I. l,col. 1151 et IISO. — Elisabeth 1191, etc
ou Isabelle d'Autriche, lo71 : cf. le son- • Lettres, X.XU, 3.
net français sur ce dernier sujet, t. Il, ' ll>id.
<oI. 919.' . 6 ld., MU, I.
bres devenaient le sujet de petits vers musqués. En 1574 le seigneur de la .Mole, courtisan trop aime des dames, fut, par suite d'une intrigue de palais, exécuté à mort. Là-dessus Pasqoier provoque Marillac à se jouer sur son nom, conforme à ses mœurs1. Lui-même se mil à l'œuvre, et sa pièce, dit-il avec complaisance , circula bientôt de main en main : on l'admirait sans en connaître l'auteur. Grâce à cette rivalité domestique et à la séduction des éloges qu'il recueillait de toutes parts, « son cœur aiguisait son esprit, son esprit sa main , et sa main sa plume. » Ce passe-temps était pour lui ce qu'une partie déprime et de trictrac est pour les autres ; et ses épigrammes, à défaut de ses causes, lui servaient de réveille-malin. Ainsi se formèrent peu à peu les recueils « dont il lit présent au public 2. »
On a dit avec quel empressement celui des E])igrammcs fut reçu. Dans cet âge d'or de la poésie latine, ce livre de Pasquier fut, au jugement de ses contemporains, l'un de ses plus beaux titres de gloire 3. Quelques-uns de ces vers eurent même à l'étranger une célébrité incroyable 4. Une circonstance qui en accrut encore la vogue, c'est que les lecteurs joignaient volontiers, par une disposition commune à l'égard des œuvres de cette nature, « leurs propres imaginations à celles de l'écrivain 3. » En d'autres termes, ils croyaient découvrir sous les mots des sens cachés, auxquels lui-même n'avait nullement songé ; et chacun, au gré de son caprice , multipliait les allusions. Par là, comme le remarque naïvement Pasquier, « on lit tort à son innocence : » mais sa renommée y gagna ; et promptemeut consolé, il composa là-dessus une nouvelle épigramme6.
Le genre des Tombeaux ou des Épitaphes jouissait au seizième siècle (fautant de faveur que celui des Èpigrammes ; tous les au-
1 Lctires, VIII, 1 ; MX, II. Sur La meuçant par cette strophe :
Mole, consulter le Journal de l'Étoile, Co.ural.es pai.cis rpigramma rerbis,
t. I. ]i. 66 de l'édition de la Haye, 1744; Docte Pasci.asL ne<p.e teCatuIlus,
l'écrivain cite un vers qui caractérise B.lbihs nec te soboles faceto
sa vie et la faiblesse de ses derniers Carminé vincet.
moments : Scevolap Sammarthani Poëmata, Lute-
Mollis vita fuit, mollior interittis. tiae, 1^29, in-4°, p. 115 : cf. G. Colletet,
Par la suite la Mole fut réhabilité, en qui vante encore « l'urbanité, le sel et
même temps que l'amiral de Coligny, le génie » des èpigrammes de Pasqoiei .
« par une confusion injurieuse, » re- Art poétique, Traité de l'épigramme,
marque M. de Chateaubriand, dans ses c. N.
Etudes historiques, édit. de Lefèvre, 'M. Oupin, tlogede Pasquier, o 60.
183S, p. 72Ô. s Lettre inédile déjà citée, du 21
- Lettres, VU), 1. mars L582.
3 Voy. une ode latine de Sainte-Mar- 6 Ibid. the eu l'honneur de Pasquier et coiu-
'30 ETIENNE PASQUÏEB
leurs du temps s'y sont exercés à l'envi. « S'il meurt quelque excellent personnage, disait Ronsard au poêle épique, tu n'oublieras son épitaphe1. » Ce précepte du maître rappelle un usage alors consacré, dont la mort de Pasquier nous a déjà offert un exemple : la perte de tous les hommes connus donnait naissance à une multitude d'épitaphes en vers *. Pasquier, en reculant bien loin dans le passé, rédige celles d'Alexandre le Grand, de Pompée, de César et d'autres héros de l'antiquité grecque et romaine. Il se résume d'ailleurs sur chacun d'eux en très-peu de vers et quelquefois même en un seul distique. On comprend ce que cette poésie sans émotion doit avoir de factice et de frivole. Une partie plus intéressante sans doute est celle qui concerne les contemporains célèbres , Érasme, Budé, François et Henri de Guise, Coligny, Turnèbe, l'Hôpital, Ramus , Ronsard, Christophe de Thou, Biron , Henri IV3: mais là encore le ton manque de vérité; et lors même que , « la larme à l'œil, » Pasquier consacre deux épitaphesii son intime ami P. Pithou4, il ne peut échapper dans ce genre faux à la contagion du bel esprit : sa douleur ne s'exprime qu'avec effort et par pointes.
Les Portraits se rapprochent beaucoup des É})ilaphcs : ils sont dédiés au chancelier de Chiverny. C'est aussi une revue des principaux personnages anciens et modernes : l'auteur y esquisse leur physionomie en quelques traits rapides. On voit poser tour à tour Périclès, Aristide, Thémistocle, Romulus, Camille, les premiers écrivains d'Athènes et de Rome, la série complète des rois de France, les illustrations du seizième siècle, le tout un peu confusément. Juslinien y figure en compagnie de Buchanan et d'Alciat ; Catherine de Médicis à côté de Jeanne d'Arc. Le hasard produit seul les contrastes. Rien, du reste, d'expressif et de puissant dans ce style péniblement affecté.
Ces opuscules, de si peu de valeur pour notre époque, ne laissèrent pas que d'obtenir un grand succès du vivant de Pasquier, et ne lui tirent guère moins d'honneur que ses Épigrammes auprès des jugesles plus compétents. Sainte-Marthe, Florent Chrestien, Nicolas Rapin, Sebillet, parmi plusieurs poètes accrédités, .leur assignèrent un rang fort élevé sur le Parnasse latin du seizième siècle5. Tout
1 Préface de la Franciade : voy. de 7 Voy. dans les Éloges de Sainte-Mar-
nomhreuses pièces de ce genre dans la the celui de d'Aiyat, etc.
grande édition des œuvres de Uonsard, ■'' Voy., à ce sujet, Lettres , XX, 2.
t. Il, p. 1407-1463; cf, les Tumuli de s T. Il des Œuvres, col. 933.
l'Hôpital, etc. Voy. ces témoignages recueillis
on souriant de coite vogue et de ces suffrages, on devra remarquer, comme à l'égard de quelques autres productions de Pasquier, que ces travaux, puérils en apparence, avaient droit à notre attention. Ces minces compositions en effet, où l'on exigeait particulièrement la brièveté et le soin, en formant au scrupule et à la perfection des détails, n'ont pas été sans quelque profit pour notre culture intellectuelle. Par elles on polissait un instrument encore peu façonné. On s'habituait, en poursuivant le mérite d'une concision outrée, à donner aux pensées du relief et de la saillie, un tour précis et nerveux ; l'esprit acquérait de la souplesse et du ressort. A travers la recherche on devait arriver enfin à la finesse et à la grâce. C'était, en outre, un curieux témoignage de la candeur des âmes dans une époque si mémorable par l'action, que ce culte, cette admiration naïve pour les jeux d'une imagination frivole. Ce trait caractéristique du temps, nous allons le retrouver empreint plus vivement encore dans les poésies françaises dont Pasquier a été ou l'occasion ou l'auteur.
Lue longue lettre qu'il adresse à Tabourot, pour le féliciter de ses belles Bigarrures1, peut déjà nous apprendre, avec plusieurs chapitres signalés dans les Recherches, que les tours de force de versification se confondaient alors avec la poésie. Quant à la source de l'inspiration véritable pour nos poètes, elle avait jusqu'à ce moment résidé presque tout entière dans l'amour. L'amour, au nord comme au midi, avait été 1 ame des littératures modernes ; il continuait à régner sur la nôtre au milieu du seizième siècle, malgré quelques railleries sensées de du Bellay- : de là tant de sonnels passionnés dont Pasquier augmenta le nombre.
Lui-même se déclare le Paranymphc3 , en d'autres termes, le champion, le panégyriste des femmes ; mais si ses vers français justifient bien ce titre, que l'on se garde d'en tirer aucune induction contre ses mœurs. Nul plus que lui n'a respecté l'honneur et la pureté du foyer domestique ; il n'avait ouvert son cœur qu'à de nobles, à de légitimes affections '. Les dames qu'il encense ne Vidans les OEuvres de Pasquier, t. I, col. 3 Lettres , VII, 34, et dans une autre I l lo et suiv.; cf. Baillet, Jugements des lettre, 1, 18, il s'appelle le « chevalier
ivîll' 19 ' P" 68# d'honneur de toutes les dames. »
»v 'i . i Sans son honneur, dit Pasquier,
Vny., dans les Jeux rustiques., sa Lettres^ III, 2, la femme ne doit sou-
piece ingénieuse contre les Pêtrar* ha i ter de vivre » ; et XXII, 4: « Je
</iH • Slli-S pour l'amour conjugal commandé
132 ETIENNE l'A sot n.i:
vaienlque dans son imagination. Il a |>i is soin de nous on avertir: ses hommages à la beauté n'étaient qu'une forme littéraire, qu'un genre convenu auquel il se conformait '. Théodore de Bèze, ce grave sectaire, avait comme lui chaulé l'amour. Nos évéques- poètes
vantaient en sonnets leurs maîtresses ; nous voulons également n'y voir que des êtres chimériques. C'était , quoi qu'il en soit, ce qui faisait dire assez dédaigneusement de notre poésie au cicéronien Muret, qu'avant Ronsard surtout elle n'était qu'une poésie de dames2. Sans trop la déprécier pour cela, s'il est vrai qu'en dépouillant l'esprit français de ce qu'il avait de rude et d'inculte, elle lui ait imprimé ce cachet de politesse exquise et d'élégance sociale qui est resté un de nos privilèges, on confessera que l'imitation italienne avait accrédité dans les lettres un langage libre jusqu'à la licence. Pasquier n'a pas échappé à cette influence fâcheuse. Trop souvent la modestie manque aux images qu'il présente et la réserve à ses expressions. Mais on sait qu'il pouvait dire à plus juste titre encore qu'un ancien : *
Lasciva est nobis pagina, vita probaest \ Ainsi la reine de Navarre fut vertueuse malgré ses Contes. C'était le tort du siècle de Pasquier plus que celui de son esprit. Notre idiome ne savait pas assez rougir; il fallait l'épurer encore.
On ne le dissimulera pas toutefois : la critique, celle sanction de la gloire contemporaine , n'a pas épargné Pasquier sur ces écarts d'imagination ou sur ces gaillardises, comme il les appelle
de Dieu entre le mari et la femme. » poetas perhiberi volebant, perdiu ea
1 Épïtredédicatoire des Epigramwes, scripsere quae delectare modo otiosas
adressée au premier président de Thou, mulierculas, non etiam eruditorum ho-
t. Ides Œuvres, col. 1127 : « Sabinam minant studia tenere possent. l'rimus,
aallam, me unum tantum colui : quae ut arbitror, Petrus Ronsardus... » l'ré-
si quis serio interpretetur, totus inep- face placée en tète des Jurcnitia de Mu-
tiat... » V. aussi les Lettres, VIII, 1. ret ( 1552). Voy. à ce sujet M. Sainte-
« Les poètes se mirent en butte des da- Beuve, art. sur Bertaut, liante r/f.s-
inesqu'ils louaient et solennisaient par deux Mondes, numéro du 15 mai 1841.
leurs vers. Je me suis composé à leur •* Martial, Epigr., I, V, 8, cf. 33 ; et
imitation ; en quoi je ne pense avoir IV, 29, 5. Au reste, ce vers avait été em-
fait folie. » Dans sa préface des Jeux pruté par Martial à Pline le Jeune ,
poétiques il dit encore: « Je me joue comme l'atteste Aiisone, Cento nuptia-
de l'Amour, non lui de moi. » Cf. un lis, à la fin. « Ne forte mores nu-os
passage curieux de Racan , dans sa spectent de carminé, » disait pareille-
/ le de Malherbe, Paris, 1672, p. 42 ment celui-ci ; Ibid. Ainsi Ovide, dans
et 43, au sujet duquel Baj le remarque, ses Tristes, II, 1, v. 353, 354,
en le citant, « qu'il y avait nue grande ^^ ^^ mofes a fmam nos|m .
différence entre un amour poétique et v j|a ver^.UIK|a est imM j,H<)j,, mini:
un amour effectif» : t. II, p. 932 de , a „
son Dictionnaire. " cf. UI , III, 2, v. 5 et 6. - « Qui se vernaculo nostro sermone
lui même*. Il s'est efforcé de les eicuser par de nombreui exemples1. PHne le jeune, ce Romain si estimé pour la sévérité île ses mœurs ) n'avait-t-il pas, comme l'att estent ses Lettres, composé «les pieees badines? Beaucoup d'anciens poètes, fidèles dans leur vie aux lois de la pudeur, se préoccupaient peu de les enfreindre dans leurs ouvrages3. A leurs vers ils opposaient leurs actions. Pasquier s'autorise en outre des noms de Marulle, Politien , Pootanus, Sannazar, Jean Second; bien plus, il remonte jusqu'à Selon et à Platon , « qui écrivirent livres d'amourettes. » Nous regretterons, quant à nous , que pour y puiser une leçon il ne se soit pas rappelé, de préférence, cette observation judicieuse qu'il a faite au sujet d'Ausone : « c'est que, malgré tout son mérite, il lui est échappé de la plume plusieurs traits qu'il eut été aussi bon et meilleur d'omettre que d'écrire4. »
Au moment même où, dirigé par les conseils de SebillelJ, qu'il avait rencontre en Italie et qui fut depuis l'un de ses amis les plus chers , Pasquier débutait dans la carrière poétique, un brillant essaim de jeunes écrivains aventureux tentait d'inaugurer une nouvelle école littéraire6. Il applaudit à cette réforme, et suivit avec empressement ces bannières tournées vers l'avenir. Dès son premier ouvrage il s'annonça comme poète : à la prose du Monopkib se trouvent en effet mêlés quelques vers, Une année après il publiait un volume de Rimes . ce recueil, augmenté plus tard de beaucoup d'autres nièces*, a été reproduit par lui en cinq parties qui portent le nom de Jeux poétiques. Pasquier les commence par une invocal ion aux dames :
Dames, h vous, qui, comme l'on doit croire. Représentez çà bas les dieux puissants , J'ai consacré mes esprits et mes sens...
Il ne requiert, pour fruit de son œuvre,
Qu'un œil guidé d'un rayon de leurs grâces.
Sous les différents titres de loyauté, liberté, ambition, vieillesse amoureuse, vieillesse reehignee, Pasquier entreprend ensuite de
1 Lettres, VI, 3; cf. M. Sainte-Beuve, '' Lettres, VIII, 1.
Tableau de la poésie française au sei- 5 Lettres, vin, 1. Quelquefois oi» sième siècle, t. II, p. 29ô.' écrit Seliilet, Sihilet : on doit écrire
2 Lettres. VIII, 1. Seliillet, comme l'affirme G. Colletel :
m rastam rase deert'piaia poftam v. l'article qu'il lui consacre dans >kiu Ipsum: <rrrsk-nlos niliil necesse est. Histoire des l'oït's front
LA.TULU Carmina, XXI, 5 et 6. .. Recherches, Vil, 7.
134 ETIENNE l'ASol IEB.
chanter l'amour, avec ses joies et ses peines, plus douces h son gré ' que tous les contentements du monde, ou plutôt de retracer les faces
qu'il revêt dans chacune des saisons delà vie humaine. Par là le poëte seflattedelesolenniser d'une manière entièrement originale2. La longue série d'élégies, de chansons et de sonnets qui se succèdent n'offre , malgré cette promesse, que fort peu de nouveauté. Dans les deux premières parties surtout, ce ne sont que des chants passionnés, écho affaibli de ceux des Provençaux et des Italiens. On remarquera seulement que Pasquier ne s'annonce pas comme épris d'une hcauté unique, mais comme l'adorateur de toutes les femmes. En cela il diffère des auteurs ses contemporains. Tandis qu'ils choisissaient, du moins pour un poëmc, un objet spécial de leur tendresse, Ronsard sa Gassandre ou son Hélène, du Bellay son Olive, Thiard sa Pasithée, il nous dit avec une certaine grâce,
Qne chaque dame est sa douce folie.
Séduit par la voix de l'une ou par son esprit, par le sourire de l'autre ou par la vivacité de son regard, il se représente partagé entre mille objets, comme un père « également charmé de tous ses enfants; » avec la fécondité du temps , il n'emploie pas à les célébrer moins d'une centaine de pièces. Mais je préfère à tous ces vers de convention quelques accents vrais que lui inspire, vers le milieu de la seconde partie, l'amour de son pays natal :
Brie , tu es de France la Pandore , Oui donne pré^pt fruits et vins et blés , Dedans ton sein diversement mêlés , Ceinte de bois et de fleuves encore...
Dans la troisième partie Pasquier se montre à nous avec un air plus circonspect et plus grave. Son ton moins frivole révèle les préoccupations de l'âge mûr. Désormais applique aux travaux du barreau , il prie Dieu de favoriser sa carrière :
Fais, 6 Seigneur, qu'au chemin que j'ai pris Je ne sois point assiégé du mépris, Je ne sois point affligé de l'envie.
1 Lettres , I, 10. témoignent assez du sujet de ees poésies
2 Lettres, XXI, 6. « Ces divers titres, et du temps de leur composition : » il nous dit (i. Colletet, fie de Pasquier, y signale* beaucoup de feu et depoindans son Histoire des Poètes frepieais, tes d'esprit. »
Près de devenir porc, il fait pressentir là tendresse éclairée qu'il portera à ses enfants ; je veux , dit-il ,
Suivant leur naturel accommoder mes vœux
Et non leurs vœux aux miens : car la nature sa<*e
Nous donne en nos instincts à tous quelque avantage...
Mais qu'ils soient gens de bien...
Il résume aussi dans des vers naturels les principes sur lesquels il s'est appliqué à régler sa vie :
Ne souhaiter rien plus (pie son pouvoir, Borner l'espoir, attremper1 son envie, Rendre de peu sa pensée assouvie :
C'est ce qui fait heureuse vie avoir.
A plus qu'on n'est attacher son vouloir, De hauts desseins accompagner sa vie, Voir jusqu'au ciel sa pensée ravie :
C'est ce qui fait l'homme de cœur valoir.
Belle est vraiment l'opinion première ; Belle est encor l'opinion dernière :
A qui des deux est-ce donc que je suis?
L'une avec peu fait que content j'abonde ; L'autre de peu me fait grand en ce monde : L'une je loue, et l'autre je la suis.
Ce rare et précieux mélange d'une modération sensée et d'une ambition généreuse explique les efforts el les succès de Pasquicr en même temps que son bonheur.
Dés « protestations loyales de sa fidélité en amour » se joignent à ces sages pensées dans cette troisième partie, plus importante que les autres. La cfualrième trace le tableau des tribulations auxquelles l'amour nous expose vers le déclin de la vie , à cet âge qui semble exclure les faiblesses du cœur-. Dans la cinquième enfin, Pasquier se déclare affranchi d'un joug qu'il a porté trop longtemps. « Amoureux de lui-même seulement, » il ne soupire plus qu'après une calme retraite ; et dans sa passion pour le séjour de la campagne, il s'écrie :
Heureux qui loge au paradis des champs, Du rossignol se nourrit aux doux chants!.. De son labour il recueille le finit, Dans sa maison il vit à petit bruit; Sa seule cour entretient sa famille...
1 Modérer...
• Tibolle a dit dans ses Llt'gies, 1, 1, v. 71 et 72 : Jnm sulmpct iners .Ttas . nrc amaie decebit, Dh'i'it née rano blanditias rapiie.
I 3I> ETIENNE PÀSQ1 1ER.
Ailleurs toutefois, par un souvenir adressé aux femmes, ri compare leur beauté fragile à l'éclat tics fleurs , si prompl à s'éleiudre :
Toutes les roses au réveil
D'un clair soleil , Se revêtent d'habits mondains,
Dans nos jardins ; Puis prennent leurs habits de deuil
En un clin d'oeil...
Quoique dans Pasquier se rencontrent peu d'accents de mélancolie, la vieillesse, en l'isolant au milieu du monde, en lui retirant loin a lour les affections et les biens dont il avait joui, fait sortir de son cœur ces paroles d'une tristesse touchante :
Oh ! combien est heureux celui qui de ses ans, Jeune, ne passe point la Heur de son printemps, Ou celui qui venu s'en retourne aussi vile !
El sous l'impression de ce sentiment antique et chrétien ' il excite Ronsard, dans une dernière chanson, à renoncer connue lui aux amours : son àmc désormais appartiendra tout entière à Dieu. Celte gravité religieuse de ton peint, au reste, un coté du caractère de Pasquier : son goût pour le badinage ne le rendait pas , on l'a vu , observateur moins sévère de tous ses devoirs ; dans ce vers de sa vieillesse,
Bien vivre 2 et s'éjouir est ma philosophie,
II s'est peint à tous les âges; il nous a donné le secret de sa vie entière. La source de son inaltérable gaieté était dans la paix d'une âme bien réglée et dans le témoignage d'une conscience satisfaite. Delà tant de vers folâtres où se peignent l'égalité et l'agrément de son humeur facile à tous; de là encore une autre pièce légère qui fait suite aux Jeux poétiques : la Pastorale du vieillard amoureux. Elle est adressée à la duchesse de Retz , femme distinguée par l'esprit autant que par le rang, qui l'avait guerroyé, nous dit-il 3, sur ce que, malgré le progrès des ans, il continuait à aimer. Il veut montrer cette fois que l'amour sied à la vieillesse comme aux autres saisons de la vie. Le dialogue où cette question est agitée ne manque pas d'une pointe heureuse d'enjouement philosophique, et plusieurs critiques l'ont signalé comme l'un des meilleurs morceaux de
1 Voy. à ce sujet les OEuvres complètes lin suivant :
«le la Boétie, p. 317. Ln inihi loctari , Ici proba vita niihi.
2 vivre eu homme de bien. . Pasquier ; v">. l'épître qui précède la I ) rendu la même pensée par le vers la- '"
Pasquier '. Nous venons pour nous un curieux indice de la vogue des pastorales, à l'époque de l'Atainte du Tasse, dans celte production singulière , née , comme le l'ait observer l'auteur, « en son plein hiver et au milieu des troubles de la France 2. »
Uu genre de poésies plus important à nos yeux se compose du celles que lui ont suggérées divers événements de son temps : associé aux douleurs comme aux joies de la patrie, il manquait rarement l'occasion de s'en rendre l'organe ; on appellerait aujourd'hui ces poésies politiques. Elles nous' mettent en communication avec les hommes et les choses au milieu desquels a vécu Pasquier. Telle est la pièce qu'il adresse, en 1670, au roi Charles IX, où , sous prétexte de le féliciter des victoires récentes remportées par ses troupes, il- s'efforce de lui rendre odieux les triomphes obtenus sur îles Français et de le ramener à l'amour de la concorde. Cette querelle intestine qui nous dévore, il la peint, par une allégorie frappante, sous les traits d'uumonstre hideux, que l'insolence, l'ambition, l'ardeur de la vengeance et l'hypocrisie ont nourri pour la ruine de la France. Dans cette contrée naguère florissante il étale le spectacle du deuil et de la désolation 3. Il attribue toutes nos calamités au faux zèle et au fanatisme ; il montre, en interrogeant les histoires, combien de tout temps ils ont été funestes aux empires. Par eux la paix, dit-il, comme s'il lisait dans l'avenir, n'est pas moins meurtrière que la guerre. Dieu nous avait enseigné lui-même à n'employer contre les infidèles que les armes de la persuasion et de la douceur : il en atteste les tristes résultats des croisades. C'est par l'autorité de sages conseils , par l'exemple d'une vie sainte qu'il faut aussi ramener les schismatiques à l'unité de la foi. Les vertus de nos prélats seront plus efficaces à cet égard que les plus violentes mesures : il lui semble qu'il n'y aura plus qu'une religion dans le pays,
Alors que l'on verra renaître en notre Église Los vénérables mœurs de l'antique prêtrise.
Des imprécations contre tous ceux qui, sôus les noms de papistes, de catholiques, de huguenots, troublent la paix publique, ennemis implacables du peuple autant que du roi, terminent
1 En particulier Goujet et Colletet. Pasquier, roi. 911. Pasquier <i\ait lui-même uu sentiment ' On peut comparer ce morceau aux
de prédilection pour cette pièce : Lvl- Discours tle Baîfet deRoasard sur les
iras , XXI, (>. malheurs de la France. (',. Colletet (raita
Elle lut écrite .i ["ours voy. I t~- aussi plus lard le même sujet, qui eu*
pitre à P. Pithou, t. Il de» OBucres. de trop, longtemps chez nous son à-propos
f 38 BTÏETKHE PÀSQCIEB.
dignement celle leçon élevée de tolérance, ou rémotion poétique
liait en plus d'un endroit de la douleur du citoyen.
Le même accent de patriotisme se fait entendre dans d'autres pièces plus courtes de Pasquier, soit qu'il déplore la justice foulée aux pieds, le feu de la discorde allumé par les jalousies des grands, f étranger dominant dans lé conseil, et la capitale devenue ville frontière ' ; soit qu'en 1 575, à l'époque où éclataient contre Henri III les premiers troubles fomentés par les malcontents , le poète, a qui la cause du malaise public n'avait pas échappé , attaque par une satire amère ces courtisans, ces mignons,
Ceignant leurs fronts de myrte et non pas de lauriers ; Soit qu'à l'occasion des états de Blois il prodigue les sarcasmes à ces assemblées, toujours vaincs pour le soulagement du peuple et qu'il traite de mascarades , ou que, partagé, nous dit-il, entre le rôle de Démocrite et d'Heraclite, il se rie et s'indigne des folies de la Sainte Union, qui, impuissante à se gouverner elle-même, prétendait gouverner tout le pays ; soit qu'à la nouvelle de la révolte qui avait suivi l'assassinat des Guise, il s'écrie épouvanté :
Tout est perdu, la guerre est immortelle ; La grand'eité de Paris est rebelle :
et que témoin , dans une situation si critique, de l'irrésolution et de la lâcheté d'une conr pleine de seigneurs oisifs, il accable de traits mordants ces capitaines occupés à feuilleter des parchemins, en bulte aux mépris des soldats; soit eniin que, sur un ton bien différent, rempli d'enthousiasme par le triomphe d'un prince selon son cœur, il exhorte les Français à se réconcilier sous les auspices du « grand roi Henri,» et se réjouisse de son glorieux et paisible retour au sein de sa capitale :
Oui eûtonc estimé qu'une si douce entrée Se fût pour notre roi dans Paris rencontrée, Et que sans coup férir on nous eût accueillis?
A la valeur historique de tous ces vers de Pasquier se joint un
touchant intérêt de biographie , lorsque nous l'entendons saluer
avec une émotion vraie la vue de ses foyers domestiques :
Je te viens retrouver, mon ancien séjour, Maison qui as été par mon travail acquise, Maison qui sur le bord de la Seine es assise , Dans Paris, où je veux finir mon dernier jour : Tu seras mon palais ...
1 L567 : telle est Ja date assigi \ et changée ,» tort dan
•rctte pieté daus la Jeunesse de Pas- l'édition d'Amsterdam, t. II, col. 920.
POKT E I B V H Ç AÏS ET LATIN . 1 39
Pasquier, comme son biographe G. Colletet le confirme , possédait en effet « sur le quai de la Tournelle, vis-à-vis du pont de pierre, une maison fort agréable, sur la porte de laquelle il avait fait graver des devises grecques et latines , qui furent vingt ans après sa mort effacées par un nouveau maître '. »
Dans les poésies françaises de Pasquier reparait le genre si accrédité des Épitaphes. Elles sont consacrées à des poètes , à des magistrats , à des seigneurs, à des princes. La plus étendue est celle d'Anne de Montmorency, dont la noble vie eut, selon Montaigue2, une fin si héroïque. L'Hôpital , au contraire , n'épargnait pas les sarcasmes à la mémoire de cet homme de guerre, plus terrible à ses concitoyens qu'à l'ennemi3. Pasquier, les yeux attachés sur le trépas du connétable, oublie les fautes qui ont déparé sa carrière, et gémit à la pensée qu'il a péri dans une de ces batailles où les Français épuisaient à l'envi leur propre sang '' ; il peint ce noble vieillard , qui, jeune encore de courage et de force, tombe en faisant fuir les escadrons, heureux, par une dernière émotion de bonheur, « de sceller sa foi de son sang : »
A toi, Seigneur, ô mon Dieu, je rends gloire De couronner ma fin d'une telle victoire !
Une seule crainte le préoccupe, c'est que ses soldats ne perdent le champ de bataille, découragés "par la nouvelle du coup mortel qu'il a reçu. Il veut donc qu'on la leur cache ; il ordonne que l'on couvre son corps d'un voile. Puis, comme quelques hommes d'armes se demandaient qui l'on emportait :
Montmorency, dit l'un ; mais lui, de forte haleine : Tu mens; Montmorency combat en cette plaine.
1 Histoire des Poètes français, article du connétable, et le traité honteux Pasquier. Colletet, en rappelant qu'il de Cateau-Cambrésis , auquel il eut habitait près de cette maison, bénit trop de part. Mais on condamnera l'ace voisinage, qui avait favorisé ses mertume de ces paroles si l'on parpremièrea relations avec « le grand court la vie entière de ce seigneur de Etienne Pasquier. » Auparavant Pas- grande prouesse, comme l'appelait Pasquier avait habité une maison patri- quier, qui dès l'adolescence avait fait moniale située dans la paroisse de .ses premières armes, en qualité de vo- Saiut-Séverin : voy. 1. 11 deses Œuvres, lontaire, dans les murs de Mézières, hécol. 1411. roïquement défendus par Bayard (. lie-
-' Essais, II, 17. cherches, VI, 21; cf. Lettres, V, 4).
3 Occidis, Anna,taisinvisusethostibusaequp. Rapprochez la pièce de Pasquier de
Hospitalii Poemata , p. 391 de IV- l épitaphe que Ronsard a consacrée à
riition d'Amsterdam. On s'explique Montmorency, t. II de la grande édition
ce'tte haine du chancelier en se rap- de ses Œuvres, p. 1424-1427.
pelant la sanglante exécution de Bor- " "«, v, 4.
rieaux, confiée en T;1S au dévouement „
HO KTlENMi PASQUIER.
( Ibjet des regrets mêmes de l'ennemi, son destin, digne d'envie MÛvant Pasquier, élait de ne pas survivre à la bonne fortune de la Fia née.
Parmi les Èpitaphes on remarque encore celle de Joyeuse, héros lui aussi dans la mort, que les liens d'une affection particulière avaient uni à Pasquier; celle d'Elisabeth de France, touchante victime immolée par la politique à l'hymen de Philippe 11 d'Espagne', surtout celle de Pasquier lui-même , qui, d'après un usage alors reçu, n'avait eu garde de s'oublier. Déjà, dans une épitaphe latine» il s'était rendu ce témoignage d'une incontestable vérité :
Vixi , non auri cupidus, sed honoris avarus; Ingenium expressi varie prosaque metroque : Bloribns antiquis vivo, vixique, viator. ..
A quatre-vingts ans, avec l'ingénuité de ces anciens qui croyaient
pouvoir parler d'eux sans que l'on suspectât leur sincérité ou leui
modestie 2, il résumait ainsi sa carrière par quelques vers d'une brie
vêlé expressive3 :
Quel je fus, quel je suis, passant, si tu fais doute, Arrête-toi un peu en ce lieu, et m'écoute. Autrefois au barreau du Palais de Paris, Entre les avocats étant de quelque prix, Par un vœu solennel j'ordonnai <pic ma vie S'éloignât du mépris, s'éloignât de l'envie. Voguant entre ces deux, je me mis sur les rangs • La cause des petits je pris contre les grands : Puis d'avocat du roi aux comptes j'eus l'oflicc ; ! Henri pour mon repos m'élut à son service... Enfin, content de peu, dans ma vieille saison, .Pai fait une retraite honnête en ma maison...
Dans quelques autres pièces, Pasquier se contente d'être traducteur. C'est d'ordinaire pour rendre hommage à d'illustres contemporains. Il se délasse dans sa maison d'Argcnteuil à lire les ouvrages de son ami Ronsard. Séduit par leur charme, il met en français ce que celui-ci avait écrit en latin4. 11 habille de même une satire latine contre les jésuites, composée par Adrien Turnèbe5, et divers morceaux de d'Aurat, « le poète grec et latin du roi. » Il fait passer aussi dans notre langue l'éloquente imprécation de Nicolas Bour-
1 ]wv9 : elle mourut à vingt-trois tionî fait » : Tacite, Agricoles, 1. ans, Le 3 octobre 1568, et le bruit cou- -; Cette épitaphe est de juillet 1609 rut qu'elle avait été empoisonnée. ' l.illrcï, I, 16; IX, 9.
2 « Pleriqnesuam i psi vitara narrare ' On trouvera cette satire , avec la fidneiam j ►< > j i > i s morum quant arro- traduction , -dans le Catéchisme des Jè"gantiam arbitrati sunt , uec id Huiilio suii-es, 11,7 Cf. Lettres, Wll , 1
cl Scauro citra fidem , au) obtrecta-
bon contre- l'assassin de Henri IV : mais, anime par ces nobles accents dont il reproduit l'énergie, il cesse bientôt d'être un simple interprète; il ajoute à la conception originale ses inspirations pi i sonnelles,qui la complètent en quelque sorte V Avec du Yair, Rapin et Malherbe il rivalise pour la traduction de onze vers latins, qui , dans une époque prompte à ressentir de futiles enthousiasmes, avaient excité l'admiration la plus vive : c'était une vigoureuse prosopopée, où la ville d'Ostende, assiégée depuis trois ans, exba lait ses plaintes de toutes les horreurs qu'elle endurait2. Pasquier la prenait à tort pour l'œuvre de Joseph Scaliger : tour à tour attribuée à plusieurs personnages célèbres, elle appartenait réelle ment au jeune Grotius, depuis fameux à tant de titres, qui céda enfin au plaisir de s'en déclarer l'auteur 3.
Les hommes de la renaissance, non contents, comme on voit, de traduire les anciens, se traduisaient volontiers les uns les autres, Scévole de Sainte-Marthe, poète si accompli dans la langue de Virgile, versifiait en français les pièces latines de L'historien de Thon \ cl Joachim du Bellay consacrait le même soin au poème de l'Hôpital sur la science du gouvernement , que le jeune François II apprenait par cœur5. Pasquier poussa plus d'une fois ce goùl du temps jusqu'à être le traducteur de ses propres œuvres. Au fond, tous ces efforts assouplissaient les esprits et la langue : c'est co qui peut nous rendre indulgents pour tant de vers français, latins ou grecs, qui sur les mêmes sujets se répétaient à l'infini. Cette exubérance un peu stérile caractérisa surtout les célèbres luttes» poétiques auxquelles Pasquier a donné naissance et dont il nous reste à parler.
On a lu au chapitre de sa vie que deux fois il suivit comme avocat les magistrats envoyés dans les provinces pour y tenir les assises extraordinaires connues sous le nom de grands jours. Or les grands jours à celte époque étaient renommés pour produire du nouveau, comme anciennement l'Afrique6. Ceux de Poitiers et de
1 Lettres, XX, 2. Cf. de Xliou, Hist., originale, dans le t. Il de ses OEuires ,
liv CXX\ H, au commencement, col. 938. *
- Voj . sur ce siège l'aima Cayet, Chro- * De Thou, De ri la sua ,1V; et v. le
nologi'eseptenairc,i.\llde\i\ Collection recueil de ses poésies latines. Michaadet Poajoulat, p. 177 et 231». 5 VariUas, Histoire à; François II,
3 Voir Du Mauricr, Abrégé de la vie faisant suite à l'Histoire de Henri II ,
■I, Grotius , à la tin des Mémoires pour Paris, Barbin, 1692 , in-4°, t. Il, p. 156. servir à l'histoire de Hollande, 1<;80 , 6 Lettres, MU, 10, Jpologie de la
in-8° : quant à la traduction de Pas- mai». — Semper aliquid Africa novi
quier, elle se trouve, avec la pièce affert , àsi \ • ' v, xaiVOV :
(42 i. in.\ m. i'asoi IEH
Troyes produisirent les opuscules badins de fa Puce* [de (a Main, curieux témoignages de l'espril naïvement maniéré du seizième siècle.
A cet âge, où quelques vers goûtés, répétés, prônés, donnaient la réputation de poêle, chacun y prétendait ' ; le principal mente semblait être la difficulté vaincue : delà ce* bizarreries dont la vogue peut nous surprendre. Parmi les chefs-d'œuvre de la poésie latine , alors si cultivée, Loisel mentionne une énigme sur une chandelle'. Un autre contemporain 3 cite dans ce genre une invention qu'il qualilie d'admirable : c'était l'apologie du loup marin. A quelle occasion tant de beaux esprits s'escrimèrent-ils sur une puce? Pasquier nous l'apprend dans une lettre qu'il écrit à P. Pithou1. Arrivé en 1579 à Poitiers, il avait tout d'abord rendu visite aux célèbres dames des Roches, l'honneur de leur ville et de leur sexe. Une puce aperçue pendant la conversation sur le sein de mademoiselle des Roches, tel fut le sujet d'une multitude de petites pièces que Pasquier réunit ensuite, et qu'il dédia au président des grands jours, Achille de Harlay. Dès l'avant- propos il annonçait la gaieté facétieuse du recueil: «Tu en riras, je m'assure, disait-il au lecteur; aussi n'a été fait ce petit poème que pour te donner plaisir. » Le premier, avec la jeune tille qui avait accepté le déli, il s'était hâté de chanter « cette puce très-hardie et très-prudente à la fois , puisqu'elle s'était mise en si belle place et en lieu de franchise. » A cet exemple, tous les compagnons de Pasquier, piqués d'émulation,
pour se donner carrière
* Voulurent exalter ce petit animal 5.
Bnsson , Loisel, Biuet, Joseph Scaliger, Mangot, Chopin, liapin, Odet Turnèbc6, entre beaucoup d'autres, le célébrèrent en français, en latin, en italien, en flamand, en espagnol. Mais là ne se
ce proverbe avait cours chez les Ro- connu, dit G. Colletet, par tous ceux
mains et chez les Grecs : Voy. Pline, qui font profession de feuilleter les
Hist. nat., V'IU, 16, et le dictionnaire bons livres de ce temps-là. » « Cette
de Facciolati, t. 1, p. 98. On sait que puce, dit aussi Garasse, Ilech. des Rech.
par ce motif les Romains s'abordaient V, 10, a tant couru et sauté dans les
volontiers en s'adressaut cette question : esprits frétillants des Français, des Ita-
Çuid non i fer l africa.' § liens , des Flamands, qu'ils en ont fait
1 Pasquier nous parle de l'un de ses un Pégase. »
sixains, que l'on avait vu entre les 5 Boileau a ar.ssi composé une énigme
mains du pape Sixte-Quint, k qui eu surune puce. On se rappelle que Vir-
faisait grand cas : o Lettres, XIX, 11. gile n'avait pas dédaigné de chanter
2 Dialogue des avocats, p. 304 de un moucheron.
l'édition citée. G C'était le second fils d'Adrien Tur-
° Sainte-Marthe : voy< dans ses Êlo • nébe : alors avocat, il fut plus tard cod-
§M,liv. II, celui de Jean de Gorris. seillcr.au parlement de Paris* * Vi, 7 : « Le sujet de In Puce est
borna point coite joute littéraire : mademoiselle dos Roches voulut honorer, en leur répondant, les poètes chante-puce. Il y eut allusions nouvelles, compliments, traductions, répliques, et force sonnets, qui tirent de ces grands jours de Poitiers un des événements du siècle. Tasquier lui-même ne dut guère moins de renom à cette circonstance frivole qu'à ses travaux les plus sérieux ; témoin cet éloge dont il fut salué ' :
Cygne gentil des volages amours,
Lorsque, plus gai. de ta gorge divine,
Tu nous chantas la pnee poitevine,
Pour mieux fouir, le Clain retint son cours.
C\ gne sans tache, honneur de nos grands jours ,
La Seine aussi pour t'entendre s'incline.
Au milieu de ces jeux folâtres, une pensée triste se mêle toutefois nu sourire lorsqu'on lit ces vers à la fin de la pièce de Brisson :
Na\ mihi fatales Lachesis cum neverit annos, Optarim tumulo tain eclebri ossa legi !
On se reporte involontairement au souvenir du sort tragique qui attendait ce magistrat : notre imagination nous le montre mourant par les mains des ligueurs, toujours dévoué aux lettres, comme il avait vécu, et ne laissant échapper dans son supplice, pour parler avec un contemporain7, ni regret ni murmure , mais seulement une crainte : « c'était que son livre qu'il avait commencé fût brouillé, qui était une si belle œuvre, et qu'il recommandait à un de ses amis. » L'héroïne, ou, comme le dit Dreux du Radier 3, la tenante de ce tournoi, où tant d'illustres champions « étaient venus rompre leur bois4, » Catherine des Roches, devait elle-même périr sous peu d'années, victime de la peste qui désola en 1 5S7 sa ville natale 5. Une circonstance touchante de son trépas prématuré, ce fut qu'elle succomba le même jour que sa mère : par là son vœu le plus cher fut accompli. Jamais, malgré la séduction de partis brillants, elle n'avait voulu se séparer de sa mère, qui, demeurée veuve dès sa jeunesse, avait concentré sur elle toutes ses affections. Semblables par la beauté, par la vertu et l'éclat des talents de l'esprit6, elles avaient sufti a
1 T. Il des Œuvres de Pasquier, col. Radier, t. 11, p. 43S. 1012. " Leurs œuvres poétiques ont été
'-' Palma Cayet : voy. sa Chronologie plusieurs fois rénnies. Voy. la j/iblio-
novenaire, dans la Collection de Mi- (licque de La Croix du Maine : suivant
moires publiée par Michaud et Poujou- lui , la France devait être iiere d'avoir
Lit, t. XII, jtf. 329. produit « ces deux perles du Poitou ».
3 Bibliothèque historique et critique du Cf. (ioujet, t. XIII, p. 2ôH et siiiv., et
Poitou, Paris, 1754, in- 12, t. Il, p. 432. l'on via pente de Mieux du Radier, t. IL
' Lettres, VI, 7 p. 428-444.
Voy. la BibUothèqve de Dreux du
144 ÉTIBNWE PASQ1 [El.
leur bonheur mutuel; et longtemps après leuï mort Sainte Marine regrettait amèrement l'époque où leur maison, comme une académie d'honneur, s'ouvrait à tous Ceux qui cultivaient 1rs lettres, où si souvent il avait été heureux d'entendre Catherine, alors que, plus belle de son émotion, elle récitait les vers que sa oicre avait corn posés1.
Quels que fussent les entreliens spirituels et enjoués dont il avait joui à Poitiers, loin de Paris et de sa famille, Pasquier avait eu des heures d'ennui et de regret : les magistrats des grands jours ne pouvaient guère y échapper dans ces sortes d'exils 2. C'est ce qui explique les distractions qu'ils cherchaient à se ménager par des jeux d'esprit, tels que la puce, ou tels que la main, qui naquit en 1 583 des grands jours de Champagne. Dans la ville de Troyes, où ils se tenaient, Pasquier s'était fait peindre par un Flamand d'un rare mérite 3 ; mais, averti trop tard de le représenter lisant, l'artiste ne lui avait pas donné de mains. Ainsi terminé, la veille de la Saint- Michel, le tableau fut exposé avec ces deux vers, que l'avocat poêle avait placés au-deâsous-* :
Nulla hic Paschasio manus est : lex Cincia quippe Causidicos raillas sansU liabere manus \
Là-dessus, grand concours de passants; chacun de s'égayer sur le portrait et sur le distique latin : on reconnaît dans l'un le visage de Pasquier, dans l'autre son esprit; et chacun aussitôt, « comme si la trompette eût sonné », de donner carrière aux saillies de son imagination6. Les épigrammes circulent; aux épigrammes succèdent, dans toutes les langues, des sonnets, des élégies et jusqu'à des odes. D'après le nombre de ces morceaux , qui ne s'élève pas à
' Voy. dans les Éloges de Sainte- de l'ordre des avocats, par M. Bon cher
Marthe celui des dames des Roches. d'Argis, c. IV, à la fin, et c. X\1H. Cf.
I Rollin, discours prononcé en 1719,
Cur màgnos Galli dirimus esse (lies? « \">e gratuita juventutis institutione »,
KempequodapatriasejunctislungadJessiit, 2e partie, t. LX de ses OEurres comjile-
Absenti.i patriae quos ferit iilliis ; >r. ^s> Paris, in-8° , 1807 , p. 163.
Voy les Épia., 11,99, et les OEurres de Les deux vers latins ont été traduits,
Pasquier, t. 1, col. 1158 assez inexactement toutefois, par les
3 Leitres vill, 10. quatre vers français suivants. V. Saba-
\d. V il 1 12. tier de Castres, Les trois siècles de la
S Pasquier parle en plus d'un endroit Uttjrature française, La Haye , in-12,
« de cette loi que l'on appelait la Cin- 1779, t. III, p. 226 :
cie. » Voy. particulièrement t. Il des . ' . ,
1 ir>AQ r *4 1 • a : '.'„ In je suis sans mains. Aons uemanuey
OEuvres, col. 1008.— Cette loi, décrétée J 3 • [pourquoi?
l'an de Rome 549, défendait aux juges Avocats , c'est pour vous apprendre
et aux défenseurs des accusés de rece- Que nul n'observp mieux «pu-
Voir d'eux aucune rétribution, non La lui qui des clients nous défend de rîeti
pas même sous la forme de présent : [prendre.
co.isulter à ce s'.ijet l'Histoire abrêg;'* '■ Lettres, VIII, 10.
moins do cent quarante, on jugera si la matière parut riche. Encore sommes-nous prévenus que nous n'avons pas tous les vers composés sur ce sujet : plusieurs avaient péri pondant los troubles qui forcèrent Pasquier de s'éloigner de sa demeure1.
Dans Y.ipnlogie de la main , Pasquier établit d'abord les services qu'elle est susceptible de rendre; il montre ensuite à quels égards elle mérite ou l'éloge ou la critique. C'est une thèse écrite en prose, avec la forme pédantesque de la rhétorique du temps'2. Puis vient la longue série des pièces, précédées de celle que l'écrivain consacre ■ aux ingénieuses mains qui l'ont honoré. » On dislingue entre le-* auteurs de ces badinages, au milieu de beaucoup de noms oubliés . ceux d'Antoine Arnauld , Honoré d'Urfé et d'Kspeisses, ceux de Séguier, président au conseil d'État, et delïamcl, recteur de l'université de Pans. Malherbe, lui-même, apporta son épi à cotte gerbe déjà si abondante. Enfin le chef du parlement, Achille de llarlay, et |p grand prieur de France ne dédaignèrent pas d'envoyer à-Pasquiei . dans cette occasion, leur tribut poétique3. Ce recueil excita, commo le précédent, beaucoup d'enthousiasme, et Thianl, « grand poète et philosophe, » n'était que l'organe de l'admiration publique lorsqu'il déclarait « que jamais il n'avait vu deux petits poèmes plus beaux '.
Quant à Pasquier, tant de suffrages montrent quelle était 1 1 gloire de son nom et la vogue de ses écrits. En se décernant de ses mains la couronne de poète, il ne faisait donc (pie partager l'opinion commune !j. « Jamais, disait-il ingénument à son ami Loisol0, il ne m'est advenu de faire quelque échantillon en vers fran cais ou latins, qui n'ait été favorablement reçu par les bons esprits, encore que l'on no sût qui en était l'auteur. » Souvent il avait pu en effet, dissimulé par l'anonyme, entendre l'éloge de ses propres inventions; quelquefois au mérite de l'œuvre on avait deviné l'ouvrier. Aussi, non content de l'admirer, l'imitait-on à l'envi . ' Comment lui reprocher dès lors d'être épris de ses vers et d'y revenir fréquemment, avec la complaisance de l'homme de lettres ap-
' T. II des OEuncs de Pasquier, Orbls , » Peace viridi ad saperbas ,
roi 1048 Hercule Gades.
-' ld., col 1000 et suiv. Scaerolse Sanimartliani Voemata,v>. llj
ld, t. Il, col. 1015 el 1010. Cf. (]P rt.(iii. citée.
Lettres, MU, 14 et lô fi Lettres, XIX, 1 I ; cf. VI, 7.
" Lettres, XXI, 0. " « Parce que la France est peuplée
1 Te quidem lauro relebrem foroqne (le singes », dit malignement Pasquier
Pascliasi. relebravit iiigcus a ee sujet : I.vUits. Xl\, 11.
146 KIIKMNK PASQUIER
plaudiP Ou plutôt, comment ne pas lui pardonner ce tort quand il s'en excuse avec une naïveté charmante, en réclamant le privilège, d'abord du poëte, ensuite du vieillard, toujours prêt à vanter le passé età se louer lui-même '? S'il va jusqu'à promettre à ses poésies I immortalité 2, les auteurs de son illusion sont ses propres contemporains3 : les plus illustres d'entre eux le célèbrent ou le courtisent '. D'Urfé réclame de lui dos vers pour orner le frontispice de la continuation de son Aslrec D. On sollicite de ce Nestor de la littérature, non pas seulement des conseils, mais une recommandation, en quelque sorte, près de l'époque présente et près de la postérité6.
Ce qui devra surtout désarmer notre critique , c'est que dans celte carrière si pleine la poésie ne fut, comme on l'a dit, qu'une diversion aux travaux sérieux. Pasquier y chercha moins la gloire qu'une jouissance personnelle. Jeune , il la gardait pour ses heures de re, os : loin de causer aucun préjudice à ses affaires, dans la poudre du barreau , au milieu des sacs, elle rafraîchissait son esprit épuisé, ou ell-e le délassait de ses études profondes sur notre vieille histoire. Souvent « avocat le jour, il était poëte la nuit ; » et que de fois n'envoya-t-il pas à ses amis la pièce « éclose la nuit dernière7? » Ce goût de la poésie, il n'eut garde, on le sait, de le dépouiller avec la jeunesse. C'est que son àme ne s'était pas fermée prématurément, comme il arrive de nos jours, à ces croyances, à ces illusions, source du bonheur autant que de l'émotion poétique. Déjà de son temps Ronsard voulait que le poète se tùt après quarante ans, ainsi qu'un rossignol
■Qui près de ses petits sans chanter se repose8 :
Pasquier fut bien éloigné d'obéir à ce précepte rigoureux. Pour lui, cle même que pour la plupart de ses contemporains, la poésie fut une compagne de tous les âges. Après avoir amusé et embelli ses loisirs, elle fut plus tard la consolation de ses peines. Lorsque la guerre civile eut mêlé pour lui à la douleur des calamités publiques beaucoup de chagrins privés, on a vu qu'il charma par des vers l'exil auquel le devoir l'avait condamné. Le sommeil refusait-il de le vi-
1 Lettres, XIX, H ; cf. VJH, 10 : 6 Recherches, VII, 14, 15.
o Permis à uu vieillard, dit-il aussi, < Lettres, VIH, 4 et 5 ; cf. XII, 7,
XXI, 6, d'être babillard et de se louer. » XXII, 6. 11 a dit aussi , au commen-
2 Lettres , XXI, 6. cernent de ses Êpirj ranimes :
j .,"' .y' o - Haec pgode multa ludrbam cru mina nortr.
* Voy. T. Il des OBwres, col 925, 29fi. s Voy. l.e bocage royal.
siter, il trompait par ce passe-temps l'ennui de la veille ' ; dans la maladie c'était une distraction à ses souffrances2. Ce fut encore son abri contre les importunités de la vieillesse. Grâce à la poésie, il sut cueillir des fleurs dans ce champ, pour tant d'autres si désolé et si triste. A l'exemple du jurisconsulte Julien, qui ne comptait, nous dit-il3, n'interrompre aucun de ses exercices, « quand même il sentirait un de ses pieds dans le cercueil , » il échangeait l'envoi de pièces badines avec le vieux Loisel, qui aimait les vers et en faisait comme lui : « ce serait, pensaient-ils tous deux, une grande folie à nous que de ne pas accompagner, de fois à autres, nos actions et nos études de quelques gaies folàlreries 4. » Loisel, bientôt après, le précédait au tombeau ; et Pasquier, au moment d'y descendre, écrivait encore à Thiard J : « Vous et moi nous survivons presque seuls en France, si je ne m'abuse , de cette brigade que produisit le règne du roi Henri II. » Là-dessus, il conviait son ami à employer aux nobles exercices de l'esprit ce qui leur restait de jours. Fidèlo à ces principes, voici les vers qu'il adressait dans sa quatre-vingtsixième année à une damoiscllc qui l'avait elle-même célébré par un sonnet :
Je suis votre Apollon et vous ma Mnémosyne : Quant est de mon trépas, je ne l'ai redouté , Si non qu'en me perdant je perds votre beauté, C'est-à-dire l'objet d'une flamme divine ;
et il terminait ainsi, peu auparavant, un remerciment pour une de ses visites :
Oui, tu m'as fait au doux son de ta voix Dans mes vieux ans retrouver ma jeunesse fi. . .
Ces poésies de Pasquier, où l'accent du cœur se fait quelquefois sentir, n'ont donc pas été stériles pour son bonheur : ajoutons, afin d'être juste, qu'en témoignant de la souplesse, de la liberté et de l'étendue de son esprit, elles ne paraîtront pas, aujourd'hui même, entièrement inutiles pour sa réputation. Loin de nous certes la pensée de les priser au-dessus de leur valeur; mais ne doit-on pas aussi s'abstenir à leur égard d'un dénigrement injurieux ? Pour apprécier ces titres avec équité, il faut les replacer dans leur époque ; en d'autres termes, remonter au temps qui vit briller la Pléiade, dont Pas-
< Lettres, XXI, 5. ' Lettres, XXII, 4.
î ld., VIII, 12. s Id., XVI, 3.
3 Id., XX11, 4. Md., XXII, 6.
148 ETIENNE PASQUIEI
quier lui, si non I'ud des astres, <lu moins l'un des dignes satellites. Ouvre/, non pas, il esl vrai, les chefs de l'école, Ronsard, du Bellay, si supérieurs à ceux qui les entourent, mais Jodelle, Mail, Ikllcau lui-même ; et vous reviendrez plus indulgent a la l< cture de Pasquier: alors, en effet, dans le premier travail d'une violente réforme, tout était désordonné et confus. L'ingénuité du lan gage de Marot avait disparu en partie; les qualités qui devaient la remplacer ne nous étaient pas acquises encore. On n'avait pas fait le partage de la langue commune en deux langues distinctes , Tune tonsacrée à l'usage familier, l'autre réservée pour l'éloquence et la poésie : heureuse et nécessaire séparation, qu'une exagération maladroite a pu seule décréditer. Ce vocabulaire de choix sera l'œuvre du dix-septième siècle : abstenons-nous de condamner trop sévèrement des locutions devenues depuis basses et triviales. On éprouvera plutôt le besoin de retremper notre idiome à ses sources, de lui restituer quelques-unes de ses richesses naturelles, en reprenant ça et là dans Pasquier, en relevant d'une injuste roture des termes indiscrètement proscrits. A cette époque, en outre, l'afféterie italienne avait altéré nos plus franches et nos plus généreuses natures : c'était le règne des antithèses puériles, des subtilités froides, de l'érudition prodiguée hors de saison, des allusions forcées, enfin du bel esprit dans toute sa végétation stérile. Nous n'avions guère encore imité que les défauts de Pétrarque et d'Ariosle. Pasquier n'a pu se soustraire à cette empreinte de son siècle, au ton précieux dans le sentiment et au pédantisme dans la frivolité. Mais à côté de ces imperfections , et au milieu de tant d'efforts pour cire spirituel, se montrent d'incontestables qualités, de l'élan, de la malice, de la verve, parfois un entrain qui rappelle le vieil et naïf enjouement gaulois. Surtout le patriotisme, en échauffant l'âme de Pasquier, lui suggère son inspiration la plus constante et la plus vraie.
On nous pardonnera, par ce motif, d'avoir voulu disputera l'oubli quelques-uns de ses vers, qui à l'époque où ils parurent charmèrent beaucoup d'esprits cultivés. Sous les débris entassés parle temps, il ne nous a pas semblé sans à-propos de chercher, de retrouver quelques tleurs à demi étouffées, mais qui, pour empruntera notre auteur une expression gracieuse ', « ont eu dans leur saison printanière une
1 UU,cs, XIX , 11, u la fin.
P01. Il: FBANÇAIS ET LATIN. 1-1 11
suave odeur. » N'est-il pas juste de revenir quelquefois des chefsd'œuvre de nos maîtres aux essais qui les oui préparés; et \\y a-t-il pas un intérêt national, autant qu'un devoir de reconnaissance,
à ne laisser rien perdre dans l'héritage littéraire que nous ont légué nos ancêtres?