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écrivirent sur l'origine de l'imprimerie s'adressèrent naturellement à l'un d'eux pour en obtenir des renseignements, les informalions qu'ils en recevaient tournaient toutes au désavantage de Gulenberg.
Est-ce un sentiment de remords ou de sincérité, réveillé en Schœffer par la mort toute récente de Gutenberg, qui lui fit placer à la fin de son édition des Inslitutes de Justinien, imprimées par lui en 1468 , ces vers (l)où, sans que le nom de Gutenberg soit prononcé, deux Jean sont signalés comme premiers inventeurs de la gravure des caractères d'imprimerie, ce qui semblerait désigner Jean Gutenberg et Jean Faust, tous deux de Mayence ? Dans cette même pièce de vers il est dit que Pierre (Scbœffer) vint s'adjoindre à eux; mais que bien qu'il fût venu le dernier, il dépassa ses deux devanciers; ce qui semble être une allusion au passage de l'Évangile de saint Jean, cb. xx , v. 3-8, où il est dit que saint Pierre, bien que saint Jean l'eût précédé , entra cependant le premier dans le sépulcre du Christ. Voici le passage; il suffit pour juger du style :
Hos dédit (2) esimios sculpendi I» arte maestros,
Cui placet en maclos (3) arte saglre (4) viros, Quos genult ambos urbs Moguntina Joannes
Librorum Insignes protocharagmaticos (8).
Ciun quibus optatum Petrus venit ad polyandrum (g),
Cursu posterlor, Introenndo prior; Quippe quibus prrestat sculpendi lege sagltos :
A solo dante lumen et ingenium Natlo quseque suum poterit reperlre caragma (7)
Secum : nempe stilo preminet omnlgeno.
Ce qui veut dire probablement que Pierre Scbœffer pénétra au fond le plus caché de la typographie par son habileté à graver les caractères, et surtout à les fondre.
Ses impressions avec Jean Faust.
Nous indiquerons sommairement les principaux ouvragessortisde l'imprimerie de Jean Faust et de Pierre Scbœffer.
(0 A nemine intellecta haclenus verba poetastri, dit Meerman. Tant il semble que chacun ait pris à tache d'obscurcir cette question ténébreuse.
Ces vers, qui font partie d'une sorte de poSme, donnent une triste idée du goût et de la latinité du correcteur d'épreuves de Schœffer, maître Franciscus, qui en est l'auteur ou le collaborateur, autant que son latin barbare et presque Inintelligible permet de le supposer.
(2) Dens sous-entendzi.
(s) Mactos pour magis auctos. Voy. Festus. Mactare est employé par Plante dans le sens d'augere.
(4) Sagire et sagitos, pour saginare, saginatos.
(s) De ^âpayfxa, mot grec employé quelquefois pour character.
(«) Ducange, au mot polyandrum , nous apprend qu'au moyen âge ce mot était souvent employé dans le sens de sepulchrum, monumentum. C'est une allusion à l'hymne O fllii et fiUœ.
Sed Johannes apostolus Cucurrit Petro citius , Ad monumenlum venit prius Alléluia.
|7) Ainsi toute nation pourra Imprimer avec le caractère d'écriture de sa langue, l'hébreu, le grec, etc.
Le premier et le plu» remarquable est le ce lèbre Psautier de Mayence, dont nous avon* déjà parlé. Il semble que SchulTer, voyant que le mystérieux silence gardé juvpie alors pour la publication de la Bible et de quelque autres ouvrages ne pouvait plus se prolonger, voulut'que le premier livre avoué publiquement par l'imprimerie démontrât la supériorité de la typographie sur la calligraphie. Dans ce but il multiplia le jeu des couleurs imprimées et des rentrées en rouge , en bleu et en noir, et surmonta des difficulté» qui sont encore un sujet d'étonnement.
Fier de ce chef-d'œuvre , il semble que dans la souscription imprimée en encre rouge au dernier feuillet, l'imprimeur porte défi a l'écriture en proclamant la beauté des lettres initiales, le luxe des dessins en couleur et l'art ingénieux d'imprimer au moyen de caractères sans recourir au moindre trait de plume; enfin, c'est en rendant gloire à Dieu d'une aussi merveilleuse industrie , qu'il annonce l'achèvement de cette œuvre par les soins de Jean Faust de Mayence et de Pierre Schœffer de Gernszeim, la veille de l'Assomption de l'année 1457 (I).
Mais en proclamant ainsi ses litres réels à la reconnaissance de la postérité, Schœffer, par l'oubli affecté du nom de Gutenberg, les entache d'ingratitude; il eu tété plus glorieux pour lui de rendre hautement justice à son prédécesseur.
En voyant dans cette souscription le mot spalmorum au lieu de psalmorum, (ont imprimeur devra se consoler lorsque dans le grand nombre d'impressions exécutées de nos jours avec tant de célérité il découvrira quelqu'une de ces erreurs et transpositions de lettres qui blessent encore plus l'œil typographique qu'une note fausse blesse une oreille musicale. Ajoutons aussi pour notre consolation qu'on rencontre une pareille erreur dans ia très-courte préface que Robert Eslienne a placée en tête de sa belle édition du Aoîiveau Testament grec, 1549, in-18, où le mot pulres au lieu de plures est la marque qui distingue la bonne édition (2).
En 1459 parut une nouvelle édition du Psautier de Mayence, imprimée avec les
(i) Presens Spalmorum Codex, venustate capltallum decoratus rubricationibusque sufliclenter distille tus, adlnventione artifleiosa impriment!! ac charneteri • zandl , absque calaml alla e.xaratlone sic efflglatus, et ad eusebiam Del, industrie est consommatus, pet Johannem Faust, civem moguntlnum, et Petrum Schœffer de Gernszeym , anno Domlni millesimo CCCCLV1I, in vigilia Assumptionis.
(2) Ce qui rappelle cette éplgramme piquante do Pons de Verdun :
C'est elle! Dieu que je suis aise!
Oui , c'est la bonne édition.
Les voilà . pages neuf et seize , Les deux fautes d'impression Qui ne sont pas dans la mauvaise.
019 ÏYPOG
mêmes caractères ; mais la composition est
nouvelle , les pages ont plus de lignes et elles sont plus longes. Aussi cette édition forme' cent soixante -quinze feuillets, tandis que l'autre édition n'en a que cent soixantetrois (I).
La faute spalmorum au lieu de psalmorum y est corrigée , et le titre de clerc (clericus ) est ajouté au nom de Pierre de Gernszeim (2).
La même année parut le Durandi Ealionule, bel in-f° de cent soixante-deux feuillets; on y voit cinq lettres initiales ornées qui ont servi au Psautier, et qui sont également imprimées en rouge et en bleu. Dans quelques exemplaires ces capitales ne sont point imprimées ; elles ont été laissées en blanc pour être ensuite peintes à la main (3). Les caractères sont petits, et de forme demi-gothique. Les titres des livres et chapitres sont imprimés en rouge , ainsi que la souscription , qui est la môme que celle du Psautier de Mayence.
C'est le premier livre avec date qui soit imprimé en caractères fondus régulièrement (4).
En 1460, tandis que l'imprimerie de Gutenberg faisait paraître le Calholicon et la Bible de trente-six lignes (5), celle de Faust et Schœffer publiait les Consliluliones Çle-
(i) l'icrre Schœffer en a donné encore deux autres éditions, en Mao et en tiioa. Dès la troisième édition les caractères sont très-fatigués; ce qui prouve qu'Us étaient en plomb, en étain, et que la matière n'avait pas obtenu la résistance nécessaire qu'elle acquit plus tard en alliant divers métaux. S'ils avaient été en bois, ils n'auraient pas été aussi vite usés.
(2) Ville sur les bords du Rhin.
(s) Ces différences existent sur deux exemplaires de notre Bibliothèque Nationale, qui en possède un troisième, imprimé sans la souscription. Sur 43 éditions de cet ouvrage que Main a décrites dans son Manuel dix ne portent aucun nom de ville ni U'iuipiimeur et sont sans date.
(4) Au dernier feuillet de l'exemplaire sur vélin de la Bibliothèque Nationale est cette note manuscrite : consislit ducatis decemocto, emptus anno 1461.
(s) C'est à celte année 1400 que l'on assigne l'apparition de la Bible sans date . que dans ces derniers temps quelques bibliographies ont cru pouvoir attribuer a l'fister.
Cette Bible commence ainsi :
[FI r;'"'r aVi
L*- I brosius mielil lua miinuseula perferens de- K lie est imprimée à deux colonnes, contenant trentesix lignes chaque ; l'ensemble forme huit cent quatre-vingt-un feuillets (4is pour le t. I et 4:.i; pour le t. Il ). C'est la Bible attribuée Jusqu'à ces derniers temps a Gutcnberg.
On a prétendu qu'il y avait eu deux éditions de cette Bible, et que la seconde fut Imprimée ligne pour ligne, et avec les mêmes caractères, mais plus uses, .le n'en crois rien; mais j'espère pouvoir un Jour consacrer le temps nécessaire a ces questions; toutefois, Je le répète, elles ne peuvent èlre résolues qu'en ayant les monuments mêmes sous les yeux et en les comparant simultanément.
Une autre Bible , également sans date , commence ainsi :
ren n,tT Ambrosiua tua
L J rës, pic.
tille est en caractères gothiques, que l'on croit être
RAPHIE
mentis V papœ. Les caractères des gloses sont les mêmes que ceux du nationale Durandi , mais ceux du texte sont plus grands et sont identiques à ceux de la Bible de 14G2, imprimée par P. Schœffer, en caractères semigothiques. La souscription des Consliluliones est semblable à celle du Psautier et du Durandi nationale, moins les mots venuslale capitalium decoratus ; en effet les capitales ornées qui figurent dans le Psautier et le Durandi nationale ne reparaissent plus dans les autres impressions de Schœffer. Peut-être le métal des matrices et des lettres clichées s'étail-il oxydé , ainsi que cela nous est arrivé pour les matrices en plomb de lettres lieu ronnées, gravées en bois (I).
En 14C2 parut la Bible Latine en deux vol. in-f°, avec la même souscription que celle des Consliluliones démentis V, excepté que le nom de Pierre Schœffer figure seul (2) . Quoique tous les exemplaires portent la date de 1 462, on remarque des différences dans la souscription. Quelques exemplaires n'ont point la phrase : Artificiosa adinventione imprimendi seu caracterizandi , absque calamï exaralione, sic effigiatus. On signale encore les mots Diolesis et Virgims pour Diocesis et Virginis que portent d'autres exemplaires. Ailleurs le mot opusculum est remplacé par opus (3). Pourquoi ces différences? Maitlaire, Annales Typ., t. I, p. 272, le père Lelong , Bibliothèque Hist., p. 575 , Panzer, Annal. Typ., t. II, p. 114, et beaucoup d'autres ont signalé ces variations sans pouvoir en deviner le motif. Le seul, à mon avis, qu'on puisse admettre, c'est que déjà s'était développé chez les bibliophiles du temps le goût des curiosités et raretés, et que l'imprimeur aura voulu,
ceux de Mentelln. Elle a quarante-neuf lignes par colonne dans les pages entières, et forme quatre cent vingt-sept feuillets.
Il serait inutile de s'étendre davantage sur ce sujet. Il existe encore cinq autres éditions de la Bible in f*, sans date, à la Bibliothèque Nationale.
(t) M. Née de la Rochelle, dans son Éloge historique de Cutenberg, rapporte l'opinion de Maurobonl, qui pense que l'abandon des lettres fleuronnées, des capitales en couleur, et même des rubriques exécutées par l'impression, lut motivé par les plaintes des anciens clercs et écrivains publics, enlumineurs, rubricateurs et décorateurs de manuscrits, qui se trouvaient privés de tout travail par ces Inventions nouvelles.
<2) Le tome Ier a deux cent quarante-deux feuillets, le tome 11 deux cent trente-neuf, en tout quatre cent quatre-vingt-un ; les colonnes ont quarantehuit lignes. Les caractères, demi gothiques, sont trèsbien gravés et fondus. Les titres et sommaires sont Imprimes en rouge. Les lettres initiales des livres et chapitres ne sont pas imprimées, afin de pouvoir être peintes à la main.
(3) Sur quatre exemplaires que possède la bibliothèque du British Muséum J'ai vériliéque trois portent la
phrase opusculum artificiosa. rnoguntina
mais que le troisième porte artiflcôsa et maguntina. et qu'au quatrième exemplaire la phrase entière 0»"tifleiosa efflgiatum manque. Le mot vira; est remplace par virgims.
G21 TYPOGRAPHIE
pour faire d'autant plus rechercher ses éditions par les amateurs, pouvoir aflirmer à chacun d'eux qu'il posséderait un exemplaire différent de celui d'un autre amateur. Ces changements ont dû entraîner une grande perte de temps; mais il ne faut pas croire qu'à celle époque on niellait autant de prix au temps qu'on le fait aujourd'hui.
Pendant les années 1403 et 1464 aucun ouvrage ne sortit des presses de Faust et Schœf* 1er. Alors eut lieu l'émigration en Italie de Conrad S weynheim, d'Arnold Pannarlz etd'Ulrich Han, dit Gallus, qui quittèrent l'imprimerie de Faust et de Schœffer, pour aller s'établir, les deux premiers au couvent de Subiaco et l'autre à Rome. C'est vers la même époque qu'apparaît le Français Nicolas Jenson, habile graveur, envoyé par Louis XI pour s'instruire dans l'art de l'imprimerie (I).
En 1465 parut l'infol. intitulé Sextijs Dëchetalium Liber. Quoiqu'il n'y ait en qu'une seule édition , la souscription diffère dans quelques exemplaires. Les uns portent le texte ordinaire : Presens opus non atramento , plumali canna, etc., industrie est consûmmatvmper JohannemFust, civem Moguntimtm, et Petrum Schœffer de Gernszheim.
A d'autres on a ajouté cette pbrase, prise du C'alholicon de 1460 : Aima in urbe Moguniina, inclyte nacionis germanice, quant Del clemerdia tam alli ingenii lumine donoque gratuito ceteris terrarum nacionibus preferre illuslrareque dignalus est. Pbrase que Schœffer n'a jamais reproduite.
Faust seul.
Celte même année, sous le nom seul de Faust, ainsi que l'indique la souscription , parut la première édition des Offices de Cicéron, format in-quarto, avec le môme caractère que celui du Rationale. Voici cette souscription : Presens Marci Tullii clarissimum opus Johannes Fusl, Moguntinus civis, non atramento, plumalicanna neque œrea, sedarte quaclam perpulcra, Pétri manie, pueri mei, féliciter effeci , finitum , anno 1465.
De tous les écrivains de l'antiquité païenne Cicéron est le premier qui eut les honneurs de l'impression, et le débit du Traité de Officïis
(i) Sur un ancien manuscrit des Monnaies de France depuis Philippe- Auguste jusqu'à Louis XI on lit cette note marginale à côté de l'empreinte des premières monnaies de ce roi : ce Ayant su qu'il y « avoit à Mayence gens adroits à la taille des poin- « çons et caractères au moyen desquels se ponvoient « multiplier par l'impression les plus rares manus- « crits, le roi, curieux de toutes telles choses et au- <i très, manda aux généraux de ses monnoies y dé- « pescher personnes entendues à la dite taille, pour « s'informer secrètement de l'art et enlever subtile- « ment l'invention ; et y fut envoyé Nicolas Jenson, « garçon sage, et l'un des bons graveurs de la mon- « noie de Paris. » Voy. De Bozc , Mcm. de VAcad. des Insc. et Belles- Lettres, t. XIV, p. îôg.
fut si rapide, que |,; i lévrier de i MU
vante Panel le réimprima (i).
Un précieux exemplaire de cette édition de i4r,o existe a Genève, avec cette note ma< nnscrite, dont voici la traduction : •• Ce lifre « m'appartient a moi Louis delà Vernade, of- « licier et chancelier de monseigneur le duc « de Bourbon etd'Auvergne, président du psi • « leinent de Languedoc ; il m'a été donne « Jean Faust susdit, a l'aiis, au mois de juillet « 1460, lorsque je m'y trouvai pour la réforma/
« Mon générale du royaume de France '/. >■
On a remarqué des différences dan-, quelques exemplaires; aux uns les écussons son! en rouge, d'autres n'en ont point. Les caractères grecs qui y paraissent pour la première fois sont grossièrement exécutés.
Son procès en sorcellerie.
On ne saurait admettre l'existence de > e procès intenté, dit-on, à Faust et dont le parlement de Paris l'aurait déchargé. Maittaire, Cbevillier, le père Lelong el beaucoup d'autres ont rejeté cette assertion, fondée sur ce que tous les exemplaires de la Bible que Faust avait apportés étaient tellement conformes entre eux, qu'ils semblaient produits par des moyens surnaturels.
Gabriel Naudé n'admet pas non plus cette opinion. Seulement, et d'accord en cela avec Besoldus, dans sa dissertation de Tgpographia , avec Hoffman, dans son Leoeic&n Historicum, avec Struve, André Rivinus, La Caille, Pater et avec l'abbé Mercier, il dit qu'une action en survente fut intentée à Faust, comme ayant vendu à des prix trop élevés, et pour manuscrits, des livres qui étaient le résultat d'une impression (3).
Le plus ancien document qui paraisse indiquer que Faust ait éprouvé des contrariétés en pays étrangers se trouve dans YOra'io Germanix ad Peum 0. M. et principes pro Libertale Germanix , qui porte la date de 1519 (4). C'est unfactum contre la France, où
(i) Panzer donne le titre de près de Irois cents éditions d'ouvrages de Cicéron imprimés en Europe jusqu'à la lin du siècle de l'invention de l'Imprimerie, c'est-à-dire en quarante années ; tant le nom el le talent de Cicéron conservaient encore de pouvoir!
(2) « Hic liber pertinet michi Ludovico de la Vernade, militi, cancellario domini mei ducis Forbonii et Alvernic , ac praesidenti parlamenti lin?ue Oecilanie, queni dédit michi Jo. Fust supradictus. Parisiis, in niense Julii, anno Domini McXCCLXYl. Me lune existente Parisiis pro generali reformalione totins Francorum regni.f fndicto Typograph., p. ei, Strasb. 17G0. — M. Bernard, qui s'occupe d'un granil et consciencieux travail sur les premiers monuments typographiques, m'a dit avoir vu cet exemplaire à Genève.
(s) V oij. pour plus de détails Hist. de l'Imp., par P. Marchand, et le supplément par l'abbé Mercier. yoy. aussi les Monument a Typographica de Wolf.
(4) Klle se trouve dans la Collection des écrits publiés au décès de l'empereur Maximilien I. A'.r offleina Sigism, Grim, Medici , et Marci If'irsunçi, an. mis, in-4°.
6e trouve ce passage ; « Car ils ont agi tyranniquement à l'égard de mon premier typographe, qui était allé vendre des livres dans leur pays, où on lui retint de force ce qui lui éfait dû (1). »
Voici le récit de Walkius (2) :
« J'ai entendu dire à Henri Schore, Belge, prévôt de Suburge, qu'avant même que la typographie, cet art nouveau dont je viens de vous parler, n'eût transpiré au dehors, et qu'on en faisait encore un mystère, un certain Faust, qui à Mayence travaillait assidûment à cette nouvelle découverte, possédant quelques volumes de la Bible imprimée par lui, se rendit à Paris avec ses exemplaires, afin de chercher à tirer profit de ce nouveau produit. Et tandis que précédemment le prix d'un seul exemplaire de la Bible, tout en parchemin, qu'un scribe laborieux et diligent ne pouvait parvenir à copier qu'après un long espace de temps, s'élevait jusqu'à quatre ou cinq cents couronnes, Faust vendit ses exemplaires au prix, bien inférieur, de soixante couronnes (3).
« Ce fut d'abord pour les acheteurs un grand sujet d'étonnemenl que la parfaite ressemblance des exemplaires entre eux, ressemblance qui était telle que dans un nombre si immense de lettres, dans une suite si étendue de textes, enfin dans la distribution même des mots, il ne se trouvait pas un seul i, pas même un seul trait, qui ne fussent exactement pareils à ceux des autres exemplaires. Toutes les pages, au contraire, tous les passages concordaient entre eux avec la plus parfaite régularité. Personne ne pouvait comprendre la cause d'une si étonnante ressemblance. Or, commeles acheteurs hésitaient, et que la vente traînait en longueur, Faust céda quelques-uns de ses exemplaires au prix de cinquante couronnes ;... enfin il en baissa le prix jusqu'à quarante couronnes et même moins. Mais plus tard ceux qui avaient acheté celte Bible les premiers, ayant appris que d'autres après eux avaient obtenu de Faust le même ouvrage pour un prix bien inférieur et même presque pour rien , informés en outre de la découverte d'un nouveau et admirable procédé pour reproduire à l'infini les caractères écrits jusque alors, accusèrent Faust de les avoir trompés. Ils lui reportèrent donc l'ouvrage et réclamèrent leur argent, prétendant qu'il leur avait fait payer deux fois, trois (ois et même quatre fois la valeur véritable de son livre. Pour ravoir
(i) Nam in primmn meum clialcographum , qui 11bros in eorinn terris vendidit, pretio apud se vi detento, tyrannidem exercuerunt. Wolf ajoute ces mots: hœc verba ad Jo. Faustum, Parisiis Biblia latina vendcntein, spectant.
(2) Dans la Decad. Fabul. Gêner. Hum., fab. IX, p. iai, Strasbourg, igod, tn-4°.
(ï) Les Journalistes de Trévoux, octob. 1712, p. i75i, évaluent les couronnes de ce temps-la à 1 fr. s sous de France
leur argent ils employèrent tous les moyens, et ne laissèrent ni trêve ni repos au malheureux artisan. Revenu de Paris à Mayence, Faust n'y fut même pas à l'abri de leurs réclamations, et se vit contraint pour leur échapper de quitter Mayence et de se sauver à Strasbourg (1). »
Strasbourg ni Mayence ne fournissent aucun renseignement sur ce retour de Faust. Un acte de la paroisse de Faust ( Saint-Quentin près de Mayence) de l'année 14671e déclare décédé (seligen), et pourvoit à son remplacement comme juré (2). A dater de 1467 le nom de Faust ne paraît plus sur aucune des éditions que publie P. Schœffer.
C'est eu 1466 que la pesle fit périr à Paris quarante mille personnes. On croit que Faust fut du nombre des victimes.
Au Nécrologe de l'abbaye de Saint- Victor, à la date du 3 novembre 1471, on lisait: «Anniversaire des honorables Pierre Schœffer, Conrad Henlif et Jean Fust, citoyens de Mayence, imprimeurs en livres, et de leurs épouses, fils, parents , amis et bienfaiteurs. Lesquels Pierre et Conrad nous ont donné les Épitres de saint Jérôme, imprimés sur parchemin pour la somme de douze écus d'or, que lesdits imprimeurs ont reçus des mains de dom Jean, abbé de cette église. »
Il paraît résulter de cette note qu'à la mort de Faust, Conrad Henlif devint associé de Pierre Schœffer, mais sans que son nom figurât aux impressions, puisqu'elles ne portent que celui seul de Pierre Schœffer.
(1) Un fragment d'une lettre de Charles Elysius adressée à Edw. Tyson, qui se trouve dans les Transactions Anglaises, année 1703, mois de juillet, n°286, p. 1416, répète à peu près les mêmes faits. Elysius ajoute qu'à cette époque bien des livres imprimés ont été vendus pour manuscrits, et qu'en effet il a vu des livres sans date qui lui ont semblé bien plus anciens que ceux qu'il a vus datés.
Dans la dissertation sur les premiers inventeurs de l'art typographique on trouve ces autres détails : « Faust ayant apporté à Paris des exemplaires de ces Bibles, dont plusieurs, imprimés sur vélin, étaient ornés de lettres et vignettes, les vendit comme manuscrits à un prix excessif. Mais les acheteurs, frappés du grand nombre et de la similitude des exemplaires, l'accusèrent de magie. Traduit pour ce fait en Justice, il dut s'enfuira Mayence. Sur ce, le parlement de Paris rendit un arrêt qui débouta Jean Faust de toute accusation et action Intentées contre lui sur le fait de la vente des Bibles, attendu qu'ils étaient le produit d'une nouvelle invention, inconnue encore à Paris. »
J'espère beaucoup du zèle de MM. les élèves de l'école des Chartes pour nous découvrir quelque document sur le séjour de Faust à Paris et sur l'action en survente qui lui fut Intentée. Nous leur devons tout récemment la connaissance d'une quittance de la main de Pierre Schœffer, signée par lui à Paris, à la date du 20 juillet 1468, pourun exemplaire de son édition de la Secunda Secundœ de saintThomas d'Acquio, imprimée à Mayence le 6 mars i«7, et vendue par lui au prix énorme de quinze écus d'or aux pensionnaires du collège fondé à Paris en 1370 par le cardinal Bertrand, évéque d'.Yutun. (Bibliothèque de l'École des Chartes , t. 1 , 5e série , p es. )
(-2) f/'urdtwcin, Bibïioth. Jlogunlina, 1707, p. 212.
C'ir,
Pierre Schoefit.k seul.
Les principaux ouvrages imprimés par Pierre Schœffer seul sont :
En ( 467, la Secundo, Secundx de saint Thomas, in-folio. On croit que la Prima Pars S. 77wmee sans date, à deux colonnes, est plus ancienne. Celle même année il imprima une nouvelle édition des Constitutions du pape Clément V, in-folio.
En 1463, les Institutions de Justinien, dont nous avons parlé plus haut.
En 1469, le Quatriscriplum de saint Thomas, et les Épilres de saint Jérôme; deux volumes in-folio, édition postérieure à celle de Rome de 1468.
En 1470, un dictionnaire des termes de la Bible, portant le nom de Mammotractus, c'està-dire le lait extrait des mamelles , et la seconde édition du Sexlus Decretalium.
En 1471, Valère-Maxime. La troisième édition des Constitutions du pape Clément V. La Prima Secundœ de saint Thomas.
En 1472, la Bible en deux volumes : grand in-folio, réimpression, page pour page, ligne pour ligne et avec les mômes caractères employés dans l'édition de 1462. On y a corrigé la faute qui existait aux précédentes éditions et mis naribus au lieu deauribus, Isaje, XXXVII, 29 (1). — Une nouvelle édition du Catholicon et des Institutions de Justinien. — Le Decretum Graliani , grand in-folio.
Nous bornerons ici la liste des éditions données par Pierre Schœffer.
En 1475 une ordonnance du 21 avril, signée de Louis XI, autorise la restitution à Conrad Hennequis et Pierre Schœffer, marchands bourgeois de Mayence, de la somme de 2,425 écus et 3 sols tournois provenant de la saisie faite par droit d'aubaine sur les livres Irouvés en la possession de Herman de Statteren ou Stathoen de Munster, mort à Paris. Dans celte ordonnance il est exposé :
« Qu'ils ont occupé grant partie de leur temps « à l'industrie, artetusaige de l'impression d'es- « crilure, de laquelle, parleur cure et diligence, « ilz ont fait faire plusieurs baulx livres singu- « liers et exquiz , tant id'histoires que de diverses « sciences dont ilz ont envoyé en plusieurs et « divers lieux, et mesmement en nostre ville et « cité de Paris, tant à cause de la notable uni- « versité qui y est, que aussi pource que c'est « la ville capitale de notre royaume, et ont com- « mis plusieurs gens pour iceux livres vendre « et distribuer, et entre autres à un nommé « Herman de Stathoen (2) , etc. , et est icelui « Stathoen allé de vie à trépas en nostre dite « ville de Paris. Et pource que, par la loi gé- « neràle de noslre royaume, toutes fois que aulo cun estrangier et non natif d'icelui notre
(0 Ponam ergo clrculum In naribus tuis.
(2) On trouve ailleurs écrit Hcrmano de Strallcn.
« royaume, va ne vie a trépasseroent , sans « lettre de naturalilé et habilitation et nill—IIMIi « de nous de lester, tooi lee Mens qu'il ■ an « notre dit royaume, a l'eure de -on ta « nous compétent et appartiennent p,-,r droit
« d'anbainage, et que le dit Stathoen estott de
« la qualilé des sus dits et n'avoit MfletUM lettre « de naturalilé ne puissance de tester, BOStra « procureur ou aultres nos officiers on eoBUBii « saires firent prendre, saisir et arrêter tous li- « vres et aultres biens qu'il'avoit en ce lieu , et « depuis et avant que personne se soit venu « comparoir pour les demander, iceux livres « et biens la plupart-ont été vendus et ftdenfr- « rez , et les deniers qui en sont venus dislri- « buez , etc. ; attendu que Conrad Hannequis et « Pierre Schœffer ont fait remonslrer que, com- « bien que les dilz livres fussent en possession « du dit Stathoen à l'eure de son dit trespas , « toutesfois il ne luy appartenoientpas, mais vé- « ritablement compectoient et appartenoient « aus ditz exposans, etc. , pourquoy nous, les « choses des sus ditz considérées, et mesmement « pour considération de ce que le très haut et « 1res puissant prince nostre très chier et très « amé frère, cousin et allié le roi des Romains « nous a escript de cette matière, aussi que les ditz o Hannequis et Schef fer sont subjecls et des pays « de nostre très chier et très amé cousin l'arec cevesque de Mayence , qui est nostre parens, « amy confédéré et allié, qui pareillement sur ce « nous a escrit et requis , etc. , ayant aussi con- « sidération à la peine et labeur que les ditz ex- « posans ont prins pour le dit art et industrie « de impression, et au proulitet utilité qui en « vient et peut en venir à toute la chose pu- « blique, tant pour l'augmentation de la science « qu'aultrement, etc., nous sommes libérale- « ment condescendu de faire restituer aus ditz « Conrad Hennequis et Pierre Scheffer la dite t somme de 2,425 escus et 3 sols tournois. »
Cet acte de libéralité de la part de Louis XI est d'autant plus remarquable que le procès intenté contre Faust pour avoir vendu des Bibles imprimées comme étant des manuscrits était encore en instance en 1470.
Pierre Schœffer mourut en 1502. Son fils Jean lui succéda de 1503 à 1533.
Jean Schoeffek.
Un des premiers livres qu'il publia fut la traduction allemande deTite-Live; Mayence, 1505. C'est là que se trouve la dédicace à l'empereur Maximilien où Jean Schœffer mentionne Gutenberg comme l'inventeur de l'imprimerie.
Les livres qu'il imprima furent pour la plupart destinés à la religion. Cependant il donna aussi une édition latine de Tite-Live; la collection des Inscriptions romaines dont Conrad Peutinger est l'éditeur; la traduction latine d'Appien, 1529, où il déclare dans la souscription, ainsi qu'il l'avait fait dès 1521 dans l'édition de saint Prosper, que c'est son aïeul qui inventa le premier la chalcographie à Mayeuce.