‹ Essai sur la vie et les œuvres de P. de RonsardChapitre 15 sur 25 · IN · texte numérisé non relu

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barcs, ruines tic rancieiinc Europe et coinnieucemcnt de l'époque du moyen nge, où, à côté du lype du beau idéal, qui leprésente la partie noble, spil'iluelle, l'àme de l'homme, en un mol, on voit se ibrmer ce (pie Viclor Hugo appelle le (jrotcsrjue^ qui n'est que l'expression de la parlie basse, matérielle el animale de notre nalure. Cette troisième, période est celle de l'humanité, arrivant à ses propoitions vraies.

Ces trois é[ioques correspondent à l'ode, à ré| opée, au drame : les personnages de la première sont des colosses; ceux de la seconde, des géants; ceux de la troisième, des hommes.

Le drame est essentiellement lyri(pie; la })oésie lyi'i(|ue ne le gène jamais. Elle se plie à tous ses caprices : tantôt sublime, tantôt l)urles(pie. Le drame est donc l'alliance du beau et du laid, la représentation de cette lutte ])erpétuelle, qui s'établit chez l'homme enti'c deux éléments d'oi'dres divers. Ce système j)roduil, dans les oeuvres de Victor Hugo, hi confusion des geni'cs ; \o drame y deviiuit lyrifjue; l'ode y est souvent dramatique.

Assurément, il est étrange de dire que l'on a horreur des systèmes, quand on vient soi-même en construire un semblable h celui que nous venons d'analyser en Eabn-geanl. Cette théorie a soulevé autoui- (Tvlic troj) de jtassifMis; elle a d('cliaiu('' trop

de colères eL provoqué trop d'admiralion pour «juc nous en voulions faire ici la critique. Nous nous contenions de l'exposer, pour pouvoir, en connaissance de cause, comparer ces idées à celles de Ronsard.

L'exposition des idées litléraires de Ronsard, ses vues sur l'iniilation des anciens, sur le poënie épique, sur les conditions des beautés de la poésie, sont renfermées dans la préface de ses Odes, dans celle de la Franciade et dans son Art poétique.

Il est inutile de dire que le côté dramatique de la poésie lui a complètement échappé : il ne s'est occupé de cette lutte active entre nos deux natures, de ce dualisme^ qui amène un conflit perpétuel, que comme peuvent le faire tous les poètes, en lui consacrant de temps en temps un vers dans un accès de tristesse.

Le but unique de sa théorie, c'est l'imitation des anciens; c'est l'abandon des coutumes des ]J0t'7astres, et l'introduction dans notre langue des beautés littéraires de la Grèce ou de Rome. La vérité, ce que les modernes appellent la couleur locale, l'élude du temps où l'on vil, du milieu où se passent les scènes que l'on veut peindre, ne lui importent, en rien. Ce qui le préoccuj e le plus, c'est la forme antique, le côté extérieur des beautés classiques;

— KSi — (|iic l'on en iu,i!C par ce curieux morceau, eNlr.iiL lie la préface de la Franciade :

« Or, imitant ces deux lumières de poésie (Homère et Virgile), fondé et appuyé sur nos vieilles annales, j'ay basly ma Franciade, sans me soucier si cela est vray ou non, ou si nos roys sont Troyens ou Germains, Scythes ou Arabes, si 1 rancus est venu en France ou non (car, il ])Ouvoit y venir): me servant du possible, et non de la vérité. C'(>st le fait d'un historiographe d'esplucher Ion les ces considérations et non des poètes, qui ne cherchent que le possible, puis d'une petite scintille, font naître un giand brasier, et d'une jietite cassine, font un magnifique palais, qu'ils enrichissent par le

dehors de marbre, jaspe, porphyre, elc selon

que les jioëtes ont un bon esjtrit naturel et bien versé en toute science de leur mestier. »

IV)nr ilonsard, la poésie descriptive a la plus grande importance, et doit jouer un grand rôle dans un poëme : « Tu n'oul)lieriis j)as, dit-il, la piste et battement de pieds des chevaux. » Il devait, jalousie de métier à part, tenir en haute estime le célèbre passage où duDarlas décrit le galop d'un cheval qui :

Le cli;iiii|) pl.il, 1j;iI, .iltiil. (I(''lr;i|(|ie, j^i'a]i|ic, ;([li;i|ic Li; vciil i)iii v.i (lt'v;iii(.

Voici, plus loin, un autre passage où Ronsan! prélenddonnei" les règles absolues du beau, en poésie; nous devons nécessairement le citer tout enlier : « Veux-tu sçavoir, lecteur, quand les vers sont bons et dignes de la réputation d'un excellent ouvrier? Suy le conseil d'Horace : il faut (juc lu les démembrcis et désassembles de leur nombre, mesure et pied, que tu les transportes, faisant les derniers mois les premiers et ceux du milieu les derniers; si tu trouves, après tel désassemblement de la ruine du basiiment, de belles et excellentes paroles et phrases non vulgaires, qui te contraignent d'enlever ton esprit outre le parler commun, pense que tels vers sont bons et dignes d'un excellent ouvrier.

« Exemple de mauvais vers :

Madame, en bonne foy, je vous donne mon cœur ; N'usez point envers nioy, s'il vous ])laist de rigueur.

« Efface cœur et rigueur^ tu ne trouveras un seul mot qui ne soit vulgaire et trivial : ou si tu lis ceux-cy :

Son liarnois il endosse, et furieux, aux armes, l'ouiTendil par le l'er im scadron de gens d'armes,

tu trouveras au démembrement et desliaison de ces

cai'iues, (|in servenl d'exeiii})k' pour les aulrcs, {oiilcs belles et magiiitiques paroles. »

L'Art poétique de Horsard ne conlienl aucune théorie dans le vrai seiiS du mot. 11 se contente d'y reproduire les principes d'Arislote et d'IIoiace; il reeonunande d'invoquer la Divinité au commenceinent du poëme épi({iif', et propose en tout les anciens comme, modèles. Quant à ses idées sur linvention, la disposition, Télocution, je n'en conteste pas la justesse ; mais je doute qu'elles soient d'un grand secours pour les novices en poésie.

Citons-en quelques fragments :

« Pour ce (pi'auparavanl j'ay parlé de l'invention, il me semble estre bien à piopos de t'en redire un mol. I; invention n'est antre chose que le bon naturel d'une imairination, concevant les idées et les formes de toutes choses qui se peuvent imaginer, tani célestes que terrestres, animées et inanimées, pour après les représenter, décrire et imiter ; car, tout ainsi que le but de l'orateur est de persuader, ainsi celuy du poëte est d'inventer et représenter les choses qui sont, peuvent estre, ou

que les anciens ont estimées véritables Quand

je te dis (pie tu inventes choses belles et grandes, je n'entends point toutes fois ces inventions lantastiques et mél.incholiques qui ne se raj)p(Mtent non plus l'une à l'autre <jue les songeas eulreconppe/

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d'un frcnélique mais tes un enlkms desquelles

Je ne te puis donner règles pour être spirituelles^ seront bien ordonnées et disposées. »

Jl eût autant valu dire tout de suite que la meilleure règle à suivre était de composer un chefd'œuvre.

Remarquons un passage où Ronsard, oubliant son affeclion pour le style noble, recommande l'usage (les mots techniques : « Tu n3 rejetteras point les vieux mots de romans, ains tu les choisiras avec meure et prudente élection. Tu pratiqueras bien souvent les artisans de tous métiers, comme de marine, vénerie, fauconnerie et principalement les artisans de feu, comme orfèvres, fondeurs, etc., et de là tireras maintes belles et vives comparaisons. »

Le rapprochement est ici visible avec VictorHugo qui, lui aussi, a si souvent fait entrer les expressions techniques dans ses vers.

Mais, en somme, leurs théories diffèrent absolument, Ronsard et Victor Hugo partent de deux points diamétralement opposés. L'un se lie à certaines règles avec une fui aveugle: l'autre pose en principe que les règles n'existent pas. L'un a un idéal qu'il s'efforce d'atteindre; l'autre va jusqu'à nier les conditions du beau et dirait parfois volontiers : le beau, c'est le laid. Nous allons voir pour-

laiil (jiie Ronsard et Victor IIiiiio se sotiL plusieurs fois rcuconlrés en cliemin, et que, si leurs principes difïèrout, leurs génies et leurs manières (l'écrire offrent souvent des analogies assez frajinanles.

CHAPITHE XI

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