‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 34 sur 140 · Pécheur j · texte numérisé non relu

Pécheur j

> songes et les hâbleries , et à qai sont en horrear tous les » coqoins qui en tiennent plus ou moins. Or U y en a beauvcoup, comme vous ie savez. » — « En vérité», s'écrie la Philosophie, « voilà une profession qui est exposée à bien des » haines !» — a Tu as raison, » répond Lucien ; « aussi lu peux » voir combien de gens me détestent et à quels dangers m Vxposc » leur aversion. Néanmoins , je possède aussi un autre art tout » oppose qui consiste à aimer. Car j'aime ce qui est vrai, ee qui » est beau , ce qui est simple , en un mot tout ce qui mérite »d'êlre aimé. Mais je dois avouer qu'il y a peu de gens aux- » quels je puisse faire l'application de cet art ^ )>

S'il n'y avait là qu'une de ces professions de foi de circonstance dont la rhétorique d'alors enseignait l'usage, il n'y aurait pas lieu d'y faire attention; mais toute l'œuvre de Lucien atteste la vérité de cette déclaration et par conséquent en fait ressortir l'importance. Il y a eu de grands écrivains qui ont été moralistes pour ser\ir une croyance religieuse; d'autres , pour être utiles; quelques-uns, tout simplement pour mettre en lumière beaucoup d'observations fuies qu'ils avaient faites et qu'il leur eût été désagréable de garder pour eux. Quant à Lucien, entre toutes les raisons qui l'ont poussé à écrire sur les mœurs, la plus forte a été certainement ce besoin de franchise dont il se fait honneur dans le passage que je viens de citer. Il est bien certain que tout ce qui était faux l'irritait. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il était, comme son Momos, « incapable de se taire lorsque quelque chose allait mal * ». Non ; ceci eût été l'héroïsme de la franchise , et celle de Lucien était seulement courageuse, sans aller jusqu'à la témérité. Il voulait bien se faire craindre et il tenait médiocrement à être aimé; mais il n'était pas homme à frapper au hasard , au risque de se mettre sérieusement en danger. Corrigeons donc en ce sens la superbe profession de foi qui précède : ainsi atténuée et restreinte, elle est vraie et elle explique tout ce qui va suivre.

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