Tyran
le ciel même, nous montre en quelque sorte la Providence à Tœuvre, et Tintention moqueuse de re'crivain y est par suite encore plus sensible : on y voit Zeus vaquant à son office de maître du monde, et pour cela ouvrant successivement toute une série de soupapes qui laissent monter jusqu'à lui les prières des hommes, forcé par conséquent d'écouter mille inepties et de se prononcer entre des désirs contradictoires ^ L'objet commun de ces diverses inventions , c'est évidemment , dans la pensée de l'auteur , de montrer à quelle servitude ridicule la conception d'une providence assujettit les dieux.
Mais la principale manifestation de cette pensée, la plus déclarée et la plus dramatique en même temps, est celle qui fait le sujet des Doléances tragiques de Zeus. Là, les deux théologies opposées, celle d'Épicure et celle du Portique , sont aux prises, représentées l'une par l'épicurien Damis, l'autre par le stoïcien Timoclès. Les arguments ordinaires des deux parties adverses se croisent dans une discussion rapide , et la victoire reste à l'épicurien. Ce qui prête à celte discussion un intérêt particulier, c'est que les dieux y assistent du haut de l'Olympe avec une inquiétude qui touche par moments à l'angoisse, et c'est aussi qu'ils avouent eux-mêmes, d'instant en instant, avec une peine comique , que les arguments de l'épicurien sont meilleurs et qu'ils portent juste. D'ailleurs Damis a parmi eux un auxiliaire précieux en la personne de ce Momos que nous avons déjà vu figurer dans V Assemblée des dieux, Momos, quand les dieux sont réunis, leur révèle d'avance ce que l'épicurien va dire et leur montre comment ils ont eux-mêmes préparé toutes ses objections par leurs négligences et leurs fautes. Sa diatribe n'est donc, sous une forme dissimulée, que le développement du thème épicurien sur le désordre qui règne dans le monde. Ont-ils réellement tenu les rênes du gouvernement, eux qui veulent être reconnus pour les maîtres de l'univers ? Ont-ils pris soin d'y faire prédominer la justice, de