‹ Essai sur la vie et les ouvrages d'Étienne PasquierChapitre 18 sur 21 · TRAVAUX ET JUGEMENTS ULTÉRIEURS SLT\ PASQU1ER · texte numérisé non relu

TRAVAUX ET JUGEMENTS ULTÉRIEURS SLT\ PASQU1ER

Mais ce premier bruit de la renommée fut assez prompt à s'éteindre, et il y eut pour lui, comme pour la plupart des écrivains de son époque , une sorte d'interruption dans la gloire. Nous l'avons vu , Pas quier cessait de vivre au moment où allait surgir une littérature nouvelle; bientôt le grand siècle allait commencer, qui n'adorerait plus que lui-même. D'autre part, si quelques amis des lettres étaient demeurés fidèles à la mémoire du passé, si les hommes célèbres du seizième siècle trouvaient encore des panégyristes, le nom de Pasquier réveillait les souvenirs d'une lutte qui devait lui être funeste. On ne s'étonnera pas que la puissance alors croissante des jésuites ait pesé sur sa réputation. Son éloge eût compromis. Perrault, qui, pour complaire à l'ascendant ombrageux de la société , effaçait de son livre des Hommes illustres de la France les noms du grand Arnauld et de Pascal ', n'eut garde d'y donner place à Pasquier2. Baille! est fort court sur lui : il dit quelques mots des ouvrages polémiques dont il a été l'objet, et, chose singulière, de ses poésies; il se tait sur le publiciste et l'historien , en un mot sur le prosateur. Une de ses remarques suffit pour montrer qu'il ne lui est pas favorable : « Quoiqu'on le vit aller a la messe, obsen e-t-il , il passait auprès de quelques-uns pour un huguenot dissimulé3. » Moréri, au t. VIII, de son Dictionnaire , p. 1 11 , et Taisand , dans ses Vies des Jurisconsultes anciens et modernes (in-4°, Paris, 1721, p. 414 ), lui ont consacré un article ; mais Nicéron , dans ses volumineux Mémoires, où il parle de tant d'obscurs soldats de la république des lettres , ne le mentionne même pas. Ces préventions ne pouvaient être durables. Dès la première partie du siècle dernier, l'opinion, trop longtemps égarée par la passion, est pour ainsi dire ramenée à Pasquier. Thon du Tillet, dans son Parnasse français ', et un autre

1 On s'aperçut do ridicule de cette selle , t. XXX III, p. 73 et 4lô.

suppression, qui ne fut pas maintenue. 2 Sa place était néanmoins naturcl-

A cette occasion on avait rappelé ce lemeut marquée à côté, de Scévole de

femeux passage de Tacite : c Praeful- Sainte-Marthe, François Pithou , Ju-

gebant Cassins utque Brutns, eo ipso seph Scaliger, du Vair, etc.

qnod effigies eorum non videbantur. » 3 Jugements des Savants, t. Vil, p. SI .

voy. à ce sujet la Biographie univer- * ln-f°, Taris, 1732, n° XL, p. lbl et

littérateur estimable, Rigoley Je Juvigny, dans son édition de bliothèaues françaises de La Croix du Maine et Su Verdier ( 177''. in-4°), rendent , à l'homme surtout, un noble témoignage d'estime . t. III , p. 519 : « C'est dans le livre des Recherches de la France, dit Rigoley, et dans le Recueil des Lettres de Pasquier, que l'on >r fera une idée de ses talents divers, de sa politesse, de sa bienfaisance, de ses mœurs douées et honnêtes. Il n'est pas étonnant qu'avec de si belles qualités il ait joui d'une estime universelle, et qu'il ait été chéri de tous ceux avec lesquels il vécut , étant d'un caractère aimable, doux et enjoué. »

Depuis cette époque jusqu'à nos jours il serait difficile d'énuinérer tous les suffrages qui lui ont été décernés. L'abbé (ioujet I allègue souvent comme autorité ' et le loue justement dans un article étendu2. Le père Lelong fait mention de lui dans plusieurs parties de sa Bibliothèque3, et toujours avec la plus grande estime. Piganiol de La Force, dans sa Description historique de la ville de Paris, le proclame l'oracle du seizième siècle : sa mémoire, suivant lui , ne cessera d'être en vénération parmi les honnêtes gens, et surtout parmi ceux qui aiment notre histoire4. Presque tous les dictionnaires historiques modernes l'ont, de plus, vengé dignement du silence de Perrault.

Parmi les morceaux qu'Us renferment , il faut remarquer en particulier l'appréciation aussi juste que bien écrite de la Biographie universelle : l'auteur n'est pas nommé ; mais cet article, où tout annonce une plume distinguée, se retrouve au t. I des Mélanges historiques et littéraires de M. de Barante, pag. 80 à 9ô. Vu travail estimable de l'abbé Auger sur Pasquier a paru aussi dans la Galerit française, t. 1er s. M. Charpentier, dans son Tableau historique de la littérature auxquinzième et seizième siècles, page 195, l'a noblement

sulv. (la première édition est de 1727, de 1752.

in-12}. 11 est question dans cet ou- 3 Voy. l'indication de ces passages ,

vrage d'un Discours de Pasquier Sur la t. V, p. GôS, 659. manière de parier au roi : il s'agit sans '' T. VI, p. .208-200. doute du Pourparier du prince, dont le 5 Ou « Galerie française et Collection

titre a été mal compris et dénaturé. de portraits des boinnies et des femmes

1 On sait que ce n'est qu'au début qui ont illustré la France dans les

de son \\c volume que celui-ci sort seizième, dix-septième et dix-huitième

des origines de notre poésie française : siècles, » 3 vol. in-l°, Parie, 1821, L823.

pour ces origines, son guide principal La notice sur Pasquier est accompa'-

est Pasquier. gnée d'un portrait, fait, dit-on, d'après

l XIV, p. 253-263 de l'édit. in- 12 le tableau peint a Troyes en

loué dans quelques pages pleines de mouvement et de justesse. Déjà MM. Saint-Marc (îirardinet Philarète Chasles, dans leur travail sur le seizième siècle, l'avaient apprécié plus brièvement, mais d'une manière non moins favorable.

Enfin, on a vu qu'un illustre magistrat, qui par ses opinions et son caractère a plus d'un trait commun avec Pasquier, M. Dupin, avait l'ait de lui, il y a peu de temps, un brillant panégyrique ', et que M. Giraud, membre de l'Institut , dans sa publication récente de Y Interprétation des Institutes de Jusdnian, lui avait consacre une notice considérable, dont il est superflu de renouveler l'éloge.

Plusieurs publications périodiques se sont plu , depuis quelques années, à revenir sur Pasquier et à lui rendre pleine justice. Toutefois, entre ces notices abrégées , mais quelquefois vives et piquantes, un article du journal le Droit m'a paru empreint d'un dénigrement injuste 2.

La Revue des deux Mondes annonçait, il y a plusieurs mois, pour l'un de ses prochains numéros, un portrait historique de Pasquier, par M. de Saint-Priest : elle ne l'a pas encore donné.

Autographes et portraits de Pasquier.

Déjà l'on a dit que les quatre lettres de Pasquier conservées à Ta Bibliothèque nationale étaient autographes. On est aussi fondé à croire que le manuscrit latin du Catcehismc est autographe : c'est ce qui est annoncé sur le frontispice.

Dans Ylsographic des hommes célèbres, ou Collection de fac-similé de lettres autographes et de signatures, Paris , chez Mesmer, 1828.- 1830, t. 111, on trouve aussi un autographe de Pasquier, signé de son nom et tiré de la collection de M. de Monmerqué. C'est une quittance d'une somme d'argent reçue d'un particulier. Elle est datée de juillet 1613.

Enfin, dans Y Iconographie française, publiée par M,nc Delpech, Paris, 1840, on peut voir, au t. 1, le portrait de Pasquier, avec un

1 Ce discours a été prononcé pour 2 Année 1840, p. 519. Je signalerai

la rentrée de ïa cour de cassation, encore1, comme peu exacte et certaine -

1843 : J'ai cité l'édition qui a paru meut trop rigoureuse, l'appréciation

en 1843, in-S% chez Joobert. On peut que M. VioUet Le Duc a faite de Pas-

rapprocher de ce discours nue bro- qnier, dans son ouvrage, d'ailleurs si in

chure publiée par M. II. de Riancey : tèreasuat, Catalogue de sabibliothàquç ,

Lettre à M, Dupin sur réloge d'Etienne p. 3C>'J . Pasquier.

autre autographe ; c'est encore une quittance, donnée) en septembre iooi, dont le montant s'élève à soixante-seize èeus (leur sous sia limiers, par Pasquier, comme avocat général de la cour des oomp tes, pour ses gages du quartier d'avril.

On a eu l'occasion de remarquer que la statue en marbre de Pasquier, œuvre d'un artiste distingué (M. Foyatier), avait été placé» dans la salle des séances de l'ex-chambre des Pairs.

Deux portraits d'Etienne Pasquier se trouvent, en outre, au Musée de Versailles, sous les n. 2164 et 2165 : voy. à ce sujet l'ouvrage publié sur « les galeries historiques du palais de Versailles », t. IX, p. 157-160. Le premier de ces portraits, peinture remarquable du temps, rappelle les traits de la gravure placée en tète des Recherches, mais représente Pasquier dans un âge moins avancé.

De plus, le père Lelong, au t. IV de sa Bibliothèque , dans sa liste de portraits des Français illustres, p. 246, indique plusieurs autres portraits de Pasquier : ils sont postérieurs à sa mort. Un premier a été gravé parL. Gaultier, en 1617, et le représente dans la dernière année de sa vie. Un second est de Jaspard.Isaac; un troisième de Thomas de Leu ; il y en a un quatrième dans la collection d'Odieuvre : on peut les voir au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale.

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