‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 44 sur 140 · Salariés · texte numérisé non relu

Salariés

de peines, que de tracas, que de refus et d'affronts à subir, même de la part des serviteurs I Ce n'est encore rien : puisqu'on se donne pour savant, il faut faire preuve de science. Votre futur maître vous fait examiner ou vous examine lui-même : angoisse et humiliation.

« C'est de ta vie qu'il s'agit , et le résultat va décider do tout » ton avenir. Comment , en effet , espèrerais-tu être admis par » un autre, si celui-ci te refuse comme incapable? Te voilà » donc nécessairement en proie à mille inquiétudes. Tu portes » envie à tes concurrents (je suppose que vous soyez plusieurs jt> à prétendre au même office) , et tu t'imagines toujours que » lu as mal répondu. Tu trembles et tu espères , les yeux » attachés au visage de ton juge , mourant de crainte dès » qu'il semble désapprouver ce que tu dis, mais tout réjoui » au contraire et tout plein d'espoir si tu le vois écouter en » souriant. 11 y a lieu de supposer que tu as beaucoup d'en- » nemis secrets qui appuient tel ou tel de tes rivaux et qui » s'embusquent pour te lancer des traits à la dérobée. Reprc- » sente-toi donc le noble spectacle qu'offre un homme en » cheveux blancs , à la barbe épaisse, qui se laisse interroger » pour qu'on voie s'il sait quelque chose de bon , approuvé par » les uns et discuté par les autres ^ »

Admettons cependant que le candidat ait traversé ces épreuves victorieusement. Quelle sera sa situation? « Mille et mille de » ces choses qu'un homme libre ne peut supporter » vont se produire chaque jour dans ses relations avec son patron. Ce sont des riens , mais Lucien , en les énumérant avec un art infini, sait en faire sentir vivement la piqûre : le ridicule Qu'on s'attire par certaines gaucheries , l'humiliation d'avoir à débattre ses honoraires et le désagrément d'accepter , sans oser rien dire, des conditions mesquines, enfin l'asservissement, peine suprême dans laquelle se fondent toutes ces contrariétés.

« Souviens-toi de ne plus te considérer désormais loi-même

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