‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 123 sur 140 · Hésiode, Théogonie · texte numérisé non relu

Hésiode, Théogonie

semble avoir sappléé à son silence. Personnification dn blâme , Momos devint de bonne heure le mécontent de TOlympe, toujours prêt à critiquer et trouvant à redire partout. On disait communément pour louer une chose: «r Momos même n'y trouverait rien à blâmer * . » C'était là , d'ailleurs , une sorte d'exagération flatteuse , car on assurait d'autre part que rien ne pouvait lui plaire*. D'après une ancienne fable, choisi comme juge par Zeus , Poséidon et Àthèna , qui se disputaient le mérite d'avoir créé la meilleure chose, il nota impitoyablement les défauts de ce que chacun d'eux croyait si parfait'. Était-ce seulement l'amour de la vérité qui le faisait parler? Non, Momos était envieux ; il était dans sa nature, selon Babrius, de détester tout le monde ^. L'art même le concevait ainsi , et nous lisons, dans l'Anthologie de Planude, deux épigrammes relatives à une représentation de Momos, dans laquelle il figurait sous les traits d'un vieillard desséché par la jalousie et tourmenté d'une sorte de rage par le besoin de mordre et de frapper».

Lucien, en s'inspirantde la tradition, l'a modifiée fort librement : c'était son droit. Son Momos n'a rien d'un envieux: c'est un honnête dieu , qui dit tout ce qu'il pense, non pour dénigrer qui que ce soit , mais parce que la sincérité est un besoin de sa nature. J'ai cité précédemment la profession de foi par laquelle il débute dans V Assemblée des dieux. Il est fier de son impopularité , car elle vient uniquement de sa franchise. Cette franchise est précisément ce qui nous attache à lui. II aime la vérité pour elle-même. Quand i) invite les dieux à se corriger, de peur que les hommes ne renoncent enfin à les honorer , il est lui-même fort désintéressé ; car , ainsi qu'il le

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