Jbid,y
La première impression , après la lecture de ce remarquable dialogue, c'est que Tauteur est un sceptique décidé. Comme il le dit luiHOiéme expressément , ses objections portent, non contre tel ou tel système particulier , mais contre tous les systèmes en généraP. Il ne reconnaît à aucune doctrine, quelle qu'elle soit , le droit de se dire en possession de la vérité. On se souvient que cette manière d'opposer les écoles les unes aux autres pour détruire chaque affirmation par une affirmation contraire a été celle des Pyrrhoniens et de la nouvelle Académie. Cette ressemblance nous invite en quelque sorte à penser que Lucien suit leur tradition et partage leurs doctrines.
Cette opinion s'imposerait en effet avec une grande force, si Lucien avait Thabitude d'être conséquent avec lui-même et de suivre ses idées jusqu'au bout. Au point de vue philosophique, il n'y a pas de différence absolue entre un système et un jugement particulier : si l'esprit humain est incapable de construire un système vrai , il est in^pable aussi de se prononcer avec certitude sur quoi que ce soit ; si , au contraire , il est capable de découvrir les vérités particulières , il est par là même capable de les assembler et d'en former un tout. Il peut y avoir difficulté croissante pour lui dans ce nouvel effort : il n'y a pas impossibilité Aussi ne peul-on refuser crédita tous les systèmes en général , sans mettre en doute la connaissance même sous sa forme élémentaire ; et c'ist ce qu'ont fait tous les philosophes sceptiques. Mais Lucien n'est pas philosophe, et il faut se garder de donner à ses pensées une rigueur qu'elles ne comportent pas. Son intention principale , dans VHermotime, c'est d'opposer h la prétendue sagesse des raisonneni^s de profession celle de tout le monde. Ln première est loule formée d'abstractions , de définilions, d'argumentations , discours inintelligibles, au milieu des(|uels le pauvre esprit humain s'embrouille, se débat, se fatigue