu gemeynlich gebrulcht vird.

(4) So is doch die eyrste vurbyldung vonden in Huilant uyss den Donaten.

(s) Ind is vill mcystcrlichcr ind subtilicher vonden dan dieselve manier was, und ye longer yc kunstlieher vvurdrn.

sans date, de quarante-deux lignes, qu'une note manuscrite proclame antérieure à I4r>7; 2° le Cathoiïcon, terminé en 1560 ; 3° la Bible de trente-six lignes sans date, mais qu'on croit antérieure à 1501 (I); enfin l'impression des Lettres d'Indulgence, qui ont précédé le Psautier de 1457, imprimé par Faust et Schœffer, ainsi qu'ils le déclarent avec une sorte d'orgueil. Mais nous verrons qu'il est difficile, du moins pour la Bible de quarante-deux lignes, que Scliœffer soit étranger à son exécution.

Est-ce que Gutenberg, étant d'une famille noble et ayant épousé une demoiselle de noble famille (2), crut ne pas devoir accoler son nom à celui de Scliœffer, qui n'était qu'un ouvrier, un écrivain , un clerc (3), bien qu'il fût devenu gendre de Faust, lequel Faust était lui-même de famille roturière?

Est-ce par une noble modestie et pour ne laisser la gloire de l'invention qu'à Mayence, sa patrie? En ce cas, cette souscription placée à la fin du Calholicon mériterait à juste titre l'épitbète de divine qui lui a été donnée (4).

« Avec l'assistance du Tout-Puissant, qui par un signe rend les enfants éloquents et leur révèle souvent ce qu'il cacbe aux doctes, ce livre insigne, le Cathoiïcon, fut achevé d'imprimer en 1460, à Mayence, ville de l'illustre Germanie ( que Dieu , dans sa clémence, daigna élever au-dessus»des autres nations par le don gratuit d'une telle production du génie humain). Ce livre n'a été fait ni à l'aide du roseau, du stylet, ou de la plume (5), mais par V accord merveilleux dans les rapports et la grosseur des lettres au moijen de poinçons et de matrices (6). »

Est-ce enfin par le moins noble des motifs,

(i) Ces deux Bibles sont estimées les plus anciennes. On compte au moins treize autres Bibles sans date. l'oy. Daunou, analyse de l'Opinion, etc., p. 531.

L'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale porte la date de 1461, écrite à l'encre rouge de la main du rnbricateur. Mais il est très-probable que cette Bible parut antérieurement.

(2) La famille des Etienne était aussi d'une noble origine.

(5) Telle est l'acception qu'on doit donner au mot clericus.

(4)« Altissimi prœsidlo, cujus nutu infantium linguœ fiunt disertes, quique numéro sœpe parvulis révélât quod sapientibus celât, hic liber egregius, Catholicon, dominiese Incarnationis annis M. CCCC. LX aima in urbe Moguntina , nacionis Inclytœ germanicœ, quam Dei clementia tara alto ingenii lumine donoque gratuito ceteris terrarum nacionibus prseferre, illustrareque dignalus est, non calami styli aut penne suffragio, sed mira patronarum formarumque concordia proportione et modulo , impressus atque confectus est. Hinc tibisoncte Pater >

(s) Ce sont les trois instruments avec lesquels on écrivait dans les temps les plus anciens ; la plume de roseau est encore employée en Orient ; le stylus servait aux anciens pour écrire sur la cire de leurs tablettes, et la plume d'oiseau sur le papier ou le parchemin.

(e) C'est ainsi que je crois devoir traduire cette phrase Sed mira patronarum formarumque concordia propor-tione eî modulo.

ENCYCX. iVOD '— T. XXVI.

et peut-être le plus réel, le besoin d'argent, qui l'aurait contraint de reridre sa gloire a Paotl et a Scliœffer? Dana ce ea , iraient

Honteusement abnsé du malheur de leur débitent pour exiger de lui ce eileni e,

C'est dans les documents eontemporaina ou postérieurs, et surtout dans les acte* judiciaires et civils qui nous sont conservés, qu'il faut essayer de découvrir la mi ité.

Quoique Ulrich Zell, ainsi que beaucoup d'autrès écrivains contemporainsou postérieurs i , fassent naître Gutenberg à Strasbourg, cependant les témoignages en faveur de Mayence sont encore plus nombreux ; et il me semble que toute indécision doit cesser devant ces deux preuves : 1° Le prononcé du jugement dans le procès de Strasbourg entre Gutenberg et ses associés, où il est dit : « NousCuneCope, « maître et conseiller de Strasbourg, faisons

« connaître, etc., que Georges Drit/ebein

« a cilé Hans (2) Genszelleich, de Mayence, «■ nommé Gutenberg. »

2° Le livre Salique de l'église de Saint-Thomas à Strasbourg, où il est dit, nu B. f° 293 a : « Devant nous, juges de la cour de justice de «Strasbourg, etc.. ont comparu Luthol- « de, etc.. et Jean dit Geuslleich, autrement «dit Gutenberg, de Maijence, demeurant « tous deux à Strasbourg l'an 1441. »

Dans un autre acte, passé également à Strasbourg, en 1442 (même livre Salique, i° 302 b) , par lequel Gutenberg transfère au chapitre de Saint-Thomas de Strasbourg une rente de quatre livres qu'il possédait sur la ville de Mayeuce, il est également désigné : Jean dit Geusileicb, autrement Gutenberg, de Mayence.

Les actes officiels des magistrats de Strasbourg ont donc tranché cette question, sans qu'il soit besoin d'autres preuves.

Wnrdtwein a donné sur Gutenberg et sa lamille des détails très-circonslanciés, d'où il résulte, selon lui, que son véritable nom est Jean Gutenberg de Sorgeloch, dit Gensfleich (3), et que c'est à tort que de ces Irois noms on a quelquefois fait trois personnes différentes, soit Gutenberg, soit Gensfleich, soit Sorgeloch, d'où résulte une grande confusion dans l'histoire de la typographie. Mais selon l'acte de 1459, découvert parBodman, son véritable nom est Henn (Jean) Gensfleisch de Sulgeloch, ditGudinberg; et en effet Gutenberg doit être

(«) Jean Phll.de Lignamine, dans sa Chronique, imprimée à Rome en 1474. — Bapt. Fulgose vers H9i : Fada memorabilia, imprimée à Milan en isos. — La Chronique de Cologne , imprimée en 1499 — Jacques Wimpheling, qui écrivait à Strasbourg on i;:o2 l'ïpitome rer. Gerinan., ch. i.xv. —Arnold de Bergellanus dans son poème sur l'invention de l'imprimerie composé à Mayence en IS4I, elc.

(2) Hans en allemand est le même que Jean.

(3) Wurdtwein, Bibliothcca Moguntina . p. sa. C'est ainsi que Gutenberg est désigné dans l'acte drosse par le notaire impérial Ulrich Helmasperger en ti....

le surnom, et Gensfleisch le nom de famille, puisque dans ce môme acte l'ait an nom des deux frères l'autre est nommé Eriele Genslleiscli.

I/intervenlion d'un autre Gensfleich , frère aîné de Gutenberg, que la vieillesse aurait rendu aveugle, et dont il n'est nullement question ni dans le premier procès de Gutenberg avec ses associés, ni dans son procès avec Faust, ni dans les plus anciens témoignages, tels que ceux d'Ulrich Zell , Trillième, Jean Schœffer, lils de Pierre, etc., n'a été imaginée après coup que pour favoriser les prétentions de Harlem a l'invention de l'imprimerie.

Ce qui a donné quelque apparence de probabilité à cette opinion, ce sont les deux inscriptions funéraires, où il est parlé, dans l'une (àMayence,églisedesUécollets)deyeanGfinssfleich, inventeur de l'imprimerie, et dans l'autre (à la maison de Bonmont, d'où Gutenberg tirait son nom ) de Jean Gutenberg de Mayence, premier inventeur des caractères fondus (1).

Mais il paraît certain que l'un des deux noms n'est qu'un surnom, ce qui a causé l'erreur, involontaire cbez les uns, et intéressée (liez ceux qui avaient besoin de l'intervention de ce nouveau personnage pour favoriser les prétentions de Harlem et de Strasbourg à l'invention de l'imprimerie.

On croit que ce fut lors de la révolte occasionnée à Mayence par l'entrée solennelle de l'empereur dans cette "ville que Gutenberg la quitta et vint très-jeune à Strasbourg (2). Le premier acte qui y constate son séjour est de 1434. En 1436 il figure sur les livres d'impositions de la ville au nombre des constables. Sa famille appartenait à la noblesse (3).

Sur une plainte portée en 1437 par une demoiselle noble, Anna à la Porte de fer (4), réclamant l'exécution d'une promesse de mariage , il paraît qu'il l'épousa.

(i) l.c monument élevé par Adam Gelth dans l'église des Uécollets, avec cette inscription, existait encore en 1499 :

Jobnnni Gentzfleich , artis impressorie repertori,

De omni nntione et tingua optime mémo,

tu nomtnissui memoriam immortalem Adam Gelthus posuit.

Ossa cjus in eccU'sia Francisci Moguntina féliciter cubant.

Voici l'autre

Gutenburgensi Moguntino, primus omnium litterns îere

Imprimcnrias invenit, li.-ic arte De orbe toto bene merrnti, lvo Witigisis boc Mvmii pro monimento I'osnit MDVII.

(2) F'oy. Schoepflin, in Docum. post. Pindic. typnpr., p. 5. Ce qui Justifie ceux qui persistent à croire Gutenberg né à Strasbourg, c'est la découverte faite par Kmlmnn des lettres écrites en 1424 par tienne (Jean) Gensfletcn dit Sugeloch, à sa sœur, religieuse au couvent de Sainte-Claire à Mayence.

(s) Le père de Gutenberg portait le surnom de 1 riele. Il épousa Elsc de Gutenberg , dont Gutenberg prit le nom.

(vi Anna s« der ïseren T/turc. f'oy. Schœpflin, I imlir. ihap. Il, § c.

Association avec André Dritzehen.

Gutenberg, entraîné par son esprit inventif et dérogeant à sa noblesse, s'occupa avec un nommé André Dritzeben , bourgeois de Strasbourg, descendant également d'une famille noble, mais déchue (1) , à tailler des pierres précieuses , à polir des miroirs et à poursuivre des secrets qui excitent la curiosité de tous.

Son procès.

En 1439 un procès, dont toutes les pièces sont conservées à Strasbourg, ainsi que les interrogatoires de dix-sept témoins, s'engage entre Gutenberg et André Dritzeben. C'est ce procès qui porte quelque lumière, bien (pie faible et obscurcie à dessein , sur les procédés secrets d'une association qui avait double intérêt à ne les pas dévoiler : celui de faire croire que les livres impiimés étaient des manuscrits, et surtout d'éviter d'èlre accusés de sorcellerie (2).

Voici les faits intéressants de ce procès.

Vers 143G-37 Gutenberg fit une association avec Jean Riffe pour l'exploitation d'un secret dont les résultats, destinés à la grande foire, lors du pèlerinage à Aix-la-Chapelle en 1440, devaient être avantageux. André Dritzehen, déjà lié d'intérêt avec Gutenberg, demanda à faire partie de l'associalion, lui et son frère André Heilman. Les conditions ayant été fixées par un traité écrit, Riffe eut une part, une autre pari fut partagée entre André Heilman et André Dritzehen, Gutenberg s'en réserva deux , plus un prélèvement sur ses deux premiers associés de 160 florins, dont moitié comptant. Cet arrangement prouve que l'invention appartenait toute à Gutenberg. Quelle était-elle? On l'ignore. Pendant que les associés de Gutenberg s'occupent de son exécution, ils apprennent que Gutenberg s'est réservé d'autres secrets et qu'il travaille pour son compte à de nouvelles inventions. André Dritzehen, sur ses instances, obtient d'y participer pendant cinq ans, ainsi que son frère André Heilman, mais à la condition de payer tous deux une nouvelle somme de 250 florins dont 100 comptant (3), et alors Gutenberg s'engagea à ne leur cacher aucun des secrets qu'il connaissait.

D'après les propres paroles de l'orfèvre

(i) Scnatoria gens pridem exstincta. (Schœpflin, p. 18.)

(2) C'est ce qui résulte de la déposition de l'un des principaux témoins dans ce procès. Antoine Heilman déclare que Gutenberg, pressé par lui d'associer sort frère André à ces procédés secrets, reçut cette réponse: «qu'il craignait que les amis d'André ne prélen- « dissent que c'était de la sorcellerie, eequit ne vou- « drait pas»: dosprcc/ie crzu im, ereniouste,An4res friindem'oc/iten morn sprechen et were gôckel werk, und trere im nit tool zu willen.

(n) Déposition de Mydehart Stocker.

Dùnn, qui figure parmi les témoins au procès et « qui déclare avoir gagné de Gutenberg, depuis '< trois ans environ, près de 100 florins pour « les choses qui appartiennent à I'imprime- « me, » on doit reporter à l'an 1436 les débuts de cet ait.

La déposition du premier témoin qui figure au procès nous montre la foi des associés de Gutenberg dans les espérances dont il les avait flattés et la confiance qu'ils avaient de pouvoir en un an obtenir de magnifiques résultats. Celle déposition est intéressante dans sa naïveté.

« Barbel de Zabern , la mercière , a déposé qu'elle avait pendant une nuit causé avec André Dritzehen, et qu'entre autres choses elle lui avait dit : « Ne voulez-vous pas à la fin aller dormir? » Mais il lui avait répondu : « Il faut avant que je termine ceci. » Alors le témoin parla ainsi : « Mais, Dieu me soit en aide, quelle grosse somme d'argent dépensez-vous donc? Cela a tout au moins coûté 10 florins. » Il lui répondit : « Tu es une folle de croire que cela ne m'a coulé que 10 florins? Sache que si tu avais ce que cela m'a coûté en sus de 300 florins, tu en aurais assez pour toute ta vie; cela m'a coulé au moins 500 florins, et ce ne serait rien si cela ne devait pas me coûter encore, c'est pourquoi j'ai engagé mon avoir et mon héritage. »

« Mais, dit le témoin, saintes douleurs! si cela vous réussit mal, que ferez-vous alors? « 11 lui répondit : « Cela ne peut pas nous mal réussir; avant un an révolu nous aurons recouvré noire capital , et serons tous bien heureux, à moins que Dieu ne veuille nous accabler ».

Reimbold de Ehenheim a déposé que :

« Andrès qu'il interrogeait sur le parti qu'il comptait tirer des choses dont il s'occupait, lui dit que cela lui avait coûté plus de 500 florins, et cependant qu'il espérait, lorsque ce serait terminé, qu'ils réaliseraient une bonne somme d'argent, en compensation de tant de maux, etc.; qu'Andrès vint un jour chez lui avec une bague qu'il estimait 30 florins, et qu'il l'engagea chez les juifs pour 5 florins; qu'en outre en automne il avait mis dans deux tonneaux deux demimesures de vin cuit, dont il donna une à Gutenberg, plus une certaine quantité de bière. »

La femme de Hans Schultheis, marchand de bois, a déposé que :

« L. Beildeck vint chez son cousin Claus Dritzehen, et lui dit : « Cher Dritzehen , feu Andrès Dritzehen avait quatre pièces couchées dans une presse, et Gutenberg a prié que vous les retiriez de la presse et que vous les sépariez les unes des autres (I), alin que l'on ne puisse comprendre ce que c'est; car il n'aime pas qu'on voie cela. »

Conrad Sahspach a déposé que :

« Andrès Heilman lui avait dit : « Cher Conrad, puisque Andrès Dritzehen esl mort, comme c'est toi qui as fait les presses et que tu connais

(0 Zerlege sie voneinander. Le mot zerlcgcn est celui qu'emploient encore aujourd'hui les typographes allemands; il répond au mot fiançais dcsasscmbler.

■VI'IIIK

la chose, vas-y donc, et relifl le 1 1

presse el sépare-les les opes <l^ auln semble-les, et ainsi personne ne pourra tavoh

ce que c'est. »

Mais comme ce témoin, roulant eiéculei cela, cherchait les presses , tout était dit]

Laurent Ileldeck a déposé que :

a Jean Gutenberg l'envoya une foi> chez l Dritzehen, après la mort d'Andréa , pour lui dire qu'il ne devait montrer ;i personne la pn sse qu'il avait sous sa garde; il lui dit aussi d'allei à la presse et de l'ouvrir au moyen de deui mqu'alors les pièces se détacheraient les urn autres, et qu'il devait placer ces pièces dans la presse ou sur la presse, afin que, cela fait, personne n'y pût rien voir ni comprendre.

Antoine Heilman a déposé que :

« 11 savait bien que Gutenberg, peu de li avant Noël, avait envoyé son valet aux deux Andrès pour chercher les formes, afin qu'il pût s'assurer qu'elles avaient été séparées, et que même plusieurs formes lui avaient donné du regret... Qu'à la mort d'Andrès , le témoin sachant bien que des gens auraient eu grand désir d'examiner la presse, il lit dire à Gutenberg d'envoyer à la presse pour défendre qu'on la vit. »

En effet, il envoya son valet pour la mettre en désordre.

D'après les dépositions fort étendues d'un grand nombre de témoins , il semblerait qu'on aurait pu tirer plus de lumières sur la nature des procédés et sur l'ouvrage ou les ouvrages qu'on s'occupait d'imprimer. Mais dans ce procès la curiosité ordinaire des juges fait tellement défaut, que je croirais presque à une sorte de connivence de leur part. Ils auront pensé sans doute qu'il était de leur devoir et de l'intérêt des parties de ne rien révéler des secrets decet art naissant.

11 résulte toutefois de ces dépositions : 1° que des formes serrées par des vis devaient êlie composées en caractères mobiles ; car des planches gravées, placées dans la presse ou sur la presse auraient au premier coup d'œil indiqué ce qu'on voulait cacher ; 2° que ces formes placées sous la presse étaient au nombre soit de quatre pages, soit plutôt de deux pages ayant deux colonnes chaque, ce qui faisait quatre colonnes en tout, désignées probablement sous le nom de quatre formes ; 3° qu'une fois ces formes désassemblées, on ne pouvait plus savoir à quoi ou du moins à quel ouvrage elles avaient servi.

Les efforts pour être prêts à la grande réunion des pèlerins lors de la foire d'Aix-la-Chapelle ; le concours de quatre personnes intéressées à cette affaire; les dépenses, les peines et les tourments éprouvés par les associés, enfin la déclaration de Gutenberg « qu'il > a avait maintenant tant d'ustensiles prêts et « tant d'autres en exécution qu'il fallait assurer « certains avantages aux associés *, indiquent suffisamment qu'il ne s'agissait pas de simples

réimpressions de petits ouvrages tels que les Donat, connus déjà de Gutenberg, ainsi que nous l'apprend Ulrich Zell, niais probablement de la Bible ou du Cnlholicon , qu'on espérait pouvoir terminer en un an.

Emploi du plomb.— Quoique les renseignements sur la nature des caractères soient tellement vagues qu'on doive se borner à de simples conjectures, cependant l'intervention d'un orfèvre (et à cette époque les orfèvres étaient à la fois fondeurs, graveurs et mécaniciens) fait présumer que les caractères employés à l'impression étaient plutôt en plomb qu'en bois.

Ceux qui ont émis l'opinion que le plomb avait pu servir à fabriquer des interlignes auraient reconnu leur erreur s'ils avaient examiné attentivement les premiers monuments typographiques ; en effet la Bible de Mayence , de quarante-deux lignes, n'est point interlignée, non plus que le Catholicon ni le Psautier.

Il est fâcheux que la sentence du tribunal ne soit pas plus explicite quant à l'emploi de ce plomb nécessaire à ce métier (1), et dont Andi é Dritzehen s'était rendu garant. Toutefois, Ja déposition de l'orfèvre Dùnn, qui déclare avoir gagné de Gutenberg depuis trois ans environ 100 florins pour les choses qui appartiennent à l'imprimerie (2) me paraissent une preuve évidente que ce plomb était destiné à fondre des lettres, et non à d'autres usages, tels que la fabiicalion des miroirs ou autres secrets étrangers à l'imprimerie.

Mais il sera toujours bien difficile de savoir quels furent les procédés employés par Gutenberg pour obtenir les caractères qui ont servi à l'impression du Catholicon de Jean de Janua et de la Bible de trente-six lignes.

Opinion de Four nier jeune.

Fournier jeune et d'autres se refusent à reconnaître, d'après les indications données par les témoins, l'emploi de caractères mobiles. Ils soutiennent qu'il ne s'agit que de quatre pièces de bois gravées et contenant chacune une colonne de la Bible, ce qui formait les deux pages imprimées à la fois par la presse. Fournier prétend que des caractères mobiles, bouleversés

(i) Voici ce passage de la sentence : « Nous, Cunc « Nope, maître et conseiller de Strasbourg, faisons sa- <• voir, etc.: Que feu Andrès DrlLzehen avait hérité de « son père un bien considérable, qu'il l'avait engagé et « en avait réalisé une bonne somme d'argent ; qu'il •< était entré avec Hans Gutenberg et d'autres dans « «ne société et avait formé une association, et qu'il " avait remis cet argent dans cette association à Gu- » tenberg, et que pendant un certain temps ils avaient « fait et exercé leur industrie, dont ils tiraient un bon « profit; mais que par suite des entreprises de l'asso- « ciatlon, Andrès Dritzehen se serait fait garant de « côté et d'autre pour du plomb et autres choses <■ qu'il aurait achetées et qui étaient nécessaires à ce « métier, et qu'il aurait aussi garanti et payé, etc. »

(ï) « l>as cr vor dryen jorcn oder doby Gutenberg bj iien hundert guldin abc verdieuet habe allein dûs ïii dem trucken gchôrct. » ( Meerman, t. Il, p. 77.)

ainsi à la hâte, ce qui d'ailleurs était une perte, auraient indiqué, mieux encore que des planches de bois placées au-dessus de la presse ou dans la presse, le genre de travail auquel on se livrait; que déplus si ces caractères eussent été mobiles on aurait trouvé dans l'atelier des casses ou appareils plus ou moins garnis de caractères, dont il n'est pas fait mention, et qui auraient dévoilé le secret.

Quoique le mot zerlegen semble mieux s'appliquer à l'idée de séparer, distribuer les caractères, signification que le mot conserve, encore, cependant j'avoue que l'une et l'autre, opinion peuvent être également soutenues, et que les quatre pièces dont il s'agit peuvent être aussi bien solides que mobiles. Fournier fortifie son opinion de l'assertion de Tri thème, qui dit que lorsque Gutenberg, associé à Faust, imprima à Mayence le Vocabulaire ou Catholicon, il ne put se servir des formes pour imprimer d'autres livres, puisque les caractères ne pouvaient se détacher des planches.

11 y a cependant un fait important concernant les essais faits à Strasbourg, c'est l'intervention d'un orfèvre. C'est son travail de trois ans aux choses qui concernent l'imprimerie; enfin, c'est l'emploi du plomb.

Le procès donne le nom de l'ouvrier qui a construit la presse.

Qu'a donc fait l'orfèvre Dunn ?

Si l'on ne veut pas admettre encore la découverte de caractères mobiles fondus dans des matrices isolées, on peut croire que, par analogie avec les procédés employés par les orfèvres, Gutenberg, en s'aidant de l'expérience de l'orfèvre Dunn , chercha à estamper des caractères, et qu'au moyen de contrepoinçons en fer enfoncés sur des liges en plomb, il obtint des reliefs plus ou moins réguliers, qu'il suffisait seulement de retoucher après cette première opération. C'est ce qui expliquerait les différences de détail que l'on remarque dans les lettres de plusieurs des premiers livres imprimés, tels que le Psautier de Mayence, bien que l'ensemble de ces lettres ait un même air de famille.

C'était probablement à la gravure ou retouche de ces types que travaillait jour et nuit Dritzehen (l), avec plus de courage que de succès, puisque rien ne paraîtavoirélé terminé pendant celte association.

Il se peut encore qu'à l'imitation de ce que faisaient les orfèvres et surtout les fondeurs de cloches, qui obtenaient en relief sur les cloches, au moyen de la fonte, des légendes entières, dont le modèle , il est vrai , était gravé d'une seule pièce, Gutenberg et Dunn eurent l'idée de composer en caractères mobiles une page qu'ils auraient cherché à mouler dans une matière quelconque , pour obtenir ensuite un (1) Oéposilion de la mercière Barbcl de Zabcrn.

relief sur lequel ils auraient imprimé. Les AlÊmes lettres auraient servi ensuite à composer d'autres pages. Ce serait, il est vrai, le sléréotypage, niais il était naturel qu'on cherchât, par l'emploi (l'un moyen analogue à celui des fondeurs de cloche, à simplifier le long travail de graver pièce à pièce chaque lettre.

Pourquoi ce procédé , moins compliqué que celui deSchœffer, n'a-t-il pas réussi ? Le temps qui s'est écoulé entre les premiers essais de l'Écossais Ged et notre époque actuelle, où l'emploi du stéréotypage est devenu général , peut donner raison des difficultés très-grandes que devaient rencontrer Gutenberg et Dunn pour la composition des moules, alors que les arts industriels étaient si peu avancés.

Ainsi se trouverait expliquée naturellement l'intervention d'un orfèvre, ses longs essais, ses travaux, enfin l'emploi du plomb nécessaire à ce métier.

Opinion de M. Duverger.

Dans son histoire en forme de roman épistolaire sur l'invention de l'imprimerie, M. Eugène Duverger traite avec les connaissances typographiques qu'il possède si bien la question de l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, auquel il attribue dès son séjour à Strasbourg la création du moule ainsi que des procédés de la gravure et de la fonte des caractères (f). Mais je crois que les impressions des petits ouvrages que Gutenberg a pu exécuter à Strasbourg durent être ou xylographiques ou en lettres de bois mobiles semblables à ces Donat de la Hollande qui lui donnèrent la première idée de la typographie , et que pendant son séjour à Strasbourg il se borna aux essais de la gravure des caractères sur métal et de leur moulage. C'est seulement à Mayence, où l'on voyait encore au siècle dernier des caractères en bois , restes de l'imprimerie de Gutenberg, que, secondé par Faust et ensuite par Schœffer, il réussit à fondre les caractères avec lesquels sont imprimées les Lettres d'Indulgence datées de 1454 et 1455 ; car il faut se garder de supposer, en voyant les procédés actuels, résultats du temps et de l'expérience (erreur où sont tombés la plupart de ceux qui ont écrit sur ce sujet), que Gutenberg ait du premier coup songé :

1° A former un contre-poinçon gravé à droite, sur une tige d'acier non trempé, en ménageant aux talus des lettres une dépouille plus considérable pour tes déliés que pour les pleins (2) ;

(i) Album typographique exécuté à l'occasion du Jubilé Européen de l'invention de l'imprimerie, Paris , i8sp, petit in-f°, avec gravure et fac-similé des premiers raonumenls typographiques. Ils sont exécutés avec une grande perfection.

(ï) C'est par ce procédé du contre-poinçon que les plus beaux types ont été gravés; j'ai conservé jus-

?." A tremper <■ • contre*poinçoo, afin de pouvoir renfoncer, ainsi dard, daai noe Ugt d'i

<icr non trempé, et obtenir B gauche l'oil de la lettre;

3" A façonner le contour rie celte pièce d'acier pour achever la gravure du poinçon ;

4° A tremper ce poinçon BU lui donnant le degré convenable de dureté ( l ), afin qu'il puisse s'enfoncer dans une pièce ou matrice cuivre sans se déformer s'il est Irop mou, M se briser s'il est trop dur;

5° A justifier cette matrice de manière a lui donner l'aplomb, la ligne, enfin les conditions nécessaires pour s'adapter à un moule, qui lui-mômeest une pièce très-compliquée, n'ayant aucune analogie avec ce qui existait alors en industrie ( 3) ;

G" A fondre les lettres dans ce moule a\. ■> un métal suffisamment durci par un alliage convenable de plomb et de régule d'antimoine ,

qu'à ces derniers temps ceux que mon père avait gravés et fondus pour le superbe caractère qui a Kn i a l'impression Un Hacine.z vol. In-f°, édition dite du Louvre, imprimée par mon oncle Pierre Didot.

On peut lire dans le M anuelTypographique de Fournier, t. 1, p. o, la théorie et la pratique qu'il donne du contre-poinçon. Jusqu'aux premières années de ce siècle on ne connaissait pas d'autre manière de graver, surtout les caractères romains , et je persiste a la croire encore la meilleure , parce que le talus Intérieur des lettres étant plus égal , la fonte en devient plus facile et d'un dépouillement plus régulier que lorsqu'on creuse l'intérieur des lettres au burin et sur pièce ; mais comme il faut consacrer beaucoup de temps et de soin à ce procédé du contre-poinçon, il est maintenant tombé en désuétude. Je l'abandonnai moi-même, surtout pour la gravure des caractères d'écriture , quoique mon père persistât à s en servir. M. Henri Didot , son cousin germain, fort habile graveur en caractères, comme on en peut juger par ceux qu'on a appelés microscopiques, et qui ont servi à l'édition du petit Horace (.mis), fut le premier qui renonça aux contre-poinçons ; il m'engagea à l'imiter, et Je suivis son exemple.

fi) C'est-à-dire en faisant revenir au bleu le poinçon après l'avoir trempé, afin d'éviter qu il se brise en l'enfonçant à coups de marteau dans la matrice en cuivre ou même en argent.

(2) Les poinçons du Racine ont été frappés dans des matrices en argent enchâssé dans une pièce d'acier. Comme l'argent est plus tendre que le cui\re, les déliés si délicats de ces poinçons risquaient moins de se briser en s'y enfonçant. Les matrices de la plupart des poinçons des caractères d'écriture gravés par mon père et par moi ont été aussi frappes dans des matrices d'argent , particulièrement l'anglaise de seize points et l'anglaise de quatre-vingt-quatre points. Mais les lettres fondues étaient d'un alliage de plomb et de régule d'antimoine, alliage auquel mon père ajoutait un peu d'étain et un pour cent de cuivre : Tétain pour rendre 1 alliage plus fusible, le cuivre pour donner plus de solidité.

Par un abus de mots on a prétendu que quelques anciens imprimeurs ont employé des caractères d'argent, erreur provenant sans doute d'une métaphore semblable à celle qui fait qu'en Angleterre on donne le nom de silver types aux caractères entièrement neufs , parce qu'en sortant de la fonte ils brillent comme de l'argent, éclat bientôt perdu dès qu'il, ont été noircis par l'encre d imprimerie et lavés à la potasse.

(3; Le mécanisme en est même encore aujourd'hui d'une exécution difficile.

métal à peine connu alors des alchimistes (1) ;

7° A rendre ce moule léger à la main , afin qu'étant fermé, et la matrice appliquée convenablement à l'un des orifices, l'ouvrier puisse verser de la main droite dans ce moule le métal en fusion, au moyen d'une cuiller de forme particulière, et que ce métal, précipité vivement par un mouvement saccadé du bras gauche de l'ouvrier armé du moule, puisse s'introduire dans les parties déliées de la matrice ;

Enfin à aviser au moyen d'enlever le jet en laissant aux tiges une hauteur parfaitement régulière ; puis, après diverses opérations , à composer les pages avec ces lettres dont l'œil à gauche doit enfin revenir à droite sur le papier (2).

Dissolution de la société de Gulenberg avec Dritzehen.

On doit croire que Gutenberg et ses associés, jugeant leurs essais trop inférieurs à l'exécution des manuscrits pour pouvoir produire une illusion complète et profitable, renoncèrent à les mettre au jour, et cherchèrent d'autres moyens moins imparfaits. Ce fut alors que survint la mort de Dritzehen; puis le procès, et la dissolution de la société, par suite du jugement prononcé le 12 décembre 1439.

Gutenberg reparaît à Mayence en 1450.

Avant son retour à Mayence Gutenberg continua-til seul ou avec l'un de ses anciens associés les essais pour perfectionner l'invention de l'imprimerie, ou bien son génie aventureux s'appliqua-t-il à d'autres recherches? C'est ce qu'on ignore.

Divers actes de rachat et constitution de rentes, des rôles d'impositions (3), datés de 1441 , 1442, 1443, 1444, prouvent la continuation de son séjour à Strasbourg, qu'il ne peut avoir quitté au plus tôt qu'en 1445; il y resta probablement jusqu'en 1450, époque où nous le voyons à Mayence, s'adressant au banquier Jean Faust (4) afin d'en obtenir les

(i) Le plomb sans alliage offre beaucoup moins de résistance que le bois.

(2) Il est donc présumable qu'il chercha d'abord à perfectionner la confection des caractères mobiles en bols au moyen de procèdes mécaniques pour obtenir la régularité de hauteur et de force de corps des tiges, de l'alignement et de l'approche de l'œil des lettres; puis, après avoir plus ou moins heureusement vaincu ces difficultés et consacré bien du temps a la gravure de ces pièces isolées, il dut se décourager en voyant s'altérer et se détruire le résultat de tant de peines, lin effet, ces petites pièces de bois en se dejelant par l'action de l'air, de l'humidité et surtout du lessivage nécessaire pour détacher l'encre après l'impression , ne devaient conserver ni leur hauteur régulière ni leur alignement.

(a) Sur l'un des rôles d'impositions payés à Strasbourg en un on voit figurer le nom de sa femme Anne Gutenberg. f. Schœpflin , findic. Typogr.,

(i) La plupart des contemporains écrivent Faust ; d'autres , en petit nombre , Fust ou même Fuest. Cependant, sur le Psautier de IMuyence la souscription

ressources pécuniaires pour perfectionner les essais entravés par son manque de fortune.

Prétentions de Harlem.

Profitant de l'incertitude où l'on est du lieu où Gutenberg a passé les années 1445 à 1450, ceux qui, dans un intérêt national, ont voulu créer à leur patrie ou à leur ville des droits à l'invention de l'imprimerie emploient ce temps à le faire voyager en divers pays (1). Ces prétentions sont réfutées en partie par Meerman, dans le grand ouvrage qu'il nous a laissé (2), où tous les documents concernant les origines de l'imprimerie sont réunis, travail considérable, entrepris par un sentiment d'amour national. Au moyen d'indices, de documents plus ou moins suspects et de traditions intéressées, Meerman s'est efforcé de justifier les prétentions de Harlem à l'invention de l'imprimerie. Le temps, les nouvelles recherches, et des documents plus récents, ont fait écrouler ce pénible échafaudage. Meerman lui-même avait reconnu qu'il fallait renoncer à un espoir qui flattait sa patrie, et descendre Laurent Costerdu piédestal qu'il chercha plus lard à relever. Si Harlem persiste encore dans la célébration du jubilé, fêté pompeusement pour la quatrième fois en l'honneur de Coster le 10 juillet 1823, ce ne sera plus désormais l'inventeur, mais l'invention que la Hollande devra solenniser. Elle en a le droit, puisqu'elle a produit tant et de si beaux ouvrages sortis des presses à jamais célèbres des Elzevirs et des Plantin.

Voici ce que Meerman écrivait en 1757 à M. Wagenaar, historiographe hollandais, qui l'avait consulté sur les prétentions de Harlem à l'invention de l'imprimerie :

« L'opinion de la découverte de l'impri-

porte Johannes Fust et Petrus Schoiffer. L'orthographe de Faust a prévalu, même à une époque reculée, à en juger par les vers de Arnold de Bergel , dans son Éloge de l'Imprimerie, Mayence, ts4i.

Imparibus numeris celestia numina gaudent. Hoc opus ejegit sic quoque sancta Trias,

Illo primus erat tune Gutenbergus in Albo, Altérerai Faustus, tertius Opilio...

Faustus, Germanis raunera fausta ferens.

Son frère Jacques Faust étsit orfèvre , et figure en l'année 1462 parmi les consuls de Mayence.

(0 Maittaire l'attire à Harlem, afin d'amener directement l'invention de l'imprimerie à Oxford, par l'entremise d'un ouvrier de Gutenberg nommé Corsellis, que le roi Henri VI et l'archevêque de Cantorbéry auraient séduit. A cet effet, tous deux auraient envoyé avec de fortes sommes d'argent, dont un chroniqueur fixe le chiffre, Robert Turnour et Caxton à Harlem, où Turnour s'introduisit masqué ; mais Caxton , qui faisait un grand commerce arec les Hollandais, ne fut point obligé de prendre cette précaution. Corsellis, séduit par eux, s'étant déguisé, s'embarqua avec ces deux cmbauclicurs pour fonder à Oxford l'imprimerie. Maittaire, Annales Typogr., t. I, p. 2G. — hich. Atkins , Dissert, the Original and groicth of Printing ; London , 166-t.

(2) Origines Typograplticœ,* vol. ill-4,°; La Haye

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TYI'OGHAPIIIK

son

« nierie par Laurent Gosier perd chaque jour « de plus en plus son crédit. Tout ce que « nous en raconte Seitz et tout ce qu'on a re- « cherché dans l'histoire nationale en faveur « de Laurent ne sont que des suppositions gra- ■< tuites. Comment croire que Faust, instruit « par Gutenberg dans l'art de l'imprimerie, « aurait eu l'impudence d'annoncer dans ses '< éditions de 1457 que la typographie avait « été inventée en Allemagne, si le fait eut été « faux? Ne se serait-il pas trouvé quelque « imprimeur ou chroniqueur hollandais pour « réclamer en faveur de Harlem ce qu'on « attribuait à Mayence? Nul n'a revendiqué « cet honneur, et même la chronique connue « sous le nom de Divisie Chronyk, dès la pre- « mière édition, en mentionnant l'invention « de l'imprimerie , la place à l'article des in- « ventions dues aux étrangers... Si l'on peut « donc attribuerquelque chose à Coster, ce se- « rait seulement l'exécution des images gra- « vées du Spéculum humanse salvationis. En « se montrant même libéral à l'égard de Cos- « ter, tonte son invention se bornera à avoir « su sculpter ces lettres sur bois ou autre ma- « tière, invention qui diffère du tout au tout « de la typographie, laquelle consiste dans la « mobilisation des caractères. Pas le moindre « document, pas même un iota ne nous per- « met de supposer que Coster ait imprimé en « lettres mobiles, etc. (I). »

11 faut donc désormais reléguer au vaste amas d'erreurs qui ne doivent plus être reproduits le récit fabuleux de Junius, qui, sans autre preuve que ce que les on-dit de quelques vieillards et du relieur Cornélius, fait de Faust (2) un domestique de Coster, lequel Faust, après avoir surpris à son maître le secret de fondre les caractères et d'imprimer, lui vole dans la nuit des fêtes de Noël toute son imprimerie, et la transporte, d'abord à Amsterdam,

(l) Les preuves les plus certaines qui constatent en faveur de la Hollande l'antériorité de l'impression au moyen de planches xylographiques sont : i° le témoignage d'Ulrich Zell , rapporté plus haut ; 2° ce que dit Ange Rocca dans l'Appendice de sa Bibliothecu vaticana, Rome, iB9i,p. 410, où il dit avoir vu sur la première page d'une grammaire de Donat cette note écrite de la main de Marie-Ange Accurse : « Aide le jeune, homme érudit et très-versé dans l'étude de l'antiquité, m'a montré un Donat imprimé sur vélin à la première page duquel on lisait cette note manuscrite.

«Jean Faust, de Mayence, aïeul maternel de Jean Schœffer, imagina le premier l'art d'imprimer avec des types en cuivre, et ensuite trouva le moyen de les remplacer par des types en plomb. Son fils Pierre Schœfler apporta beaucoup d'amélioration à cet art. Ce Donat et le livre intitulé Confessionalia sont les premiers qui aient été imprimes. Ils sont de i4so. L'idée en avait été suggérée par les Donat imprimés précédemment en Hollande sur planches sculptées. »

Au bas était écrit hœc scripsit Mari- Angélus Accursius.

(e) Faustus fuerit ominoso cognomine, hero suo in- Gdus et tnfaustus.

puis à Cologne, puis a itayeiice, ou, .■) l'abri des poursuites, d se met a imprimer le Doctrinale d' Aie xander Galtus (I). I'. Scnverin-,, en 1628, répète ce conte ridicule dans sa dm tonna de laurier pour (osier, et IVinhellit d'autres fictions : ainsi Coster se promenant dans une. forêt ft'amaae \ tailler <les lettres dans des morceaux de bois qu'il ramasse, et le» enveloppe dans du papier; la pluie survi.-ni, et à son réveil il s'aperçoit que la sève du boit mouillé avait laissé l'empreinle de ces lettre sur le papier, ce qui lui fit découvrir l'imprimerie. Mais dans son récit le voleur s'est plus Faust; c'est Gutenberg, opinion adoptée en partie par Meerman (2), qui suppose l'existence d'un frère de Gutenberg, dit Gensfleisch le vieux , lequel selon lui serait l'auteur de ce méfait ; ailleurs il est dit que ce Gulenberg le vieux était aveugle.

D'autres attribuent ce vol à Jean Meidenbach , d'autres à Jean Petersheim.

Déjà en 1630 GabrielNaudé avait hautement réfuté ces absurdités.

En résumé Laurent Coster, né en 1370, avait soixante-dix ans en 1440, époque la plus éloignée qu'on puisse attribuer à la découverte de l'imprimerie, et cette année même est celle de la mort de Laurent Coster.

Le vol de l'imprimerie de Coster n'a été ni constaté judiciairement, ni le voleur poursuivi. Jusqu'en 1588, date du récit de Junius, il n'est fait aucune mention de la découverte prétendue de Laurent Coster. C'est seulement après cent quarante-six ans qu'apparaît ce récit fabuleux.

André Cornélius répète cette fable de Junius dans sa Chronique de Frise (3) , en 1597; mais comment Érasme, né à Rotterdam, lié d'amitié avec Thierry Marlens, qui imprimait à Alost dès 1473 , et avec les imprimeurs de. Bâle Froben et Amerbacb, aurait-il oublié de parler d'un fait aussi glorieux pour sa patrie? Ce savant, au contraire, né à quelques lieues de Harlem, ne fait mention que de Jean Faust comme inventeur de l'imprimerie à Mayence (4).

Ni Jules César Scaliger, ni Joseph Juste Scaliger, son fils, ni Juste Lipse, à Leyde, ni les docteurs de Louvain ne parlent de cette

(1) Notez que cette imprimerie de Laurent Coster devait être considérable, puisque de toutes parts on venait acheter des livres, et que la nouveauté de celte marchandise produisait d'énormes bénéfices, f oy Meerman, t. I . p. si.

(si Sur bien des points on doit la lire avec beaucoup de méfiance, f-'oy. la Byjgraphie universelle.

[1) Huic urbi (Moguntiœ) omnes bonarum artiiimstudiosi non parum debent, ob egregium illud ac pene divinum inventum stanneis typis excudendi libro< quod illic nalum affirmant. Ex annotât, ail S Jlieronymi epistolas, edit. Lugd. typis Gryphiitnis . a. îaso.

découverte de Coster; leur silence est unanime.

Enfin le savant bibliographe Ant. Aug.

Renouard a prouvé qnelesop?«cî//es du cardinal l'urrecremala et les opuscules du pape Pie II Eneas Sylvius, l vol. in-fol., en caractères gothiques sans date , ouvrages que l'on prétendait imprimés par Coster en 1442, ne sauraient être antérieurs à 1466 ou 1470(1).

Laissons donc à Harlem , et si l'on veut à Laurent Coster, l'impression xylograpliique du Spéculum humanae salvationis , que lui accorde Meermann et le Donat dont Zell attribue les premières impressions à la Hollande (2).

Prétentions en faveur de Mentelin.

Si Ton en croit quelques témoignages , et particulièrement le chroniqueur anonyme d'une histoire remontant à 1514 (3), Gutenberg aurait eu d'autres aides, entre autres un nommé Jean Meydenbach, dont le nom est aussi cité par Munster dans sa Cosmographie. Voici ce que dit ce chroniqueur : « Après « avoir célébré la gloire de Mayence , où « fut inventé ce que ni la pénétrante sagacité «de l'Italie, ni la science si célèbre de la « Grèce, ni le savoir si divers de la France , « ni le génie si perspicace des barbares , n'aie vait su découvrir, et qui le fut par un noble « citoyen de Mayence, Jean Gutenberg, le- « quel ayant prodigué tout ce qu'il possédait « pour vaincre les difficultés de cet art, réus- « sit enfin avec l'aide de Jean Faust et de « Jean Meydenbach, etc. (4). »

D'autres associent Mentelin aux travaux de Gutenberg, pendant son séjour à Strasbourg. Leibnitz partage cet avis (5).

Il se peut en effet que Mentelin, qui imprima à Strasbourg dès 1458 (6), euteonnaissancedes premiers procédés de Gutenberg à Strasbourg, et même le suivit à Mayence, d'où il rapporla

(i) Cat. de la Bibl. d'un Amateur, t. Il, p. «sa.

1,2) bans son Dictionnaire bibliographique choisi du quinzième siècle, la Sema Santandcr réfute Mecrman et adopte l'opinion de Heinecken, qui dans son livre intitulé : Idée générale d'une collection comptette d'estampes, Leipsic, 1771, attribue à l'Allemagne les éditions du Spéculum kumance salvationis.

(s) De Hebus Moguntiac, lib. I, c. xxxvm, cité par Serarius, liv. V, p. 822.

(4) Munster., liv. 111, p. 488, éd. Basil.. ioS4, dit : Joanncs Gutenbergius , equestri vir dignitate .• et ailleurs... Johannes Gutenbergius , qui zum jungen dicebatur, isque cives alios duos jMoguntinos adjutores habuit, Johannem taustum et. Johannem Mediinbachium , qui artem liane in secreto tenuerunt famul isque de ea non propalanda jurejurando constrictis.

Melcliior Adam etScriverius en parlent. Voy. aussi la note de Meerman, I. Il, p. 155.

(k) Dans un manuscrit inédit intitulé V Antiplagiaire. Voy. Schrepflin, dnd. Typ., p. » et 7S.

ik Chronique de Pbll. Lignamlne, imprimée par lui même à Home en 1 171.

les derniers résultats dans sa ville natale.

Meerman suppose que Mentelin ayant connu Gutenberg à Strasbourg, fut appelé par lui en 14 50 pour venir l'aider comme calligraphie (1), à Mayence, d'où il revint à Strasbourg établir son imprimerie en 1455. Mais il n'apporte aucune preuve de cette assertion, et l'on voit par des actes que Mentelin était à Strasbourg de 1447 à 1450 ; or, c'est en 1450 que Pierre Schœfler entra dans l'association de Gutenberg et de Faust (2).

Les premiers livres imprimés à Strasbourg par Mentelin ne portent point de date. Il ne commença à la. mettre qu'en 1469 , et le petit nombre d'ouvrages auxquels il ajouta son nom d'imprimeur ne portent que cette indication per Johannem Mentelin, quelquefois avec l'addition de venerabilem.

Plus audacieux encore que Pierre et que Jean Schœffer, qui ont voulu frustrer Gutenberg de la gloire qui lui est due, le petit-fils de Mentelin, Schott, imprimeur à Strasbourg, osa proclamer Mentelin l'inventeur de l'imprimerie (3).

Pour soutenir cette opinion, Strasbourg ne le cède en rien à Harlem en suppositions fabuleuses. L'un des deux chroniqueurs de l'histoire de Strasbourg, écrit au milieu du seizième siècle (4) : « L'art de l'imprimerie fut

(i) Au rûle des contributions de Strasbourg il est inscrit avec le titre de goltscriber, écrivain en or.

(2) Gabriel Naudé (*) imagine que Faust revenant de Paris s'arrêta à Strasbourg, où il montra l'art de 1 imprimerie à Mentelin. i.e seul indice d'un séjour de Faust à Strasbourg se trouve dans un passage relatif à l'imprimerie extrait par Jean Walchius ('*) de la Chronique Belge d'Henri Schorus, où il est dit que ce Faust, après avoir eu des désagréments à Paris , parce qu'il avait vendu fort cher comme manuscrits des Bibles imprimées, retourna à Mayence, et enfin à Strasbourg. Mais Mentelin imprimait déjà en nss, nous dit Ph. Lignamine.

(5) Le Lexicon Juris , imprimé par Schott, IS4I , dit au mot Librarii: « On appelle maintenant Librarii ceux qui impriment les livres. Cet art, dont notre Alsace a été gratinée avant toutes les autres nations, fut inventé à Strasbourg par Jean Mentelin, prototypographe et aïeul des Schott.cn l'année 1442, bien que sa mise au jour ait été assez ingénieusement attribuée à Mayence. »

Voy .les Scholies à l'Austriadeàe Richard Bartholini, cité par Jacques Spicgel, liv. IX, p. 241, Strasbourg , imprime par Jean Schott, issi. Voy. aussi Jérôme Gebwiler, ex PajiegyriCarolina,p. 19, Strasb., ISJ2I ; — Jacq. Wimpheling , Epitome Rerum Germanicarum écrit en 1302 et imprimé à Strasbourg en isos, ch. ixv. — Documenta et Testimonia Typograpliica de Meerman.

(4) Anonymus auctor in chronico Aryentorensi , dont Adam Schragius donne un extrait dans son discours sur la découverte de l'imprimerie , chap. vi Voyez aussi Jean Schilter, dans les notes de la Chronique alsacienne de Jacques Konigshow, p. 444; et Meerman, t. Il, p. 200.

Jacques Mentelin , De fera Typographiœ Origine Parœitesis, cite aussi le passage de cette chronique qui fait remonter A l'année 1440 la découverte de l'imprimerie par Jean Mentelin.

(*) Cli. vu, addition à l'Histoire de Louis XI, p. i3i. (•') Dans la Décade des Fables; Sliasb., 1609, p. 18Q.

MZ TYPOGRAPHIE

découvert pour la première fois et mis au jour à Strasbourg, par Jean Mentelin, qui confia a

«on domestique Jean Genslleiscli, deMayence, sa nouvelle invention; car il lui savait un esprit ingénieux , et il espérait en son aide pour perfectionner son invention. Mais il fut indignement trompé par ce Gensfleisch , lequel s'entendit avec Jean Gutenberg, qui était très, riche et qui avait eu vent de ce que faisait Menlelin ; Gensfleisch dévoila donc tous les secrets de cet art à Gutenberg, dans l'espoir d'une grande récompense ; toutefois, ils n'osèrent pas le mettre en pratique à Strasbourg en présence de Menlelin, et résolurent de le transporter à Mayence. Mais Dieu' ne souffrit pas que cette perfidie fût impunie, et rendit aveugle Gensfleisch. »

"Voici dans le panégyrique de Charles-Quint en 1521 (l),ce que dit Jérôme Gebwiler, lecteur des écoles de Strasbourg et savant littérateur :

« Parmi les personnes dont le nom fait « l'honneur de l'Alsace, Jean Mentelin tient un « rang distingué pour l'art de la chalcogra- « plue, c'est-à-dire l'art d'imprimer les livres « avec des types d'étain (2), dont parmi les « mortels il fut le premier inventeur, bien « que les Mayençais veulent en attribuer « l'honneur à leur concitoyen Faust. Nous « avons vu nous-mêmes un contrat passé en- « tre Jean Mentelin et Henri Eckstein , tous « deux de Strasbourg, portant engagement ré- « ciproque d'exercer en secret cet art de Pim- « primerie, qui, par l'effet du temps et des « nouvelles inventions, s'est perfectionné. Nous « avons vu ici un cahier (3) de Jean Mente- « lin contenant un grand nombre de figures « d'instruments nécessaires à cet art avec des « instructions très-exactes sur la manière de « faire l'encre d'imprimerie, monument que « Jean Schotl de Strasbourg , célèbre en cette •< science et art, petit-fils dudit Mentelin par sa « fille, a conservé dans son intégrité, etc. (4). »

Mais le témoignage de Jacques Wimpheling me paraît le plus conforme à la vérité (5).

« En l'année 1440, sous le règne de Frédé- « rie III, empereur des Romains, un bienfait « presque divin fut accordé à l'univers par

(l) Ex Panetjyri Carolina; Strasbourg, )S2i, p. 19. Dans son épître à Wimpheling, Érasme dit : Salutabis Hieronymum Gebwillerum, iinum omnium, quot adliuc viderirn, humunissimum.

(2^ Seu stanneis calamis excudendi libros artem.

(3) Dbellum manuscriptum.

(4) y oy. aussi Hédion, dans les Paralipomènes à la chronique de Conrad de Lïechtenaw, p. 4'ir,, Strasb., 1S57. 11 ditque« Gutenberg s'occupa d'abord de l'impri- « merie à Strasbourg, et l'acheva ensuite à Mayence. « Que sur ces entrefaites Jean Mentelin, qui s'était li- « vré au mêmegenrede travaux, imprima à Strasbourg « bien et correctement beaucoup d'ouvrages, ce qui u l'enrichit considérablement en peu de temps. »

(;s) Epitome Uerum Germanicarum, scnpta anno 1502, et imprime à Strasbourg en isou, chap. ixv.

U i «Jean Gutenberg, inventeur d'un aoureau

" mode d'écrire. Il fut le premier qui déeou « vrit l'art d'imprimer, dans la ville de Stras « bourg. Étant ensuite allé a Mayence, il y « apporta le dernier complément Pendant ce «temps Jean Menlelin, ayant entreprit ce «genre d'industrie, imprima très-correèle- « ment beaucoup d'ouvrages, et deviol bientôt « très-riche. Adolphe Ro&ch lui succéda, pui • « Martin Flach, tons deux de Strasbourg, (lui « exercèrent cette profession dans leur rille « natale avec honneur et gloire, etc. „

Ce passageest cité aussi par Jacques Mentelin, docteuren médecine à Paris, dans son livre adressé à Malinkrot (I), où il s'efforce d'attribuer à son ancêtre au cinquième degré l'invention de l'imprimerie, s'appuyanl sui toul du titre, non de noblesse, puisqu'il prétend que sa famille était de noblesse ancienne, mais du titre d'honneur et des armoiries conférées par {'empereur Frédéric III à Jean Mentelin , premier inventeur de l'art typographique concédées à lui et aux siens l'an du Christ 1466, avec cette devise Vïrtctem mente coronat. Parmi les livres imprimés par Scliolt , petit-fils de Menlelin du côlé maternel, qui sont décorés de ces armes avec la devise, est la géographie de Ptolémée, de 1520 (2).

C'est ainsi , dit Jacques Mentelin , que les prétentions aussi vaines qu'audacieuses de Jean Schœffer furent combattues et ridiculisées (3). Mais ce descendant de Menlelin poussa l'audace encore plus loin , puisqu'il commet un faux en falsifiant les vers qu'Erhard Windsberg a placés à la fin des Epislelx Cynicx(i), pour célébrer l'invention de l'imprimerie en Allemagne; ce mot Allemama , il le remplace par celui de Strasbourg, Ap.centina. Voici ces vers , cités par lui pag. 15 de sa Parœnesis :

Plura licet summe dederis tu Argf.ntina, laudi

Ac reor hoc magis te genuisse nihil, Qjod prope divinam Clara ex lndustria lingis

Scribendi hanc Artem, multiplicans sludia. Feliccs igitur Michael Martincque semper

Vivite et Ulrice, hocqueisopus imprimitur, Erhardum et vestro non dedi^nemini amorc,

Cui fido semper pectorc clausi erilis.

(i) Jacobi Menleli, patricii, Castro-Theodnrcnsis, De fera Typographies Origine Parœnesis ad sapientissimum virum D. R. Malinkrot ; e.r officina Hoberti liallard , architypographi rei IHusices Régis , ad signum Parnassi monlis, in vico S. Joannis licllovacensis , igjo. Petit in-4° bien Imprime. I.e titre, en rouge et noir, porte un fleuron représentant le mont Parnasse, Apollon, les Muscs et Pégase.

(2) C'est le premier qui porte ces légendes. Kilos entourent de trois côtés les armes où ligure un lion couronné de plumes; en haut on lit ces mots : Insigne SCHOTTORTJM FAMILLE.

(3) P. 105. On n'a pu découvrir ni le litre ni la date de cet acte, qu'on peut supposer fabriqué par les descendants de Mentelin pour l'opposer à celui que J«w Schœffer avait obtenu de l'empereur Maximilien I . en îsis, par considération pour Pierre Sclireffcr. gi rdre de Faust et associé de Gutenberg.

(4) Édition de Paris, in-4", sans date.

Association avec Faust.

Les essais tentés à Strasbourg avaient échoué; mais pendant les cinq années qui s'écoulèrent entre la mort de Drilzelien et l'apparition de Gutenberg cliez Faust, il est probable que les réflexions et les tentatives auxquelles dut se livrer Gutenberg produisirent de nouveaux résultats. Je crois donc que pour engager Faust à lui confier des sommes importantes, Gulenberg lui montra des procédés autres que ceux de la gravure des lettres mobiles sur bois, ou même sur liges de plomb ou de cuivre, et qu'il lui proposa de fondre les lettres au moyen de matrices, soit en plomb, soit môme en cuivre, ce que semble indiquer le vers d'Arnold de Bergel , où il dit que Gulenberg obtint d'un cuivre dur tous les signes de la parole :

Atque notas vocum finxit de duro orichalco.

Mais jusqu'à l'arrivée de Pierre Schœffer tout se borna, soit au clichage des lettres, si les matrices étaient en plomb, puis au coulage du métal qui formait le corps de la lettre à l'aide d'une sorte de mandrin appliqué sur la matrice ; soit au coulage du métal sur les matrices frappées plusieurs à côté les unes des autres sur une seule plaque, afin d'obtenir des reliefs qu'on séparait ensuite.

Ce qui prouve que Gutenberg avait recours à la fonte des lettres, c'est ce que dit Tritbème, que Schœffer trouva une manière plus aisée de fondre les caractères. Je crois même que c'est à cette découverte, aussi heureuse que soudaine, faite par ce jeune homme que Gutenberg a fait allusion dans la phrase de la souscription du Cat/iolicon où il dit que Dieu cache souvent aux savants ce qu'il fait trouver aux enfants.

Cependant il se peut que même à Mayence Gutenberg fit usage de ses anciens caractères de bois, puisque Paulus Pater et Daniel Specklin disent avoir vu à Mayence des types en bois faits en racine de buis ( plusieurs contenaient des syllabes ou même des mots ) perforés au milieu atin de les pouvoir enfiler en les composant , et que c'était des débris de l'imprimerie de Faust (l).

Par l'acte souscrit entre eux à la fin d'août 1450, Faust prêta à Gutenberg 800 florins, garantis par le matériel (2). Puis il s'engagea à lui fournir 300 florins par an pour frais d'employés et de loyers, pour le parchemin , le pa-

;i) Paulus Pater, de Cermaniœ Mlraculo. Dissertutio de typis Uterarum ; Wolf, Monum. Typ., t. II, p. 71», où il dit eujus modi liijneos typos ex Uuxi frutice,per/orafos iu medio, ut zona colligari unajunytquc commode possint, ex Fausti offleina retiquos. Moguntini Mquiuulo me conspexissememini. — Voyez aussi Daniel Specklin, in Chronico Àrgentoratensi; il était ne! en luse.ct m.en itiso. f oj/.Meerman, t. I,p. 2J.

(2) On doit eroire que c'est celui que Gutenberg avait rapporté de Strasbourg.

pier, l'encre, etc. (I). Il paraîtque Faust n'aida pas seulement Gutenberg de ses capitaux , mais aussi de ses conseils (2).

Au mois de décembre 1452, ces fonds étant absorbés, Faust prêta de nouveau 800 florins.

Association de Pierre Schœffer.

Ce fut quelque temps après que Pierre Scliœffer, habile calligraphe, qui paraît s'êlre employé à Paris en 1449 à ia transcription des livres (3), vint à Mayence travailler dans les bureaux de Faust, et fut admis aux secrets de l'imprimerie. Son admission fut la condition du second prêt que fil Faust en 1452.

D'un esprit ingénieux et pratique, il perfectionna les procédés imparfaits et lents de la fonte des caractères, et probablement inventa le moule mobile et à la main (4), à peu près semblable à celui qui est encore en usage aujourd'hui.

« Cet homme, d'un esprit pénétrant, dit Ar- « nold de Bergel, inventa des moules auxquels « la postérité donna le nom de matrices. Il fut « le premier qui fondit dans l'airain (ou cui- « vre) ces signes de la parole, les lettres, que « l'on pouvait réunir en combinaisons indé- « finies (5). »

Ce grand perfectionnement, qui équivalait à une invention, devint peut-être la causededis-

(i) Vers 1366 le peintre Van Eycfc, de Bruges, avait inventé la manière de broyer les couleurs avec de l'huile plus ou moins cuite. C'était un acheminement à la fabrication de l'encre d'imprimerie, qui se compose de noir de fumée et d'huile réduite en vernis par lu cuisson.

(2) Pierre Apianus , P. Grassari, Erasme et Chrétien Massacus donnent même a Faust le titre de premier inventeurde l imprimerie. Voy. Mecrman, t. II, p. ij-, 162,163. 173. Trithémedit « que les trois inventeurs de « l'imprimerie, Gutenberg , Jean Faust et Schœfcr , «son gendre, habitaient à Mayence la même maison. » Annal, ffirsaug., t. II, p. 421.

(s) Doeum. apud Schœpflin yind. 'Typogr. Doc. n° VII. On y voit le fac-similé du beau manuscrit copié de la main de Schœffer. Les scribes étaient désignés sous le nom de clercs, titre que Pierre Schœffer ajoute quelquefois à son nom.

(4) Faciliorem modum fundendi characteres excogitavit. J . Arnold de Bergel, correcteur d'épreuves et connaissant la typographie, publia en isu à Mayence un petit poème où, après avoir fait l'éloge de Gutenberg et de Faust, et de leur habileté à tailler sur bois les caractères mobiles, il ajoute que Schœffer leur vint en aide, et que personne ne gravait plus prompment que lui les types :

Et levi ligno sculpunt lii grammata prima.

Qtide poterat variis quisque referre modls.. Illis succurrit Petrus cognomine Schoeffcr, Quo vix caelando promptiur alter erat.... (iî) Me saga* animi praeclara toreumata finxit, Qure sanxit matris nomine posteritas ; Et primus vocum fundebat in aère figuras, Innumeris cogi qu* potuere modis.

Toreuma, toreumatis, est tornatura vcl tornatum vas, vel quidquid cœlatur et. tornatur. C'est la définition que donne .lean de Janua (de Gènes) clans le Catholicon., c'est-à-dire vase tourné , ou tout objet creusé et tourné, très-probablement un moule.

TYPOf.R

eussions qui hâtèrent la dissolution de la société le 6 novembre 1455.

Procès intenté par Faust.

Faust, reconnaissant en Schœffer les qualités pratiques qui paraissent avoir manqué à Gutenberg, ne crut pas prudent de continuer à lui payer 300 florins d'appointements par année pour les frais de l'entreprise. 11 éleva donc des difficultés" sur les sommes avancées déjà et sur les intérêts formant un total de 2,020 florins.

Faust prêta serment devant le tribunal, et Gutenberg fut condamné à payer les intérêts et la partie du capital qu'il avait employée à bon profit personnel (1). Il résulte de ce compte d'intérêt que le prêt remonte à cinq ans deux mois et demi ; par conséquent que l'acte de société date de 1450.

Gutenberg, probablement hors d'état de rembourser la somme dont il était déclaré redevable, dut transiger, et par un partage opéré à l'amiable, deux imprimeries rivales s'élevèrent à Mayence, l'une dirigée par Faust et Schœffer, l'autre par Gutenberg; ce fut nécessairement le capitaliste qui dicta la loi, d'où il dut résulter que l'imprimerie de Faust et de

(i) Fournier et Mercier ont confondu cet acte avec celui du procès de Strasbourg en 1459.

f-'oici la plainte de Faust. 11 a remis à Gutenberg pour achever son œuvre 800 florins d'or à 6 pour loo d'intérêt par an; il lui a remis ensuite soo autres florins.

Gutenberg ne lui a pas payé l'intérêt, qui pour les soo premiers florins seulement s'élève à 280 florins.

Ces 1,60» florins de capital accrus des intérêts s'élèvent à 2,020 florins environ , que Faust réclame de Gutenberg. Faust affirme que, tant pour les i ,eoo florins ci-dessus désignés que pour l'intérêt que Gutenberg n'a pas payé, Faust, qui a emprunté cette somme, se trouve par le compte des intérêts en perte de r,G florins.

A l'action de Faust, Gutenberg répond .- qu'il a reçu de Faust les soo premiers florins pour créer te matériel typographique, lequel a été donné en garantie à Faust, qui chaque année était tenu de fournir soo florins pour payer les employés, le loyer de l'établissement, le parchemin, le papier, l'encre.etc; que du moment où Gutenberg auraitrendu les aoo florins à Faust, le gage sur le matériel cessait, et que lui Gutenberg ne pouvait être obligé à affecter ces mêmes soo florins aux autres frais relatifs à l'impression des livres; qu'il avait garanti à Faust e pour loo d'intérêt, mais que Faust avait promis de ne pas les prélever si cette somme de koo florins n'était remise à Gutenberg que par fractions et intervalles, et non tout à la fois ; que quant aux derniers soo florins , il était prêt à les rembourser.

Les juges, après la eau se entendue, ont prononcé : s'il résulte des débats que Gutenberg a reçu de Faust outre les soo florins, d'autres sommes qu'il n'a pas appliquées à l'entreprise commune, 11 devra les restituer à Faust, et si Faust affirme par serment ou par un témoignage suffisant qu'il a fourni la somme en question non de ses propres fonds, mais d'argent emprunté à cet effet pour obliger Gutenberg, celui-ci devait être tenu de payer les intérêts convenus. Faust prêta ce serment le 6 novembre I4BS, en fol de quoi le notaire impérial Helmasperg a dressé cet acte.

Pierre Schœffer signa comme témoin l'acte du serment sous le nom de Pierre Cirnsheim, clerc de l'évèché de Mayence.

AI'IIIK SM

Schœffer fut la mieux pourvue en matériel

En effet, Scbœffei dut faire raloii tel droits sur les beaux caractère! de la Bible de qoarante-ileux lignée, exécutée ri ibleroenl d'après son procédé, c'est-à-dire au moyen du poinçon en acier, de la matrice frappée en coifre , et du moule a la main , reproduisant indéfiniment et promptement des lettres Identiques an poinçon. Taudis qu'a Gntenberg revenaient naturellement ceux qui étaient exéentés d'après les anciens procédés , et par conséquent bien moins parfaits: tels sont en effet les types du Calholicon et ceux de la Bible de trentesix lignes. Ceux-ci avaient de plus l'inconvénient d'être plus gros; ce qui rendait l'impression plus coûteuse et l'ouvrage moins portatif. On conçoit que Faust et Scbo-ffer, possesseurs d'un meilleur procédé, auront volontiers cédé à Gutenberg, avec le vieux fonds, les entreprises commencées, telles que le Calholicon et la Bible de trente-six lignes , mais avec l'obligation de n'y point mettre son nom, puisque chaque associé avait des droits à ces ouvrages (1).

Il résulte de ce procès que Faust est le capitaliste, et que c'est Gutenberg qui dirigeait l'atelier typographique dont il était le chef.

Quels furent les ouvrages imprimés pendant leur association? On l'ignore. Il est présumable, comme, il arrive presque toujours dans les inventions, que les premiers travaux furent anéantis par l'effet même des perfectionnements successifs ; et que les trois quaternions d'une Bible, commencée, peut-être à Strasbourg et qui avaient coûté 4,000 florins, près de 20,000 francs, ne virent jamais le jour.

Lorsqu'on voit les imprimeurs Sweynheim et Arnold Pannartz imprimer en 1465 à Subiaco un Donal dont aucun exemplaire n'est parvenu jusqu'à nous, et dont on ignorerait complètement l'existence si l'évêque d'Aleria ne nous eût appris qu'il en avait été tiré trois cents exemplaires, on doit croire à l'existence de quelques ouvrages imprimés à très- petit nombre par Gutenberg, soit à Strasbourg, soit à Mayence, et dont aucun exemplaire nese sera conservé (2). L'acte authentique par lequel Gutenberg lègue au couvent de sa sœur les livres qu'il a déjà imprimés à cette heure et ceux qu'il pourrait imprimer à l'avenir ne saurait laisser aucun doute à cet égard.

(i) « Il est fort difficile de deviner pourquoi Gutenberg s'est abstenu de mettre son nom aux ouvrages qu'il a imprimés, » dit M. Daunou dans son Analyse des opinions diverses sur l'origine de l'imprimerie

(2) Ce nombre de trois cents exemplaires était même trop considérable, puisque nous voyons les imprimeurs de Rome, encombres de marchandise, obligés de recourir au pape pour en obtenir des secours. Vendcliii de Spire ne tirait plusieurs ouvrages qu'à cent exemplaires. Il est donc probable que les premiers livres que Gutenberg et Faust imprimèrent n'excédaient pas ce nombre.

Deux imprimeries à Mayence, l'une de

Faust et Schœffer, Vautre de Gutenberg

seul.

Faust et Schœffer en abandonnant à Gutenberg le matériel imparfait et les caractères peu nombreux créés avec tant de tpmps et de peine savaient qu'il ne pourrait achever promptementles deux grandes entreprises commencées depuis longtemps en société. En effet le Catllolicon ne parut qu'en 1460, et tout indique que la Bible sans date de trente-six lignes ne fut pas terminée avant celte époque, tandis qu'au moyen de leurs procédés, plus sûrs et bien plus expéditifs, Faust et Schœffer firent paraître la leur bien plus promptement. lise peutmèmeque lorsqu'ils cédèrent à Gutenberg l'ancien matériel et ce qui était déjà exécuté de la Bible de trente-six lignes, ils n'avaient pas encore commencé leur édition, assurés qu'ils étaient de pouvoir devancer Gutenberg par leur activité et au moyen de leur nouveau procédé pour fondre les caractères. Ils savaient d'ailleurs que leur édition l'emporterait sur celle de Gutenberg , puisqu'elle serait plus belle, et qu'ils pourraient même la vendre moins cher; attendu que, formant moins de feuilles, elle consommerait moins de papier et de veliu, dépense alors considérable (l).

C'est ce qui expliquerait naturellement l'ap-

(i) Dans quelques exemplaires de la Bible dite de quarante-deux lignes les huit premières pages ont seulement quarante lignes, les neuvième et dixième pages en ont quarante et une. Dans les deux exemplaires que possède le Brilish Muséum, j'ai vérifie que toutes les premières pages ont quarante-deux lignes, mais l'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale a seulement quarante lignes aux huit premières pages, contenant le prologue ; la page 9. qui commence la Genèse, en a également quarante.et le verso quarante et une.Tou tes les pages suivantes ont quarante*deux lignes. Le premier volume a 324 feuillets, lesecond volume en a 317.

Voici l'indication écrite an bas de l'exemplaire de cette Bible (dite de Mayence) que possède la Bibliothèque Nationale.

« Ainsi finit la première partie de la Bible ou An- « cien-Testament, illuminée ou colorée en rouge et reliée (illuminata seu rubricata et leguta) par P. Henri Albch , autrement dit Cremer, l'an du Seigneur 1436, à la fête de l'apôtre Barthélémy.»

Et à la fin du tome II : « Ce livre a été illuminé, relié et achevé par P. Henri Cremer, vicaire de l'église collégiale de Saint-Étienne de Mayence, l'an du Seigneur I4S6, à la fête de l'Assomption de la vierge Marie. »

Ces souscriptions, écrites à l'encre rouge en caractères du temps, offrent tous les caractères de la vérité. La main est la même que celle qui a écrit les sommaires des chapitres.

Pour aider à distinguer cette édition des autres, également sans date, voici les premières lignes :

lncipit epistola sancti Iheionimi ad Patilinum presbyterum de omnibus Divine historié libiis. Capitulum primum.

r-CM rater Ambrosius

lr J tua michi munus-

cula perferens, detulit

On ne peut donc assigner à cette Bible de date postérieure à celle de 1436. Par conséquent elle serait d'une année au moins antérieure au Psautier de Mayence de 1137, premier livre imprimé avec date.

riPOGRAPHlT C00

parition presque simultanée des deux Bibles imprimées à Mayence.

Cependant un acte du 20 juillet 1459 prouve que Gutenberg avait antérieurement à cette époque imprimé plusieursouvrages, la plupart religieux , et qu'il avait l'intention d'en imprimer d'autres ; voici cet acte :

« Nous (Henné) Jean Gensfleisch de Sugeloch « et nous Friele Genslleisch, tous deux frères, « faisons abandon au couvent de Sainte-Claire, à « Mayence , de tous les biens qui par le fait de « notre sœur Hebele ont passé à ce couvent, « soit par le fait de notre père Henné Gensfleisch, « soit par toute autre concession. Et quant aux « livres que moi Henné susdit ai donnés a « la bibliothèque du couvent, ils doivent y « rester toujours et à perpétuité ; et je me « propose, moi Henné susdit, de donner aussi « de bonne foi à l'avenir audit couvent pour « sa bibliothèque, à l'usage des religieuses pré- « sentes et futures, pour leur religionelculle « soit pour la lecture ou le chant, les livres que « moi Henné ai déjà imprimés a cette heure

« 00 QCEJE POURRAI IMPRIMER AL'aVEXIR ( 1) . <>

Si l'on en croit le récit du chroniqueur J. P. Lignamine, imprimeur à Borne en 1458, l'activité de l'imprimerie de Gutenberg n'aurait pas été moins grande que celle de Schœffer. L'un et l'autre établissement imprimait chaque jour trois cents feuilles (2).

Cependant il ne paraît pas que Gutenberg ait imprimé d'autre ouvrage important que cette Bible et le Catholicon.

Wurdtwein (3) nous fait connaître une pièce qu'il avait communiquée à Meerman; c'est une circulaire (openen brief) publiée par Dietrich d'Isenburg pour protester contre Adolphede Nassau, qui l'avait destitué. Un manuscrit du temps dit qu'elle fut imprimée à un grand nombre d'exemplaires , par le premier imprimeur de Mayence, Jean Gutenberg, en 1462,1e mardi avant le dimanche Leetarc.

Fischer attribue à l'imprimerie de Gutenberg, outre le Catholicon, les quatre ouvrages suivants :

1° Malhœi de Cracovia Tractatus racionis et consciencie de sumpeione pabuli, etc. ; 22 feuillets petit in-4°, sans indication de date ni de lieu, et imprimé , dit Fischer, avec le caractère du Catholicon-

2° Summa de articulis fidei et Ecclesue, édita

(i) Fischer, Essai sur les Monuments Typographiques de Gutenberg, p. 46.

(2) Jacobus, cognomento Gutenbergo, patria Argentinus, et quidam aller, cui nomen Faustus, imprimendarum literarum in membranis cum metallicis formis periti , trecentas carias quisque eorum per diem facere innotescunt apud Moguntiam Germania; civitalem. Johannes quoque , Mentelinus nuncupalus, apud Argentinam ejusdem provincise civitatem, ac in eodem artificio peritus, totidem cartas per diem imprimere agnoscitur. Chronicon Summornm Pontiflcum, Imperatorum,ctc, a I47i ad ann. 143;.

(3; Page 80.

afratre Thomadc Aquino; I<i feuillets, san indication de. date ni de lieu , mais également imprimée avec le même caractère que le Catholicon.

3° Hermanni de Salais Spéculum clarum nobile et preciosum ipsorum sacerdolum; 10 feuillets petit in-4°. sans date, ni lieu.

1" Tractatus de Celebralione Missarum; 30 feuillets iii-4°, sans date, ni lieu.

Quanta ces deux derniers, Fischer élève des doutes, attendu que les caractères ressemblent à celui que Schœffer a employé dans le Scrulinium Scriplurarum.

C'est, je le répète, par une comparaison attentive des divers monuments primitifs de l'imprimerie, surtout lorsqu'ils sont sans date, et sans nom d'imprimeur ni de lieu, qu'on pourra reconnaître ce qui appartient à chaque atelier.

Ainsi, par l'examen que j'ai fait de plusieurs éditions sans date , sans nom d'imprimeur ni de lieu, qui existent à la Bibliothèque Nationale etqu'on croit imprimés à May ence, je puis affirmer que Fischer s'est trompé quant au second des deux articles, la Somme de saint Thomas, à moins qu'il n'ait eu sous les yeux une autre édition que celle que j'ai examinée à la Bibliothèque Nationale (1). Les caractères de ce livre sont les mêmes que ceux d'une série d'ouvrages qui ont été imprimés par Schœffer et qui existent à notre Bibliothèque Nationale; ils sont identiques à ceux dont je donnerai la note plus loin. Quant au Spéculum clarum nobile et preciosum ipsorum sacerdolum de Hermann de Saldis, Fischer a raison d'élever des doutes. Le caractère n'est pas celui du Catholicon ni celui desautres impressions de Schœffer. La Bibliothèque Nationale ne possédant pas le Tractatus de Celebratione Missarum, je n'en puis rien dire.

Au mois d'octobre 1462 la ville de Mayence, prise par Adolphe de Nassau, fut livrée à l'incendie, au pillage et aux assassinats (2). Aussi ne vit-on paraître aucun livre, ni dans l'imprimerie de Gutenberg ni dans celle de Faust et Schœffer, pendant les années 1463 et 1464.

Gutenberg néglige l'imprimerie.

Ce qui semblerait indiquer que Gutenberg, fatigué de la lutte difficile à soutenir contre Faust et Schœffer, se découragea , c'est que tandis que ses rivaux multiplient leurs publications , on ne voit rien sortir de l'atelier de Gutenberg (3), et l'acte du 17 janvier 1465 le nomme cotrrlisan pensionné de l'archevêque Adolphe (4). M. Née de la Rochelle pense que

(i) Fischer ne compte, il est vrai, que douze feuillets ; l'édition que j'ai vu à la Bibliothèque Nationale en a quatorze.

(2) Trithème, Cestis Friderici palat. victoriosi, ap. Schellhorn. Amœnitates litt., t. VII, p. 287.

(s) Kœhler, p. loo.

(4) Cependant il paraîtrait que par l'impression de la circulaire de Thierry d'issemberg Gutenberg aurait pris parti pour le rival d'Adolphe de Nassau.

cette faveur fut accordée à Gutenberg par l'archevêque Adelphe en réeotnpee

vires qu'il avait rendu-, comme imprimeur.

Serait-ce donc pour oe pai perdre !>■- droits attachés à son titre de noblesse, d ponroir

obtenir celte pension de COOftisan , qu'il n'aurait pas voulu accoler son non» a celai d as-oeiés dans les œuvres industriell

Gutenberg étant mort sans héritier, son imprimerie, qui était fort inférieure a cel Faust et Schœffer, ne tarda pas à disparaître, et personne ne fut intéressé a prendre la défense du premier inventeur de cet art. C't qui explique le peu qui est dit de Gutenberg par ses contemporains, et la petite part qui lui fut laite alors.

Ainsi Érasme, dans la préface de son édition de Tite-Live (Mayence, 1513), De dit rien de Gutenberg; c'est Faust seul qu'il désigne comme le créateur de l'imprimerie.

« Si jadis, dit-il, ceux qui vinrent en aide à « Origène et Jérôme en mettant à leurdis- « position des scribes et des peaux de veiin « ont mérité de grands éloges, combien n'en « doit-on pas aux ateliers des imprimeries « d'où sortent chaque jour des essaims d'ex- « cellents ouvrages, et à des prix aussi bas! « Si Ptolémée Philadelphe s'est acquis un re- « nom immortel dans la postérité pour la foret mation de la bibliothèque d'Alexandrie, dont « la richesse égalait la renommée, mais qui « lut unique, quelles récompenses ne dr.il- « on pas à ceux qui chaque jour nous don- « nent tant de bibliothèques , et des livres en « tous genres et en tontes langues, aussi « nombreux que les étoiles de la voûte ceci leste! La plus grande part de cette gloire « revient aux inventeurs de cette industrie « que j'oserai nommer divine, dont l'illustre « chef fut, dit-on, Jean Faust, aïeul de celui « à qui nous sommes redevables de ce Tite- « Live (1). En sorte que le mérite de cette « édition, que j'ai revue et corrigée en mille en- « droits d'après un très-ancien manuscrit, est « aussi bien dû à Jean Schœffer, par ses droits

(i) « Si Iaudem haud quaquam vulgarem roernerunt olim qui Origeni et Hieronynio notarios ac merabranas suppeditarunt, quantum vero laudls debetur typographorum ofhcinis, quae nobis quolldie bonorum volumintim effundunt examina, idque rainimo pretio ? Si Ptolomœus il le Philadelphus memoriam apud posteros sibi paravit immortalem ob bibliothecam Alexandrie comparatam, insignem quidein illain ac locupletem. seil tainrn unam : qnid prarnii debetur iis qui nobis quotidie totas bibliothecas, totosque, ut ita dixerim, librorum mundos in omni génère linguarum ac litterarum submlnislrant? Atque hujus quidem laudis pnecipua porlio debelur hujus, paene divin! dixerim, opificii répertorions, quorum princeps fuisse ferlur totius sévi memoria celebrondus . Johannes Faust, avus ejus cui LiviUM hune, tum anctum duobns volumimbus, tum innumerls locis es codice vetustissimo castigatum debemus . ut hoc egregium decus partira ad Johannctn Sehneffer. relut bereditario jure, devolvatur, partini ad Mogitntiaca? civilatis gloriam pertinent. »

« héréditaires à l'invention de l'imprimerie « qu'à la ville de Mayence. »

Il faut môme que son titre d'inventeur de l'impression en types mobiles soit bien réel, pour que, par une sorte de sentiment de justice rétroactive transmis d'âge en âge, sa mémoire ait surmonté celte sorte de conspiration du silence à laquelle il semble lui-même avoir pris part.

LETTRES D INDUr.CENCE.

Notre Bibliothèque Nationale possède un document du plus haut intérêt. Il n'y existait pas lorsque M. Van Praet a fait le catalogue et lu description des vélins, c'est-à-dire de tous les premiers ouvrages imprimés sur vélin au commencement de l'imprimerie.

A la date du 12 août 1451, le pape Nicolas V accorda des indulgences plénières à ceux qui depuis le 1er mai 1452 jusqu'au même jour 1455 aideraient de leur bourse la cause du roi de Chypre, menacé par les Turcs (appelés Teucros dans cette lettre d'indulgence ). L'ambassadeur et procureur général du roi de Chypre , P. Chappe, vint à Mayence y choisir des délégués pour recevoir en divers pays les aumônes contre délivrance d'un acte sur parchemin indiquant le nom du donateur, le montant de l'offrande, la date, et la signature des préposés à la vente des indulgences.

Munis d'un nombre suffisant de ces lettres d'indulgence, ils n'avaient plus sur leur route qu'à insérer dans les endroils laissés en blanc le nom du donateur, le chiffre et la date de la concession.

Ces lettres, dont un petit nombre s'est conservé par la piété des fidèles, devaient imiter parfaitement celles qui jusque alors avaient été écrites avec soin daus les chancelleries.

La pièce que possède notre Bibliothèque Nationale est d'une parfaite exécution.

Elle se compose de trente et une longues lignes d'environ cent dix lettres chacune; les caractères imitent l'écriture cursive, dont la forme gothique est arrondie. La grosseur d'œil répond à noire philosophie (dix points typographiques). Deux lignes en caractères gothiques, d'une forme carrée oblongue et d'une grosseur double du caractère cursif , équivalent à nos caractères dits de vingt points, ou grosparangon. Les lignes qui contiennent des mots de ce gros caractère avec lequel ils s'alignent sont par conséquent parangonnées.

On doit savoir gré à M. Léon de la Borde de s'être livré à une étude spéciale de ces lettres d'indulgence, et de nous avoir donné la description des dix-huit exemplaires disséminés en France , en Allemagne, en Belgique et en Danemark, où il lésa examinés avec soin. Les quatre fac-similés (I) qu'il nous en donne

(i) Débuts de l'imprimerie à Mayence et à Bam-

nous permettent d'affirmer qu'il a existé trois

éditions diverses de ces lettres :

Une édition de trente et une lignes:

Elle a eu deux tirages, l'un avec la date de

1454, l'autre de 1455.

Une édition de trente lignes :

Elle a eu aussi deux tirages, l'un avec la date

de 1454, l'autre de 1455.

Une édition de trente-deux lignes :

On n'en connaît qu'un tirage, avec date de

Ces pièces sont-elles xylographiques ou imprimées en caractères mobiles?

Il résulte de l'exposé fait par M. Léon de la Borde des opinions diverses émises à ce sujet que les avis sont partagés. Breitkopf reste dans le doute ;Lambinet est convaincu qu'elles sont xylographiques; Panzer et Van Praet les croient typographiques. M. Léon de la Borde est aussi de cette opinion. Elle semblait prévaloir; mais M. Wetter(t), dans son Histoire de V Imprimerie, et M. Solzmann (2), déclarent « que tous les bibliographes s'étaient trompés, « et que ces lettres étaient imprimées sur « planches de bois, et par conséquent xylo- « graphiques. »

D'après les deux fac-similés que nous donne M.Léon de la Borde, eth Lettre d' Indulgence de trente et une lignes, dont l'un existe à notre Bibliothèque Nationale, tirage de 1454, l'autre, incomplet, à Leipsick, tirage de 1455, je puis affirmer que la lettre d'indulgence dont j'ai examiné l'original à notre Bibliothèque est imprimée en caractères mobiles : les lettres sont identiques, et de plus le gros caractère de vingt points est absolument le même que celui qui a servi à imprimer le calendrier in-f° dont la page portant la date de 1457 est à notre Bibliothèque Nationale, et ce caractère est identique à celui qui a servi à imprimer la Bible de trente-six lignes attribuée à tort à Pfister.

Me fiant à l'exactitude du fac-similé de l'exemplaire de Leipsick portant la date de

1455, je crois pouvoir affirmer que la même composition a servi à son impression et à celle de l'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale. Les quatre IIII de la date MCCCCL1I1I ont seulement été remplacés par un V; or, ce V est parfaitement identique à ceux qui se trouvent dans le texte (3).

berg, ou Description des Lettres d'Indulgence du pape Nicolas F proregno Cijpri, imprimées en t«4; Taris Techner, ts-io. Il n'a été tiré qu'à petit nombre, les planches ont été détruites : il réunit donc le mérite de la rareté au mérite des observations très-intéressantes qu'il contient.

(0 Wetter, hist. de l'lmpri/nerie;Ji\-jycnce, isôg, Iu-b°.

(») Jahrbiich., décembre 1836.

(3) Afin de pouvoir mieux m'en assurer j'ai fait des propositions à la bibliothèque de Leipsick pour qu'elle nie cédât cet exemplaire ; n'ayint pu l'obtenir, j'ai fait des démarches pour qu'on nie l'envoyât en coin munication. Mais il faudrait recourir aux voies di-

La Bibliothèque du Musée Britannique possède maintenanl l'exemplaire qui appartenait à M. Heyvood de Bristol. C'est l'édition de trente lignes datée de 1455. D'après le fac-similé qu'en a donné M. de la Horde, je croyais cette pièceexéculéexylographiquement; ayant ■u examiner attentivement l'exemplaire original , j'ai acquis la certitude qu'elle est imprimée comme la précédente, avec des caractères gravés et fondas (t).

Kn comparant ce monument typographique , daté de fin avril 1455, avec ceux qui parurent les premiers à Mayence, j'ai acquis la certitude que le gros caractère n'est pas le même que celui de l'exemplaire de notre BibliolhèqueNationale: il est plus petit et identique à celui par lequel est imprimée la Bible de quarantedeux lignes (2). Ainsi voici deux monuments datés de 1454 et de 1455 où apparaissent les deux caractères des deux Bibles de Mayence; celle de trente-six lignes et celle de quarantedeux lignes. Celte découverte prouve que les caractères des deux Bibles existaient antérieurement à la dissolution de la société, qui n'eut lieu que le 6 novembre 1455.

Quant à la Lettre d'indulgence de trentedeux lignes, dont deux exemplaires, portant la même date , existent à Brunswick dans la bibliothèque du gouverneur, comme M. Léon de la Borde ne nous en a pas donné de fac-siinilé, nous nous abstiendrons d'en parler.

Outre la description de ces dix-huit lettres d'indulgence, il nous donne en appendice celle de quatorze autres, portant des dates diverses. M. Weigelt assigne à la première, dont le texte, en hollandais, est placé au-dessous d'une représentation grossière de la Passion deNotre- Seigneur, une époque qu'il recule jusqu'à 1410; mais les conjectures sur lesquelles il tonde son opinion ne sont que spécieuses, et sont combattues par M. Léon de la Borde. Les autres lettres d'indulgence sont une de 1463; une de lfàO, pro insula Rhodo ; une de lb8l ; une de 1487; quatre à la date de 1488; une de 1450; une de 1452, pro belîo contra Turchos ;une de 1509; une de 1512; une de 1517. La première lettre d'indulgence dont M. de la Borde donne le fac-similé est évidemment xylographique. Quant aux autres, nous ne pouvons émettre d'opinion, qu'à l'égard des deux seules pièces, celle de 1487 (3) et celle de

plomatiques, qui peut être ne réussiraient pas mieux, et en tout cas exigeraient de longs délais.

(î) Je dois à l'extrême obligeance de M. Panizzi, directeur des livres imprimés de la bibliothèque du Musée Iiritannique, et de M. Watt, assistant, dont la science bibliographique égale l'extrême bienveillance, l'examen de cette pièce. M. Harris a bien voulu en exécuter pour moi un fac-similé tellement exact qu'il me permettra d'éclaircir quelques points encore obscurs des origines de la typographie.

(2) M. K. Duverger avait fait la même remarque, d'après les fac-similés donnés par M. de la Borde.

(s) Je crois qu'au lieu de : Johannes Anthonius hu-

RAPHIE RM

1489, '|ni sont représentées litbographiquement; toutes deux nous ont paru xyl phiques. Mais l'examen des originaux i dispensable poui décidei cette question.

Nécessité d'examiner le» monum

Les origines de l'imprimerie se son! édairdes sur quelques points à l'aide è similés ; mais quelque exads qu'un pui même qu'on doive les supposer, ils m: sauraient rendre le même service que l'examen des originaux, ainsi que j'en ai acquis la cet lilude, tant par l'élude <\f> monuments primitifs que possédait mon père (t) que par ceux qui existent en si grand nombre a notre Bibliothèque Nationale , au Britisb Muséum, à la Bibliothèque lîoyale de Vienne, etc.

Jl est un moyen certain, sinon de résoudre toutes les difficultés qui entourent le berceau de l'imprimerie, du moins d'en éclairer beaucoup les ténèbres. Ce serait au prochain jubile typographique de faire un appel aux conservateurs des bibliothèques publiques et aux particuliers tels que lord Spencer en Angleterre, M. Meerman à Leyde, MM. Yemeniz et Coste à Lyon; M. Labédoyère à Paris; M. Sylvain Van de VVeyer à Bruxelles; M. F. Vergauwen à Gand ; M. le prince de Lichtenstein en Autriche, etc., qui ont encore consent- le

rnilis abbas monasterii Sancti Gemini Marin, il faut lire Stmcti Gemini Narni.

(i) Dans sa belle bibliothèque se trouvait : La Bible de Mayence, de guaranie-deux lignes ; — le Catholicon de ison; — le Tewnlannclhs de 1317, et presque toutes les éditions principes des auteurs grecs et latins, telles que : I'toIemée,sa cosmographie, Dominique de Lapis , Bologne, tiG2, date qu'on croit inexacte ; — Saint-Augustin [in monasterio Sublacenci ' , 1467; —démentis papoe Constitutlones, Pierre Schiffer de Gernszheym, Mayence, UG7 ; — Tacite, Vendelin de Spire, Rome cirea mg»; — Pline l'Ancien, Joannes de Spire, Venise, Me»; — Virgile, Fendelin de Spire , Venise, 1470 ; — Horace, Zarottus, Milan, circa 1470; — Térence, Menteiin, Strasbourg, circa 1470; — Tite-Uve, t'cndelin de Spire, Venise, 1470;

— Salluste, fendelin de Spire, X'enise. 1470; — Justin. Nicolas Janson, Venise, 1 470 ; Quinlilien, Campani, Rome, 1470; — les Épitres de Saint-Jérôme, Pierre Schœffer de Gernszheym, Mayence, 1470; — Flavius Josèphe, Jean Scheussler, Auguste, 1470 ; — Pline le Jeune, L. Carbo, 1471; — Sillus Italiens, Slvenheym et Pannartz, 1471; — Valère-Maxime , Pierre Schœtfer de Gernszheym, 1471 ; — Fiante, Jean de Cologne et Tende lin de Spire, 1472; — Polybe , Swenheym et Pannartz, Borne, 1475; — Hérodote. Jacques IUibcus ( le Roux ), Venise, 1474 ; — Sénèqne le Philosophe, Moravus, Naples, 1475 ; — Oppien, (.allas Bonus. 147»; — Euclide, Hadolt, Venise, 1489; — Sénèque le Tragique, Andréas Callicus , Ferrure, uni ;

— Homère, Ncrliits, Florence, 1488; — lsocrate, Henri Germant, Milan, !4;>ô; — Tliéocritc, Aide, 1493; — Anthologie grecque De Alopa, Florence, 1496; — Aristophane, Aide, 1498; — Thucydide, Aide, 1302; — Sophocle , Aide, IS02; — Démosthène. Aide, isoi; — Platon, Aide, isis; — Cicéron, les Juntes, isse; — Diodore de Sicile, Oporin, Raie, 1339; — Iienys d'Ha licarnasse, Robert Esticnnc, IS46 ; — Dion C:issius. A'obert Esticnnc , 1340; — Appien, Charles Esticnnc. issi; — plusieurs impressions xylographiques; — les premières éditions des livres de thénrgie; — enlin d'admirables manuscrits.

G07 TYPOGRAPHIE

noble goût fies livres, afin de réunir de tous les points de l'Europe, soit à Paris, soit à Strasbourg ou à Mayence (I), les divers monuments typographiques de l'origine de l'imprimerie, même les monuments xylographiques C'est en ayant sous les yeux les types différents qui ont servi à chaque impression qu'il sera possible de les reconnaître, d'en suivre l'emploi, et de découvrir par la comparaison, soit du texte, soit des litres ou lettres capitales , soit des chiffres , des notes , de la ponctuation, enfin des divers signes et indications qui n'échapperont pas à l'œil exercé du graveur ou du fondeur en lettres, les diverses familles auxquelles ils appartiennent. Souvent môme on pourra décider si telle impression est postérieure à telle autre, selon que les caractères sont plus ou moins usés. Tel est le vœu que je forme : tant qu'il ne sera pas exaucé, il faudra se borner à des conjectures plus ou moins plausibles, mais qui manqueront par la base, qui est la comparaison des monuments entre eux.

Psautier de Mayence.

L'examen attentif que j'ai fait des exemplaires du Psautier de 1457, appartenant l'un à la Bibliothèque Nationale (2) , l'autre au Britisli Muséum, me donne tout lieu de croire que l'exécution de ce premier livre imprimé avec date est due au procédé que j'ai indiqué précédemment, comme ayant été inventé par Gutenberg après son association avec Drilzehen, et dont j'ai fait souvent usage. Il consiste à enfoncer des caractères gravés en bois (3) dans

(i) Koch proclamait devant l'Institut de Strasbourg que cette ville était le berceau de rimprimcrie;Srh;iab l'interrompit en lui disant : « Oui, mais c'est un ber- « ceau sans enfant. » Cette vive réponse résume la question. {Mém., t. IV, p. ôsg. )

(a) Il a été acquis à la vente du comte Maccarlhy, en 1817, au prix de 12,000 fr. L'exemplaire de la Bibliothèque de Vienne, le plus complet qui existe, a cent soixante-quinze feuillets. Celui que nous possédons n'a que cent soixante-neuf feuillets.

(5) Telles sont toutes les lettres capitales et les ornements gravés sur bois qui ont servi à l'impression de l'édition que nous avons faite en caractères gothiques de V'Historial du Jongleur, in-»°, 1029, des contes du Gay Sçacoir et du petit Jehan de Saintré. Les matrices en plomb existent encore dans notre imprimerie ; mais elles sont en partie hors de service, étant déjà oxydées pour la plupart. C'est ce qui explique comment les caractères qui ont servi aux premiers livres imprimés ont dû promptement disparaître.

Fournier le Jeune se trompe encore lorsque dans son ouvrage sur l'origine et les progrès de l'imprimerie, p. 20, Il affirme que « jamais on n'a fondu de matrices; on les a toujours frappées avec un poinçon d'acier.» Pour faciliter la frappe de poinçons très-délicats, tels que les capitales du grand caractère de gothique ornée gravées avec un talent remarquable par M. Cornonnilles pour notre fonderie de caractères, j'ai fait fondre des matrices en cuivre d'après des matrices en plomb dont l'œil avait été frappé avec les poinçons d'acier; elles servirent de modèles au fondeur en cuivre. Après avoir été dérochées et é\ Idées avec soin, pour parer à l'inconvénient du retrait opéré par l'effet du refroidissement, j'enfonçais de nouveau

duplombaumomentoù, liquéfié par la chaleur, il est prêt à se figer. Ces matrices en plomb ainsi obtenues sont régularisées ensuite pour l'alignement et la hauteur comme les matrices ordinaires; puis au moyen du clichage à la main on retire de la matrice une empreinte en métal, laquelle, après avoir été dégagée des bavures, est replacée dans la matrice en plomb que l'on adapte à un moule. Le métal en fusion versé ensuite dans ce moule, tout en formant le corps de la lettre, se soude au cliché qui en forme l'œil. On retire ainsi de la matrice en plomb une lettre aussi parfaite que celle que nous obtenons par le procédé ordinaire.

Mais ces matrices en plomb ne peuvent produire qu'un nombre limité de clichés, c'esteequi expliquepourquoi dans le Psautier de Mayence les capitales, par exemple, sont toujours parfaitement identiques, attendu que, leur emploi n'étant pas fréquent, la même matrice pouvait sans s'altérer en produire le nombre nécessaire. En ayant soin de laisser refroidir de temps en temps une matrice en plomb, on peut obtenir aisément soixante à quatre-vingt lettres sans être obligé de renfoncer le poinçon en bois dans la matrice, ou de faire une nouvelle matrice avec le même poinçon de bois. Mais pour les voyelles et les lettres qui reviennent fréquemment (1) , il fallait nécessairement multiplier les matrices. Or, chaque, fois qu'on était forcé de renfoncer les poinçons en bois dans les matrices ou d'en faire de nouvelles, la forme du poinçon s'altérait par l'effet de la pression et de la chaleur, souvent même il était brûlé, pour peu qu'on l'enfonçât dans le métal trop chaud. 11 fallait donc regraver souvent de nouveaux poinçons en bois : de là ces différences que l'on remarque dans les lettres dont l'usage est plus fréquent (2).

Les mêmes observations s'appliquent au caractère de moindre grosseur du Psautier.

La page 141 nous prouve que les ornements qui accompagnent les grandes lettres , et qui sont évidemment gravés en bois, ont été aussi fondus dans une seule et même matrice et multipliés par le clichage et la foute, ainsi que je viens de le dire. Dans cette page se trouvent deux O ornés et deux D également ornés. Or,

les poinçons d'acier dans ces matrices en cuivre ainsi fondues.

(1) L'expérience a prouvé que pour exécuter une fonte composée de cent raille lettres (police française) la lettre e entre dans ce calcul pour io,soo, tandis qu'il ne faut que boo j, et qu'il faut 5,000 a et autant d'n, tandis que 300 y et 100 k suffisent. Pour la langue latine les proportions changent : il faut beaucoup plus d'w et d'n.

(2) Je me bornerai à une seule, au feuillet 20 recto, le mot te se reproduit trois fois , ligne 7, s, et 9.

A la ligne 7 l'e monte.

A la ligne a la barre du t est d'aplomb avec le plein du haut de l'e.

A la ligne o la barre du t monte beaucoup sur l'e.

TYPOGRAI'lIlr.

on remarque dans l'ornement de l'un des O quelques cassures et écrasements qui n'existent pas dans l'autre; preuve évidente que ce ne peut être le même ornement qui, ayant d'abord servi pour l'impression en rouge , aurait ensuite été repris pour servir à l'impression en bleu; d'ailleurs dans cette môme page l'un des O est imprimé en rouge et l'ornement en bleu; tandis que dans l'autre, l'O est imprimé en bleu et l'ornement en rouge. 11 en est de même pour la lettre D.

Ces rentrées des deux couleurs sont faites avec une régularité qui surprend, surtout lorsqu'on songe que l'impression se faisait sur parchemin, qui doit être liès-humecté avant de pouvoir être mis sous presse. Or, le degré d'humidité variant nécessairement pendant le cours des trois tirages successifs, noir, rouge et bleu, devait produire un retrait dans le parchemin et accroître les difficultés , auxquelles s'ajoutaient nécessairement les imperfections de la presse.

J'exprimais cet étonnement à M. de la Rue, avec qui j'examinais au British Muséum, le 3 juin 1851, .le bel exemplaire du Psautier qui s'y trouve , et j'admirais comment cette retiration , déjà si parfaite dans l'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale, ne l'était pas moins dans cet autre exemplaire; alors il m'apprit comment une régularité aussi merveilleuse occasionna la découverte du procédé d'impression à plusieurs couleurs qui porte le nom de Congrève, et qui aurait dû porter celui de Schœffer.

Le célèbre imprimeur de Londres M. Beusley montrait un jour à M. Congrève comme un phénomène typographique la grande lettre B qui est la première du Psautier, et dont les ornements en bleu et en rouge rentrent si parfaitement les uns dans les autres. L'examen attentif qu'en fit M. Congrève lui fit découvrir qu'une pareille régularité ne pouvait être obtenue par des impressions successives, et que le tout avait dû être imprimé d'un seul coup de presse au moyen de deux parties gravées séparément, et s'adaptant l'une dans l'autre, après avoir été couvertes séparément l'une d'encre bleue, l'autre d'encre rouge.

Ainsi ce procédé, inventé depuis près de quatre siècles par Schœffer, ne fut deviné que de nos jours et devint l'objet d'un brevet d'invention, dont l'importance fut jugée telle par le gouvernement anglais qu'il confia à M. Congrève des impressions en nombre considérable et qui exigeaient une garantie contre la contrefaçon , qu'on crut pouvoir éviter par la perfection de ce procédé.

M. Brunet dit qu'on ne connaît que sept ou hnitexemplairesduPsmtitierde 1457, et qu'aucun exemplaire n'est conforme aux autres, soit pour le contenu, soit pour le nombre des

Encycl. MOD. — T. XXVI.

feuillets et la distribution des ligne* , Mil enfin pour l'orthographe dei mol» OU pour la souscription.

Si l'on parvient à réunir et a comparer à la fois ces sept ou huit exemplaires, qrtfiqiM»

uns des mystèresde l'imprimerie pool roui êlre éclaircis. Ces changements mit chaque exemplaire ont-ils été op^rgjs sous pi esse , 00 a-l-on retiré les formes une à une pour y faire les changements sur le plomb? Quelles d ni les lettres qui diffèrent , quelle altération ont-elles éprouvée? etc. Toutes ces questions ne peuvent être résolues par correspondance ou par des fac-similés plus ou moins exacts.

Mais dans quel but ces variations pénibles et coûteuses existent-elles dans un livre où la souscription placée à la lin dévoile le mystère de l'imprimerie?

Pierre Schœffer et Faust cherchent à faire oublier Gutenberg.

C'est en vain que le gendre et le petit- fils de Faust ont voulu ravir à Gutenberg ses droits d'inventeur pour les transférer à Faust. Il suffit que ces droits aient été proclamés une fois par l'aveu même de Jean Schœffer, fils de Pierre Schœffer et petit-fils de Faust, pour annuler tout ce que Pierre et Jean Schœffer n'ont cessé de répéter à leur seule louange dans tous les livres qu'ils ont imprimés.

Dans sa dédicace à l'empereur Maximilien , entêtedu TitC'Livelvaàuilenallemandel'unprimé par Jean Schœffer, il déclare « que c'est « à Mayence que l'ait admirable de la typo- « graphie a été inventé par l'ingénieux Jean « Gutenberg, l'an 1450, et postérieurement « améliorée et propagée pour la postérité par « les capitaux et les travaux de Jean Faust et « de Pierre Schœffer. »

Voilà la vérité! et certes aucun témoignage ne saurait être plus authentique et plus solennel; sa date est de 1505, époque tellement rapprochée que les témoins étaient encore vivants. Il est écrit en allemand, et par conséquent destiné à être lu de tous (1). Cependant nous voyons en 1509, en 1515 et 1516 ce même Jean Schœffer imprimer audacieuse* ment, en latin il est vrai, tout le contraire. Désormais , excepté ce Tile-Live, aucun livre

(O Solicl) wergk das in der loblichcn Stadt Ment?., gefertigt und getruckekt ist, woll Ewr. Ko. M. gncdiglich ufneinen, In welcher Stadt auch anfengklicli die wunderbahre Kunst der Truckerey, und im èrstcii ven déni kunstreicbeo .Tolian Gutenberg, do niann zalt nach Cliristi unsers Herrn Geburt, tausend vierhundert und funffzig lare, erfunden, und darnach mit vleiss, kosl und arbeyt Joliannen Fausten und Peter Schœffers zu Mentz gebessertli und besiendig gemaclit ist worden, darum dieselbe Stadt nient alleu; beyTeutscber nation, sunder auch bey aller Welt in ewige Zeit (als wolilverdynelh) gepreysst und gelobl solle werden , und dye Burger und Kinwolmer doselbst des billig geuyssen.

Dcclicatio T. Liviigermanïce versi, Mayence, isiu.

f.ll

TYPOCR

imprimé par Pierre Scliœffer et par son fils Jean ne parle plus de Gutenberg ; ce sont Faust et Schœffer qui sont les inventeurs.

Dans la souscription imprimée par Jean Schœffer à la fin d'un bréviaire, il déclare dès 1509 (1) « qu'il a été imprimé à Mayence aux « frais et par le labeur de l'honnête et vigilant » Schœffer, citoyen de Mayence, dont l'aïeul « inventa le premier l'art de l'imprimerie et le •< mit à exécution. »

Six ans plus tard, en 1515, à la fin d'un ouvrage de l'abbé Trithême Breviarium Uistorïse Francorum , cette même imposture est réitérée avec plus de détail (2). On y lit :

Impressum et completum est pressens Chrcnicarum opus anno Domini MDXf in vigilia Margaretœ virginis , in nobili famosaque urbe Moguntina, hujus artis impressorie inventrice prima per Johannem Schô/fer, nepotem quondam honesti viri Johannis Fusth, civis Moguntini, memorate artis primarii auetoris ; gui tandem imprimendi artem proprio ingenio excogitare svecularique cœpit anno dominicœ nativitatis MCCCCL in~ dictione XIII, régnante illustrissima Rom. Imperatore Frederico III, prœsidente sanctœ Moguntina sedi reverendissimo in Christo pâtre, domino Theodorico , pincerna de Erpach, principe electore. Anno aulem MCCCCLIl perjecit deduxitque eam ( divina favente gratia ) in opus imprimendi, opéra tamen ac multis necessariis adinventionibus Pétri Sckôffer de Gernsheim,miniftri suique fllii adoptivi, cui etiam filiam suam Christinam Fusthin pro digna laborum multarum adinventionum remuneratione nuptui dédit. Retinuerunt autem hi duo jam prœnominati Jo/tannes Fusth et Petrus Schôf/er hanc artem in secreto (omnibus ministris ac familiaribus eorum, ne iliam quoquo modo manifestarent, jurejurando adstrictis ). Qum tandem de anno domini MCCCC1.X11 per eosdem familiares in diversas terrarum provincias divulyata haud parvum sumsit incrementum.

« Cet ouvrage a été imprimé l'an de Nolre- « Seigneur 15l5,àMayence,oùl'imprimeiïefut << inventée pour la première fois par Jean Schœf- « 1er, petit-fils de feu l'honorable Jean Fusth, » de Mayence, le premier auteur de cet art mé- « morable. Ce fut lui qui, par ses propres idées, « commença àimaginer et à porter toute son

(i) Souscription du Breviarium secundum ritum Ecclesiœ Moguntinœ, iso9. « lmpressam Moguntix u inipensis et opéra honesti et providi viri Johannis " Schœffer, civis moguntini, cujus avus primus artis « impressorix fuit inventor et auctor, anno saiuti- « ferœ incarnalionisi509.in vigilia Nativitntis Maria;.» Les épithètes que se donne Schœffer sont curieuses : tlonestus et providus! Passe pour prévoyant, puisqu'il espérait transporter à sa famille l'honneur dû à Gulenbcrs; mais certes le procédé n'est pas honorable.

(s) Elle se trouve également répétée et disposée en lignes décroissantes et croissantes ayant la forme d'X. dans une seconde édition du même Breviarium /Jistoriœ Francorum de Trilhème, réimprime cum privilégie cesareœ majestatis,jussu et inipensis honesti viri JoAN.MS Hasclperg ex Aia majore Constantiensis diocœsis. Cette même souscription a été répétée par J. Schœffer en ioi6.au bas du Breviarium Ecclesiœ Mi n den s is.

APni.E Cl 2

" attention à l'art de l'imprimerie l'an de Notre- « Seigneur 1450, la treizième de l'indictiou. « Dans l'année 1452 , il perfectionna cet art, et « avec la giàce divine il le porta au point de « pouvoir imprimer à l'aide du concours et « des nombreuses et nécessaires inventions de « Pierre Sehœffer de Gernsheim, son ouvrier « et son fils adoplif , auquel il donna en ma- « riage sa fille Christine Fuslhin, comme digne « récompense de ses travaux et de ses nom- « brenses inventions. Mais les surnommés « Jean Fusth et Pierre Schcpffer gardèrent se- « ci et cet art ( tous les ouvriers et domestiques » s'élant liés par un serment de ne le découvrir >< en aucune manière). Enfin en 1462 cet art, « divulgué en divers pays par ces mêmes em- « ployés, prit un grand accroissement. »

En 1518 on lit dans le privilège accordé à J. Schœffer par l'empereur Maximilien pour l'impression de Tite-Live en latin. «Maximi- « lien, etc., à notre honorable, cher et fidèle « Jean Schœffer, chalcographe roayençais, « accordons notre grâce impériale, et étant in- « formé et instruit, sur la foi de digues témoins, « que l'ingénieuse invention de la chalcogra- « phie dont son aïeul est l'auteur (I), par « d'heureux développements , s'est étendue « dans tout le monde, etc.; voulant donc à cause « de son aïeul , si digne de la faveur et de la « recommandaliou universelle , attendu celle « divine invention, protéger, etc., faisons dé- « fense à tout chalcographe, elc. (2).

ClrichHutten, Nicolas Carbachiusel Érasme, dans des préfaces et lettres qui accompagnent cette édition de Tite-Live, confirment ces faits. Aucun d'eux ne parle de Gutenberg.

Il est toutefois singulier qu'en accordant à Schœffer ce brevet sur la foi de dignes témoins, la chancellerie impériale se soit mise en contradiction :

t° Avec la déclaration de Jean Schœffer luimême, qui dans sa dédicace au même empereur, treize ans auparavant, proclame Gutenberg l'inventeur de l'imprimerie;

2° Avec la concession faite en 1466 à Jean Mentelin, imprimeur à Strasbourg, par l'empereur Frédéric III, d'armes portant cette devise-. Yirtutem mente coronat, et avec cette indication : Primo typographix invenlori ac suis concession (3).

C'est ce même Frédéric III qui dès 1470 avait autorisé les typographes à porter dr>s robes brodées d'or et d'argent, et leur avait ac-

(0 VOX). COl. 394.

(2) Si toutefois ce privilège a jamais existé.

(3) Le succès de la ruse du pelit-lils de Faust, Jean Sehœffer, aura, je pense , encouragé le petit-fils de Mentelin à chercher, à son exemple, à annihiler Gutenberg, dans l'idée que Strasbourg, maie île Mayence, fermerait les yeux sur cette fraude pieuse, qui tendait à restituer à Strasbourg toute la gloire dont Mayence S'avait frustrée.

cordé des armes de noblesse (I) ; en sorte, dit Meerman, que la typographie, au quinzième siècle, était exercée par des personnes de l'ordre de la chevalerie et de l'Église.

En 1524, à la suite de l'édition de Saint- Prosper, on litcet avis de Jean Schœffer :

« Cher lecteur, on a remarqué que les enfants ressemblent à leurs parents au physique el au moral; ce qui n'est pas un motif pour ne pas savoir gré à celui qui suit les traces de ses ancêtres, lorsqu'ils les ont précédés dans la bonne voie. C'est, ainsi que, pour ne point dégénérer de mon aïeul maternel, Jean Faust, et de mon très-cher père , Pierre Schœffer, tous deux citoyens de Mayence, qui les premiers de tous inventèrent et mirent en œuvre la chalcographie dans cette ville, bien moins en vue de leurs intérêts que de l'utilité publique, je me suis efforcé, autant que je l'ai pu, de faire avancer cet art et de découvrir dans la poussière des bibliothèques les plus anciens manuscrits dont j'ai communiqué les exemplaires à qui les voulait lire hors de mon imprimerie. Voilà quel fut mon but en publiant cet Opuscule de Saint- Prosper, copié sur un texte très-ancien. Si les lecteurs m'en savent gré, ce sera un puissant motif pour faire d'autres recherches de textes plus importants et pius rares, ceux surtout que je croirai profitables à la religion chrétienne. »

Prétentions de Bamberg.

11 est probable que le démembrement d'une partie de l'imprimerie de Gutenberg précéda sa mort. C'est ce qui expliquerait comment le caractère qui lui avait servi pour l'impression de la Bible de trente-six lignes aurait paru subitement à Bamberg, si l'on adoptait l'opinion émise pour la première fois en 1794 dans tm article anonyme inséré au Meusel Magazine (2), où on attribue à Pfister l'impression de la Bible exécutée avec ces mêmes caractères usés de la Bible de Gutenberg.

M. Léon de la Borde, qui adopte et soutient cette opinion, l'appuie du renseignement extrait du manuscrit de la Bibliothèque de Cracovie daté de 1459 (3), où le chroniqueur anonyme dit avoir vu à Bamberg un graveur «î lettres qui sculptait une Bible entière suides planches (lamellas), et qu'en quatre semaines il en imprima la gravure sur parchemin.

M. de la Borde , frappé de cette apparition subite à Bamberg, et dès 1459, d'une lypogra-

(i) (I donna pour armes aux compositeurs un aigle et aux typographes un griffon dans les serres de l'aigle, et dans celles du griffon est un tampon d'imprimerie, avec le casque ouvert, surmonté d'une couronne. Fugger OEfierreic/iisclien Ehrenspiegel, 1. V, c. ir, p. S29, Nuremberg, jggs, io-f°. Et surtout les notes du professeur Trotz sur H. Hugo, De Prima Scribendi Origine , p. sss-s.

(2'» Meusel Magasin, Vil Stuck, p. 22.

(j) Voy. col. siîi.

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plue en état d'exenilei aussi i.ipidiim-nl une

impression d'une telle importance (M qui suppose loutes les opératfcmi préalables, telle*

que la gravure des pOÎOÇOOS, I 1 Irappe des matrices et la fonte des rai.v lèret , crut bOS)« voir l'expliquer en adoptant l'idée que PÉétei ,

employé peut-être comme ouvrier <\,</. f,ulenberg, avait pu lui acheter ses caractère^ usés et les transporter a Nnremberf I « qui, dit-il, explique d'une inameie ■ussiévf- « dente que naturelle la présence instantanée « en 1459 à Bamberg d'une imprimerie sans « précurseur, et sa disparition non moins su- •< bite , sans continuateur, comme sans tradi- « lion (1). »

Mais Lichtenberger (2; me semble avoir démontré qu'on ne pouvait, admettre qu'un ouvrage aussi considérable qu'une Bible en trois volumes in-folio, et qui n'a pas moins de quatre cent trente-cinq feuillets, ail pu être imprimée en 1459 à Bamberg, dans l'espace de vingt-trois jours , selon le récit de Paul de Prague. En effet, puisque d'après ce que nous apprend Philippe de Lignamine (qui était luimême imprimeur), Gutenberg et Faust a Mayence, Mentelin à Strasbourg, et postérieurement Svveynheim el Pannartz a Rome, ainsi qu'Ulrich Gallus, imprimaient par jour trois cents exemplaires d'une feuille , il aurait fallu que Pfister consacrât pour l'impression de la Bible au même nombre de trois cents exemplaires quatre cent trente-cinq jours. On doit donc ne tenir aucun compte de cette opinion récente, appuyée sur ce récit du chroniqueur, et n'attribuer à Plister que des impressions d'ouvrages à gravures accompagnées de texte, tels que 1° Recueil de quatre-vingt-cinq Fables en allemand, avec cent lin sujets gravés en bois et accompagnés d'un texte probablement xylographique, formant en tout vingt-huit feuillets, imprimé à Bamberg, en 1461, comme la souscription l'indique; 2° les Quatre Histoires de Joseph , Daniel , Judith et Esther, en allemand (3), portant le nom de Pfisler el la date

(1) Débuts de l'imprimerie à Mayence et à Nuremberg, pages 24 et sa.

(2) Initia Typographica, p. ui.

(5) Au soixantième feuillet recto se trouvent treize lignes rimées, dont voici la traduction : « Chaque homme désire de cœur être savant et bien Instruit, sans maître et sans livre cela ne saurait être ; d'ailleurs, nous ne savons pas tous le latin. Ces réflexions m'ont occupé quelque temps. J'ai réuni et rédigé les quatre histoires de Joseph. Daniel. Judith et Hesler. à bon escient. Dieu accorda sa protection a cesqualre personnages , comme il le fait toujours aux bons. Ce livret, dont l'objet est de nous apprendre à améliorer notre vie, a été mis à fin à Bamberg. Dans cette ville Albrecht Pfister l'a imprimé l'an où l'on compte mil et quatre cetit deux et soixante : telle est la vérité ; peu de temps aprt's, le jour de Saint- Walpurge. qui peut nous obtenir grâce abondante, paix et la vie éternelle. Amen. »

Voyez Camus, Notice d'un livre imprime à Bamberg en no» ( l'a ris, 1799).

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tic 1462, ayant cinquante -huit feuillets et soixante et une figures, gravées sur bois, au bas desquelles est un texte de dix-sept lignes.

On doit aussi lui attribuer : 1° un Recueil de plaintes contre la Mort, avec les réponses de la Mort, formant vingt-quatre feuillets , avec cinq grandes gravures en bois; 2° une Bible des Pauvres, formant dix-sept feuillets, avec un grand nombre de gravures en bois. Ces deux ouvrages, qui ne portent point de date, sont annexés au Livre des Quatre Histoires, dans le précieux exemplaire que possède notre Bibliothèque Nationale. Les caractères sont identiques à ceux qui ont servi à ce Livre des Quatre Histoires.

Le récit du chroniqueur sur lequel M- de la Borde appuie son opinion s'applique parfaitement à celte Bible des Pauvres, c'est-à-dire à un abrégé de la Bible avec images en bois et explications, soit xylographiques, soit en caractères mobiles, et non à une œuvre typographique telle qu'une Bible en deux gros volumes in-folio. Il est évident que les ouvrages de Pfister sont moins ceux d'un typographe que ceux d'un graveur en bois exécutant des images avec légendes, comme le faisait ce Libripagus, c'est-à-dire ce graveur en relief, que Paul de Prague dit avoir vu taillant dans des planches en bois les figures de cette Bible des Pauvres (de dix-huit feuillets) (1) et l'imprimant tout entière en quatre semaines. Les légendes, gravées d'abord xylographiquement, ex solido ligno , auront été remplacées plus tard par un texte composé avec les caractères ayant servi à Gutenberg pour imprimer la Bible de trente-six lignes. Un fait nouveau, et qui me semble décisif, vient à l'appui de mon opinion. C'est l'identité des caractères de la Bible de trente-six lignes avec ceux du gros caractère employé dans les Lettres d'Indulgence, dont la date remonte à 1454, en sorte que si l'on attribue à Pfister l'impression de la Bible de trente-six lignes, parce que les caractères se reproduisent dans le Livre des Quatre Histoires , il faudrait par la môme raison lui faire imprimer aussi ces Lettres d'Indulgence.

11 est notoire que Gutenberg possédait une imprimerie considérable, d'abord avec Faust et Schœffer, ensuite à lui seul; or, comment expliquer son oisiveté? N'est-il pas plus simple d'admettre que Gutenberg avait prêté ou vendu des caractères à Pfister pour composer le peu de texte qui accompagne ses livres ornés de gravures.

Quant au Recueil des Fables dont l'exemplaire unique est dans la Bibliothèque de Wolfenhuttel.si le fac-similé qu'en donne Falken-

(l) Celle que décrit Camus, et qui existe à la Rililiothéque Nationale, a dix-lmlt feuillets, dont dix-srpl imprimes.

stein est exact, non-seulement les caractères ne seraient point les mêmes que ceux de la Bible de trente-six lignes, mais par les différences notables que l'on remarque dans les lettres, il doit être regardé comme xylographique.

Mort de Gutenberg.

Gutenberg mourut un peu avant le 25 février 14où L'acte suivant peut faire croire qu'il eut pour associé ou pour bailleur de fonds le docteur Homery.

« Moi le docteur Conrad Homery, je reconnais par les présentes que le très-haut prince mon cher maitre (l'archevêque Adolphe ) m'a fait remettre toutes les formes, les caractères, les outils et instruments faisant partie du métier laissés par Jean Gutenberg après sa mort, instruments qui m'appartiennent, et sont encore aujourd'hui en ma possession, et par contre je m'engage à n'imprimer avec ces formes et caractères qu'à Mayence seulement, et nulle part ailleurs. Quant à la vente des ouvrages, tout bourgeois de Mayence aura la préférence, à égalité de prix sur un étranger, et sera servi avant tout autre.

« En foi de quoi j'appose mon sceau à cet écrit, fait le 25 lévrier 1468 (I). »

Cette clause imposée par le prince archevêque Adolphe au détenteur de l'imprimerie de Gutenberg, de n'imprimer qu'à Mayence, prouve l'importance qu'il attachait à la conservation de cette imprimerie comme monument d'une invention si honorable pour Mayence. Peu de temps après , elle fut transférée à Eltvil, bourg attenant à Mayence, où le prince Adolphe avait (hé sa résidence. C'est là que Nicolas Bechtermuntze imprima, en 1469, un dictionnaire (2) , avec (e même caractère que celui du Calholicon, et le réimprima de même en 1477 (3).

PIERRE SCHOEFFER.

Pierre Schœffer, qui survécut longtemps à Gutenberg, continua ses publications de plus en plus renommées, qui toutes portent son nom, ou quelquefois seulement son double écusson , imprimé ordinairement en rouge. Schœffer a toujours soin de mentionner dans sa souscription que c'est lui Pierre Schœffer et Jean Faust qui sont les invenleurs de la gravure et de la fonte des caractères. Son fils Jean Schœffer reproduit perpétuellement cette mention, si flatteuse pour sa famille; et comme tous ceux de ses contemporains qui

(i) jrurdtwein btblioth. Mopuntina; Augsbourg, 1787, p. os.

(2) Connu sous le nom de Ex qno. C'est en effet par ces mots que commence ce vocabulaire latin-allemand.

(s) Ces deux éditions portent pour épigraphe : « Prœsens hoc opusculum non styli aut pennœ svffragio, sed nova artifleiosaque invencione quadam, ad eusebiam Dei, industrie per Nicolaum Bechtermuntze et ffigandum Spyesz de Orthenberg , m Altavillaesi consummqtum, sub anno Domini.etc. Utne tibi, sanetc pater...

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