‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 15 sur 140 · Démonax · texte numérisé non relu

Démonax

Mais cette liberté et cette tranquillité n'étaient pas les seules séductions d'Athènes aux yeux de Lucien. Il y avait un accord secret entre ses propres instincts littéraires et le tempérament moral des habitants de cette ville. Sans doute le peuple athénien , sous la domination romaine , était bien différent de ce qu'il avait été au temps de ses grands poètes et de ses grands orateurs ; mais si les caractères étaient singulièrement diminués , si les intelligences avaient perdu leur élan , la finesse du sens critique se maintenait à travers le changement des mœurs et Taltéralion des idées. Les Athéniens du second siècle avaient , comme leurs ancêtres , la réputation d'être de bons juges dans toutes les choses de Tesprit. Les plus grandes renommées du temps sollicitaient leurs suffrages et rendaient hommage à cette sorte d'autorité qui leur appartenait V Et ce n'était pas seulement, comme on pourrait le croire, l'effet d'une tradition indéfiniment perpétuée. En réalité, ils avaient toujours une vivacité naturelle qui les rendait propres à admirer tout ce qui était brillant et ingénieux , comme aussi à saisir du premier coup ce qui était ridicule. L'ironie attique, autrefois célèbre , l'était encore, et à bon droit*. Lucien nous en a laissé lui-même de curieux exemples dans un passage de son Nigrinus^. On y voit que ce genre d'esprit léger et moqueur n'était pas le privilège de quelques-uns ; la population tout entière y participait. Nulle part ailleurs, un bon mot n'était aussi vite saisi, ni aussi assuré de faire fortuna. Une allusion , un sous-entendu trouvaient là mille interprètes complaisants et empressés. Dans un tel milieu , un esprit ingénieux et naturellement satirique

1 . Le rhéteur Polémon , parlant pour la première fois devant eux , leur disait : c On affirme , Athéniens , que voas êtes connaissears en éloquence ; • je vais m*en assurer. • (Philost., Vies des Sop/i., I, 25, 4.) Je laisse de côté l'étonnante fatuité du sophiste ; mais je recueille la première partie de sa phrase à titre de témoignage.

2. Lucien , Réponse à quelqu*un qui m'appelait un Prométhée en fait de discours , I : fxvxT^pa oiov rbv 'Attuov. — 2 : Tr,v 'Attixïjv (TpcfAÛrqTa Tûv Txoj^^âTcav.

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