‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 48 sur 140 · Fugitifs · texte numérisé non relu

Fugitifs

» leurs discours, ils vous renvoient à l'examen de leur conduite. » Aussi la ville est-elle remplie de ces misérables , qui se » réclament de Diogène, d'Anlisthène et de Cratès ; ils prennent » le chien pour modèle ; bien à tort ; car ils n'ont aucune de » ses qualités , ni la vigilance , ni l'attachement au foyer » domestique , ni la fidélité ; et ce qu'ils s'étudient seulement » à reproduire, ce sont ses défauts : la rage d'aboyer, la gour- » mandise , l'instinct du vol , l'impudence , l'obséquiosité , » enfin l'habitude de flatter celui qui leur donne à manger et » de tourner toujours autour des tables * . »

Il n'y a pas grand'chose à ajouter à ce portrait. Lucien , en le composant, peut-être, comme nous l'avons vu, sous l'influence d'un ressentiment récent , ne faisait guère que rassembler les traits qu'il avait semés à profusion dans des écrits antérieurs. Ce résumé satirique peut donc nous tenir lieu de la plupart des épigrammes qui l'avaient précédé '. Je rappellerai seulement , à titre de complément , le personnage d'Alcidamas dans le Banquet ; véritable type du cynique brutal et odieux , attiré par l'odeur de la bonne chère , faisant irruption au milieu des convives , et là scandalisant les honnêtes gens par sa gloutonnerie et sa grossièreté, provoquant tout le monde, excitant les querelles, et en fin de compte, profitant du désordre pour se comporter chez son hôte involontaire comme dans un mauvais lieu ^.

Dans tout cela , il n'y a guère , j'en conviens , d'analyse morale. Ce n'étaient pas des défauts cachés que Lucien découvrait ainsi et il n'était pas besoin pour toutes ces peintures d'une finesse d'observation exceptionnelle. Son grand mérite était de dire tout haut ce que beaucoup d'autres ne voulaient pas voir et ce qu'ils n'osaient pas dire , quand ils l'avaient vu. De plus , il le disait de telle façon que le ridicule demeurait attaché à jamais là où il l'avait mis.

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