‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 8 sur 140 · Jbid · texte numérisé non relu

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12 CHAPITRE PREMIKR.

Autant que nous pouvons en juger, ce qu'il aimait le plus alors , après la renommée , c'était Tart. Cette passion était naturelle en lui , car il sentait avec délicatesse et vivacité le charme de tout ce qui était beau. L'éducation qu'il avait reçue avait excité et accru encore cet instinct. Non content d'admirer les belles œu\res littéraires, il se laissait enchanter par les statues et les tableaux des maîtres anciens. Nous aurons l'occasion d'étudier ailleurs ce goût fin et sur, cette justesse , cette sincérité qui le distinguent entre tous les critiques de l'antiquité * . Mais il est à propos de signaler ces qualités dès à présent, car ce fut incontestablement alors, au milieu des chefsd'œuvre variés dont les villes de Grèce et d'Ionie lui offraient • le spectacle, qu'elles prirent leur développement. Pendant plusieurs années , il lui fut loisible de contempler chaque jour ce que les grands artistes d'autrefois avaient créé de plus pur et de plus beau. Nous trouvons , dans un grand nombre de ses écrits y le témoignage très-vif des impressions qu'il en ressentit. Cette éducation des yeux et du sentiment . qui se faisait ainsi en lui par les plus belles œuvres de la statuaire et de la peinture antiques , confondit doucement son influence avec celle des lettres , en apportant à son imagination je ne sais quoi d'aimable et de brillant , et en prêtant à son langage une vivacité de couleurs que l'étude des livres ne lui aurait pas donnée.

Voyages de LucieD. — Séjour en Italie et en Gaule. — Retour en Asie. —

Établissement déônitif à Athènes.

Les sophistes du second siècle étaient généralement voyageurs. Ils trouvaient plaisir et profit à se déplacer fréquemment , à peu près comme font de nos jours les artistes renommés de nos

\. M. Hugo Bluraner, dans une intéressante étude { Archsologiache Studien zu Lucian f Breslau, 1867], a mis cette idée en pleine lumière. J'y reviendrai dans an chapitre spécial.

grands théâtres ; véritables acteurs en effet, dont Tarrivée faisait sensation , non-seulement dans les villes secondaires , mais à Rome même , ainsi qu'on peut le voir par maint passage des auteurs de ce temps *. C'était une bien forte séduction pour leur vanité , sans parler des avantages d'un autre genre qu'ils en retiraient. Et de plus , lorsqu'ils revenaient ensuite dans leur pays , le prestige de ces succès obtenus au loin les recommandait au respect et à l'admiration de leurs compatriotes qui étaient fiers de leur illustration. Il n'y avait de renommée bien établie , que celle dont les grandes villes de l'Empire successi- Yement avaient consacré la légitimité.

Il était naturel que Lucien eût le désir de faire comme les autres. Je ne crois donc pas qu'il ait séjourné longtemps en Grèce. Dès qu'il se sentit assez sur de lui , il dut tenter l'expérience à laquelle son ambition le poussait.

Ce fut en Italie qu'il se rendit d'abord *. Il a mentionné plus tard ce pays parmi ceux où il obtint du succès '. C'est à peu près tout ce que l'on sait au sujet du séjour qu'il y fit alors. Notons toutefois le fait attesté par son discours Sur Vambre. Si la donnée de cet écrit n'est pas fictive , il nous apprend que Lucien eut l'occasion de remonter le cours du Pô *. Les grandes villes de la Cisalpine devaient en effet l'attirer; mais il n'a cité nulle part aucune de celles où il se fit alors applaudir. Il serait intéressant de savoir si Lucien était en état de parler latin ;

1. Notamment PliDe, iMtres j II, 3 : Magnà I$œum fama prœcesêerat.

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