‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 99 sur 140 · Voir surtout Zeiuxis , h · texte numérisé non relu

Voir surtout Zeiuxis , h

Instinct de la coalenr et de la forme chez Lucien. — Intelligence délicate des effets propres aux arts plastiques. — Les Portraits.

La première et la plus indispensable condition pour s'intéresser autrement que par un effort d'esprit aux créations du peintre et du sculpteur, c'est d'avoir une assez grande finesse de sens pour être vivement frappé des variations de la forme et de la couleur. Quiconque ne sent pas immédiatement le charme particulier d'un contour élégant ou la grâce d'une proportion bien prise, quiconque n'est pas séduit au premier coup-d'œil par une coloration juste, brillante et heureusement variée, manque de la faculté la plus essentielle au véritable amateur. Il est vrai que , d'autre part , ces qualités toutes physiques n'acquièrent leur véritable valeur que si elles ont pour auxiliaire une intelligence déliée et si elles sont au service d'une sensibilité délicate. Un esprit vif, une nature impressionnable, servie par des organes bien appropriés, voilà sans doute ce qu'on peut imaginer de plus excellent en ce genre.

Cette heureuse association des sens et de l'esprit me parait s'être rencontrée chez Lucien. J'en juge par certains passages de ses écrits où il ne fait guère qu'énoncer et analyser des sensations esthétiques bien plutôt que des jugements. Une belle lumière suffit à l'enchanter ; des couleurs riches , des lignes gracieuses, des proportions bien combinées sont pour lui autant de sujets d'admiration. Toutes ces choses, qui ne toucheraient une nature moins fine que d'une manière confuse, excitent en lui des impressions nettes et fortes ; et avec sa souplesse d'esprit, il trouve, pour les énoncer, des mots pleins de justesse et de sincérité.

Dans son joli discours sur la iSa//^ de conférences, où il décrit avec un esprit si ingénieux l'élégance d'une salle toute fraîche-

ment ilérorée, il y a quelques lignes exquises sur IVclal «le l'or qui brille çà et là et qui se fond dans une chaude harmonie avec la lumière du jour : — « Voyez », dit-il, « cet or qui se » mêle partout aux autres décorations. Ce n'est pas un ornement » sans vie, qui attende le regard pour le réjouir ; mais grâce » à cette sorte de lueur douce qu'il fait rayonner autour de lui, » il projette sur toute la salle des tons chauds et brillants qui » en rehaussent Téclat. Que la lumière vienne à le toucher : » soudain ces feux qui s'unissent répandent partout leur splen- » deur, et une coloration plus riche flotte dans l'air '. » Il y a beaucoup d'esprit assurément dans cette manière de décrire , mais je ne crois pas me tromper en disant que l'esprit n'y est pas tout. Une sensibilité vive et délicate pouvait seule saisir avec cette vérité des efiets aussi légers et aussi inconstants.

Un peu plus loin, dans le même discours, l'auteur nous représente, non sans quelque abus de rhétorique, le paon qui étale au soleil les riches nuances de son plumage. Il ne s'agit plus là d'une œuvre d'art, mais d'une des plus merveilleuses productions de la nature. L'éblouissement des couleurs qui passent et se renouvellent à tout moment a frappé le regard de l'écrivain, et voici comment il essaie de dépeindre cette surprise incessante des sens et de l'esprit : « Sa beauté devient » plus admirable encore, à mesure que ses couleurs changent aux » rayons du soleil et que les nuances les plus riches se succèdent » insensiblement. Cela a lieu surtout dans ces petits orbes qui » forment le fond du plumage à l'extrémité des ailes et dont le » tour est marqué par autant de cercles irisés. L'un semblait » tout à l'heure d'un rouge cuivré ; un léger mouvement le fait » apparaître tout en or; un autre était bleu d'azur aux rayons du » soleil ; dans Tombre, il devient vert. En un mot, les reflets » du plumage suivent les variations de la lumière *. » La finesse et la précision du détail ne sont pas moins remarquables dans

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