Assemblée ties dieux . 'i
La première chose dont elle nous rendra compte, c'est le rôle pris par Lucien vis-à-vis des maîtres de morale alors en possession de la faveur publique.
La philosophie, au second siècle, avait pris dans la société romaine une place qu'elle n'a jamais eue dans aucune autre en aucun temps. Elle y régnait alors de toutes les manières à la fois, ouvertement et en secret, par autorité régulière, par persuasion , par artifice , honnêtement et malhonnêtement. Domination étrange , souvent décrite déjà , dont il est indispensable de se bien représenter l'étendue et la force pour comprendre Lucien • .
C'était par l'école que les philosophes avaient fondé leur .pouvoir. En établissant sur le terrain de la raison leurs dogmes et leurs principes, ils avaient posé les assises de leur future prépondérance. Plus tard, ils avaient pénétré dans la famille, ils s'étaient assis au foyer domestique, et ils y étaient devenus les conseillers les plus écoutés. Cela avait commencé dans les derniers temps de la république romaine et de plus en plus était passé en usage sous l'Empire. Maîtres de morale , directeurs des consciences , appelés par la confiance qu'on leur témoignait à tout savoir et à juger de tout, leur influence ne pouvait qu'être très-grande. Elle n'aurait , pour ainsi dire , plus connu de limites , lorsque Marc-Aurèle , un des leurs , devint le maître de l'empire, si d'une part la fermeté de sens de l'empereur n'en avait prévenu les excès , et si de l'autre la force de résistance de l'opinion publique ne les avait rendus presque impossibles *.
Cette puissance de la philosophie s'exerçait surtout par la
1. Je ne peux qu'être très-bref à ce sujet, sous peine de répéter ce qui est aujourilhui très-connu et très-présent à tous les esprits. Je renvoie pour les «Ictïiils à l'ouvrage de FriedUnder , et pour l'analyse morale de cet état de choses à celui de M. Martha , Les moralistes sous l'Empire romain ; voir particulièrement le chapitre I.