Double accusation
3. M. Fritzsche ( Lwcianiw , vol. II, pars sec, p. xxiv ) suppose , je ne sais trop pourquoi , que Lucien étudia plutôt à Smyme qu'à Éphèse , et qu'il fut peut-être disciple de Scopélien ou de Polémon. Mais il n'a guère pu venir en lonie avant 140, et je ne p-is admettre que Scopélien fût encore vivant à cette date.
4. Double accusation f ibid. La Rhétorique dit: c Je m'engageai alors » par serment à cet ingrat qui était pauvre , obscur et tout jeune ; et je lui > apportai en dot toute ma fortune , composée de beaucoup d'excellents dis^ » cours. » Ces discours sont ceux des orateurs classiques que la Rhétorique apporta à Lucien et qu'il étudia.
:». Même passage, toutovI xopJ^ pccpâxcov ovtx itipi Tr,v i&>vtav
eûpoû^a irXa{ô^cvov.
du dehors , au milieu d'une société brillante , pour qui Téloqucnce , ou ce qu'on appelait alors de ce nom , était tout. Les habitudes et les gouls qu'il contracta dans ce commerce le suivirent pendant toute sa vie, et persistèrent en lui alors même qu'il crut s'en être affranchi.
Premier séjour de Lucien en Grèce. — Voyage à Rome. — Entrevue avec Nigrinns. — Élan vers la philosophie et retour à la rhétorique. — Lucien à trente ans , son ambition , son goût pour les arts.
L'éducation que Lucien venait de recevoir avait fait de lui un Grec. C'est ce qu'il atteste , avec une visible satisfaction , lorsque, dans la Double accusation, il fait dire à la Rhétorique : « Ensuite, je le conduisis devant les gens de ma » tribu et je le fis inscrire au registre public ; ainsi, grâce à » moi, il devint citoyen, au grand déplaisir de ceux qui ne » pouvaient trouver de répondant pour eux-mêmes et qui » étouffaient de jalousie. » Et lui-même , en réfutant les griefs de son accusatrice , reconnaît qu'en effet elle a pourvu à son éducation et qu'elle l'a fail inscrire « au nombre des Hellènes * ». Cela signifie sans doute que dès lors il s'était approprié pleinement , non-seulement la langue classique des écrivains grecs , mais aussi cette élégance aisée qui caractérise ses écrits et à laquelle tant d'autres autour de lui aspiraient vainement.
Il exerça d'abord son talent en lonie et en Grèce , on peut deviner dans quelles conditions. Le métier de sophiste consistait à plaider , à prononcer des discours d'apparat et à professer.
1. Double accusât., 27 et 30. Ces derniers mots, sçTOÙç E^>>jvaç èvr/joaii'j, expliquent les précédents, prononcés par la Rhétorique, slra àyciyoùca. oûrôv èç fr/Uraç roùç c/xoùç itapsvéypaypa. Le rapprochement exclut toute méprise sur le sens des mots Toùç yuAiraç touç èftoùç.
Mais pour altirer des élèves ou un public , il fallait avoir déjà quelque réputation ; il est donc probable qu'en ce temps , la plus grande affaire de Lucien était de composer des discours pour les tribunaux. Il nous affirme que les succès ne lui manquèrent pas , bien qu'ils fussent médiocres en comparaison de ceux qu'il obtint plus tard. Nous n'a\ons aucune raison d'en douter. Il dut avoir de bonne heure la plupart des qualités qui recommandent un avocat '.
Les seuls renseignements que l'on possède sur les idées et les sentiments qui s'agitaient alors en lui, sont ceux qu'il nous a laissés dans un passage de son Hermotime et dans son Nigrinus. Ces renseignements sont singulièrement curieux : ils nous permettent d'assister à une sorte de crise morale , qui révèle à la fois la vivacité de son imagination, sa droiture naturelle, et aussi, par le dénouement du moins , ce fond de légèreté et de scepticisme que nous retrouverons en lui par la suite.
Dans le passage de V Hermotime auquel je viens de faire allusion ', Lucien , alors âgé de quarante ans ', raconte à son interlocuteur qu'il avait failli dans sa jeunesse être gagné à la philosophie. Un vieillard qu'il ne nomme pas avait été sur le point de le convertir à ses doctrines. Ce sage lui parlait d'une cité idéale : « Il m'engageait à l'y suivre ; il me promettait de » me servir de guide , et se faisait fort de me faire inscrire sur » le registre des citoyens, de me faiie admettre dans sa tribu » et dans sa propre phratrie, adn que j'eusse ma part du » bonheur qu'on y goûtait en commun. Mais moi , comme dit
1 . Double accusation , ibid. La Rhétorique dit qu'après avoir fait réducation de Lucien, elle l'accompagna dans ses voyages, lorsqu'il lui prit fantaisie de voyager, et le rendit célèbre ( xal àocJc^ov iTrocouv). c C'était encore peu de chose, ajoute-t-elle toutefois, que ses succès en Grèce et en lonie. » Ce passage nous donne en gros le résumé des événements de cette partie de sa vie. Le Nigrinus permet d'y ajouter quelque chose par des conjectures très-vraisemblables.