Ami du mensonge f
» la charge, ma monture ne me jette par terre; auquel cas je » serais écrasé au milieu du désordre sous les pieds de cette » multitude de chevaux. Ou bien encore il pourrait se faire que » mon cheval trop fougueux ne prit le mors aux dents et ne » m'emportât au milieu des ennemis. Il faudrait donc m'atta- » cher à ma selle, pour que je fusse bien sûr de ne pas tomber » et qu'il me fût possible de tenir les rênes. »
Et comme Samippe, pour répondre à ces plaisantes réclamations, donne à Lycinos^le commandement de l'aile droite en échange de celui de la cavalerie et veut l'entraîner avec lui à la conquête de l'Asie , Lycinos proteste de nouveau :
(( Non, ô mon roi, non ; ce que je te demande, c'est de me )) nommer satrape de la Grèce, et de m'y laisser. J'ai peu de » courage, et il me serait très-pénible de m'en aller si loin de »chez moi. Tu m'as tout l'air de t'apprêtera marcher contre » les Arméniens et les Parthes. Ce sont des peuples trop belli- » queux et de trop bons archers. J'aime mieux que tu confies » l'aile droite à quelque autre, et que tu me laisses en Grèce » comme Alexandre laissa Antipater. Car il pourrait arriver que » quelque ennemi ne me perçât d'une flèche (ô malheur I ) dans » les environs de Suse ou de Bactres, tandis que je conduirais » ma phalange ^ . »
Ce qui rend cette ironie particulièrement intéressante chez Lycinos, c'est qu'elle n'est que l'expression enjouée d'un bon sens très-solide et d'une modération de sentiments qui lui est naturelle. Sous ces railleries si légères et si gaies, il y a un caractère ; c'est celui d'un homme content de son sort, qui repousse de parti pris les vains désirs et qui perce à jour toutes les illusions , sans rien perdre dans ce rôle de son esprit ni de sa gaieté. Ce n'est pas que la gravité lui fasse défaut, quand elle est opportune. Il en use rarement, parce qu'il n'est pas dans sa nature de prendre les choses trop au sérieux. Mais lorsqu'il le fait, son ironie devient tout à coup pleine de