SaZariéa, Il
iS4 CHAPITRE QUATRl&ME.
» comme un homme libre , sorti d'une honorable famille. » Toutes ces choses qu'on appelle naissance , liberté , ancêtres , » il te faudra les laisser dehors , aussitôt que tu mettras le pied » dans cette maison où tu t'es vendu comme esclave. Car la » liberté certes ne voudra pas y entrer avec toi pour y participer » à un métier si bas et si vil. Tu seras donc esclave , quelque » révolte que ce nom puisse exciter en toi ; oui , esclave , non » d'un seul maître , mais de plusieurs , et tu serviras du matin » au soir , en baissant la tête , pour un salaire sordide. Et » comme tu n'as pas été habitué dès l'enfance à la servitude , » comme tu n'en as fait l'apprentissage que tardivement et dans » un âge trop avancé , tu n'y réussiras qu'à moitié et tu plairas » peu à ton maître ; car le souvenir de ta liberté , en te revenant i) parfois à l'esprit , te fera mal à propos secouer le collier et » t'empêchera toujours de t'accommoder complètement à l'es- » clavage. Peut-être, il est vrai , te regardes-tu comme libre par » cela seul que tu n'es pas le fils d'un Pyrrhias ou d'un » Zopyrion et que tu n'as pas été vendu comme un Bithynien » par un crieur public. Mais , dis-moi , lorsque , au premier » jour de chaque mois, tu viens, confondu avec les Zopyrion » et les PjTrhias , tendre la main comme les autres et recevoir » comme eux ton salaire , quel qu'il soit, que fais-tu que de te » vendre en réalité ? Car il n'est pas besoin de crieur pour un » homme qui se crie lui-même et qui a pris tant de peine alin » de trouver un maître *. »
L'effet de cette invective va toujours grandissant , à mesure qu'elle se prolonge Certes Lucien a fortement montré déjà comment cet oubli de toute dignité porte avec soi-même son châliment. Voici pourtant une dernière peine dont l'amerlume dépasse toutes lesaulrt:>. Le maître a fini par se dégoûter de ce compagnon ennuyeux qu'il s'est donné par caprice et pour suivre la mode. Le malheureux philosophe se sent importun et méprisé, mais il ne peut plus échapper à sa situation. Chaque