Anthol. de Planade, Ép. 265 et
dit très-justement , « quoi quHl arrive , Momos ue risqoe pas » graud'cbose. Supposons qu'on le néglige : jamais il n'a été » du nombre de ceux à qui Ton rend beaucoup d'honneurs *.» C'est par conséquent un dieu indépendant, qui n'a rien à perdre ni à gagner dans la bonne ou la mauvaise fortune des aotres. Dans i'Olympe, il compte parmi le petit peuple ; mais, lorsqu'il parle , il fait trembler tout le monde , tant il a de hardiesse el de netteté. Sa parole va droit au fait. Il met à nu tous les scandales , et il nomme chacun et chaque chose par son nom. Point d'ordre savant dans son discours ; il frappe au hasard , selon les occasions ; ceux qui se trouvent là reçoivent les coups. Rien d'amusant comme la façon dont Zeus , dans Y Assemblée des dieux , tout en lui laissant une certaine liberté qu'il n'ose lui enlever , cherche à l'arrêter à tout instant , en lui signalant les points réservés. — « Je vois oii tu vas » , lui dit-41 à pen près ; a attention ! Ne touche pas à Asclépios. Garde-toi bien » encore de parler d'Héraclès. Pas un mot sur Ganymède. » — Momos obéit sans difficulté ; il a tant de choses à dire 1 On ne veut pas qu'il parle de ceux-là ; soit. Il se détourne donc sur Attis , il flagelle en passant Sabazios et Hithras , il fond enfin sur les dieux de l'Egypte , beau sujet entre tous. Zeus l'arrête encore : — « Silence sur les Eg}'ptiens !» — « Passons donc à Trophonios » , dit tranquillement Momos, et le voilà qui reprend ses dénonciations plaisantes , avec plus d'entrain que jamais.
Tous ces traits réunis forment une physionomie singulièrement originale. La seule chose qui lui manque , à mon avis, el qui manque en général à tous les personnages ironiques de Lucien , c'est une légère pointe de sensibilité. Il n'y a rien, on le sait , qui convienne mieux aux esprits moqueurs : c'est le charme des humoristes anglais , celui de Sterne par exemple. Li raillerie , lorsqu'elle est continue , n'échappe pas à une certaine monotonie ; son tort est de ne s'adresser qu'à une partie de nous-mêmes. En outre , elle semble dénoter de la part de