‹ Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel PeignotChapitre 5 sur 14 · CHANSON SUR LA PRISE DE VIENNE · texte numérisé non relu

CHANSON SUR LA PRISE DE VIENNE

le 13 novembre 1805.

Air : du pas redoublé.

Jarnigoi! comme ces Français

En besogne vont vite!

A Vienne, en six s'main' à peu près,

Ils vont prendre leur gîte.

Ça prouve que, dans ce pays,

La poste est bien servie, Et que François et ses amis

D' nous voir ont grande envie.

Je n' sais pas pourquoi stapendant

Cet emp'reur d'Allemagne, Quand j'arrivâm' dans son log'ment,

Se trouvait en campagne.

Vous avouerez, mes cliers amis,

Qu' ça n'est pas fort lionnète.

Depuis que j' somm' dans son pays,

J' li faisons tant la fête!

Si, pour aller chez les Anglais,

J'avons passé par Vienne, On nous paiera bien les relais

De la poste autrichienne.

Dailleurs le chemin d'vient plus sûr

A Londres pour se rendre ; Et comm' le fruit sera plus mûr,

Il s'ra meilleur à prendre...

La seconde pièce est un impromptu, en huit vers, qui n'a d'autre mérite que celui de l'à-propos.

Après avoir salué dans ses vers le pouvoir tutélaire qui venait de réparer les ruines accumulées par la Révolution et le Directoire, il exprimait, dans les préfaces de ses premiers ouvrages , la même reconnaissance pour les bienfaits du gouvernement consulaire (1) :

« Jamais les sciences et les arts n'ont été cultivés en Europe avec autant d'activité qu'au commencement du XIX^ siècle, et peut-être jamais moment n'a été plus favorable pour leur faire prendre un nouvel essor. Les savants sont honorés dans leur patrie; la paix sourit à leurs vœux ; appuyée sur des bases solides, elle rétablit la couimunication entre des peuples trop longtemps divisés ; elle rouvre partout les canaux du commerce; elle répand déjà sur nos champs la corne d'abondance; et l'on sait que les filles de Mémoire se plaisent, loin du tumulte des camps, sous un ciel pur et sous une terre féconde qu'habite le bonheur. Si pendant le temps des orages de la Révolution, le souffle impur du vandalisme n'a point éteint le flambeau des sciences, si elles ont été respectées au milieu des malheurs irréparables d'une guerre qui embrasait l'Europe entière, de quel éclat ne vont-elles pas briller sous l'égide d'un gou-

(l) Dictionnaire raisonné de Bibliologie, Discours préliminaire, p. vn.

vernement pacificateur, juste et éclairé, qui protège et encourage ceux qui les cultivent?

Mous possédons, de cette époque, d'autres impromptus qui n'ont pas coûté à leur auteur un travail bien sérieux ; cependant, comme ils présentent un certain appareil technique, on peut les rapprocher de plusieurs pièces du môme genre, empruntées à divers auteurs, et qui ont trouvé place dans les Amusements philologiques :

Invitation à M. Piot de se rencontrer à un déjeûner donné par G. Peignot à ses amis, partant pour les eaux de Luxeuil.

Le 13 floréal an xm.

Sachez, Monsieur Piot, Que Gabriel Peignot Veut vous dire en un mot Ou quatre, s'il le faut.

Qu'à dix heures, et tôt.

Vous preniez le galop.

Si n'aimez mieux le trot, Pour venir aussitôt Entamer un gigot...

Cet impromptu n'a pas moins de cinquante vers sur la même rime.

Le suivant se compose de vers léonins de douze syllabes dont chaque hémistiche se termine par la même lettre. Ces lettres ne sont autres que les cinq voyelles, dans leur ordre régulier :

Ami, sachez ce! A: vers une heure serA Etalé sur ma tablE un gigot bien braisÉ; 11 peut se faire aussi qu'on l'ait plus tôt rôti. Or, de plus, mon JokO, nous aurons ex œquO Un brochet impromptu, pour vous exprès venU.

En voici un troisième dont nous ne pouvons donner que les quatorze premiers vers ; les derniers complètent la série des vingt-quatre lettres de l'alphabet qui précèdent la rime en É.

G. Peignot à son ami Baulmont, qui lui avait demandé des rimes en É sur le café pris chez lui à 10 heures du soir, le 28 novembre 1807.

Hier soir, vis-à-vis votre aimable Aglaé, AE

Vous m'avez, cher Baulmont, joliment imbibé; BE

il est vrai, je me suis un tantinet forcé; CE

Vous étiez si pressant, mais enfin j'ai cédé, DE

Et, sans mon estomac, cela m'eût récréé. EE

Mais, cette nuit, j'ai dit : « Maudit chien de café! FE

Pour te prendre le soir, il faut être enragé. » GE

Bobilier fut aussi très bien apostrophé : HE

C'est à lui qu'on le doit; il s'en est méfié. lE

N'en prenant que fort peu, ce diable de Kaké KE

Sans doute aura dormi comme moi j'ai veillé. LE

Pour comble de bonheur, à peine un peu calmé, ME

Mon œil en sa paupière était embéguiné NE

A peine, je faisais ce que jadis Noé OE

Fit après avoir bu

Ces petites débauches d'esprit auxquelles l'auteur n'attachait aucune importance ne l'avaient pas empêché depublier, dans les premières années du siècle, sa Petite Bibliothèque choisie, son Manuel biblior/raphique, son Dictionnai?'e raisonné de bibliologie et son Dictionnaire des livres condatnnés.

Cependant les écoles centrales n'avaient pas produit les résultats qu'on eu attendait; elles furent remplacées, le 1" mai 1802, par des lycées établis au chef-lieu de chaque académie, et par des écoles secondaires dans les villes moins importantes. G. Pei-

gnot fut nommé, le 21 décembre 1803, directeur de celle de Vesoul, titre qui fut remplacé, le 10 décembre 1810, par celui de principal du collège de la même ville. Il fut continué en même temps dans ses fonctions de bibliothécaire. S'il traversa sans échec cette période de remaniements, oii les hommes médiocres et insuffisants étaient écartés et disparaissaient avec les institutions qui les avaient soutenus, il faut en conclure que le directeur de l'école secondaire de Yesoul dirigeait ces établissement avec une intelligence et un zèle éprouvés. Nous en trouvons une preuve intéressante dans une lettre (tout récemment publiée) qu'il adressait à son ami Amanton, le 13 août 1810 :

« Figurez-vous un pauvre diable qui, depuis deux mois, est à la galère ; j'ai renvoyé tous mes maîtres d'études, gens qui m'avaient trompé indignement, et j'en fais maintenant les fonctions. Yoici tous les anneaux de ma chaîne de galérien : levé à cinq heures; étude jusqu'à sept; classe jusqu'à neuf et demie; étude jusqu'à onze et demie; dîner, étude, classe, étude jusqu'à sept. Point de souper pour moi ; travail de cabinet jusqu'à onze et demie, voilà ma vie de tous les jours (1). »

Il trouvait cependant encore le temps de composer quelques ouvrages et d'écrire des vers : nous avons de lui un conte qui porte la date du 9 jan-

(1) Bulletin du Bibliophile (janvier-février 1863), p. 82.

vier 1811, et qui était vraisemblablement adressé au baron Hilaire :

Page 1