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LUCIBII IT LE SrBSlTCBBL. I«&
foire de Loden en tant qn'obsemteor de la aiàuWté contem* poraine se d^age déjà, ce me semble, avec assez de netteté de toot ce qni précède. Avant dessarer de la dé6nir, je n'ai pins qn'à dire on mol de ses relatioas arec le christianisme.
Lndeii et les Chréûent. — Eésamé et et thM^itrt.
Les croyances chrétiennes tenaient déjà one assez grande place dans le monde ao second siècle, poor ne poo%oir plos échapper toot-à-fait à Tattention d'on esprit corieox. En Orient particolièrement , les commonaotés de chrétiens étaient nombreuses ; et Locien, qui avait voyagé en Syrie, en Cappadoce, dans le Pont, en Bithyoie. dans la province d'Asie, avait passé et repassé bien des fois à côté d'eox. D'aillears, depuis que les magistrats romains s'étaient vos obligés de s'occuper officiellement de cette religion encore obscure, on avait commencé à parler d'elle dans la société. Il était donc impossible qu'un homme qui avait des relations étendues et vari^ n'en eût pas quelque connaissance.
Mais cette connaissance vague et superGcielle, qui était celle de tout le monde, a-t-elle suffi à Lucien , ou bien au contraire, sa curiosité une fois éveillée, a-t-il voulu en savoir davantage ? S'est-il instruit personnellement ? A-t^il noué des relations avec les chrétiens , et en fin de compte a-t-il été leur ami ou leur ennemi ?
On attachait autrefois une grande importance à ce genre de questions. La raison en est facile à comprendre: c'est qu'on s'exagérait communément la rapidité de croissance du christianisme. On se figurait la société impériale comme divisée en deux camps : d'un côté les païens, de l'autre les chrétiens ; et par suite on se représentait difficilement qu'un seul des grands écrivains d'alors eût pu rester indifférent. Il fallait qu'il fût ami
OU ennemi ; et lorsqu'on ne pouvait établir par des déclarations explicites de lui de quel parti il avait été, on interprétait son silence, on commentait ses moindres paroles, on voyait des allusions dans maint passage de ses écrits, en un mot on lui faisait dire ce qu'il n'avait jamais dit et on lui prétait des pensées dont il ne s'était jamais douté. C'est ainsi que Lucien, après avoir été traité par les scoliastes byzantins d'abord , et ensuite par un bon nombre de commentateurs, comme un adversaire du christianisme, a été considéré par d'autres comme un allié secret de cette même croyance, et enfin dégagé tardivement, grâc« aux efforts d'une critique très-laborieuse, de la situation fausse dans laquelle l'avaient placé ces manières de voir tout opposées •.
Aujourd'hui , ce serait perdre le temps que de revenir sur des discussions épuisées. Il est devenu évident pour tout esprit critique que Lucien ne s'est pas plus intéressé d'une manière spéciale aux chrétiens que la plupart de ses contemporains. Les prétendues allusions à des passages de l'ancien ou du nouveau Testament que l'on avait cru voir dans ses écrits se sont évanouies d'elles-mêmes dès qu'on ne les a plus regardées comme nécessaires. On a de plus en plus compris d'ailleurs que si Lucien avait voulu combattre les chrétiens, rien no l'empêchait de le faire ouvertement , et cette raison à elle seule a ruiné l'opinion qui attribuait fort subtilement à certaines de ses compositions, au Pérégrinus par exemple, une portée satirique fort différente de la véritable.
Toutes les conjectures systématiques étant ainsi écartées, on se trouve en présence de trois ou quatre passages seulement où
1. Je ne puis citer ici tout ce qui a été écrit dans un sens ou dans l'autnsur ces questions. Voir en particulier les quelques lip:nes ajoutées par Lehman n . dans son édition de Lucien (tome I), à la compilation de Reilz: m outre: Eichstadt, Lucianua num scriplis 8uis adjuvare reli'jionen} r/uistianam voluerit ^ lena , 1820; Burmeister, Commentatio qua Lucianum tcriptiê suis libros sacros irrisisse negatur, Gustrovia', 1843; Sommerbrodt. Ausgewœhlte Schriften des Lxtcian (Einleit., p. xxviii).
Lucien fait mention explicitement des chrétiens. Dans V Alexandre, il nous les montre comme désignés par l'imposteur à la haine populaire en même temps que les Épicuriens, et cela évidemment parce qu'ils n'étaient pas moins rebelles que ces philosophes à son influence et aux superstitions qu'il cherchait à exploiter \ Dans le Récit de la mort de Pérégrinus, il fait une véritable description , singulièrement intéressante , des sentiments de solidarité, de tendresse charitable, de dévouement fraternel qui animaient les communautés chrétiennes de Palestine, lorsque Pérégrinus en fît partie '. C'est là une page très-précieuse pour l'histoire morale de ce temps ; mais, relativement à Lucien, elle ne nous révèle rien que nous ne sachions déjà. Nous l'y voyons léger et moqueur, selon son habitude, s'étonnant comme toujours de la simplicité humaine et la tournant en ridicule, enfîn trop offensé dans sa raison des croyances naïves et populaires pour apprécier avec un sérieux suffisant les grandes vertus qu'elles suscitaient et auxquelles lui-même rendait témoignage. Les chrétiens lui paraissaient évidemment de bonnes gens, livrés à une douce folie, plus dignes en général d'une commisération un peu dédaigneuse que de haine, mais pourtant dangereux peut-être à certains moments, comme le sont tous les illuminés que la prudence humaine ne retient guère.
Il est bien clair d'après tout cela que Lucien , considéré comme témoin et comme juge de la crédulité contemporaine, était loin d'avoir toutes les qualités qu'un tel rôle eût demandé. J'irai même plus loin, et je ne craindrai pas de dire qu'à mon avis, c'étaient justement les plus nécessaires qui lui manquaient. Comme témoin, il n'était ni assez curieux ni assez impartial ; il dédaignait de regarder beaucoup de choses qui eussent mérité d'attirer son attention, et celles qu'il regardait, il ne les observait pas d'assez près ni avec un esprit assez