‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 76 sur 140 · Dialogues marina · texte numérisé non relu

Dialogues marina

2. La fable d'Âlphée et d'Ârétliuse , comme chacun le sait , est racontée tont au long par Ovide , Métamorphoses , V, 494-640.

personnage il a joué dans ses bonnes fortunes. Ici la raillerie est encore ingénieuse sans doute , mais elle est en même temps bien acérée.

Tu t'es moqué de moi si impudemment » , s'écrie le père des dieux, « qu'il n'est en vérité aucune forme dont tu ne m'aies » affublé bon gré mal gré. Tu m'as fait satyre , taureau , oie , » cygne , aigle. Et avec tout cela , pas une seule femme à qui » tu aies inspiré quelque amour pour moi ; jamais je n'ai pu me » dire que , grâce à toi , j'avais plu à une seule d'entre elles. Il » me faut user de sortilèges avec elles et me dissimuler bien » soigneusement ; si bien que les unes s'éprennent du » taureau , les autres du cygne , mais quant à moi , pour peu » qu'elles m'aperçoivent, elles meurent d'épouvante *. »

Il y a des scènes même où la satire de Lucien, sous sa forme légère et enjouée , ne me paraît pas exemple d'une sorte de rudesse. C'est lorsqu'elle touche à quelques-unes de ces fictions hardies dont toute la beauté consistait dans un sens mystérieux entrevu sous des images à la fois vagues et saisissantes. Telle est par exemple celle de la naissance d'Athéna. On sait en quels termes magnifiques et vraiment religieux Pindare avait autrefois dépeint cette scène , dans sa VIP Olympique, en dissimulant les détails disgracieux sous l'éblouissante parure de sa description : — « C'est là d , disait-il , « dans la cité de ï Rhodes, que le grand roi des dieux versa les flocons d'une » neige d'or, lorsque par l'art d'Héphaeslos et par la force de sa » hache d'airain , Âthéna , s'élançant du front superbe de son » père , jeta dans l'espace une clameur immense ; un frisson » passa sur le ciel entier et sur le sein maternel de la terre '.» Évidemment de pareilles conceptions ne sont acceptables qu'à la condition d'être ainsi présentées ; et il est bien difficile de garder la mesure , dès qu'on les dépouille de leur beauté poétique. Je ne sais si tout l'esprit de Lucien suffit , dans le

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