Élien, fragm
dans son livre, il les apostrophe, et quand il vient de rapporter une de ces histoires qui font son bonheur, il demande d'un ton de triomphe à ses adversaires absents : « Que pensez-vous de cela, vous qui prétendez que la Providence se trompe et qui la traitez même de fable ^ ? » Et comme naturellement ils ne répondent rien, lui alors, avec un accent de mépris inimitable, il les chasse tous de sa présence : « Xénophane , ô Diagoras , » ô Hippon , ô Épicure , ô tout ce qu'il y a de misérables » ennemis des dieux , hors d'ici * I »
On ne peut douter que cette haine des Épicuriens ne fut trèsrépandue dans la société grecque et romaine au temps de Lucien. Qu'on se rappelle notamment ce passage de son Banquet cité plus haut , où il nous montre l'épicurien Hermon entrant dans la salle et tous les autres soudain « se détournant de » lui , en affectant de le considérer avec autant d'horreur qu'un » parricide ou un sacrilège *. » De tels traits sont significatifs. D'ailleurs cette aversion était dans la nature des choses. Tandis que toutes les autres sectes philosophiques subissaient l'influence religieuse du temps , celle d'Épicure seule la rejetait obstinément. En réalité, elle ne pouvait agir d'autre façon sans se renier elle-même. La raison d'être de l'Épicurisme , c'était d'affranchir l'homme de toute crainte ; or la religion avait toujours été considérée par Épicure et ses disciples comme une des principales sources d'inquiétude et d'agitation morale : ils l'excluaient donc nécessairement. On conçoit dès lors quel scandale leur seule présence causait dans une société croyante et très-adonnée aux pratiques religieuses de toute sorte. Aux yeux de beaucoup de gens , même éclairés , ils personnifiaient en quelque sorte l'impiété. Si d'ailleurs leur nombre , autant qu'on peut le supposer , n'était pas très-considérable , cette sorte d'isolement ne faisait que les mettre plus en vue. On