‹ Essai sur la typographieChapitre 42 sur 44 · NOTIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRATIQUES

Les détails dans lesquels nous sommes pré cenemment entré nous permettent dabrégei la partie technique, qui tend cliaqne jour a se modifier, surtout pour ce qui concerne les ■presses, dont les divers systèmes ont tellement changé de forme, qu'il n'y a plus une sculi! pièce dans les machines nouvelles qui ait la moindre analogie avec la presse de Gulanberg, cet antique pressoir destiné aux vendanges.

Les machines pour composer les lettres, qui devaient remplacer la main de l'ouvrier, n'ont eu jusqu'à présent aucun succès, malgré tout ce que les systèmes nouveaux offraient d'ingénieux. Je crois que la composition ne sera jamais exécutée avantageusement par la mécanique; quant à la distribution mécanique, les ouvriers la regardent comme impossible.

Lorsqu'une fonte de caractères est livrée parle fondeur à l'imprimeur, celui-ci doit :

1° S'assurer, en rompant les lettres et en examinant le grain de la matière, si le métal est convenablement dur; trop mou, il s'écraserait sous la presse , et bientôt les lettres seraient hors de service; trop aigre, les déliés des lettres se briseraient. Une bonne proportion pour l'alliage des caractères est de 30 de régule d'antimoine et de 70 parties de plomb. Mon père y ajoutait 5 pour 100 de cuivre et •i'étain, ce qui augmentait beaucoup la durée des caractères. Maintenant on ajoute du ferblanc allié à I'étain , pour donner aux caractères, surtout à ceux qui sont destinés à l'impression des journaux, une dureté qui en triple et quadruple la durée.

Cet usage d'introduire le fer et le cuivre dans la matière destinée à la fonte des caractères était anciennement pratiqué; il en est question dans le poème de Claude-Louis Thiboust sur la Typographie, publié en 1754, et dans le Manuel Typographique de Fournier, t. 1, p. 109.

2° Examiner avec soin, à l'aide du typomètre, si les lettres sont d'une parfaite hauteur. Les lettres trop basses ou trop hautes annoncent une négligence blâmable du chef d'une fonderie de caractères, car l'impression en éprouve un grand préjudice, puisque pour peu qu'une lettre soit plus basse que les autres , elle ne marque point ou marque mal à l'im-

pression, el trop liante ell« marque trop ri empêche la lettre voisine de droite . [dégauchi de s'imprimer convenablement.

3U S'assurer si la proportion (tel COrfj 6 ' espaces est dans des rapporta i.mv. n.1,1. avec la lettre; ordinairement les cadrai dratins et espaces doivent Être dan» la proportion de 20 pour îoo.

4° Examiner si le nombre dea lettre dans un juste rapport entre elles, el conforme

à la nature des ouvrages auxquels la fonte est destinée (I). Si c'est à des ouvrages en latin, les lettres m, n, m, doivent prédominer; si c'est de l'italien, ce seront les a, les i, leso. Pour l'anglais, le nombre des k, t, h, v différera considérablement de ce qu'il en faudrait pour la langue française , où l'e domine, surtout dans les vers.

5° N'employer que d'habiles compositeurs, pour éviter les corrections résultant soit de leur incapacité sous le rapport littéraire ou typographique, soit de leur manque d'attention. Rien n'endommage plus Yœil de la lettre que les corrections, surtout lorsqu'elles sont exécutées par des ouvriers qui se servent maladroitement de la pointe pour enlever les letlres de la forme , car il arrive souvent qu'ils gâtent l'œil de la lettre voisine, parce que la pointe leur échappe ou qu'ils l'appuient sur la lettre qui est à côté. Aussi mon aïeul ne permettait-il point qu'on se servit de pointe dans ses ateliers de composition; l'ouvrier devait soulever la ligne avec ses doigts, puis retirer la lettre, en un mot exécuter la correction sans le secours de la pointe. Qu'eût-il dit s'il avait vu s'introduire l'usage des pinces, bien plus désastreux encore que celui des pointes, usage qui devrait être interdit dans toute imprimerie!

6° Ne se servir que de papiers bien fabriqués et exempts de graviers. J'ai vu souvent des fontes de caractères promptement mises hors de service par l'effet du sable, des graviers et ordures que contenaient des papiers fabriqués dans des papeteries dépourvues de sabliers et d'épurateurs.

(i) A cet effet il convient de mettre en casses la fonte tout entière et de la composer, afin de connaître par ce qui restera au bardeau quelles sont les sortes surabondantes, que l'on doit rendre an fondeur, et quelles sont celtes qui manquent, afin qu'au moyen d'un assortiment les sortes qui se trouvent au bardeau soient égalisées.

Il serait inutile de décrire les anciennes presses et même les presses modernes, toutes en foule, et dont les nombreuses transformations ont élé une cause de ruine pour les imprimeurs. Les unes ont pour principe la vis ( la presse Slanhope) , les autres le levier (la presse Clymer), d'autres encore le plan incliné, soit en dessus, soit en dessous (la presse Frapié). Ces diverses combinaisons se modilient à l'infini; aux unes le levier est brisé, articulé et prend une forme pareille à celle du genou ; il y en a où le contrepoids et le levier qui servent à relever la platine sont heureusement remplacés par la réaction d'un ressortà boudin: telle est la presse dite Albion, que M. Giroudot a imitée dans la presse qu'il a appelée Gutenbergeoi.se ; d'autres, plus compliquées, encrent à la fois les formes par des rouleaux que fait mouvoir l'ouvrier même qui donne la pression : telle est la presse Hopkinson, ou celle de M. Terzuolo; d'autres enfin , comme la presse de M. Frapié, où ce n'est plus la platine qui descend, mais bien le marbre qui pour donner la pression est soulevé contre la platine, devenue immobile, etc., etc.

Les presses mécaniques, soit à cylindre, avec ou sans réaction, soit à platine, varient à l'infini, et sont généralement connues du nom du mécanicien qui lésa construites. Ce sont en France :MM. Giroudot, Gavaux, Tbonellier, Tissier, Rousselet , Sel.ligue, Dularlre et Lenormant. Ils ont apporté à leurs presses des perfectionnements qui, surtout dans celles de MM. Dutartre et Lenormant, ont été remarqués aux dernières Expositions de l'industrie française.

La belle découverte des machines à imprimer a délivré l'impression de tout ce que celte partie mécanique de la profession avait autrefois de pénible ou de repoussant: 1° la fatigue des bras pour tirer le barreau de la presse, distribuer l'encre sur les tampons, et toucher les formes pour encrer les caractères ; 2° le dégoût de la préparation et de la manutention des tampons ou balles en laine recouvertes de peau de chien, qui ne donnaient une impression parfaite que lorsque cette peau approchait de l'état de putréfaction (1). L'antique usage de ces balles a été heureusement, et au grand soulagement des ouvriers, remplacé par les rouleaux, composés de colle, ou gélatine, et de la mélasse, dont la proportion varie selon les différents degrés de la température atmosphérique, ce qui nécessite souvent dans la même journée le changement de ces rouleaux.

(i) Souvent on les faisait macérer dans de l'urine. La peau de chien, préférable à la peau de mouton, était employée seulement podr des impressions inférieures.

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