‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 21 sur 140 · Double accusation j 33. — Pêcheur · texte numérisé non relu

Double accusation j 33. — Pêcheur

2. M. Fritzsche (Lucianus, t. II , 2' partie. Prolég., §3-6) suppose que VHermotime ost UDe imitation d'une satire de Ménippe ircpc cdpi(T€<av. M. Riese ( Af . Terenit Varronis saturarum Menippearum reliquiœ , Prol<5g. p. 25 ) est du même avis. Cette prétendue satire de Ménippe n'est citée DuUe part. C'est par conjecture que MM. Fritzsche et Riese lui ont donné l'existence , pour décider ensuite que Lucien ainsi que Varron avaient dû l'imiter. — Les mêmes critiques pensent aussi que le Banquet de Lucien est une imitation du Banquet de Ménippe.

correspondances entre les dieux et les hommes , en un mot il a rejeté comme une gène le souci des vraisemblances et il lui plaît de transporter sa satire dans le pays des rêves. Il est bien difficile, ce me semble , de douter que cette manière nouvelle ne soit précisément celle qui prédominait dans les œuvres de Ménippe. Quelques titres, parmi ceux qui ont été conservés dans la courte notice biographique dont Diogène de Laerte est Tauteur , montrent bien qu'en effet une fantaisie libre et piquante s'associait chez lui à l'esprit satirique ; et n'est^-ce pas à cela précisément que Lucien lui-même fait allusion lorsqu'il nous dit que Ménippe était redoutable parce qu'il mordait en ayant l'air de jouer * ? Je crois donc qu'il n'y a pas lieu d'hésiter sur ce point. Lucien avait bien pu, soit par lui-même, soit en étudiant les Socratiques et les poètes de la comédie moyenne et nouvelle , créer une forme de dialogue intéressante, animée, moqueuse, moitié dialectique et moitié descriptive, mais arrivé en quelque sorte aux confins de la fantaisie, il s'était arrêté. Ce fut Ménippe qui lui ouvrit ce domaine nouveau.

Il lui rendit encore un autre service. Ce qui manquait peutêtre le plus jusqu'ici à la satire de Lucien, c'était une vue philosophique sur la condition et la destinée de l'homme. Rire des ridicules de quelques philosophes , c'était bien ; mais la grande satire a besoin de pensées plus relcnlissantes et plus durables que ne pouvaient l'être ces moqueries à propos de sectes éphémères. Or Ménippe avait sa morale ; sectateur de la doctrine cynique , il jugeait des choses humaines avec le dédain moqueur et ironique qui avait été celui des Antisthène , des Diogène et des Cratès. Manière de voir fort contestable assurément . mais qui , en s'unissant à un talent littéraire réel , n'avait pu manquer de donner à ses œuvres quelque chose de fort et d'original. Lucien , avec sa promptitude de discernement et sa facilité

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