Double accusatioriy
3. Dans ce même passage, la Rhétorique parle en général de ses voyages et delà gloire qu'il y acqait. cEn Grèce et en lonie, dit-elle, ce fat encore » peu de chose relativement; mais il voulut passer en Italie; je franchis f avec lui la mer Ionienne, i II résulte de la gradation marquée dans cette phrase que les succès de Lucien allèrent toujours croissant.
4. Quelques critiques, parmi lesquels M. Preller (art. Lucien, dans l'En- CTclop. de Pauly ), ont cru que le fleuve désigpié dans cet écrit sous le nom d*Éridan était le Rhône et non le Pô. Mais la description qui en est faite ne convient nullement au Rhône. D'ailleurs un passage du dialogue sur la Pantomime ( 55 ) prouve que Lucien plaçait hien en Italie, et non en Gaule, rÉridon des poètes et la légende de Phaéton.
à vrai dire , cela n'est guère probable ; il n'y a pas un mot dans ses écrits qui tende à le faire croire*, et Ton ne voit pas trop, en réfléchissant, quelle occasion il aurait eue d'apprendre sérieusement cette langue. D'ailleurs il n'en avait nullement besoin. Le gaulois Favorinus d'Arles se faisait écouter à Rome en parlant grec ; et si quelques-uns de ses auditeurs ne le comprenaient pas , la grâce de ses gestes et la mélodie de son langage suffisaient, parait-il , à les mettre dans l'enchantement '. Il pouvait en être de même de Lucien.
La satire qu'il écrivit plus tard Sur les salariés est pleine de souvenirs et d'observations dont la précision serait difficile à expliquer s'il n'eût passé quelque temps à Rome. Nous avons vu qu'il y était venu déjà précédemment; il parait vraisemblable qu'il y resta cette fois un peu plus longtemps. Il avait tout intérêt à y former des relations qui pouvaient lui être utiles dans la suite. Toutefois il résulte de son témoignage formel qu'il garda toujours une entière indépendance vis-à-vis de ses hôtes ou de ses protecteurs romains '. Il était venu chez eux en sophiste , pour se faire admirer, mais il ne lui convenait nullement de se transformer en mercenaire. Ses succès lui en épargnèrent jusqu'à la tentation.
Au reste , il ne semble pas que les Romains en général lui aient inspiré grande sympathie. La plus grande partie du Nigrinus n'est qu'une satire des vices de Rome , et l'agitation importune de cette ville est mise en contraste avec la tranquillité
1 . Je ne veux pas dire que Lucien ne sût pas un mot de latin ; je crois tenlement qn'il ne parlait que grec. Quelques passages , tels que Man, d'écrire Vhiatoirey 21, prouvent qu'il avait une idée assez nette de la forme et du son des mots latins. (Cf. Exctise à propos d'une inadvertance, 13. Ec rc xsèyù rviç Pwu^tftiv ^vrii ciratu.) Mais quel était alors le Grec instruit dont on ne pût en dire autant?