Pérégrinus
Yenait de rencontrer Pér^rinus vêtu de blanc et qu'il s'était entretenu avec lui ; puis il ajoutait mille détails admirables sur sa mort. Mais ce qui amusa le plus Lucien , c'est que ce panégyriste convaincu donnait déjà comme des choses avérées quelques-unes des plus folles inventions que lui-même s'était permises peu d'instants auparavant, a Représente-toi donc » , écrit-il à son ami , « tout ce qui va se passer à propos de » Pérégrinus. Que d'essaims d'abeilles vont venir se poser sur » l'emplacement de son bûcher I Que de cigales vont y chanter ! » Que de corneilles s'y viendront abattre, comme elles se sont » abattues autrefois sur le tombeau d'Hésiode ! Les Eléens vont » lui dresser des statues, et après eux tous les autres Grecs » auxquels il avait envoyé des députés en élèveront à l'envi '.i> Nous voyons dans la supplique d'Athénagoras, qui est de 477, que de son temps Pérégrinus avait une statue à Parium , sa ville natale , et que cette statue était honorée d'un culte et rendait des oracles. Lucien avait donc bien prévu. En moins de huit ans , sa prédiction était réalisée.
Presque tout ce que je viens de dire du Rédt de la mort de Pérégrinus pourrait s'appliquer à Y Alexandre , composition moins dramatique sans doute , mais plus instructive encore , tant par la quantité des faits rapportés que par la précision et la variété des détails.
Cette biographie d'un imposteur célèbre nous fait passer devant les yeux toute une série de tableaux de mœurs. L'auteur nous transporte en Paphiagonie, dans la petite ville d'Abonotichos, et il nous montre cette population toute composée de bonnes gens, simples et superstitieux, mystifiée par un charlatan audacieux qui établit chez eux un temple, fonde un oracle et se fait passer lui-même pour un devin, fils de dieux. Si ce n'était là qu'un fait tout local, la narration qu'on en pourrait faire porterait à rire un instant, mais n'appellerait guère la réflexion. En réalité, elle a par elle-même et elle prend dans