‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 30 sur 140 · Hermotime · texte numérisé non relu

Hermotime

périence, hux vérités de la tradition, mais il ne croit pas à la philosophie. C'est aussi Topinion de Lucien. Et quand même le dialogue qui précède subsisterait seul, il suffirait à nous faire apercevoir ce qu'il y a de dogmatisme réel sous le scepticisme qu'on est d'abord tenté de lui attribuer.

Mais la pensée de Lucien devient bien plus claire encore lorsqu'on rapproche VHermotime de ses autres écrits. Je n'ai que faire d'énumérer ici tous les passages où il se moque des divers systèmes. Les allusions satiriques abondent à tout propos. Bien n'est plus connu en ce genre que le dialogue des Sectes à l'encan. Là, nulle trace de discussion. L'auteur se borne à faire adroitement un choix des conclusions les plus étranges parmi celles des principaux philosophes ; le ridicule qu'il y attache est la condamnation de tous les raisonnements laborieux et stériles dont elles sont comme l'expression résumée. Hais est-ce en définitive le scepticisme absolu qui profita de c^s railleries? Nullement ; et dans ce dialogue même, où presque tous les systèmes successivement prêtent à rire, celui de Pyrrhon n'échappe pas plus que les autres aux moqueries :

« Zëus : Quelle espèce de philosophie avons-nous encore »à vendre?

» Hermès: Celle des sceptiques. Avance, toi, l'homme aux «cheveux roux', cl viens que je te mette aux enchères » promplement Voici que la foule des acheteurs s'écoule, » et il n'y aura pas grand monde pour enchérir. N'importe ; » qui veut acheter cet esclave ?

» UiN ACH£T£DR : Moi I mais dis-moi d'abord , esclave , que » sais-tu ?

» Le philosophe : Rien.

» L'AcnRTEUR : Comment dis-tu ?

» Le philosopiik: Je ne sais rien, car rien n'existe.

» L' acheteur: Ah ça, mais... et nous, est-c^» (|ue par hasard M nous ne sommes rien?

t. Uuppiaç f allusion au nom «io Pyrrhon

» Le PHILOSOPHE : Je l'ignore.

» L'acheteur : Eh I quoi? toi-même, n'es-lu pas sûr d'être » quelqu'un?

» Le philosophe : Oh I c'est précisément là ce que j'ignore » par-dessus tout.

» L'acheteur : Pour le coup, voilà un sérieux embarras I x> Et ces balances, qu'en veux-tu faire?

» Le philosophe : Elles me servent à peser les raisons ; je les » mets en équilibre dans les deux plateaux, et quand j'ai bien » constaté que le poids est égal des deux cotés, alors je déclare » que j'ignore où est la vérité * . »

L'acheteur fait encore quelques questions au philosophe. A quoi est-il bon en somme ? L'immobilité et l'inertie sont tout ce qu'il aime ; quelle est donc la fin qu'il se propose ? « Ignorer » , répond le philosophe; « ne pas entendre et ne pas voir. » « — Quoi I » s'écrie l'acheteur ; « aveugle et sourd par-dessus le i> marché I ce sont là les mérites auxquels tu prétends?» — a Ajoute », reprend l'imperturbable philosophe, « que je ne » juge pas, que je ne sens pas, et que je suis en tout semblable Dau ver qui habite dans l'obscurité'. »

Il est clair que ce sceptique est parfaitement ridicule aux yeux de Lucien , tout autant que les dogmatiques dont il s'est moqué précédemment. D'ailleurs, il le met plaisamment en contradiction avec lui-même. Lorsque l'acheteur, devenu son maître, le menace du bâton, voilà soudain son scepticisme en déroute, car il croit au bâton levé , et usant de son terme favori, il prie celui qui va le frapper de suspendre (eTr^ecv). C'est la scène que Molière a imitée dans son Mariage forcé,

La nouvelle Académie , avec son probabilisme , n'est pas plus ménagée que le Pyrrhonisme. Lucien se moque d'elle en passant dans son Icaroménippe^, Dans V Histoire vraie, il

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