‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 54 sur 140 · TT^SOV · texte numérisé non relu

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C'est par là qu41 les rendait nouvelles et leur prêtait une efficacité qu'elles n'auraient pas eue sans cela.

Si le désir est toujours insatiable et trompeur de sa nature, il l'est évidemment de diverses manières , suivant les conditions. Les convoitises du riche ne sont pas les mêmes que celles du pauvre, et les ambitions des grands, sans être moins ardentes que celles des petits , en sont du moins différentes. Il y a là matière variée pour le moraliste.

Les premiers siècles de l'Empire romain, jusqu'aux invasions des Barbares , furent pour l'aristocratie romaine et pour sa clientèle provinciale un temps d'opulence. On vit alors d'immenses fortunes et par suite un luxe qui semblait incroyable aux gens austères ou simplement moqueurs. Avec la richesse , les maladies morales qui lui sont propres apparurent. Il est aise de les étudier chez les écrivains du temps, moralistes, historiens ou poètes , chez Sénèque d'abord , puis chez Tacite et Juvénal , chez Martial , chez Pline le Jeune lui-même et chez Plutarque. Qui ne se représente par mille passages de leurs écrits le riche ennuyé, mécontent des autres et fatigué de lui-même, cherchant le plaisir sans pouvoir le trouver, en somme profondément malheureux avec toutes les apparences du bonheur* ?

On pourrait relever assurément dans les écrits de Lucien beaucoup de traits d'observation tout-à-fait identiques. Toutefois il ne me semble pas qu'il ait décrit nulle part ce mal particulier de la haute société contemporaine comme on aurait pu l'attendre de lui. Ce qu'il y a de plus remarquable à cet égard dans toute la collection de ses œuvres , c'est le Nigrinus. Le philosophe spirituel , dont Lucien est censé rapporter les paroles , trace , avec autant de verve que de finesse, le tableau satirique des folies qui sont propres aux riches. Il ne peut assez s'étonner , en jetant les yeux autour de lui , des inventions étranges que le désir de jouir et de paraître suggèrent à des hommes considérés comme raisonnables : de ces festins , dont

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