Id., II, 10. II
Cortège d'amis gagnés par toutes sortes de prévenances ; dîners séducteurs , etc. a Quand Adrien de Tyr avait fini de » parler^ il retournait chez lui, envié et admiré, reconduit par » un cortège de gens accourus de tous les points de la Grèce. » Ses admirateurs lui rendaient les mêmes hommages que les » familles d^ËIeusis à Thiérophante dans l'éclat de ses fonctions » sacerdotales. Il savait les gagner par des divertissements, » des banquets, des chasses, en les emmenant avec lui aux » grandes réunions de la Grèce, en les associant touM-tour » à ses plaisirs , de telle sorte qu'ils avaient pour lui les » mêmes sentiments que des enfants pour un père indulgent et aimable i. »
En somme, la justesse des critiques de Lucien est frappante pour quiconque a étudié quelque peu les mœurs littéraires de ce temps. Je ne veux pas dire parla , néanmoins, qu'elles soient entièrement exemptes d'exagération. C'est la condition de ce genre de satire, qui par certains côtés dramatiques touche à la comédie, d'être obligé dégrossir les choses pour qu'elles remplissent la scène. Il est clair, par exemple, qu'en dispensant l'apprenti sophiste de toute instruction préalable, Lucien altère sensiblement la vérité des faits. En réalité, il fallait étudier beaucoup, quoi qu'il en dise, pour réussir dans ces improvisations frivoles ; et nous voyons que les plus illustres sophistes de ce temps en sentaient si bien la nécessité, qu'ils se faisaient une occupation incessante de leurs exercices oratoires '. Mais la science toute spéciale qu'ils acquéraient ainsi n'était vraiment qu'ignorance, car elle n'avait pour objet que les procédés de l'école ; et c'est en ce sens que le reproche de Lucien est juste. Un sophiste n'avait pas besoin de savoir penser ou observer ; il lui était inutile de se nourrir de lectures sérieuses ou d'étudier chez les grands orateurs et les grands poètes l'expression de sentiments vrais. Connaître l'homme et en général la