‹ Essai sur la vie et les œuvres de P. de RonsardChapitre 14 sur 25 · SYSTÈMES DE RONSARD ET DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DE RONSARD ET DE VICTOR HUGO

Co n'csL pas, sachons-lo, dans la simililiide de leurs théories qu'il faut chercher un point de contact entre Ronsard et Victor lïugo; leurs systèmes sont absolument opposés : l'un csl un classique passionné, l'autre un novateur dans tonte la force du terme; mais il nous paraît suffisant, pour établir un rapport entre eux, que chacun de ces poètes ne se soit pas contenté de livrer au [)ul}lic ses œuvres telles quelles, et qu'il se soit cru ol)ligé de les accompagner d'explications, de noies, de préfaces indiquant leur but et motivant leurs innovations.

Victor Hugo, je le sais, dirait que rien n'est plus faux que de lui attribuer des théories ; qu'il les a, au contraire, en horreur; car, réfutant le reproche que lui adresse un critique allemand, de faire une poétique pour sa poési", il répond : « qu'il a eu

jtlus l'inlenlioii de dér.iirc (jiie tic l'aii'o des poétiques ; il n'a ni le (alenl ni la prétcnlinii d'établir des systèmes; il a seiiloiiionl plaidé la liberté de l'art contre le despotisme des codes et des règles; il a riiabitude de suivre, à tout hasard, ce qu'il prend pour son inspiration, ei lîe changer de moule autant que de composition ; le dogmatisme est ce (ju'il fuit avant (out, etc.', »

J'avoue que ces hésitations, ces réticences m'étonnent de la part d'un homme aussi hardi que Victor Hugo. Quaml on vient se poser d'une manière aussi tranchée, quand on rompt ouvertement avec le passé, pourquoi n'avoir pas jusqu'au bout le courage de son opinion et ne pas dire la vérité telle qu'elle est? N'y a-t-il pas contradiction flagrante entn; le passage qu'on viciil de lire et celui-ci, placé dix pages auparavant : « Disonsle donc hardiment, le temps en est venu, et il serait étrange qu'à cette époque, la liberté comme la lumière pénétrai partout, excepté dans ce qu'il y a de plus nativement libre au monde, la pensée; jetons bas les vieux plâtrages : il n'y a ni règles ni modèles. »

C'est là, je le seux bien, un pn-cepte négatif; mais avouons que voilà déjà, en un seul mot, tout

' l'i'i face lie (iioinwcl.

un système : on va voir, du reste, qu'à coté Je eelle partie négative, il y en a une autre parfaitement positive, qu'à la pL'ice de l'édifice renversé, un autre est immédiatement reconstruit.

11 y a, dit le poëte dans la préface de Cromicell, trois âges dans le monde : les lemps primitifs, les temps anciens, les lemps modernes. Aux temps primitifs, quand l'homme s'éveille avec le monde qui vient de naître, il chante ce qu'il voit, ce qui l'entoure; l'ode est sa poésie. Dans les temps anciens, tout s'arrête et se iixe : la religion prend une forme; le dogme vient encadrer le culte ; la société est théocratique; les sociétés, trop heurtées, se gênent et se froissent ; de là, les guerres et les voyages. La poésie reflète ces grands événements ; des idées, elle passe aux choses ; elle enfante Homère; la tragédie antique, elle-même, est épique. Ce que chantaient les rhapsodes, les acteurs le déclament.

Avec le christianisme, une autre ère commence pour la poésie.

L'homme croit qu'il y a deux vies : la religion lui montre la duplicité de son être : il voit qu'il est le point d'intersection, l'anneau commun de deux chaînes d'êtres, la première, partant de la pierre pour arriver à l'homme; la seconde, parlant de l'homme pour arriver à Dieu. D'autre part, bouleversement généi-al de la société, invasion des Bar-

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