‹ Essai sur la vie et les ouvrages d'Étienne PasquierChapitre 7 sur 21 · Lettres , XV, 10. Pasquier furent amis de leur vivant · texte numérisé non relu

Lettres , XV, 10. Pasquier furent amis de leur vivant

a Ici., IX, 14. Lettres, 1,8.

* ld., Mi, 12; cf. les Essais, III , 12. 7 Lettres, XVIII, 2.

4 On voit qu'il s'était exercé à tra- s 1, 'ouvrage et l'auteur méritaient

(luire quelques parties des œuvres des suivant lui d'être jetés au feu : Lettres,

anciens, par exemple, le plaidoyer VUÎ, 12. Cf. Henri Etienne, Apologie

pour Milon, Lettres, XI, ti; XV, 10 : pour Hérodote, I, 18 et 2t> : il ap-

(.ette traduction ne nous est pas par- pelle égarement le Cymbalum « un livre

venue. détesta hle. »

•s Du Perron citait Ronsard, Cujas '•'- Lettres, XIX, 16. 11 l'appelle ailet Fernel comme les trois merveilles leurs a le Lucien de son siècle, » Iledix siècle. — Balzac, dans ses Entre- cherches, IX, 38; cf. ld., Vil, 12. Métiens, et mademoiselle deScudéri, dans nage a dit de Rabelais, dans une épi le t. \ III de sa Ctélie , ont exprimé sur gramme grecque :•

ce poète une opinion modérée, a la- AOUXIOWÔÇ U'./Qi'.:; £<7T'.V ApiTTO-

quclle ou est revenu de nos jours. ' - [cavei I

-Lettres, X Mil, U : On l'eu louera L f aV; -J

d'autant plus qu'il était l'ami particu- in Nngarnm p.itcr artife«l|ne ..unis

lier du poète. Il exprime le désir « que C'est un vers de ses Epigrammes, l'on sache a l'avenir que Ronsard et

PROSATEUR Kit A M: US. 111

ses bouffonneries il a entrevu la guerre que le joyeux père de Gargantua faisait à tous les travers, à toutes les folies de son temps; il a compris ce que renfermait d'utile et de sérieux ce livre, véritable encyclopédie de la scien:e et des idées du seizième siècle : vaste arsenal, d'où Pascal, Molière, Voltaire, Courier, devaient tirer tour à tour des armes pour combattre les préjugés et les abus '.

A cet égard il semble avoir été plus clairvoyant ou plus équitable que Montaigne, qui se contentait de placer l'ouvrage de Rabelais « parmi les livres simplement plaisants'2. » Montaigne lui-même a-t-il été jamais critiqué avec plus de finesse et loué avec plus d'attrait que dans les Lettres de Pasquier, qui, comme il nous l'apprend , « caressait les Essais avec tant d'amour 3 ? » On n'en sera pas surpris si l'on songe aux étroits rapports qui unissent ces deux imaginations pétulantes et moqueuses. Un certain air de famille est commun, il est vrai, à tous les grands hommes de ce siècle; mais on trouverait difficilement entre deux autres contemporains des analogies aussi frappantes.

Pasquier, quand il juge les anciens, n'est pas moins remarquable par la sagacité, par la vivacité de son goût. Doué d'une perception sûre et délicate de leurs beautés, il les caractérise avec une brièveté pleine de sens. Ici encore il se place à côté de Montaigne, grand critique à la fois et grand écrivain. Qui ne se rappelle la manière exquise dont les Essais nous parlent de Sénèque et de Plutarque ? Pasquier, en discourant sur eux , a presque autant de charme et d'esprit4. Comme Montaigne il est épris d'Horace, qu'il apprécie avec un tact parlait D. Sur beaucoup d'autres auteurs, qu'il admire sans supers- 1 i t ion , les sent imenls de Pasquier sont aussi ingénieux que solides. Les rangs n'étaient pas alors fixés de même que de nos jours : il y avait encore bien des erreurs à redresser; bien des justices à rendre. On lui saura quelque gré d'avoir proclamé la supériorité de Tacite, au moment où du Perron « proférait à trente de ses pages une seule page de Q. Curce 6. » Il devance pour ce roi des historiens, comme devait l'appeler peu après Guy-Patin7, l'opinion de

1 Voy. M. Géruzez, Histoire de Vélo- plus exactement et plus spirituell»-

quence politique et religieuse en France, meut apprécié. »

pendant les quatorzième ^quinzième et 'Lettres. X, 12; XV, 14.

seizième siècles , t. 11, p. "190. 5 lu1., VIII, I.

-' r.-isttis, 11, 10. r' Pcrroniana , Colonise Agrippinfe ,

S 1 itlres, XV11I, l. « Je ne crois 1691, in-12, p. 291.

pas, a dit M. Dapia (Éloge de Pasquier, ' CXVHe lettre, t. 1, p. 239 de

p. 61 ), que Montaigne ait jamais clé l'édit. citée; cf. Montaigne, Essais, 111 ,8.

112 ETIENNE PASQUIEB

ses contemporains j il la l'orme, et c'est par une profonde élude de

ce puissant génie qu'il arrive à celte réparation. Aussi se raillel-il de ces nouveaux aristarques qui , épiloguant sur son style, le déclarent falsifié en une infinité d'endroits ' : d'après lui, « quoique

Tacite ne se rapporte en rien au genre d'écrire de Cicéron, auquel il estimait peut-être y avoir plus de chair que de nerfs, toutefois il ne laisse pas pour cela d'être riche en son latin; et comme Cicéron en beaucoup de langage dit peu, au contraire celui-ci en peu de paroles dit beaucoup2. » Déjà, de son temps, en voulant le traduire, on l'avait défiguré. Pasquier se pique d'émulation, et, tout en reconnaissant l'evtrème difficulté de cette tache, il veut lutter contre celui que Jean-Jacques Rousseau nommait si bien un rude jouteur3; il s'exerce à rendre en français un fragment des Annules, et envoie à l'un de ses amis cet échantillon , où, par une certaine verdeur et franchise d'expression, par une hardiesse quelquefois heureuse de langage, il approche çà et là de l'énergie rapide et du coloris pittoresque de son modèle4.

Mais c'est assez considérer dans les Lettres de Pasquier l'homme d'étude et l'auteur : envisageons maintenant l'ami et le père de fa mille. Grâce à l'abandon d'une causerie intime , nous pourrons lire jusqu'au fond de son cœur. Lui-même observe qu'elles sont « comme un tableau général de ses différents âges5 : » elles nous initient au secret de ses sentiments et aux détails de sa vie privée. On y reconnaît combien l'ambition lui était étrangère0. Une grande malédiction de nos ancêtres c'était, nous dit-il, de souhaiter à ses ennemis la fièvre quarte : quant à lui, il leur souhaiterait plutôt l'ambition'. La modération des désirs était à ses yeux une condition nécessaire de la dignité et du bonheur de la vie8 ; on sait s'il fut tidèle à ce principe. Tantôt il se montre à nous, au milieu de ses livres chéris, dans cet hernûtage qu'il avait su se construire à Paris pour s'appartenir à lui-même9; tantôt il nous peint le calme et la joie de sa retraite des champs ,u. Avec cette simplicité que

Racine, dans la préface de Britanni- du premierlivre des Histoires.

eus, proclame aussi Tacite « le plus 4 C'est un fragment du quatorzième

grand peintre de l'antiquité ». liv. des Annales : Lettres, XIX, 3.

1 Lettres, MX, 3. 5 Lettres, 1,1.

2 Ibid. Cf. Montaigne, qui reproche ,; ld., 1,6; X 1 II, 2, 15, etc. également à Cicéron ses longueries d'ap- ' ld., \, 5.

prêts (Essais, II, 10\et le Ciceronianus K ld., XVIII , 3. d'Érasme. 3 ld., XIII, 15, et XIX, 9.

s Avertissement avant la traduction "' ld., XIX, 8 et 9.

nous aimons à trouver dans l'Hôpital et dans quelques-uns de ses illustres contemporains, il nous entrelient de ses vendanges, qu'il

va faire, de ses propriétés, qu'il visite et améliore, de ses revenus qu'il augmente sans être à charge à personne ' , économe pour pouvoir être généreux'. Plusieurs lettres témoignent de son dévouement à ses amis, de son ardeur à les obliger3. Il ne leur épargne pas les louanges et même au besoin les reproches, « afin de leur donner éperon de faire de bien en mieux '. ■» Loin d'être le llalteurde leurs passions, le langage de l'attachement avait parfois chez lui un accent un peu rude, grâce à « une certaine brusquerie naturelle, qui, suivant l'expression de son fils5, recouvrait les trésors de sa belle âme. » Du reste, tel que nous le connaissons , il ne pouvait guère avoir d'amis que parmi les gens de bien : la vertu était à ses yeux le vrai , « le seul fondement de l'amitié » tf. Aussi fut-il lié avec tout ce que le seizième siècle eut de plus pur et de plus honorable , avec de Foix , de Thou, d'Ossat, de Harlay, Servin , Brisson , Mole , dont les noms figurent souvent dans ses lettres ; mais ses plus étroites affections furent pour Pibrac, « ce grand personnage tant recommandé par la France » , dont il se félicitait d'avoir été le camarade de collège :, pour Pierre Pithou, comparé de son temps à Socrate8, enfin pour Loisel, « cet autre lui-même9, » dont le conseil l'avait porté à donner ses lettres au public10. De nombreux détails biographiques sur tous ces personnages ne font pas le moindre prix de la correspondance familière. •

Cette partie des Lettres n'est pas même , à ce point de vue, sans quelque intérêt historique, comme encore, lorsque Pasquier se plaint que les communications interrompues ne permettent plus aux amis d'échanger leurs pensées avec sécurité", ou lorsque, avec les préoccupations de celui qui possède, il exprime les craintes que lui inspire le passage îles troupes indisciplinées du temps '% Mais on aime surtout à y recueillir les traits qui achèvent pour nous la

1 Lettres, XXI, 1. les Opuscules QeLoisel. -le]., V, 3;X,8. n Ainsi l'appelle Pasquier dans une

11 : \ . part. XM11 , 12. lettre inédite du ti novembre I5S2,

4 ld., X, ô. conservée à la Bibliothèque nationale. s Lettres de Nie. Pasquier, VI, 9. » Voy. la première lettre du livre f

8 Lettres d'Et. Pasquier, IX, 5. et la dernière do livre X. ' ld , XIX, 16. " XV, 3 ; \1V, 7.

" \cv. la biographie de Pi (hou dans v

111 ETIENNE PASQUIEB

peinture de l'homme. Les relations du père de famille avec ses cillants fournissent de nouvelles occasions de l'admirer, quand, par exemple, avec l'accent du magistrat loyal et du gentilhomme français, il trace à Pierre ', l'un de ses fils, la conduite qu'il doit suivre dans la noble profession des armes : c'était en 1586, à l'époque où Henri III venait de lui donner une compagnie. Sa principale recommandation, c'est d'épargner le peuple, alors victime des excès de tous les partis : « car ses bénédictions sont autant de prières à Dieu et de présages certains de notre bonne fortune pour l'avenir \ » Il veut que, bien différent sur ce point des guerriers ses contemporains, qui considéraient la licence comme un de leurs droits3, il ne se fasse craindre que de l'étranger. Le courage militaire était d'ailleurs aux yeux de Pasquier l'une des applications du devoir ; et l'on sait combien le devoir, sous toutes ses faces, était sacré pour lui.

Ces mâles sentiments s'unissent en lui à la même sollicitude paternelle quand il prie un capitaine de ses amis d'excuser son fils, le porte-enseigne de Bussi, de ne pas l'aller rejoindre pour le siège d'Amiens* : c'est qu'il est retenu par une blessure, qui, en le frustrant des occasions de se signaler, le rend « plus malade d'esprit que de corps. » Pasquier l'annonce à la Ferlandière5, dans des termes empreints d'une noble simplicité. Au reste, « puisque ce mal lui est advenu en bien faisant , il le porte plus patiemment. » Celui à qui il écrit aurait grand besoin aussi de prendre du repos; mais le chercher en ce moment ce serait paraître « fuir les coups ; » et loin de lui la pensée de donnera son fils un conseil qu'il ne pourrait accepter: « ni lui ni ses frères, grâce à Dieu, n'avaient jamais appris cette leçon6. » Ils avaient appris à mourir plutôt que de manquer à leur devoir. Son plus jeune fils, la Miraudière, l'avait bien prouvé. Pasquier est fier de rappeler à ses (ils ce beau trépas, comme une gloire de sa famille , bien plus que comme un enseignement et un-exemple7.

Dans les carrières civiles il avait fait en sorte de ne pas laisser après lui de moins dignes successeurs : sa lettre sur les obligations

1 Capitaine de la Ferlaudière : Let- 3 Lettres, X, I.

très, XI, 3. ' 1594: ld. , XVI, 4.

- Ibid, ; cf. XVII, i et 5 : les lettres s ld., ld., 5.

deTasquier témoiguenl partout de son '' ll>id. amour pour le peuple : V, Ml, 8; Ibid.

XIV, S, etc.

ruos \ i i:i h 1 n\x< aïs. 1 15

de ravoc.it' l'atteste. Les avis qu'il y adresse a son (ils Théodore peuvent so résumer dans ce seul précepte: « Je veux que vous soyei prud'homme; quand je dis ce mot, je dis tout. » Avec cette qualité, il réussira toujours auprès des juges : « car ils se laissent aisément mener par la bouche de celui qu'ils estiment homme de bien. » C'est dans cette admirable lettre, dans ce code du vieux barreau français, que les jeunes membres de notre palais puiseront une juste idée de la dignité d'une profession , vénérable comme la vertu qui en forme la règle et la base2.

Ces conseils austères ne feraient connaître qu'imparfaitement Pasquier : à cette sévérité de principes se mêlait une nature expansive, une âme tendre, ouverte à toutes les affections douce:»; c'est ce qu'annoncent aussi les lettres familières. Lorsque l'une de ses petites-tilles veut se dérober au joug d'un mariage qu'elle redoute, c'est à Pasquier, alors âgé de quatre-vingt-cinq ans, qu'elle a recours3. N'est-il pas touchant de voir ce vieillard protéger de son affection celle qui lui contie ses peines; et avec une vivacité, une délicatesse singulière d'expression, prier son propre hls de ne pas sacrifier les goûts de cet*e enfant, de ne pas contrarier chez elle des sentiments qui n'ont rien que de légitime et d'honnête, de ne pas l'arracher, par l'espoir d'une union intéressée , au séjour de Paris, qui la captive ? Dans cet âge où si souvent l'on concentre en soi-même toute son existence, Pasquier sympathise avec les inclinations de la jeunesse, avec les préférences dune nature élégante, amie des jouissances de la société. Vers cette époque , plu>ieurs lettres encore , pleines de fougue et de saillie , témoignent que par l'esprit et par le cœur Pasquier n'a point vieilli*. D'autres , en même temps , qui roulent sur des sujets religieux \ nous apprennent que cette gaieté se joignait chez lui à ces graves pensées que le sage et le chrétien doivent nourrir en eux, surtout au déclin de la vie.

Image d'une si belle carrière, expression si vive et si complète des idées de son époque, les Lettres de Pasquier ont pour nous, à

i l\, 6. la vertu fait toute la noblesse. » '-' D'Aguesseau , premier discours sur J Lettres. XXII, 10 et 11. M. Dapin,

l'indépendance de l'avocat, appelle dans soa Éloge de Pasquier, signale ces

l'ordre des avocats « un ordre aussi deux lettres entre les plus charmantes

ancien i|ue la magistrature, aussi no- qu'ail écrites K. Pasquier. ble que la vertu, aussi nécessaire que ' \ VIII, 3 ; \\1, 7.

la justice; » et il dit un peu plus loin, ' XX , 6 cl 7.

ibid. , que c'est une profession >< tlout

l'un et l'autre égard, une valeur infinie. D'après la piquante variété des sujets, l'intérêt du -fond, le mérite de la forme, on ne sera pas surpris du succès contemporain qui les accueillit. Quoiqu'il en écrivit beaucoup, on en sollicitait de lui davantage1. Leur vogue, dès

qu'elles avaient paru , était extrême; on scies passait de main en main*; bien plus, « elles prenaient leur vol jusque dans les nations étrangères3. » Le temps, dont le privilège est, comme il l'a dit lui-même4, « d'affiner les bons écrits, » semblera encore a jouter à celui-ci un prix nouveau; non que la critique n'apporte des réserves aux éloges qui lui sont dus. Parfois , dans les lettres fami. lières, les plaisanteries, un peu bourgeoises, manquent de sel; la finesse, trop contrainte, dégénère en subtilité s. L'esprit moderne, on l'a déjà remarqué, cette exquise Heur d'une conversation délicate, ou parlée ou écrite, n'était pas né parmi nous. On n'avait pas trouvé le secret d'exprimer les petites choses avec une grâce facile ; on ne savait pas être naturel dans le badinage. La discrétion, le choix, qui font l'agrément en littérature", étaient aussi trop peu connus. De la diffusion, des longueurs montrent, dans plusieurs parties, que Pasquier ne songe pas assez combien la sobriété et la mesure relèvent la saveur des meilleurs mets. Les Lettres, quoi qu'il en soit , n'en demeurent pas moins l'une des lectures les plus attachantes et les plus utiles du seizième siècle.

Telles sont les productions capitales de Pasquier, celles dont il convenait de parler avec le plus de détails, et qui lui ont avec raison concilié depuis longtemps les suffrages publics. A ces œuvres il nous est toutefois permis aujourd'hui d'en ajouter une autre presque aussi considérable, mais qui jusqu'ici était resiée inédite, l'Interprétation des Institules de Justinicn'. En applaudissant aux intentions libérales qui ont fait publier ce travail de notre écrivain %

1 Lettres, X , 5 et passim. les de la France., avec une introduction

2 ld., Mil, 12, à la fin. et des notes, Taris, in 4°, Yidecoq, 1847.

3 ld., XXI, 6. — One preuve singulière delà vogoean- •* Recherches , préface du liv. 1er. cienne dont jouissait chez nous l'étude

5 Voy. particulièrement les lettres du droit romain, c'est que, dès la lin du du XVe livre. treizième siècle , Richard d'Annebant

6 De là chez les Romains ce mot si avait mis en vers français les Institut es expressif: elegantia : v. M. Sainte- de Justinien: Voy. l'abbé de La Hue, Beave , article sur les poésies de Fran- Essais historiques sur les bardes, les rois 1er, Journal des Savants, mai 1847. jongleurs et les trouvères anglo-nor-

1 L'interprétation des Instilutes de mands, 3 vol. in-8", t. III, |>. 182. Jusfinian, arei la conférence de chaque ■ M. Pasquier, membre de l'Académie

paragraphe aux ordonnances royaux, française, a t'ait les frais de celte i ni—

arrêts d» pci lement et coutumes généra- portante publication.

PBOSATEUB FRANÇAIS. tl7

nous n'hésiterons pas à dire qu'il devait trouver place parmi ses principaux litres de gloire. Il a récemment paru par les soins d'un jurisconsulte' versé dans les origines de notre droit, et qui en a Iracé une histoire justement estimée.

Pasquîer composa cet ouvrage dans une vieillesse avancée, et pour l'instruction de ses petits-fils. Le savant éditeur qui l'a enrichi de noies précieuses l'a apprécié lui-même 2 avec une compétence et une autorité trop décisives pour qu'il soit à propos de revenir sur cet examen : nous nous hornerons donc à peu de mots.

Un caractère original recommande ces leçons d'un {tére à ses enfants, dont pourra profiter désormais la jeunesse tout entière. L'auteur n'y montre pas seulement une érudition variée et profonde, il n'est pas seulement habile à exposer les points où se rapprochent la loi romaine et la loi française , où elles s'éloignent l'une de. l'autre ; il élève la science du droit jusqu'à la science politique ; il veut former des hommes capables de se mêler avec honneur aux affaires de l'État. Certes, dansée tableau des usages etdes institutions de nos ancêtres on apprend à respecter leur sagesse. Pasquier, par le parallèle piquant qu'il établit entre leur société et celle des Romains, fait ressortir de nombreux avantages qui nous appartiennent. Déplus il remonte en philosophe aux principes îles législations; il déploie pour les discuter autant de sagacité et de vigueur d'esprit (pie de science. Bien supérieure au livre de Gui Coquille3, P/nterprétation dis ïnstitutes suffirait pour assigner à Pasquier, considéré comme jurisconsulte, un rang élevé entre ses contemporains, dans cette grande et laborieuse époque, où du Tillet, Duaren, Baudouin, du Ferrier, Corras, Ilotman, Connan, Airault, Chopin, Roaldes, Pi- Ihou, Loisel , du Moulin, en sapant les derniers abus du moyen âge, asseyaient sur les bases du savoir et de la raison l'édifice impérissable delà légalité moderne'.

Quoique Pasquier, préoccupé de l'unique ambition d'être utile par ce commentaire, n'ait pas aspiré, en le rédigeant , au titre d'écrivain , on y retrouve les principales qualités de son style. Sa phrase est , comme dans ses autres ouvrages, abondante, nombreuse

1 M. Ch. diraud, memhrede l'Acadé- « Ils avaient, a dit aussi M. Dupin (dis-

mie des Sciences morales etpolitiqaes. cours prononcé à la rentrée de la cour

- Voy. l'Introduction de M. diraud, de cassation en 1845),une grande portée

p. \CVI-CI1I. dans l'esprit et une grande droiture

Institution au droit français. dans le cœur: ils ont laissé une longue

> On peut voir l'éloge de ces jnris- et profonde trace de leur passade. ■ consultes dans Sainte-Marthe et de Thou.

118 il n.wi; J'asqi ni,

et saine : elle se déroule avec netteté et largeur; ses inities, bien agencées, se soutiennent sans confusion, pleines de dignité et de souplesse. Ed outre des expressions gracieuses et pittoresques mêlent

çà et là un charme sévère à la gravité des plus hautes matières de la jurisprudence. Happellc-t-il les lois des Douze Tables que les Romains allèrent demander à la Grèce : « Sous l'avènement de leur État populaire, ils déléguèrent, nous dit-il l, gens exprès pour sucer des Grégeois, comme l'abeille des (leurs, les meilleures lois qu'ils y trouveraient. » L'homme d'imagination se montre encore dans le légiste. Aussi ce livre n'intéresse-t-il pas seulement le lecteur familier à la science du droit. S'il présente un grand nombre de décisions, rendues dans des procès importants, et très-propres à former le praticien, il offre presque autant de passages et de souvenirs qui s'adressent à l'homme de goût et à l'homme de lettres. Par la richesse de ses citations de tout genre, on reconnaît combien, avec l'antiquité grecque et latine, Pasquier possédait notre histoire et notre littérature moderne : elles lui suggèrent une foule de considérations aussi neuves qu'ingénieuses. Çàet là même des anecdotes agréablement racontées rompent l'uniformité des plus sérieuses discussions. Enfin, ce qui répand sur l'ensemble de cette composition un singulier attrait , c'est la bonté affectueuse du père de famille, qui converse en instruisant. Au terme de sa carrière, il se plait à revenir sur les combats qu'il a livrés dans la grand'chambre, sur les victoires qu'il y a remportées2; il prodigue à ses enfants les trésors de sa longue expérience. Touchant spectacle que ce noble vieillard, comme un matelot longtemps battu par la tempête, jetant un regard serein sur la mer qu'il a traversée en tout sens, et s'appliquant à diriger par ses conseils les jeunes nautoniers qu'il voit avec un tendre intérêt prêts à se risquer sur les flots !

Il ne nous reste plus que fort peu de chose à dire des autres ouvrages en prose de Pasquier, dont l'importance et l'étendue sont beaucoup moindres. Il avait adressé, « comme ligueur, » un discours « au prince de la ligue3; » mais ce morceau ne nous est pas parvenu : nous ne le connaissons que par un passage des Lettres où il est mentionné4. C'était sans doute un de ces écrits éphémères qui à cette époque, où l'on combattait par la plume autant que par l'é- ])ée, servaient la cause des factions ou celle du pays. On devine

Ml, 94 : p. 385. ■*■ Lettres. XV, li.

- v. {'Interprétation des Inslilules, 1, • ' Voy. Ibid., et la lettre suivante.

13S; 11 , 84, 87, etc.

PB0S.4TEUJ* FRANÇAIS. I P9

rail sans peine (lequel parti, sous un litre captieux, Pasquier avait embrassé la défense; mais un do ses amis a pris soin de nous on instruire *. Retiré à Tours auprès de son roi, il s'efforçait, par une

\ ive pointure des calamités publiques, de rallier autour du trône tous los vrais Français. Pour mieux combattre la ligue, il feignait d'abord d'être l'un de ses soldats; il mettait à nu, pour la décréditer, ses projets et ses espérances ; il s'indignait ensuite de ses déplorables succès. Aussi ce factura, sans porter aucun nom, révélait-il son autour. L'ironie amère qui y perçait, surtout la chaleur qui animait le langage , montraient assez « de quel cru provenait l'œuvre ■. » Pasquier, en répondant à ces paroles3, découvre dans la douleur patriotique qui remplit son âme la source de son éloquence : « Dole lantum, dit-il avec Ovide 4, sponte disertus eris. »

Mais le chagrin de nos revers n'inspirait pas seul de généreux accents à Pasquier. Peu auparavant, lorsque, sous les ordres du duc de Guise, les troupes royales avaient accablé les Allemands à VimorietàAuneau5, il avait adressé une Congratulation à Henri 111, pour le féliciter de ces victoires véritables, puisqu'elles étaient remportées sur des étrangers6. On sent que par-delà ces exploits l'auteur aperçoit pour le pays le retour de la paix et de la prospérité. Après un sonnet à l'honneur de ce roi, qui jadis ne s'était pas borné à vaincre par l'épée de ses lieutenants, il déclarait qu'il n'avait pas la prétention de se rendre l'interprète de l'allégresse publique « avec clairons et trompettes. » Tout son désir était de rappeler d'une voix plus humble les bénédictions répandues sur Henri III. Dès l'âge de seize ans il avait triomphé à Jarnae et à Moncontour ; mais plus heureux aujourd'hui , c'était sur les ennemis de la France qu'il avait appesanti son bras ; et non content d'abattre leur orgueil , il les avait chassés de notre territoire. Sa piété n'était pas demeurée au-dessous de son courage. Loin d'être enivré de son succès, ce qu'il avait eu de plus pressé, c'était.

1 LejurisconsulteMornac,dontlalet- France, au nombre de trente mille; il

tre , conservée dans le recueil de celles en sortit sept mille à peine : voy . à ce

de Pasquier, vient d'être citée, XV, 14: sujet l'Étoile, journal de Henri III,

quelques lettres des correspondants de t. 1, p. 30 et suiv.; pierre Matthieu, IJis-

Pasquier se trouvent en effet parmi faire des derniers troubles de la France,

les siennes. 1. 11 ; Pasquier, Lettres, XI, 15. * Ibid. (' '< Congratulation au roi sur sa vie -

? Lettres, XV, lô. loirc et heureux succès contre l'étran-

' Remédia amoris, v. 310. ger. » Elle a été imprimée eu lôss :

s Bourgs du fiàtinais et delaBeauce, Pièce rare. 1ÔS7. Les Allemands étaient entrés en

120 ETIENNE PASQUIEfi

de courir à Noire- Dame de (M<t\ cl à la cathédrale de Chartres, ensuite, dès son retour, « à la grande église de Paris » , pour reconnaître par ses actions de grâces « qu'il tenait de Dieu sa gloire en foi et hommage. » Aussi la faveur céleste ne cesserait-elle pas

do raccompagner. Suivant Pasquier, elle l'avait prédestiné a mettre un terme aux factions qui depuis trop longtemps divisaient les citoyens. Sa présence allait sans coup férir comprimer parmi eux les discordes et les rassembler tous « sous les étendartsd'un même Dieu ainsi que d'un même roi. » Dans l'attente^d'un résultat si désiré, Pasquier se réjouissait par avance de penser que les prédictions sinistres d'une foule d'astrologues pour l'an 1 588 n'étaient que de vains mensonges.... Mais avant que cette année se fût accomplie le vainqueur d'Auneau devait tomber massacré aux pieds de son souverain; et celui-ci, fugitif dans son royaume, ne devait plus avoir (pie ses propres sujets à combattre.

Pasquier écrivit pour Henri IV, en 1598, une seconde Congratulation, à laquelle nous nous associerons davantage '. C'était un hommage au prince victorieux qui avait rétabli la paix et dont l'œuvre à l'avenir serait d'en assurer le maintien par de bonnes lois : ainsi seulement pouvait-il reconnaître l'action si hautement manifestée de la protection divine. Le repos de la France est en effet aux yeux de Pasquier un bienfait manifeste de la Providence, enfin désarmée. Pour mieux célébrer le retour de la concorda, pour en faire goûter plus vivement la douceur, il rappelle la mémoire du passé, comme on aime, arrivé au port, à voir de loin l'orage; il retrace les désordres de la paix , les fureurs de la guerre, les excès de tous les partis. Il veut que les citoyens, effrayés par ces sombres tableaux, et désormais réunis dans les sentiments d'une pieuse reconnaissance, dépouillent jusqu'au souvenir de leurs haines. En châtiant la France coupable, Dieu n'a paru, du reste, que ménager au nouveau rejeton de la tige antique de saint Louis une grande occasion de gloire : ne l'a-t-il pas visiblement conduit jusque sur le trône ? Que de brillants succès obtenus sous ses auspices par Henri, « qui a joué tout ensemble les trois personnages de soldat, de capitaine et de roi! » D'utiles conseils se joignaient à ces félicitations cordiales. Après s'être montré contre ses ennemis brave et invincible guerrier, il devait, attentif à se vaincre lui-

1 « Congratulation sur- la paix René- a reçues de Dieu : » Cette pièce est a raie et sur les bénédictions que le roi la suite de la lettre 7, lin du livre \ VI.

même, faire servir son triomphe au bonheur de ses sujets. Pasquier, en l'avertissant des nombreuses obligations delà royauté, en mêlant de sages et généreuses leçons à ses éloges, demeurait (idèle aux principes de sa vie entière : constamment jaloux d'une honnête liberté, « il lui eût été très-malséant de souiller sa vieillesse, par des flatteries1 .«Plusieurs particularités curieuses sur Henri IV et une appréciation vraie de son caractère ajoutent encore à l'intérêt , de ce morceau. Par ses vertus Pasquier était digne de comprendre et de juger ce prince homme de bien. Il se plaisait dans la suite à revenir sur sa mémoire; au moyen d'un certain nombre d'anecdotes heureusement choisies, il s'appliquait à retracer cette physionomie qui était restée chère à son cœur, et qu'il s'affligeait de voir défigurer de son temps par une foule de mauvais écrivains2.

lue autre composition qui semble par sa valeur au-dessus des opuscules précédents , a considérer du moins le sujet qu'elle annonce, c'est le Pourparler de la loi 3 : mais elle est peu en rapport avec ce titre solennel. Pasquier, dans ce dialogue, entreprend, nous dit-il, de faire la guerre à «quelques esprits libertins qui se permettent de disputer sur la loi générale ; » il a en outre pour but de « signaler la calamité d'un siècle où le bon endure comme le mauvais, sous un faux prétexte de justice : » ce double objet n'est d'ailleurs rempli que d'une manière fort incomplète. Deux forçats et un comité 4 conversant entre eux , celui-ci découvre que parmi «< tant de pendarts auxquels il commande sur sa galère, » se trouvent deux hommes aussi différents entre eux que supérieurs à leurs compagnons. L'un, volontaire et hautain , érigeant son orgueil en doctrine, a prétendu n'obéir qu'à la seule impulsion de la n.tture : envisageant les lois comme de pures inventions humaines, il s'est joué de leurs défenses , il les a foulées aux pieds sans scru pule : de là ses vices et ses désordres. A ses yeux, dérober le bien d'autrui ce n'était que rentrer dans son propre bien. L'autre, uniquement épris de l'amour du devoir, a été victime d'une condamnation injuste dont le consolent son égalité d'âme et le témoignage de sa conscience. Le comité, touché des discours de cet homme vertueux , « jure avec lui une éternelle alliance. » Tous deux ensuite font « entrer dans leur compagnie » et gratifient d'une

1 Congratulation citée. cliiourme : Como désignait autrefois

Lettres, XX, 2 et 3. un cornette, un bas officier d'une ga-

'C'est-à-dire, Entretien sur la loi. 1ère. ' On dirait aujourd'hui un garde-

122 RTIENME PASQUIEfi PBOSATEUB FRANÇAIS.

part dans leur amitié le philosophe corrigé par le métier de rameur. La donnée ne manque pas, on le voit, d'un certain intérêt ;on aurait pu morne produire de l'effet par un contraste vigoureux des deux caractères: mais, dans cette petite scène, trop rapidement tracée, le mérite des détails ne met pas assez en relief celui du fond ; l'entretien est languissant et froid, le style dénuévde trait et d'agrément.

On attendrait plus de vivacité et de malice d'un dialogue entre, Alexandre et Rabelais, où Pasquiera pris pour modèle les bialogues des morts de Lucien. Par malheur, ce morceau, ainsi que le Pour parler , ne tient pas ce que promettait le titre. Au lieu d'une lutte originale du hardi et profond penseur avec l'homme d'action, d'une appréciation piquante faite par le philosophe bouffon de celte vie, si mêlée de bien et de mal, on ne trouve qu'une de ces thèses frivoles où les anciens rhéteurs se plaisaient à déployer les ressources de leur esprit. En essayant, « par forme de paradoxe, d'excuser tous les défauts imputés au roi du Macédoine , » l'auteur n'a pas su conserver, dans le langage des deux interlocuteurs, la noblesse et la fierté qui sied à l'un, la mordante ironie qui est l'arme ordinaire de l'autre. Rabelais, fidèle à son caractère, raille, il est vrai, Alexandre, mais c'est avec peu de sel. Il triomphe d'abord de la ruine de son empire, qu'il attribue à sa mort prématurée et surtout aux idées «l'ambition dont il avait enivré ses capitaines; il énumere ensuite les reproches que les historiens ont adressés à sa mémoire, le tout assez froidement. Alexandre répond par une longue apologie de ses projets et de ses exploits, sans néanmoins réussir à désarmer tout à fait la sévérité de son censeur, qui lui déclare en finissant, « que pour le contentement et la grandeur » il s'estime après tout son égal, malgré l'éclat de ses conquêtes, dont lui-même « il ne se souvient plus qu'à demi. »

Dans cet examen des travaux en prose de Pasquier, il en est un que nous avons omis à dessein : le Catéchisme des Jésuites. Nounous réservons de l'étudier en traitant des démêlés que l'auteur eut avec leur société : passons maintenant au poète.

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