‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 85 sur 140 · Id., x · texte numérisé non relu

Id., x

phénomènes réglés ; mais qu'est-on en droit de coriclurc de là ? Cette ordonnance régulière n'implique pas nécessairement, comme le vulgaire se l'imagine et comme les Stoïciens le soutiennent, une intelligence ordonnatrice ; elle a pu s'établir peu à peu et par tâtonnements, elle peut être l'effet du hasard * . Qu'est-ce d'ailleurs que ce hasard ? Lucien ne le dit pas, et manifestement il ne s'est pas soucié de le chercher. Nous ne pouvons que répéter ici la remarque que nous faisions tout à l'heure : les démonstrations en règle ne sont pas son affaire. Il a mis en relief des idées qui lui ont semblé fortes et piquantes , il lésa fait \aloir par d'adroites combinaisons dramatiques, cela lui suffit. Aller au-delà, ce serait faire le philosophe, prétention qui n'est aucunement la sienne.

C'est à ce point de vue aussi qu'il faut juger les nombreux emprunts faits par Lucien à l'épicurisme dans les écrits dont nous venons de parler. Nous avons vu que presque tous ses arguments sont épicuriens ; est-ce à dire qu'il le soit luimême, en théologie du moins? J'ai dit plus haut que d'une manière générale, l'incrédulité de Lucien, tout imprégnée qu'elle fût d'épicurisme , me paraissait indépendante, parce qu'elle provenait de sa nature même. Il me semble (jue cela n'est en aucune façon affaibli par ce qui précède. Nous ne devons pas oublier que la théologie épicurienne, à côté de ses négations, contenait aussi tout un système d'affirmations ; elle a>ait sa théorie sur l'existence et l'oisiveté des dieux, sur la création du monde par le concours fortuit des atomes, sur l'origine et la cause des phénomènes naturels. Or nous ne voyons rien de cette physique ni de cette théologie chez Lucien, et vraiment il me paraît difficile d'admettre, sans aucune preuve, étant donnée d'ailleurs sa nature d'esprit, t|u'il crût plutôt aux combinaisons cosmologiques de Démocrite qu'à celles de Zenon ou d'Aristote. Ma pensée est qu'il était également scepti(|ue au fond à l'égard des unes et des autres ; tout ce qui ressemblait

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