Songe , 2 et
leurs aiïaires. Il serait plus que téméraire assurément de vouloir deviner ce que Lucien dut à ses parents au point de vue moral et intellectuel. Je ne ferai qu'une simple observation à ce sujet. La sincérité est un des traits dominants de son caractère : or il n'en a pas pris le goût dans les écoles de rhétorique , ni même auprès des philosophes qu'il fréquenta plus tard. N'est-il pas naturel de rapporter l'honneur de cet instinct à ces pauvres gens de Samosate, dont l'influence lointaine aurait eu ainsi bien plus de part qu'ils ne pouvaient le soupçonner eux-mêmes aux destinées brillantes de leur fils?
Lucien resta auprès d'eux jusqu'à sa quinzième année environ. On l'envoyait à l'école , et il apprit là tout ce qu'on pouvait y apprendre. Ce n'est pas qu'il fit preuve d'une application exceptionnelle, a Lorsque je n'étais plus sous l'œil de » mes maîtres », nous dit-il , « je raclais un peu de la cire de » mes tablettes , et je modelais des bœufs , des chevaux ; par- » fois même , j'en atteste les dieux , j'ai fait des hommes ; le » tout fort adroitement, au dire de mon père. Cela me valut » de la part de mes maîtres mainte correction*. » La fantaisie et l'observation malicieuse étaient éveillées chez lui avant qu'il ne sût parler correctement.
Celte adresse précoce faillit lui couler cher. Dés qu'il eut fini ses études élémentaires , son père , enchanté de ses dispositions , résolut d'en faire un sculpteur. C'était un moyen de le mettre promptement en état de gagner sa vie. L'enfant entra donc comme apprenti dans l'atelier de son oncle. Un heureux accident l'en fit bientôt sortir. Châtié trop rudement par son nouveau maître pour une simple maladresse, il s'enfuit tout en larmes et se réfugia chez ses parents. La mère fut attendrie ; le père se laissa toucher. On décida que l'apprentissage cesserait avant d'avoir commencé , et que le jeune fugitif continuerait ses études. Mais , comme il ne pouvait plus rien