‹ Essai sur la vie et les ouvrages d'Étienne PasquierChapitre 4 sur 21 · ETIENNE PASQU1ER PROSATEUR FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ETIENNE PASQU1ER PROSATEUR FRANÇAIS

Nous passons maintenant à ce qui occupe dans la vie de Pasquier une place si considérable, à ses ouvrages, en commençant par ceux qu'il a composés en prose.

Au milieu du seizième siècle, « le temple de la justice, pour rappeler une métaphore un peu solennelle du chancelier d'Aguesseau ', semblait n'être pas moins consacré à la science qu'aux lois » : en d'autres termes, le barreau et la magistrature étaient une pépinière de penseurs et d'écrivains. Nourri de fortes éludes, lorsque le jeune Pasquier fit son entrée au palais, il y trouva donc, dans de nombreux exemples, un encouragement et un aiguillon pour se livrer au penchant naturel qui l'entraînait vers les lettres. Aussi fut-il auteur à vingt-cinq ans. Alors, parmi nous, la littérature était l'expression d'une société galante, où le culte des femmes allait jusqu'à l'idolâtrie. Le chef de la dynastie des Valois n'avait pas peu contribué à le répandre. Aux yeux de François Ier, comme le dit Brantôme % « une cour sans dames eût été un parterre sans roses. » Henri II pensait comme son père; et, ajoutait le chroniqueur , « depuis le temps de nos grands pères et pères, il ne s'était guère vu de nos rois et autres grands qui n'eussent aimé les dames, les uns moins, les autres plus3. •» Sous l'influence de ces mœurs faciles, on ne s'étonnera pas que les dissertations sur l'amour eussent une vogue extrême. Chaque jour voyait naître sur ce thème favori une foule de livres, traités et dialogues4. On raffinait, on subtilisait à l'envi. Pasquier devait payer son tribut au goût dominant. Il débuta par un ouvrage de ce genre, par le Monophilc5, où,

1 XIIIe Mercuriale : voy. ses Œuvres grands rois; et qui sont ceux qui ont choisies, édit. Lefèvre, t. I, p. 247. plus de commandement sur eux que

2 Hommes illustres, Éloge de Fran- les femmes ? » Lettres, Il , 5.

rois Ier. « Témoin les stsolains de Bembo , le

3ld., Eloge de Henri H : aussi Pasquier livre du théologien Equicola De la na-

sautenait-il « que le service des dames ture de l'amour, les Dialogues de Léon

était la première planche pour parve- Hébreu sur l'amour, etc.

nir aux grands lieux... Quels sont cens 5Ces titres pédantesques étaient fort

qui confèrent tels étals, sinon les goûtés au seizième siècle. C'est ainsi

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se posant en rival « des beaux esprits de la France qui s'étaient voués, en noire vulgaire, à la célébration de l'amour par leurs poésies », il annonçait l'intention « de les contrecarrer par ses proses'. » Voici la fable : c'est un dialogue, forme si goûtée à celle époque, où figurent quelques gentilshommes, qui, pendant les guerres de Henri II et de Charles Quint, ont profité d'un intervalle de repos qu'ils doivent à la levée du siège de Metz, pour prendre un peu de bon temps. Parmi eux on remarque surtout trois jeunes gens « qui, pour ne se montrer exempts de chose correspondante à leur âge, font état d'aimer. » L'un d'eux, dont toutes les pensées s'adressent uniquement à sa maîtresse, s'appelle Monophile; les deux autres, Glaphyre et Philopole. La conversation s'engage entre ces trois personnages et une damoisclle nommée Charilée, « en un lieu si bien comparti, qu'il semblait que nature se fût délectée a le bâtir pour servir de reposoir. » Pasquier, qui s'est « jeté derrière une touffe d'arbrisseaux, de peur d'interrompre les devis, » les a entendus et recueillis avec soin.

On y examine à quel âge il faut entrer dans le mariage, et quelles circonstances en peuvent assurer le bonheur; si le devoir de fidélité est le même pour l'homme que pour la femme; si l'amitié a autant de force que l'amour, et quelle est l'essence de ce dernier sentiment : question qui annonce VAstrèe et l'école des romans de Scudéri. Bientôt l'auteur lui-même sort de sa cachette pour ranimer l'entretien, qui commençait à languir. Alors se renouvellent, au sujet de l'amour, de longues discussions entre les interlocuteurs. Elles amènent sur la dignité relative des hommes et des femmes une vive polémique. Pour défendre son sexe attaqué, Charilée, « d'une face transformée en vermeil, » rappelle combien de femmes ont inscrit leur nom au rang des noms les plus fameux. Pour la poésie, par exemple, de Sapho à notre Marguerite de Valois, combien « dont les œuvres reluisent entre celles des bons et louables esprits? » Dans tous les autres arts elle ne manque pas de souvenirs glorieux à évoquer. Monophile, après ce plaidoyer plein de mouvement , se joint aussi à Charilée pour honorer ce sexe, « qui, dans

que l'on voit, en 1592, un frère de l'a»- Christophe de Thou , en lui rappelant

teur à'Astrce, Antoine d'Urfé, publier cet ouvrage: « Adolescens, duos de

à Lyon deux dialogues du Polcmophile. amore libros , quod atas Ma ferebat ,

1 Préface du Monophile, t. 11 de lingua uostra exaravi... i T. 1 des

l'édit. des OEuvres de Pasquier, de Œuvres, col. 1125; cf. Lettres, 1, 3:

1723, col. 693. L'antear dit aussi dans VH1 , 1. une épitre latine au premier président

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l'opinion îles hommes, de riiuj cents ou mille pas pies n'approche «le son excellence. » Il célèbre la mémoire héroïque de Jeanne d'Arc : il lui semble, à ce nom, que de nos victoires même le ciel ait voulu « leur réserver les meilleures ».

Revenant ensuite à un ton plus enjoué, Pasquier, dont le seul but a été de servir à eette aimable compagnie « de secret lire fidèle, » montre dans la beauté l'ascendant souverain que l'homme ne peut manquer de reconnaître et de subir. Par mille séductions elle le captive et l'enchaîne : « A l'un plaît l'esprit , à l'autre le corsage, à celui-ci le visage, à celui-là le parler; mais sur tout l'œil a sa puissance, autour duquel Cupidon voltige avec cent mille virevoltes. » Et malheur à qui, jeune, se dérobe à son pouvoir : i! lui faudra , vieux , et à la risée de tous , « marcher sous ses étendards. » Que l'on se garde donc de contrecarrer ce puissant dieu, qui, « au bon et Un al serviteur seulement donnera quelque relâche. » Sur cet avis se termine le premier des deux livres que renferme le dialogue. Pasquier se plaint, au début du second, que les auteurs soient trop prompts à plier leur esprit sous la dépendance des princes et des grands. Les yeux tournés, dit-il, vers « ces distributeurs des biens du ciel, » ils n'ont guère souci de l'honneur qu'autant qu'il se présente «■ emplumé de richesses : » pour lui, il n'a d'autre vue que de plaire à sa dame, « son étoile pour l'acheminer à bien faire, et qu'il n'estime pas un moins bon guide que les muses du temps passé, tant invoquées par les poètes. » A cette digression succèdent beaucoup de débats ou sérieux ou frivoles; on discute les dangers de la toilette, les remèdes à opposer aux passions; on se demande à qui il convient mieux d'aimer, « du gentilhomme ou de l'homme de robe longue, de la gentille femme ou de la bourgeoise, » etc. : qui voudra résoudre ces points importants pourra recourir au Monophile.

Si l'on excepte, au reste, quelques passages qui ne manquent pas de naturel et de grâce, on n'y trouvera guère que des dissertations subtiles et pédanlesques. On sait que le raisonnement aristotélique régissait a cette époque toutes les matières : de la, dans cette composition, une roideur qui en rend la marche pénible, embarrassée et fatigante. Le ton est sentencieux et didactique ; le style précieux , diffus et quintessencié. Les plaisanteries sont trop souvent dénuées de finesse et d'agrément.

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En outre, mille souvenirs divers, entassés un peu au hasard,

attestent bien plus l'érudition que le goût de l'auteur. Avec la philosophie et la mythologie de l'antiquité, avec la littérature de la Grèce et de Rome, on le voit interroger même et citer, à propos de ses théories amoureuses, les saintes Écritures.

Ce tour léger et facile qui donne à la plaisanterie son plus vil" attrait manquait encore à notre langue. On n'avait pas trouvé le secret de ce badinage piquant et délicat qui est l'esprit moderne : l'expression et la pensée elle-même étaient trop souvent sans réserve. Il ne faut donc pas s'étonner que la lecture du Monophile n'ait plus aujourd'hui pour nous beaucoup de charme. Des accents de patriotisme, de généreux élans que l'on rencontre çà et là, nous annoncent toutefois, au milieu de ces pages frivoles, l'écrivain capable de s'élever à des sujets plus sérieux : soit qu'il accuse nos rois de ce que, trop appliqués aux armes, et plus soucieux du présent que de l'avenir, ils se sont presque tous montrés indifférents à la culture des lettres , « en sorte que la mémoire de notre belliqueuse France est demeurée presque ensevelie; » soit qu'il les exhorte à « donner la vie aux esprits, qui en contre-échange leur apprêteront l'immortalité ; » soit enfin qu'en applaudissant aux nobles efforts de François Ier pour faire, par la culture intellectuelle du pays, « honte à toutes les nations étrangères » , il encourage nos poètes à rivaliser hardiment avec les gloires de l'antiquité et avec celles de l'Italie moderne. Déjà son admiration naïve ne craint pas de placer Ronsard et du Bellay à côté de Pétrarque et de Bembo. '

Ces productions, il faut aussi le reconnaître, n'ont pas laissé que d'agir vivement sur les contemporains et de polir l'esprit national : elles ont servi de transition à des travaux plus dignes d'être avoués par le goût et par la raison. Pasquier nous apprend lui-même ' combien son Monophile, au moment où s'inaugurait sous Henri II le règne d'une nouvelle école littéraire , fut favorablement accueilli. Du Verdier y trouvait « maints beaux, agréables et élégants discours de très-heureuse invention2 » ; « et Jodelle, dans une ode composée en l'honneur de Pasquier, n'hésitait pas à déclarer que son nom , grâce à cette œuvre , défierait à

• Recherches, VU, 6 ! Voy. sa Bibliothèque, a l'article

Pasquier.

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jamais l'envie , bien plus , que la France en recueillerait un immortel honneur1. Lue seconde ' édition du Monophile2, qui suivit presque aussitôt la première, était également « honorée par des vers mesurés » de Nicolas Denisot , plus connu sous son anagramme de comte d'Alsinois 3 ; el longtemps après Pasquier ne croyait pas, comme il nous l'atteste, « que son livre fût aucunement vieilli dans l'opinion des beaux esprits de la France ■ -1.

Les Italiens, surtout l'Ariosteet l'auteur des Asolains \ Bembo, avaient été pour cette composition les modèles de Pasquier. Il publia encore, dans le même genre, des Colloques d'Amour et des Lettres amoureuses : curieux toutefois « de sonder avec moins de hasard pour sa réputation le jugement public '-', il se couvrit du voile prudent de l'anonyme; mais à son insu l'ouvrage ne tarda être réimprimé et à paraître sous sou nom , ce qu'il eut, nous dit-il, l'occasion de découvrir un jour qu'il feuilletait quelques volumes dans la boutique de l'Angelier, le Barbin de l'époque. Cette preuve de succès le consola, comme ou pense, assez aisément de l'indiscrétion du libraire. Loin de désavouer ces folies , comme Pasquier nommait par la suite les productions de sa première jeunesse, il n'avait garde dans un âge plus mûr de s'en repentir : il rappelait même avec quelque complaisance que c'étaient des nouveautés qu'il avait introduites dans notre littérature \ A la vérité il eut des imitateurs, entre lesquels Patru \ l'auteur des Lettres à Olinde ; mais l'original mérite aussi peu que les copies d'être longuement étudié ?. Il suffira de remarquer que les Lettres et les Colloques offrent tous les défauts que nous avons signalés dans le Monophile : au lieu de passion on n'y trouve que du bel esprit; une métaphysique maniérée y tient la place du sentiment : ils manquent à la fois de délicatesse , de grâce et de sel. Aujourd'hui que la mode est passée de dogmatiser sur l'amour, il

1 On peut lire cette ode dans le t. II e Lettres, VI, 4. des Œuvres de Pasquier, col. 693etsuiv. : ld.. M, 3 et 4.

2 En 1555. 'V.seï . Pari*. 1714,

3 Recherches, VII, 11. in-4% p. 471 et suiv. de la seconde par-

. VIII. I ; cf. Id., 1, 3. lie.

Gli .-fsolani : ce fut du nom d'an y Peu après Pasquier, Pibrac publiait

ciàteau, comme ou le voit au liv. Ier, aussi des Lettres amoureuses : ou les

que provint le titre de cet ouvrage, trouvera dans les Mémoires sur sa vie,

« dédie à madame Lucrèce P>orgia , du- Amsterdam, 1761, in-12 les au-

cbe>se de Eeirare ». et qui fut traduit teurs de ces mémoires sont Lépine de

eu français, l'an 1547, par JeanMartiu, Grainville et l'abbé Sépher . Elu

i-ur l'ordre de « monseigneur le duc sans r ans agrément. d'Orléans. »

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serait fort superflu de vouloir disputera l'oubli ces œuvres de scolastique galante, justement tombées avec le règne du pédantisme.

A ces compositions de Pasquier il faut rattacher encore un autre opuscule, postérieur de plusieurs années, mais d'une nature entièrement semblable : ce sont les Ordonnances d'Amour. Bien qu'il n'y ait pas mis son nom , il confesse, dans une lettre à l'un de ses amis x, qu'il en est l'auteur; il en rapporte plaisamment l'origine : c'est « aux grands arrêts tenus la veille de la fétc des Rois , en sa maison, dans une grande assemblée d'hommes-et de damoiselles, » qu'elles ont été rendues 2. Plusieurs fois éditée au seizième siècle, cette facétie l'a été encore de nos jours3 . On y lit, après un exposé de motifs plaisamment formulé par Genius, « archiprètre d'amour , » cinquante articles , où. des termes de jurisprudence appliqués à des idées plus que légères produisent un mélange fort burlesque.

Heureusement que Pasquier mêlait des études plus sévères à ces délassements comiques : avec ces fleurs de sa primevère \ des fruits solides et pleins de suc avaient commencé à paraître. Sa première œuvre sérieuse fut un discours adressé, sous le titre d'Exhortation, vers le commencement de 1561, «aux princes et seigneurs du conseil privé du roi, » réunis à Paris pour conjurer les luttes sanglantes que les dissensions religieuses semblaient à la veille de faire éclater.

La liberté de conscience avait déjà triomphe en Allemagne. La diète d'Augsbourg en 1555, et, trois ans après, la pacification de Passau avaient proclamé sa victoire définitive : elle ne pouvait manquer d'avoir en France un grand retentissement. La réforme en acquit de nouvelles forces ; et presque aussitôt l'avènement d'un enfant à la couronne affaiblit de beaucoup la résistance qui pouvait lui être opposée. Ce fut alors que le cardinal de Lorraine, par un changement soudain de conduite, que lui suggérait la politique ou plutôt la nécessité, crut devoir se rapprocher des protestants, devenus tout à coup trop puissants pour être opprimés.

11 eut avec les ministres des conférences où plusieurs points de controverse furent agités; puis, affichant le désir d'une pacifica-

1 Lettres, 11 , 5. ' Voy. les col. 693 et 694 du t. II des

ï Ibid. OEuvres de Pasquier : « André du Cbesne

;i Dans les Joyevzetez, publiées par au lecteur. » Techenerdel83Ô à 1837.

tion solide , pour témoigner de son empressement à satisfaire les vœux qui réclamaient la convocation des états, il conseilla à la reine mère de réunira Fontainebleau, en vue d'y traiter des mesures favorables à la pai\ projetée, les princes, les plus importants seigneurs et gentilshommes du royaume, les chevaliers de l'ordre, enfin les premiers magistrats '. Celte assemblée fut en effet ouverte, d'après ses désirs, secondés de ceux du chancelier de l'flô- < pital, le 21 août 15G0. Beaucoup de discours, favorables tour à tour ou contraires à la réforme, y furent échangés en présence de Catherine de Médicis , entourée de ses fils; et le seul résultat positif de cette joute de paroles, ce fut la convocation des états généraux à Orléans pour le 10 décembre. Le roi se réservait d'ailleurs ainsi qu'à ses juges le droit de châtier ceux qui allumeraient des séditions et armeraient le peuple. Toutefois, malgré cette clause, il n'en sembla pas moins que le protestantisme, jusque-là repoussé si violemment, avait été en quelque sorte sanctionné par un premier consentement tacite de ses ennemis, et que le moment de la tolérance était venu pour lui 2.

Peu après arriva la mort de François II : nouveau sujet d'espérances pour les dissidents et d'intrigues pour tous les partis. Les états d'Orléans s'étaient bientôt séparés , sans rien statuer sur les troubles religieux. Il fallut songer à d'autres moyens de conciliation. Quelques mois s'étaient à peine écoulés qu'une requête en faveur des huguenots fut présentée par le roi de Navarre à Charles IX. Pour en délibérer, le monarque, qui venait d'être sacré , prescrivit une séance extraordinaire du parlement , où il annonça qu'il présiderait en personne, accompagné de sa mère, des princes du sang et des pairs du royaume. Là, sous les auspices du jeune souverain, on se flattait par un vain espoir, si souvent conçu et toujours frustré , de réaliser l'accord des deux communions ennemies.

Cette assemblée devait être infructueuse comme toutes les autres : on sait que l'édit qui en résulta 3 n'eut pour effet que d'exaspérer la colère des protestants et de rendre de plus en plus prochaine leur révolte à main armée *. Quoi qu'il en soit , l'attente de cette délibé-

1 DeThou, Hist., 1. 111, t. XXV, « L'édit de juillet : toj. de Thou, p. 605 etsuiv. de la trad. fr. (Loudres, I. XX VIII, t. IV, p. 71 ; les Lettres de in-4°, 1731 . Pasquier, IV, 10; les Mémoires de Con-

2 Lettres de Pasquier, IV, 5. clt> , t. 11 , p. 424; cf. Mézeray, Règne de

3 llnd.; cf. de Thou, liv. et vol. cites, Charles IX , 1560 et 1561 ; et Oaniel , p. 535. Histoire de France, aux mêmes années.

'iil ETIENNE PASQUIEB

ration solennelle était de nature à préoccuper tous les esprits aussi vit-on naître à cette occasion une multitude de ces écrits éphémères qui attestaient dés lors parmi nous l'activité de la vie publique '. Le peuple, fort peu consulté, se mêlait cependant beaucoup aux délibérations des grands : sa voix, déjà forte, éclatait par des mémoires, par des pamphlets , organes des partis opposés ; littérature militante qui tient une si haute place dans le seizième siècle. Entre les pièces de ce genre se fit remarquer l'Exhortation de Pasquier. Le bon sens et le patriotisme qui y dominent lui concilièrent iouf d'abord ce succès général, assuré à quiconque exprime vivement les vœux et les besoins du pays 2. Ce morceau est donc doublement important à nos yeux, et comme manifestation des idées du temps, et parce qu'il marque le premier pas de son auteur dans la carrière politique.

Le but de l'écrivain est-il, comme l'ont dit quelques critiques 3, de prouver la prétendue nécessité de favoriser le calvinisme ? Au premier abord,. cette assertion, pour qui connaît Pasquier, paraîtra étrange. A ce compte, il se fut mis dans ce passage en contradiction avec lui-même : car partout dans ses œuvres il se montre hostile au calvinisme 4 ; il lui impute une grande partie des maux de la France. La religion étant, suivant lui, l'âme de la république *, il se tient à celle de ses ancêtres; il croit volontiers « qu'il n'y a guère que les fous qui, pour penser être plus sages que nos bons vieux pères, soient entrés dans le nouveau parti 6. » Tout en voulant la réforme des abus que proscrit une piété éclairée, il n'estime point que nous devions, à cause de ces abus , changer notre ancienne religion "'. Dévoué de cœur à l'unité de l'Eglise, il professe pour elle une soumission absolue 8. Enfin il ne craint pas d'affirmer «que la liberté de conscience a été introduite dans notre France par le malheur des temps !>. » Mais une fois que le mal a pénétré dans les entrailles de l'État , comment l'en extirper? Ce ne peut pas être assurément par la force et par les armes lo. Les guerres civiles et surtout les guerres religieuses lui semblent le plus

1 Lettres de Pasquier, IV, 5. . c Lettres; cf. Lettres, IV, 13 : « Reli.

2 Voy. la préface du discours. gion ancienne ne doit être remuée. >>

3 Voy. particulièrement le Diction- ' ld., XIX, 16, à la fin. noire historique de relier, t. IV, p. 222, a ld., XX , 7.

édit. grand in-8° de Paris, 1837. '-' Bernière lettre du liv. XXII.

1 Lettres , XX , 1 , cf. XV, 18, etc. "> Lettres, X, 6.

: ld., V, 8.

PROSATEUR FRANÇAIS. (il

terrible fléau de la colère divine ' : Pasquier est trop éclairé et trop ami de son pays pour ne pas être tolérant 2.

Telles sont les opinions que, dans ses ouvrages, il exprime en toute rencontre sur le protestantisme : aussi éloigné de s'en déclarer le patron, que de vouloir le déraciner par le glaive. Il ne se prononce pas davantage en sa faveur dans son Exhortation aux princes.

Il commence avec autant de réserve qu'il montrera ensuite de vigueur, en priant ceux auxquels il s'adresse d'excuser son audace à leur donner des conseils. Sun intention n'est pas d'ailleurs de traiter du mérite relatif des deux religions. Persuadé , quant a lui , qu'il n'y en a entre elles qu'une de vraie , « qu'il n 'y a qu'une loi et qu'une foi, » il les suppliera seulement de considérer que, chrétiens de part et d'autre, ils reconnaissent le même Dieu, le même Rédempteur. Catholiques et protestants, n'ont-ils pas également ressenti les effets de sa bonté? Une preuve de sa bienveillance pour les premiers , c'est la découverte providentielle de la conjuration d'Amboise; et les seconds n'ont-ils pas aussi semblé protégés par lui lorsque Henri II est tombé, blessé à mort , le jour même où dans la cour du parlement il voulait « allumer l'appareil des grands feux ? » Quand la rigueur des persécutions s'est renouvelée, la justice céleste n'a-t-elle pas paru les condamner encore? En un moment le coup mortel levé sur une tète illustre s a été écarté par le trépas inopiné d'un jeune prince. Sans doute il serait téméraire d'aspirer à sonder, « dans nos vains et oiseux discours , les grands et émerveillables mystères de la Divinité. » Mais ces « avertissements oculaires » nous faisaient du moins comprendre qu'il fallait, sans attenter sur la vie les uns des autres, suivre en paix la loi de nos consciences; en d'autres termes, que le temple protestant devait être ouvert à côté de l'église catholique. C'est ce qui avait eu lieu en Suisse et en Allemagne : au reste, cela fùt-il sans exemple, il y aurait nécessité absolue de le permettre. Entre ce parti et celui d'anéantir les protestants on était forcé de choisir. Et comment , d'après leur nombre et leurs forces, les détruire sans causer la ruine du pays? Les bannira- t-on? La

1 Lettres , XV, 18. damné à perdre la vie, et sauvé par la

'-' Recherches, 111,25; VI, 26, à la lin ; mort de François II. — Voy. Lettres de

Lettres, IV, 2-1; \ , n. rie Pasquier, IV, '6-9. Il >'.i-ii du prince de Coudé, con-

62 ETIENNE PASQ1 ICI'.

France alors serait désolée et déserte. Emploierat-on contre eux

le glaive de la justice ? Jamais il n'immolerait assez do victimes. Les sacrifiera-t-on en masse et sans forme de procès.' Pasquier frémit à la seule pensée de cette boucherie . Pour nous égorger ainsi de nos propres mains , il demande où l'on trouverait des exécuteurs : c'était d'ailleurs, ajoute-t-il, «chose inconnue à nos ancêtres, de punir un de leurs frères parce qu'il se fourvoyait sur quelques articles de foi. » Suivant les Pères de l'Eglise, il n'était pas même permis de mettre à mort des hérétiques avérés : on avait vu saint Martin défendre la vie de beaucoup d'entre eux.

Vainement prétendait-on combattre par des raisons politiques l'existence simultanée de deux cultes. Sous Nerva et sous d'autres princes des édits de tolérance avaient produit les plus heureux effets. Le Grand Turc avait fait prospérer ses États en y introduisant la liberté religieuse. Le premier intérêt du souverain était de nourrir dans le cœur du peuple « une générale appréhension de la crainte divine : » en usurpant sur les consciences un injuste empire il ne réussirait qu'à propager l'athéisme. Son plus saint devoir entre les communions diverses était de tenir le glaive nu, sans l'incliner ni d'un côté ni de l'autre, sinon pour punir ceux dont le faux zèle allumerait de turbulentes passions. Si, au mépris des préceptes de l'Évangile , un ministre abdiquait le langage de la piété pour celui de l'invective; si, au grand scandale de la religion et du prochain , un prêtre soufflait dans les âmes la vengeance et la colère, le châtiment soudain du coupable devait être pour le peuple un objet de terreur et une leçon de modestie. Mais loin de là : des moines, « sortis des ténèbres de leurs écoles , » au lieu de faire entendre les mots d'amour et de concorde, n'ouvraient la bouche que pour tempêter impunément et pour demander des massacres.

Déjà toutefois plus d'un funeste souvenir de notre histoire attestait l'influence redoutable que pouvaient exercer les prêcheurs. Jean, duc de Bourgogne , avait fondé sur leur appui sa criminelle puissance r, et la France, désolée, « n'avait eu devant les yeux pendant quarante ans que guerre, effroi, image continuelle de mort.» Sans appréhender même des temps aussi désastreux, ne savait-on pas ce dont était capable dans un seul homme l'aveugle enthou-

' Cf. Recherches , VI , 3 et 30.

siasme d'une religion mal entendue; quels crimes affreux produisait l'égarement d'une volonté pervertie? Qu'on se rappelât le Vieux de la Montagne et ses sujets, que l'on nommait assassins1. Naguère trois gentilshommes italiens avaient osé égorger devant tout le peuple , au milieu de 1 église , Jean Galéas , duc de Milan , en faisant eux-mêmes le sacrifice de leur existence. I,e président Minard avait péri frappé d'une main inconnue'-. Il fallait tout attendre de ceux qui croyaient combattre et pour leurs vies el pour leur» âmes.

Au nom des périls qu'ils appelleraient sur eux-mêmes et de la situation critique de l'État , Pasquier, en finissant , suppliait les princes, avec une nouvelle ardeur de patriotisme, d'abjurer toutes leurs ambitions privées et de poursuivre d'un commun effort le seul but de la paix publique. Depuis longtemps « aux écoutes, » l'étranger, heureux de nos discordes , épiait l'heure de nous envahir : il demandait qu'ils ne lui livrassent point les portes de la France ; surtout qu'ils eussent pitié du bas âge de leur roi, el que par leur exemple le jeune Charles IX n'apprit pas à baigner ses mains dans le sang de ses sujets !

Est-ce donc là faire preuve de partialité pour le protestantisme? Nullement , comme on voit : c'est bien à tort que l'on s'est armé contre Pasquier de son Exhortation aux princes pour attaquer la sincérité de ses sentiments religieux 3. Dans ce morceau si honorable pour le citoyen il n'y a pas une parole que la véritable piété puisse incriminer. Ce qu'il sollicite pour les protestants , c'est la justice et le droit commun, c'est-à-dire ce qui s'arrache toujours, lorsqu'on s'obstine à le refuser. Tandis « qu'à coups de dague et d'épée , » pour emprunter une expression de notre auteur 4 , on s'efforçait de repousser les dissidents dans le sein de l'Église, les haines devenaient d'heure en heure plus implacables : des concessions opportunes pouvaient seules les désarmer.

' Cf. Recherches , VIII, 20. — « Le de Montmorency » :

Vieux de la Montagne, dit la Chronique Garde-toi, cardinal,

de Saint-Denis , faisait souvent occire Que tu ne suis traité

plusieurs rois et plusieurs princes par A ,a Minarde

les l.actassis (d'où assassins) : » T. II, U'une Stuar,le-

f 66; Paris, in-f», 1493. Ou crut en effet que c'était un Kcos-

1 Voy. l'Abrégé chronologique du pré- sais nommé Robert Stuard qui avait

sident Hèuault , édit. de 1774, p. 514. assassiné Minard, le 18 décembre 1559.

A l'occasion de ce meurtre il courut J V. l-'eller, Dictionnaire historique,

contre le cardinal de Lorraine un cou- au passage cité,

plet menaçant, que rapporte Bran- * Recherches, 111 , 30. tome, « Reprise du discours sur Anne

Pasquier, comme l'Hôpital et comme de Thon, l'a compris ' ; et la justice de la cause qu'il plaide l'a bien inspiré eu tout point. Au grand sens du politique qui devance et forme la raison de ses compatriotes se joignent, dans celte œuvre, les qualités de l'écrivain. Substantiel et fort, plein de Faits bien groupés , ce discours se distingue par un raisonnement vif et nerveux, par un style chaleureux et coloré, beaucoup des idées qu'il contient se retrouveront fécondées dans les Recherches.

Déjà Pasquier, à cette époque , en amassait les matériaux2 : il en fit même paraître un livre, dans les premiers mois de 1301 % comme pour éprouver le goût du public. Cette imposante composition, commencée dans sa première jeunesse, et qu'il devait terminer peu d'heures avant sa mort, nous allons la considérer dès à présent clans son majestueux ensemble.

Immense travail d'une existence presque séculaire, les Recherches, enrichies et complétées par une multitude d'accroissements successifs, forment réellement le centre où viennent converger toutes les études de Pasquier. Sans doute il ne s'était pas d'abord assigné une si vaste carrière; elle ne s'étendit que par degrés : ainsi l'horizon recule devant celui qui marche. Doué de cette opiniâtreté des grands esprits qui donne seule naissance aux œuvres durables, il employa désormais tous ses loisirs à mûrir et à perfectionner le plan qu'il avait une fois conçu4. Modifié ta tant d'époques, eteontemporain, pour ainsi dire, des différents âges de son auteur, cet ouvrage porte néanmoins partout l'empreinte de la même pensée, du même caractère d'esprit, des mêmes principes : semblable à un de ces grands édifices qui par l'harmonie de leur construction annoncent l'œuvre d'un seul architecte, mais où l'on reconnaît qu'une longue vie d'homme a été nécessaire pour les achever.

1 Le triomphe de la tolérance, ac- vait dans le seizième siècle que l'on

compli par l'édit de Nantes, qui cou- ce put réaliser ce qui nous parait au-

roiine le seizième siècle ( 1598 ) , nie jourd'hui an rêve; et nourrir cette

semble avoir été dû surtout à ces trois illusion était digne en tout cas d'un

hommes. Là-dessus j'accuserai d'un noble cœur.

peu d'injustice un savant écrivain de - « De moi, dit Pasquier, dans une

nos jours , qui leur reproche « de n'a- de ses Lettres , Il , (3 , je nie suis misa

voir pas vu d'assez haut les grandes la recherche de3 anciennetés de la

questions d'ordre politique , et d'avoir France; et pour cette raison j'ai ap-

réclamé avec plus de candeur que de pelé mon œuvre Recherches. »

réflexion une tolérance égale entre s Ce livre porte le millésime de 1560

desennemis, que la force seule, et non ( vieux style).

pas la raison, pouvait mettre d'ac- ' Préface du liv. 1 des Recherches,

eord. »(M. Paulin Paris, Manuscrits dans les éditions complètes. lis, t. IV. p. 193). Hien ne prou.

PROSÀTEUB FRANÇAIS. 65

Le premier livre fut dédié au cardinal de Lorraine, zélé protecteur des savants, qui l'ont célébré àl'envi. Pasquier n'ignore pas, dit-il ' en le lui adressant, les nombreuses affaires « qui pèsent sur les bras de l'illustrissime cardinal ; » mais il connaît aussi « la foi et hommage que chacun lui doit sur ce grand théâtre de la France, où le roi a voulu le constituer comme souverain après lui. » Partant il croit à propos de lui faire présent « du plus excellent de son cru. » S'il en appelle d'ailleurs à une attention préoccupée par de si gravés intérêts, ce n'est pas sans de sérieux motifs. Jusque-là on n'avait guère écrit que pour parler des Grecs et des Romains : le temps semblait venu pour le pays d'avoir aussi ses historiens et ses antiquaires : c'était là l'œuvre patriotique qu'il avait abordée; et si le haut suffrage qu'il invoquait ne lui manquait pas, d'autres livres se joindraient sous peu à celui qu'il avait composé. Il n'hésitait pas à en faire « le vœu publie et solennel, » heureux de se consacrer tout entier à l'honorable labeur « de revancher notre France contre l'injure des ans2. »

On sait avec quelle ardeur infatigable il accomplit cette longue et difficile entreprise 3. Cependant il ne se dissimulait pas combien le succès de tels ouvrages et la réputation des auteurs sérieux avaient de peine à s'établir. Le hasard, il ne l'ignorait pas, était «le distributeur des bénéfices que reçoivent les livres et non le plus souvent leur mérite4. » Mais un témoignage de sa conscience qui le payerait assez et qui suffirait à son bonheur, « c'est qu'il avait bien voulu à son pays5; » et si les suffrages de ses contemporains lui faisaient défaut, peut-être aurait-il pour lui ceux de l'avenir : car le temps était le creuset où s'éprouvait la valeur des écrits''. Fort de cette espérance, il ne reculerait en tout cas devant aucune fatigue, pour « défricher, ainsi qu'il put s'en vanter dans la suite à bon droit7, nos plus obscures anciennetés. » Par lui, en effet, la vieille Gaule fut pour la première fois pénétrée dans ses profondeurs ; pour la première fois la lumière historique éclaira l'origine des peuples conquérants qui s'y étaient établis. Dans ces voies qu'il avait frayées, beaucoup aussitôt le suivirent8; mais aucune

1 Lettres ,11,1. Cf. Lettres , 11,6.

3 Ibid, * Fin du chap. 1 du 1er liv.

3 « Opus si non eruditum , saltem 3 lbid.

laboriosum et antuum..., disait-il lui- 6 Préface du Ier liv. des Recherches..

même de son ouvrage, dans une épître " Voy. préface citée.

att premier président de Thou : voy. h lbid; cf. l'épître latine à de Thou,

t. 1 des OEi< ivres de L'usquier, col. 112";. déjà citée : « Maturiore aeiate origi-

oG il il \ m; i'\soi 11: u

du son temps , n'y marcha d'un pas aussi ferme et aussi sûr.

Un coup d'œil sur les principales questions traitées dans les liecherches suffira pour nous découvrir les trésors d'érudition que renferme cet ouvrage.

Les chapitres qui en forment le début, animés des sentiments patriotiques qui échauffent tous les écrits de Pasquier, sont consacrés à l'éloge ou plutôt à la réhabilitation du caractère des Gaulois, injustement attaque par plusieurs auteurs latins ou italiens. Dans ces bons vieux p'eres, comme il les appelle, Pasquier montre avec orgueil les anciens vainqueurs des Romains, les conquérants de beaucoup de pays, l'effroi des maîtres du monde. Jl se livre sur l'habitation primitive des Français, qui mêlés avec les précédents fondèrent notre nation, à des recherches que leur nouveauté devait rendre aventureuses. De là il passe à d'autres peuples barbares, qui ont eu avec ceux ci des relations plus ou moins étroites, tels que les Goths et les Bourguignons; et, s'enfonçant dans la nuit des temps, il veut même découvrir les premiers auteurs de notre race, que quelques-uns allaient chercher parmi les Troyens; il remonte jusqu'aux rois ou ducs que l'on dit.avoir commandé avant Pharamond.

L'auteur entre ensuite dans le domaine des faits vraiment historiques; il aborde, au second livre, l'examen de nos institutions, et s'occupe des grands corps de l'État, de l'origine des principaux établissements civils et religieux du pays, en un mot de ce qui se rapporte à notre ancienne organisation sociale. Où trouver des renseignements plus exacts sur les parlements du royaume, et particulièrement sur celui de Paris1? Les prérogatives de ce corps, « principal nerf de notre monarchie 2, » ses attributions judiciaires, surtout l'importance de son rôle politique, sont exposées avec un singulier intérêt. Comme la cour du parlement veillait au maintien delà justice, ainsi la garde de nos finances était confiée à la chambre des comptes : Pasquier, qui lui avait appartenu tant d'années, s'est plu à retracer son ancienneté, ses progrès, sa constitution 3.

nés gallicaspr/mi/s e nost ris edidi. ., in semblait résider toute la force et la

quo quid potuerim creteri viderint : vertu de la France. »

illucl sane profiter'! au'sim , plurimos 3 Recherches, II, 5. — On peut rnp-

nieo exemplo in idem postea ar^umeu- procher de cecbapitre une Dissertation

tum inductos, nonnullos etiam a me historique et critique sur la Chambre

quam plurima nomiuatim mutuatos. » des comptes par Michel I.e Chanteur;

1 Recherches, 11, 3, 4, et passim. Paris, in-4°, 1765 , où sont même discu-

- Id., II, 7. « Au cœur du parlement téeseteombattues quelques assertions de

le Paris, dit-il ailleurs, Id., 111,26, Pasquier.

PHOSATEL'i; FRANÇAIS. 67

Selon lui , le mot de chambre était autrefois « d'une haute dignité dans l'Europe ; » quant à celui de maître, également affecté aux

membres du parlement et de la chambre des comptes, «■ il avait déjà pris grand pied sur le déclin de l'empire. » A l'exemple du parlement, la chambre fut dans le principe composée en partie d'ecclésiastiques, en partie de laïques, qui étaient à la suite des rois; et ce fut seulement sous Philippe le Bel , lorsque le parlement cessa d'être ambulatoire, que la résidence de ces magistrats fut pareillement fixée à Paris. Leur charge embrassait, avec l'administration des finances, deux juridictions considérables , l'une sur le domaine ou trésor royal, l'autre sur les monnaies, qui détachées depuis ont donné naissance aux trésoriers généraux et aux généraux des monnaies : ils jouissaient dès le quatorzième siècle auprès du roi, comme Pasquier le prouve par plusieurs documents authentiques, de beaucoup d'influence et déconsidération. Poulies maîtres, ils furent d'abord cinq, dont trois clercs ; puis six, eusuite huit et dix. Ils eurent tour à tour sous eux trois, douze, seize auditeurs; enfin sous les Valois le nombre en fut porté à soixante. La chambre comprenait de plus des correcteurs de comptes, d'un rang intermédiaire entre celui des maîtres et des auditeurs. Primitivement ils n'étaient que deux, plus tard on les multiplia au-si à l'excès. A la tète delà chambre il y avait, dans l'origine, deux présidents, l'un prélat, l'autre séculier (jadis celui-ci était de droit le grand boutillier de France). Quant a l'avocat et au procureur général du roi, par suite du lien étroit qui unissait les compagnies du parlement et des comptes, ces deux officiers étaient anciennement communs pour l'une et pour l'autre; la spécialité ne fut introduite qu'en 14 34 dans ces fonctions, trop chargées d'affaires1. Par un édit du 23 décembre Charles VII créa Etienne de Novian procureur général auprès de cette dernière chambre en particulier. Un avocat général du roi n'y fut établi qu'environ vingt ans après, sous Louis XI : le premier nommé s'appelait Pierre Frelet ; Pasquier devait être le onzième de ses successeurs.

Ces détails permettront de juger des riches secours que l'on peut emprunter aux Recherches pour pénétrer au cœur de notre

1 Même dans le parlement c'étaient de procureur du roi ; usage qui exis-

de simples avocats des parties, comme tait encore au temps de Charles V| ;

nu s'exprimait alors, qui avaient long- voy. Recherches , N i, 36 ; cf. I.oisel. Dia-

temps été chargés par délégation tem- logue des Avocats, p. 221 de l'édition

poraire d'exercer l'office d'avocat et citée.

<i<S III IN M. P kSQl ni;

société antique. Sur les autres magistratures de la France elles ne nous instruisent pas moins complètement. On y voit, par exemple, combien d'affaires attirait à lui le <jrun<\ conseil, ou, comme on disait aussi, \e conseil étroit et privé du prince. Formé des hommes les plus éminents , réunis autour de la personne du roi pour l'assister de leurs avis , il avait pour mission de délibérer sur les principaux intérêts du pays '. Au temps de Charles VI et de Charles VII les membres de ce conseil, dont les attributions se confondaient souvent avec celles des membres du parlement, recevaient pour gages la somme, alors considérable, de mille livres. La présidence du grand conseil appartenait au chancelier, et, en son absence, aux maîtres des requêtes , selon leur degré d'ancienneté ; mais dans la suite il eut des présidents spéciaux. Sous Henri III son nom fut échangé contre celui de conseil d'État2.

Sur l'origine des pairs de France beaucoup d'avis différents ont été avancés et soutenus. Pasquier ne partageait pas à cet égard l'opinion populaire ; il se refusait à croire qu'ils eussent pris naissance sous Charlemagne, qui, disait-on, des douze principaux de ses sujets avait voulu faire presque ses égaux 3. « Le mot de pair, suivant lui, s'était insinué entre nous de l'ancienne dignité de;)«trice, qui fut à Constantinople : » il était l'abréviation de ce nom, comme maire était provenu de maître du palais *. Bientôt, à l'imitation des rois, les ducs et comtes , se faisant perpétuels , voulurent avoir leurs pairs ; il en fut de même « des médiocres seigneurs, qui prétendent ordinairement se composer à l'exemple des plus grands. » Au jugement de Pasquier, cette institution remontait à Philippe-Auguste, qui voulut magnifier sa cour de ce beau titre de pair : « pour le moins, ajoute-t-il, le voit-on dès et depuis son règne plus en usage que devant \ » C'est assez montrer que Pasquier ne se borne pas à répéter ce qUe l'on a dit avant lui : au lieu de compiler les erreurs de ses devanciers, il s'applique h les rectifier. Doué d'un grand sens, qui éclaire et dirige son érudition, il ouvre souvent des points de vue nouveaux; il aperçoit le vrai ou du moins il met sur sa trace. En tout cas, il le cherche par lui-même ; il est penseur original autant que savant : par là ses erreurs me mes ne seront pas sans utilité.

1 Recherches, M, 6. • Recherches, II, 9; cf. ld., 11.

- Ibid.; cf. de Thon, De vila S»«,l. 1. * ld., Il, 10. » Recherches, Il , 9.

Pour tout ce qui concerne l'adminislralion publique, il est curieux de l'étudier à son berceau et de suivre ses développements dans Pasquier, qui en connaît si à fond tous les ressorts, qui en expose si exactement toutes les parties. On voit, grâce à lui, la France, avec ces rouages compliqués, que le temps perfectionne sans cesse, avec une autorité centrale, qui se subordonne de plus en plus toutes lès autres, parcourir les phases successives de son existence , depuis son origine jusqu'à la dernière moitié du seizième siècle. Sans doute, pour que celui-ci pût tracer avec toute la netteté désirable le tableau des différents âges du pays, il loi manquait l'enseignement de ces grandes révolutions sociales qui ouvrent pour ainsi due les yeux et élargissent l'esprit de ceux qui en ont été les lémoins. Toutefois, il sait beaucoup mieux que ses contemporains nous faire apercevoir ce qui ne devait être entièrement eclairci que de notre temps, les constitutions diverses qui nous ont régis, les pouvoirs qui se sont tour à tour implantés sur notre sol. C'est surtout pour la troisième race qu'il nous montre avec justesse la marche que la royauté, à travers beaucoup d'obstacles, accomplit en silence. Faible en naissant avec Hugues Capet , encore plus humble et petite sous Robert et ses successeurs, elle se lasse de son abaissement, et commence sous Louis VI à relever la tète; elle ne repousse pas la féodalité, mais veut compter avec elle. Sa nature continue à se modifier d'âge en âge. Déjà investie à partir de Philippe-Auguste d'une autorité réelle, elle s'attribue des droits qui, acceptés sans être écrits, recevront leur confirmation du temps. Les mœurs publiques ratifient l'accroissement qu'elle semble prendre pour le bien général. Les institutions monarchiques, se groupant successivement autour d'elle , ajoutent à sa force ou à son éclat. Jusque là le roi n'avait eu que îles vassaux ; il a maintenant des sujets. Désormais se rangent à ses côtés, pour lui prêter mainforte, non plus seulement les hommes d'épée, mais les membres des corps judiciaires et des conseils, avec la classe nombreuse des légistes. (Jn système financier s'organise; les armées se lèvent et s'entretiennent régulièrement. A la faveur de la sécurité croissante, les germes de civilisation se développent. L'époque de Philippe le Bel est signalée par un progrès marqué dans tous les genres (l'administration. Ce règne, où tout se débrouille, permet d'espérer celui de Henri IV, où tout se consolide, où Sully annonce Golbert. Ainsi l'on assiste à la formation laborieuse de cet immense

70 RTIENWB PASQUIEH

édifice social, dont plusieurs parties ont survécu jusqu'à nous.

Mais l'horizon de la France ne borne pas les regarda de l'asquier : ils s'étendent sur les pays voisins, dont la destinée ne nous a pas été étrangère. Entre ceux-ci il n'en était aucun qui nous fût uni de son temps par des rapports plus étroits et plus journaliers que Rome'. Ses yeux se tournent souvent sur cette ville, qui, depuis <pie l'empire de la force s'était échappé de ses mains, avait reconquis par la foi une autre suprématie. Dévoué à la défense de toutes nos libertés, il craint que l'ascendant de la papauté ne pèse trop s«ur nous, et par ses conseils il veut nous prémunir contre ce péril.

Le troisième livre roule tout entier sur nos relations avec la cour romaine et sur les affaires ecclésiastiques. On n'ignore pas par combien de côtés se pénétraient alors, à leur détriment mutuel, le monde de la politique et celui de la religion : Pasquier entreprend l'œuvre difficile de concilier les deux puissances, en arrêtant leurs empiétements muluels. Fils respectueux de l'Église2, il demande avant tout, lorsqu'il va raconter ce qui s'est passé « sur ce grand théâtre de Rome, » que l'on apporte à le lire autant de « candeur, rondeur et sincérité, » qu'il en a mis lui-même à écrire5. D'ailleurs il prétend nous donner « un article d'histoire, non de foi * ; » et c'est en effet un excellent morceau d'histoire que celui où, dans un style plein de gravité et de réserve, il expose comment les papes sont devenus mailres d'une partie de l'Italie, comment enfin, « sans être gardés par les armes, ils ont fait trembler et passer sous leur miséricorde les plus puissants monarques du monde*. » Avec un jugement impartial, il nous découvre la cause de cet accroissement prodigieux : « jamais histoire, dit-il , ne contint autant de prudence que celle des évèques de Rome6. » 11 ne se lassera donc pas de célébrer, dans cette république de Dieu, l'autorité du saint-siége, si grande dans ses fondements, si utile à l'Église : ; mais il s'efforcera aussi d'empêcher qu'elle ne devienne oppressive pour le pays même qui en a le plus favorisé la prépondérance naissante. Suivant

1 Voy. Préface du liv. III : « Encore proposes ne devaient être écoulés sous

que quelques-uns estimeront de prime silence » face que je m'éloigne de mon but, de 2 Recherches , III , 13. traverser les montagnes , toutefois qui ' Id., Préface du liv. 111 ; et III , 4.

repassera sommairement les grandes * M., 111, 6. obligations que notre couronne are- 5 là., 4.

ri.es du saint-siége et celles que le saint '• Ibid; cf. Id., 3, et Préface du lir.

siégea reçues de nous, il jugera que 111. les discours que je me suie maintenant : Kl , III , 7.

lui, en effet, « il faut reconnaître que la première grandeur des pn. pes, en leur temporel, a procédé de la protection et de la libéralité des Français1. » Combien, depuis, leur politique habile n'a-t-elle pas su tirer parti des événements? Plus généreuse, elle eût porté moins de fruits. Pasquier fait bien voir qu'elle consistait, d'une part, à « mater par lois et ordonnances décrétales » ceux que leur faiblesse permettait d'attaquer ; de l'autre, à s'attacher toujours ■ aux nouveaux rejetons de fortune, » pour se ménager leur appui et profiter de leur prospérité. Tout prêts à rompre ensuite au besoin les instruments dont ils s'étaient servis, les papes ne manquaient guère de gagner quelque chose aux succès ou aux revers des princes voisins2. Entre les successeurs de saint Pierre qui signalèrent avec le plus d'éclat leur force d'esprit et de volonté, Pasquier remarque Nicolas Ier; il ne craint pas même de l'élever au-dessus de Léon et de Grégoire, honorés parla postérité du titre de grands 3. A l'exemple de l'ancienne Rome , la nouvelle eut son sénat dans le consistoire des cardinaux : leur dignité devint considérable vers le temps de Jean XIX4. Comme le titre de patrice avait jadis été déféré à des barbares, les papes admirent des étrangers dans le sacré collège : ce furent dans tous les États chrétiens autant de représentants du chef, dévoués à ses intérêts, soutiens de son autorité. Grâce à « cette police, qui ne fut jamais pratiquée en autre république que celle-là J, » le saint-siège eut partout des yeux ouverts et des mains prêtes pour l'action. Les appréhensions de Pasquier à cet égard annoncent son esprit libre penseur, ou plutôt sa sollicitude pour notre indépendance. On la reconnaît mieux encore à sa réflexion maligne sur la conversion de Clovis : « Il reçut de saint Rémv le saint sacrement de baptême , et vécut dès lors catholique, sans aller recevoir par procuration des coups de bastonnade, depuis miserere jusqu'à vitulos6. » Cette intrusion des papes dans nos affaires, qui choque son bon sens, il s'attache à prouver qu'elle a été entièrement inconnue à nos premiers rois7 ; et pour la combattre il joint à une connaissance approfondie de l'histoire l'arme redoutable d'une saine critique et d'une raillerie acérée. Le vice d'une

1 Recherches, 111,4. i Recherches, 111,5.

2 ld., 111,4 et 9. 5 lbid.

» Léon l«r et Grégoire 1er : III , 11, à u ld., III , 7 : c'est le premier et le

lafln;cf. àcesujet, Bayle, Dictionnaire dernier mot du psaume : « Miserere

philosophique, Rotterdam, in-f", 1715, mei , Deus. »

t I, p. 897. ' M., 111. 9 et 10.

72 ETIENNE l'xsoi IRR

argumentation captieuse, la fausseté d'actes ou de titres mensongers, ne sauraient échapper à son investigation patiente, à sa lumineuse sagacité. Il est « franc catholique ' ; » mais pour Ira abus, de quelques dehors qu'ils se parent, \\> sonl tous également à ses

yeux justiciables de la raison 2.

Son but est de concilier nos droits et le respect dû au sainlslége ; il s'incline d vaut son juste ascendant, il ne résiste qu'à ses tentatives d'usurpation : en cela même il croit le servir, tandis que ses flatteurs « l'ont mis au hasard de tout perdre3. » Il démontre, en citant à l'appui de son opinion un grand nombre de faits, que la domination temporelle de la papauté s'établit en France dans l'abaissement delà seconde race, « qui sous trois rois éprouva trois âges, sa jeunesse sous Pépin, sa virilité sous Cbarlemagne, sa vieillesse sous Louis le Débonnaire4.» Alors, par l'effet de la faiblesse des souverains et de l'ignorance des prélats, les foudres romaines commencèrent à éclater parmi nous :on proclama la maxime « que de tous les climats on pouvait appeler au saint-siége, mais que nul ne pouvait appeler de lui5;» qu'indépendant, comme Dieu, des pouvoirs d'icibas, il tenait toute autorité et tout trône sous sa dépendance6. Vainement contre ces nouveautés quelques voix généreuses s'élevèrent dans notre clergé ' : la crainte ou l'intérêt étouffa toutes les autres. Prompts à menacer, les papes, pour commander aux consciences, employaient aussi avec efficacité les faveurs. Une de celles qui leur profitèrent le plus fut le pallium , qu'ils envoyaient aux archevêques et jusqu'aux simples évéques, insigne dont l'usage était concédé pour les fêtes solennelles et même pour tous les jours8. Par ces moyens d'action, qu'une politique persévérante sut habilement varier, parvenus à tout soumettre ou à. tout séduire, ils n'hésitèrent plus.i publier quel'empire temporel aussi bien que le spirituel étaient réunis entre leurs mains. Jadis, Dante et Occam, pour avoir osé le nier, avaient été déclarés hérétiques. Pasquier n'en affirme pas moins que le souverain pontife « ne peut jamais, quels que soient ses griefs contre nos rois, transférer d'une main à l'autre leur royaume.» Tel est , selon lui, le formulaire de la foi, « dans laquelle tout bon Français doit vouloir vivre et mourir".» On appréciera surtout ces patrio-

1 Recherches, III, 7. r, nerherches , III, 11 et 12.

MM , 8 ; cf. Lettres, XIII , 2. : III, 12.

3 III, 8; cf. id., 21. * Ibid.

* 111,11. " 111, 13; cf. id., U.

i Ibid.

PROSATEUR FRANÇAIS. / '-i

tiques paroles, si l'on se reporte au momcntoù elles ont été écrites. A eette époque fermentaient dans toute leur violenee les passions de la Ligue : Rome n'avait abdiqué la pensée d'aucun de ses envahissements; et Sixte-Quint, pour l'ambition, était le digne successeur de Grégoire VII, qui, dans sa lutte implacable contre Henri d'Allemagne, non content de renverser un empereur assis sur le trône depuis cinquante ans et de lui faire terminer ses jours en prison, avait encore voulu « que cette punition ne prit pas fin par sa mort, mais qu'elle fût exécutée même contre ses os et son tombeau1 : >. horrible vengeance qui rappelle les odieuses inhumanités de la loi, alors que, ne se bornant pas aux peines temporelles, en privant les condamnés des secours de la religion, elle s'efforçait de les étendu1, autant qu'il était en elle, à l'éternité.

Si Pasquier déploie tant de vigueur pour affranchir nos rois des censures de Rome, ce n'est pas, au reste, pour les enivrer de la funeste pensée qu'ils sont tout-puissants. Il a soin de les avertir « qu'il existe pour eux un plus grand juge que le pape qui transfère les royaumes; que ce juge châtie non-seulement ceux qui forlignent de leur devoir, mais punit encore les enfants des fautes commises par les pères2. >> En outre, s'il protège avec tant de zèle la dignité de leur couronne, il n'est pas moins ardent à réfuter les prétentions téméraires qu'ils élèvent eux-mêmes contre le saint-siége. Il se montre sur ces questions « non un flatteur de cour, mais un législateur français3. » Partout on reconnaît en lui le prédécesseur des Domat et des d'Aguesseau.

En résumé, les doctrines qu'il soutient, sont celles que le sage roi Charles V avait fait établir dans ce livre , si hardi pour son temps, si plein d'érudition et de logique, le Songe du verger*; celles que le grand théologien Jean Gerson avait appuyées de l'imposante autorité de son savoir et de sa vertu ; celles que saint Bernard avait autrefois proclamées, lorsqu'il rappelait aux papes leurs devoirs5 ; celles qu'avait énergiquement maintenues saint Louis, « le plus catholique roi que la France eût jamais porté6 ; » celles à qui le parlement et l'université de Paris fournirent de si dignes et de si fermesdéfenseurs'; celles quedeThou nommait le palladium du pays,

1 111, H. e ni, 22.

2 111, 18. ' lbid., et c. 24. Déjà Jean de Meong ■* III, 37. disait, dans son Roman de la Rose :

'''■> *■"• . .Si n'était la bonne garde

J III, 21. De l'université qui garde

; i ETIENNE PASQC [EB

qui trouvèrent un si illustre organe dans le clergé français de h>8?; celles enfin qui, « puisées dans la tradition universelle, » pour parler

avec Bossuet ', empruntent leur force indestructible à la raison. Si l'on considère, ainsi que l'a fait observer un de nos jurisconsultes - , que ces maximes de nos pères sont presque les seules libertés que l'on voie mentionnées dans les temps de notre histoire antérieurs à 1789, on concevra mieux l'obstination de la lutte engagée pour les disputer, et ce que nous devons de reconnaissance aux hommes courageux qui en ont assuré le triomphe.

Comme Pasquier sépare toujours dans le pape l'homme du pontife et le prince du pasteur, critique indépendant à l'égard du premier, mais plein pour le second d'une vénération docile, de même, entre les croyances et les pratiques de la religion, il distingue celles qui remontent , consacrées par l'autorité des Pères, au berceau du christianisme, et celles qui, dune date postérieure, ne reposent que sur des traditions suspectes; il humilie sa raison devant les unes, il se permet de juger les autres. Soumis sans restriction à ce qui est du domaine exclusif de la foi, il se montre rétif à l'endroit de quelques superstitions populaires. C'est ainsi qu'il ne peut comprendre qu'un homme de bien, tel que l'avait été saint Romain, soit le patron d'indignes scélérats et les arrache à une mort méritée. En effet, chaque année , à l'époque de l'Ascension , le chapitre de Rouen choisissait, pour porter la fierté -de saint Romain, le criminel chargé du plus abominable forfait, et dès lors l'impunité lui était acquise. Frappé de ce qu'une telle histoire « a d'unique en son espèce , » Pasquier fait de cet usage, qui datait de nos premiers rois, le sujet de l'un des chapitres les plus curieux de ses Recherches *. Nous y apprenons qu'après une discussion solennelle de ce préjugé devant le parlement , Henri IV avait à grand'peine, non pas détruit, mais

Le chef de la chrétienté , 3 Ou Fiertre ( Feretrum , cercueil).

Tout eût cie bien tourmenté. châsse.

Sur les nombreux ouvrages où il a été 4 IX , 42 ; cf Lettres , \ III, 2. Avant

traité des libertés de l'Église gallicane, et après Pasquier on a beaucoup écrit

on peut consulter le père I.elnng, Bi- sur la fierté de saint Romain : Qu'il

bliothèfjue historique de la France, t. I, suffise de renvoyer au père i>elong, qui.

p. 468 etsuiv. De tout temps, a dit Pas dans sa Bibliothèque historique de la

quier, Recherches, III, 14, «si à Rome France, 1. 1, p. 639-641, mentionne plu-

s'exerça le consulat de notre Église, sieurs ouvrages sur ce sujet, et de rap-

le tribunat s'en exerça en France. » peler particulièrement l'ouvrage ré-

' Discours sur l' Unité de l'j'.giise; cf. cent de M. Floquel : « Histoire du pri-

les Recherches , 111 , 34. vilr^ede saint Romain, autrement dil

- M. Du pin, Éloge de Pasquier, p. 56. de îa Fierté, « 2 vol. in-8°, 1833-34.

PROSÀTEUfl FRANÇAIS < ->

restreint un abus qui offrait au crime un si funeste encouragement. Plus d'un coupable de race illustre s'était dérobé mu châ liment des lois, en venant, après s'être assuré d'avance h protection intéressée du chapitre, se constituer prisonnier à Houen.

C'est par l'ascendant de ses vertus , non par ces merveilles apocryphes, que le clergé doit, selon Pasquier, dominer l'espril du peuple : il veut en outre le resserrer dans les limites de ses saintes fonctions. A l'exemple de Pierre de Cugnières, *dont il raconte la lutte hardie contre les usurpations cléricales ' , il leur déclare une guerre redoutable , grâce à sa connaissance de nos antiquités religieuses et civiles; il montre comment tant de brèches ont été successivement pratiquées par l'Église dans la juridiction séculière, « que les faubourgs sont à la lin devenus trois fois plus grands que la ville. » Ces entreprises sans cesse renouvelées provoquèrent un remède : on leur opposa les appels comme d'abus, dont Pasquier traite avec une érudition aussi solide que piquante 2. Il y voit un ferme rempart de nos libertés, une sauvegarde des droits de la justice : car fùt-on larron ou meurtrier, si l'on en croit notre malin annaliste, « entré dans la prison ecclésiastique par la porte de fer, on en sortait par celle d'argent 3. » Aussi beaucoup de ceux qui étaient traduits devant ies juges royaux s'efforçaient-ils d'obtenir , sous prétexte de cléricature , leur renvoi en cour d'église , bien sûrs d'y pouvoir acheter 1 impunité *. Ces désordres rencontraient heureusement une digue dans la vigilante intégrité de notre magistrature. Attentive à poursuivre les prévarications et les crimes derrière tous les abris où ils cherchaient à se cacher , elle fatiguait le clergé de sa surveillance et de ses répressions. Loin de permettre que l'autorité ecclésiastique prévalût contre celle de la royauté et des lois, elle ne cessa jamais de proclamer ce principe, « que nos rois étaient comme les généraux et superintendants de l'É-

1 Recherches, III, 33 ; Rabelais, dans Crévier, Histoire de l'Université, t. II.

Pantagruel, a consacré un souvenir à p. 310; IV, 221.

ce célèbre avocat, qu'il appelle du J 111,33 et 34. C'est seulement août

Coingnet ( L. IV, prol. nouv.). Dans le Louis XII que s'introduisit l'usage de

débat célèbre qui s'éleva au temps de ces appels. Sur cette matière on peut

Philippe de Valois entre la juridiction consulter aussi un traité composé,

ecclésiastique et la puissance tempo- vers le milieu du seizième siècle, par

telle, ce fut lui qui, par un plaidoyer le premier président Gilles Le maître

vigoureux qu'il prononça devant ce 11 est imprimé dans «es Œuvres. prince en 132lJ , comme avocat du roi, ' 111, 'ôô.

vengea le pouvoir séculier des entre- ' ld., 31 et 32.

prises continuelles du clergé : voy.

*r> ETIENNE PASQU1EB

glise de France l » : non que ceux-ci, imitant la conduite d<-> empereurs allemands, eussent prétendu en aucun temps conférer eux-mêmes le titre épiscopal, et investir lesévéquespar la collation du bâton pastoral et de l'anneau ; mais soutiens et défenseurs de l'Eglise, ils devaient," pour prix de ce patronage, conserver sur elle une suprématie légitime; ils avaient droit de trouver dans les chefs de leur clergé , dont ils faisaient les premiers conseillers de leur couronne, une fidélité inviolable 2.

Pasquier met sa vaste érudition au service de oes idées toutes françaises : par elle il combat sans relâche tout ce qui menace, avec le juste équilibre des pouvoirs, l'unité et la force du pays. A côté des nombreux abus, couverts d'un nom sacré, dont l'auteur des Bec herches sape les fondements, on retrouve avec intérêt, dans cet ouvrage, plusieurs institutions du temps passé empreintes du caractère de la charité chrétienne. Entre ces souvenirs attachants, on remarque celui que réveille le nom d'oblat. Ainsi désignait-on le pauvre soldat mutilé par les guerres qui recevait dans une abbaye une place de religieux 3 , « comme n'y ayant lieu plus propre où se pût abriter sa vieillesse 4. » Dans cet usage ne se plait-on pas à découvrir, au milieu d'une époque encore barbare , le germe d'une des plus belles fondations d'un grand siècle? A cette destination des couvents s'enjoignait une autre, non moins touchante : ils offraient un asile à des hommes libres , ou seuls ou engagés dans les liens du mariage, qui pour se procurer la subsistance venaient s'y vouer au servage 5. La piété donnait pareillement naissance à ces engagements que contractaient des familles entières. Tous leurs membres se présentaient avec une corde liée autour du cou : c'était la corde même des cloches de l'église. « Lorsqu'elles sonneraient, ils ne devaient plus dès lors manquer de se trouver à l'église pour servir Dieu 6. »

Ainsi le IIIe livre nous rend en quelque sorte la vieille France religieuse. Le IVe aborde un autre ordre d'idées. Pasquier commence par poser un principe dont le développement donnera dans la suite naissance à des livres; il s'agit de l'action naturelle et réciproque, chez un peuple, des lois sur les mœurs et des mœurs sur les lois : « Tout homme de bon entendement , nous dit-il ' , peut

1 111,33. i III, 40.

- 111, 30, 32 et 36. • lrt., 41.

1 Aussi l'appelait-on également îeli- fi Ibid.

çieux lai ( laïque ). ' IV, l.

presque imaginer de quelle humeur fut un peuple, lorsqu'il lit ses statuts et ordonnances; et d'un même jugement, il peut conjecturer quelles furent ses lois , voyant sa manière de vivre. » Pour rendre plus complète l'intelligence de notre histoire, l'auteur prendra donc un double soin, c'est de nous instruire des lois de nos ancêtres et de leurs usages : parmi ceux-ci il mentionne d'abord les combats de Dieu, sur lesquels il entre dans de curieux détails , empruntés à de très-anciens documents1 . Au reste, il ne se pique pas d'un enchaînement méthodique dans les matières dont il nous entretient; il vise plutôt à l'inattendu et au contraste. A la suite d'une question ardue de jurisprudence ou de l'origine retrouvée d'une institution du pays» il se joue, «par forme de passe-temps», dans une digression frivole : après tout, comme il le remarque, « tel s'en moquera qui ne sera pas fâché peut-être d'en faire son profit 2. » De là un mélange attrayant des sujets les plus divers. Tour à tour il traite de la preuve fondée sur l'attouchement d'un fer chaud s, et des notaires ainsi que de leurs clercs , de la condition des personnes en France et de la fête des Rois 4, de l'antique autorité du serment ou de quelques ordonnances de Charlemagne et des jeux de paume ou d'échecs 5 ; il établit que jadis parmi nous la signature était inconnue6, et nous parle ensuite de ces vagabonds nommés par le peuple Égyptiens ou Bohémiens ?. La crédulité du vulgaire, qu'ils savaient exploiter, leur attribuait le talent d'annoncer l'avenir d'après l'inspection des mains. Ce fut au quinzième siècle qu'ils commencèrent leurs migrations, décorées par eux du nom de pieux pèlerinages, mais que plusieurs fois on sentit le besoin de réprimer8 : on les vit pour la première fois à Paris le 17 août 1427. Nous apprenons ailleurs l'origine du cri de Noël, que l'on poussait en signe d'allégresse9 : symbole de la piété de nos pères, il rappelait la grande joie apportée au genre humain par la naissance du Sauveur. Un autre indice de ce caractère religieux , c'est que l'emploi des textes sacrés n'était pas, ainsi qu'aujourd'hui, réservé aux ministres de la chaire chrétienne. Les avocats et les orateurs politiques s'en servaient

1 IV, I. > IV, 5 et 9.

IV, 15. s IV, 3 et 8, 15 et 31.

IV, 2 et 14 : c'est sans doute en «IV, 13.

vertu de ce vieil usage, remarque Tas- " IV, 19.

quier, au c. 2, qu'on dit encore a a jour- 8Voy. l'article 103e de l'édit des états

d'hui : j'en mettrais bien mon doiqt au d'Orléans, publié le 3 septembre 15(U.

feu. J IV, 16.

78 ETIENNE PASQUIEB

connue eux au début de leurs harangues. Pasquier rapporte quelques exemples do cette coutume1 : le plus touchant est celui de Jean Cousinot, lorsque, au nom de la veuve du duc d'Orléans, assassiné par le duc de Bourgogne, demandant vengeance au parlement, il commença son discours par ces paroles de l'Écriture, d'une application si juste et si pathétique : «< llœc vidua erat, quam rum vidisset Dominas, miscricordia commotas est saper eam. »

Là aussi nous trouvons sur les fonctions publiques les renseignements les plus complets2. Aux premiers temps de la monarchie, elles n'avaient été que temporaires : bientôt leur durée égala celle delà vie du souverain dont on les tenait, comme sous l'empire romain ; enfin la plupart furent permanentes, même dans le changementdes règnes. Les principes qui présidaient à leur collation varièrent pareillement avec les époques : mais de bonne heure il en fut trafiqué à prix d'argent; cet abus se manifesta surtout pour les offices de judicature. Saint Louis , par une ordonnance de l'an 1256, défendait déjà de les vendre à l'avenir. Plus ancienne que lui, la vénalité des charges devait lui survivre. Comines atteste qu'elle existait de son temps. Jusque-là toutefois elle avait été restreinte dans certaines bornes; elle fut effrénée sous les Valois : témoin ces vers de Marot ,

Denier avance les bédiers ,

Et les derniers sont les premiers 3.

L'honnêteté et le bon sens de Pasquier ne cessent de protester contre cet abus et de réclamer, à l'exemple de l'Hôpital, en faveur de l'élection libre qui va chercher le mérite. Son patriotisme gémit hautement de cette prodigalité ruineuse qui forçait de plus en plus François Ier et ses successeurs à substituer partout « le poids de l'argent à celui de la vertu 4. « A cette première immoralité s'en joignait une seconde, celle du sacrilège : car on était tenu , pour prendre possession de sa charge , de jurer qu'on ne l'avait pas achetée, alors même que la vente était notoire 5.

Pasquier, dans le cinquième livre des Recherches, se montre à noussous un point de vue nouveau, celui d'historien. Il y éclaire

1 Recherches, IV, 27 ; cf. Lettres, un sot et un ignorant. On le trome

11,9. traduit dans un dictionnaire français

- Recherches , IV, 17. anglais de 1530 par un terme qui si.

• le premier vers paraît avoir été gnifie grand veau. tin dicton populaire; Fort usité au sei- * lv, 17. zième siècle, le mot de ludier désignait à lbid., et c. 11.

PBOSÀTEUB FRANÇAIS. ;«)

diverses parties de nos annales : niais le passage ou il déploie au plus haut degré le talent d'une exposition large et soutenue est le tableau des rivalités de Frédégonde et de Brunehaut , « de ces deux princesses qui ont, nous dit-il ' , sur le théâtre de la France, joué des rôles pleins d'effroi et de lamentation. » Cet épisode remplit presque tout le livre. Après avoir admiré dans les Récits mérovingiens de M. Augustin Thierry la vivante peinture de ces cruelles discordes , on parcourra encore avec un singulier intérêt les mêmes événements dans Pasquier. L'émotion qui le domine (car il ne parle jamais froidement des maux de la patrie ) communique à son style familièrement énergique le mouvement et le coloris. Chez lui ce drame sanglant se déroule avec un puissant effet : son but principal en le traçant est de prévenir le retour de ces déplorables excès par l'horreur qu'il en inspire, et d"épouvanter le crime par la menaçante perspective des châtiments célestes qui le frappent tôt ou tard.

Il ne se contente pas d'ailleurs de reproduire le récit des auteurs originaux ; il entreprend de le juger. Tel est son culte pour la vérité, que toutes les fois qu'il croit voir qu'on lui a porté atteinte « la colère lui échappe 2 : » il ne peut résister au besoin de la défendre; il s'attache à dissiper les nuages dont les passions contemporaines l'ont obscurcie. Son attention scrupuleuse pour les moindres détails, le soin qu'il prend d'opposer entre eux , de balancer l'un par l'autre, les témoignages divers des historiens, ne donneront pas peu de poids à ses conclusions. C'est ainsi que dans la savante discussion dont la vie et le caractère de ces deux rivales forment le sujet { il s'efforce, avec le secours des textes qu'il allègue aussi bien qu'à l'aide d'un raisonnement rigoureux , d'écarter quelques-unes des imputations qui pèsent sur Frédégonde , et plus encore de disculper la mémoire de son ennemie 4. Touché d'une noble sympathie pour les infortunes de Brunehaut, il s'indigne surtout de la mort atroce infligée par un vainqueur barbare à cette reine de soixante-treize ans, tille, femme, mère, aïeule et bisaïeule de rois 5; il lui semble qu'elle doit être vengée de nombreuses calomnies, propagées par des moines ignorants ou prévenus. Ses tentatives de réhabilitation ont trouvé des contradicteurs 6; mais ce qu'on ne niera pas, c'est

1 \, 5. ' N, 13-21, et 26-28.

n , 6-25 Particulièrement Gaillard .

80 ETIENNE PASQ1 ll.U

qu'en attaquant comme erronées des opinions qui paraissaient consacrées par le temps, Pasquier a offert l'un des premiers exemples de cet examen sévère , de ce doute intelligent, qui, au lieu d'accepter les faits sans contrôle, soumettent à une lumineuse analyse les éléments épars dont la réunion forme la certitude critique. In excellent précepte que nous lui devons ici , c'est qu'il faut lire avec circonspection l'histoire, « que les écrivains habillent souvent à leur guise !. »

Le sixième livre renferme aussi plusieurs fragments historiques fort importants et relatifs à la France : tels sont les procès de Jeanne d'Arc 2, de l'amiral Chabot et du chancelier Poyet 3; la. catastrophe du comte de Saint Pol4 ; la révolte du connétable de Bourbon i , écrite avec la vivacité et la passion qui nous charment dans les mémoires contemporains G ; un récit naïf des exploits de Bnyard, de ses vertus et de sa mort héroïque 7 , que notre auteur ne veut pas laisser s'ensevelir dans l'oubli « où les a déjà presque engloutis , dit-il 8 , l'ingratitude des ans. » Sur les hommes et sur les choses, ses jugements sont en général remplis de vérité et de sens : c'est ainsi qu'il apprécie à sa valeur Charles VII, le Victorieux; il le montre digne d'admiration dans le malheur, méprisable dans la prospérité 9. En outre, Pasquier fait ici plus d'une excursion à l'étranger : mais c'est, d'après son habitude, sans, perdre la patrie de vue , sans cesser jamais d'y reporter sa pensée. On sait combien le royaume de Naples, « cet ancien amusoir de l'ambition de nos princes 10, » était alors étroitement lié à nos destinées. Pour en raconter l'histoire « pleine de tragédies11, » et qui par tant de côtés touche à la nôtre , l'auteur des Recherches interrompt le cours de ses investigations sur nos annales ,2. La famille

un mémoire « sur Frédégonde et sur valions du père Griffet ( Voy. le t. XVII

Brunehaut , contenant la réfutation de de la collection Leber, p. 520 et suiv.)%

l'apologie de Brunehaut entreprise par où quelques assertions de Pasquier sont

quelques auteurs , » Recueil de l'Aca- discutées.

demie des Inscriptions, t. XXX, p. 633. ' VI, 18-22.

Cf. l'avertissement du t. XU de Y Bis- 8 VI, 18.

toire littéraire de la France, p. 9-18. 9 VI, 4; cf. III , 30.

1 v, 22. •« VI , 2.

2 vi , 5. " ld., 27. Déjà en effet, au quinzième

3 Id., 9. siècle, elle avait fourni aux poètes ' ld.. 10. provençaux le sujet de plusieurs com- 5 ld., 11 et 12. positions dramatiques : voy. un article " « Ce douloureux souvenir fait sai- de M. Fortoul, Sur /a littérature proven-

cner, nous dit-il , son cœur de sujet et raie, Revue des deux Mondes , 15 mai

rtc Français : » c. 11. — Sur le procès Ï846, p. 584.

i connétable de Bourbon, on peut '-'M, 27-30.

comparer avec les Recherches, <\e$ Obser-

d'Anjou, dans la personne de Charles, frère de saint Louis, était venue occuper le trône de ce pays : il trace un tableau animé des fortunes diverses de cette maison royale '. Les aventures et les crimes de la passionnée Jeanne Ire, funeste à ses maris, passent devant nos regards : contrainte d'implorer l'assistance des papes, elle n'obtient qu'au prix du comtat d'Avignon, avec toutes ses dépendances, le patronage intéressé de Clément VI 2. La vie de Jeanne II, souillée de débauches et de sang, nous offre ensuite, par ses brusques péripéties, tout l'intérêt d'une fiction romanesque. C'est une grande source d'enseignement que de voir , dans ce triste pêle-mêle de violences et de désordres, le crime retomber presque toujours sur la tète de qui l'a commis. Cependant Jeanne II finit par une mort naturelle sa carrière impure et scélérate. Mais un autre effet de la colère divine, c'est qu'en elle, branche stérile, périt la première dynastie d'Anjou, qui avait régné pendant cent cinquante et un ans.

Naples , héritage profané et sinistre, ne sera « qu'un leurre de ruine » pour la seconde famille de ce nom,dont le chef, René d'Anjou, après beaucoup d'hommes et de trésors enfouis dans ce sol mouvant, est forcé de regagner en fugitif ses possessions de France. Le fils de René , Jean , qui met la main sur ce patrimoine, prélude par quelques succès à d'éclatants revers; et bientôt s'éteint le dernier représentant mâle de cette maison , maîtresse de tant de domaines et qui avait pu espérer plusieurs royaumes. Son unique rejeton , Yolande, tille de René, par le mariage qu'elle contracte avec Ferry de Lorraine, devient la tige d'où devaient sortir « les grands princes Lorrains , » contemporains de Pasquier 3 . Mais les guerres n'ont pas pris terme avec la race souveraine d'Anjou : ses prétentions tant de fois déçues , nos rois les épousent. Déjà pour monter sur ce trône que lui avait légué Jeanne Ire , Louis, le frère puîné de Charles V , avait en 1382 sacrifié vainement « douze millions de monnaie forte, » amassés par la sage économie de ce grand prince 4. Les victoires de Charles VIII, que l'ardeur de son âge pousse à renouveler cette querelle , n'aboutissent

1 Cettepériode historique vient d'être 2 1352: c'est ainsi qu'Avignon a été

l'objet d'une étude approfondie dans longtemps le séjour des papes, Recher-

l'ouvrage de M. Alexis de Saint-Priest : ches , VI , 27. * Histoire de la conquête de Naples ; VI , 27. par Charles d'Anjou, frère de suint ' VI , 29. louis, » Ainyot, 4 vol. in-8".

•S 2 ETIENNE PA8QUIBB

« qu'au premier engagement du domaine de la couronne1. » Après lui, Louis XII, François Ier, Henri II, sont contraints de reconnaître « qu'il y a toujours eu quelque ange qui, par le vouloir exprès de Dieu , s'est opposé à nos entreprises d'au delà des monts 2. » Pasquier , en gémissant sur « ces voyages, pépinières de nos malheurs, » dont il impute en partie, avec d'illustres contemporains 3, le triste succès à la duplicité des papes, regrette amèrement que tout l'argent et tout le sang qu'ils nous ont coûtés n'aient pas été employés à recouvrer « un pays de notre estoc 4, » la Flandre, qu'il appelle ailleurs « un ancien fleuron de la couronne 5. »

C'est sous l'inspiration de ce patriotisme éclairé , qui forme l'unité de son œuvre si complexe , qu'il s'efforce de rendre utiles à ses concitoyens les fautes et les calamités du passé. En commençant l'exposition des discordes qui ont désolé le royaume sous la folie de Charles VI : « Dieu veuille , s'écrie-t-il 6 , que ceci puisse servir de leçon aux nôtres , et qu'au milieu de nos troubles nous puissions devenir sages aux dépens de nos ancêtres ! >< Ce but moral ne manque à aucune partie des Recherches. Plus curieux, au reste, de la variété des récits que de leur ordre chronologique , Pasquier ne se fait pas faute de franchir à la course des siècles entiers. Sans égard pour la suite des temps, après avoir discouru de Charles VIII et des rois ses successeurs 7, il rétrograde jusqu'au duc de Bretagne , Jean de Montfort, et au connétable de Clisson 8 ; de Bayard à Guillaume le Bâtard et à ses fils y. Même système relativement aux pays : il passe de France en Angleterre ; de là il se transporte à Jérusalem , puis en Italie et en Sicile, pays également liés, comme il le remarque I0 , à la grandeur de notre France. Cette considération efface à ses yeux les distances; par elle il justifie ce que sa marche a de capricieux et d'irrégulier.

On a déjà vu qu'aux sujets les plus importants, aux questions les plus graves, Pasquier mêlait volontiers des détails enjoués, de piquantes bagatelles, qui reposent, en l'égayant, l'attention

i M 28. 5 V, 12, à la fin; cf. Lettres, V, 1.

i Vl', 29. |; nech., VI, 3.

3 VI , 28 : cf. Ilospitalii carmina , " VI, 29.

Amsterdam, 1732, ia-8°, p.* 462 et s ld., 30.

463; et les poésies latines de la Boëtie, ■'• ld., 18-23.

p. 380 et 381 de ses OEurres complètes. l0 ld., 25.

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