‹ Essai sur le cathétérisme du canal nasal suivant la méthode de Laforest [electronic resource]Chapitre 8 sur 9 · Surface de section de la voMe palatine · texte numérisé non relu

Surface de section de la voMe palatine

56 AUCHIVES d'OI'HTHALMOLOGIE.

Si l'on voulait sonder le côté gauclie du malade, on doit encore se servir de la main droite, tenir riiistrument de la même façon ; en un mot, rien n'est changé dans l'exécution du procédé.

Avantages de ce procédé. — Pour faire ressortir ces avantages, comparons les procédés de Laforest et de M. Gensoul avec le nôtre. On a fait plusieurs reproches à ces procédés anciens; le premier que leur adresse Boyer est celui de provoquer un chatoudlement pénible et presque insupportable. Ce reproche est, en effet, très fondé, et nous avons cherché à l'éviter. Nous avons fait quelques expériences sur nous-même, desquelles il résulte que la sensibilité propre aux fosses nasales, sensibilité qui a pour effet de provoquer quelquefois l'éternument, n'existe qu'à une certaine profondeur: ainsi introduisez un corps étranger dans une narine, tant qu'il n'aura pas traversé cette partie des fosses nasales qui constitue la cavité des narines, cavité limitée en arrière par un rétrécissement, que notre savant maître, M. Beau, médecin des hôpitaux de Paris, a comparé avec raison à la glotte, vous n'éprouverez aucune sensation désagréable : vous aurez une sensation analogue à celle que provoque un corps étranger appliqué sur la peau. Dépassez cette glotte, vous verrez cette sensibilité changer de nature, le corps étranger est supporté avec une certaine difficulté : vous êtes au niveau de l'extrémité antérieure du cornet inférieur. Allez un peu plus profondément, au niveau de la partie moyenne du cornet, et, à plus forte raison, un peu plus en arrière, alors vous éprouverez cette sensation désagréable dont parle Boyer; bien plus, vous éprouverez une grande envie d'éternuer, et le larmoiement sera très prononcé. Nouvel inconvénient qu'on aurait pu ajouter à tous ceux que nous avons signalés, inconvénient d'autant plus grand qu'il augmentait un accident pour lequel on faisait une opération.

Nous basant sur ces considérations physiologiques, nous avons rejeté comme fausse une proposition émise par MM. Pfeitfer et Gensoul, proposition dans laquelle il était dit que la route la plus longue était la plus sûre, et nous avons posé un autre principe qui pourrait s'exprimer ainsi : pénétrer le moins profondément possible pour arriver au canal nasal. Aussi, en manœuvrant à la partie antérieure des fosses nasales, nous ftvons évité de produire une douleur toujours pénible pour le

malade. En effet, dans la roule parcourue par !e bec de la sonde à la partie inférieure des narines, nous passons la glotte nasale, et nous contournons la colonne de ce nom. La muqueuse, dans ces derniers points, n'offre pas le même degré de sensibilité que vers la partie moyenne des fosses nasales. Ainsi, en nous résumant sur ce point, nous croyons que notre procédé est à l'abri d'un reproche que l'on adressait avec juste raison aux procédés deLaforest et de M. Gensoul. Nous croyons, sous ce rapport, avoir réalisé un véritable progrès ; car nous sommes persuadé que la douleur éprouvée par les malades était pour beaucoup dans la cause de l'abandon de tous ces procédés.

Boyer rejette encore le procédé deLaforest, parce qu'il expose à l'irritation, à l'excoriation, à l'inflammation, au boursouflement de la membrane pituitaire. Il est, en effet, incontestable que le bec de la sonde, en labourant (c'est le mot) la muqueuse nasale dans tous les sens, dans le premier temps, dans le second temps, au moment où il fallait contourner le cornet, devait nécessairement produire ces accidents; et ces accidents étaient d'autant plus faciles à produiredans ces points, que là précisément la muqueuse offre une vascularité très grande, et son appareil folliculaire est développé au plus haut degré ; ne savons-nous pas encore que la muqueuse est très peu adhérente, que la moindre violence suffit pour la séparer des os, précisément dans les points du méat parcourus par le bec de la sonde, c'est-à-dire dans la gouttière formée par le cornet et la paroi externe des fosses nasales ?

Ces reproches peuvent-ils s'adresser à notre procédé? Nous ne le croyons pas ; d ans aucun cas, nous n'aurons l'imprudence d'aller porter notre sonde si profondément dans les narines. Les parties que nous touchons sont peu irritables, elles participent encore des propriétés de la peau, et, de plus, nous ne risquons pas de décoller la muqueuse; car nous savons que partout où il y a des saillies, la muqueuse est très adhérente. Or la colonne nasale que nous contournons n'est-elle pas précisément dans ces conditions? Ainsi voilà encore un autre avantage en notre faveur ; mais poursuivons, et nous en trouverons bien d'autres.

La fracture du cornet inférieur, que Boyer regarde comme

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inévitable, peut-elle avoir lieu en employant notre proc(klé? Nous répondons encore négativement. En elfet, on conçoit que, clans le procédé ancien, cette fracture se produise très iacilement. En voici la cause : vers la partie moyenne du cornet, partie qui se trouve en contact avec la sonde, il y a le moins de solidité ; l'insertion de ce cornet sur la paroi externe des fosses nasales a lieu par une lamelle tellement mince, que la moindre violence amènera une fracture. Quant à nous, nous faisons engager la sonde sous l'extrémité antérieure du cornet, là où cette lamelle osseuse est réduite souvent à une crête assez peu saillante, d'une épaisseur plus considérable, et, par conséquent, difficile à fracturer.

Nous pourrions encore, à ce propos, signaler un inconvénient assez grave, inconvénient dont nous avons souvent été témoin dans nos expériences sur les cadavres. Il est des individus qui ont le cornet inférieur tellement fragile, qu'au moment où l'on veut engager la sonde dans le canal nasal, en se servant, bien entendu, du procédé ancien, on perfore le cornet de part en part, et le bec de la sonde vient se montrer dans le méat moyen. En évitant de pénétrer au delà de l'orifice inférieur du canal nasal, nous croyons nous être mis à l'abri d'un pareil accident, d'autant plus grave, que l'on croit avoir sondé le malade , et que , loin de le soulager, on a ajouté une lésion nouvelle à sa maladie.

Outre ces inconvénients, on a signalé divers obstacles qui empêchent absolument de pratiquer le cathélérisme ; je veux parler de la déviation de la cloison, qui est quelquefois inclinée au point de toucher le cornet; du resserrement du cornet luimême et de son abaissement trop considérable. On comprend très bien que dansées circonstances il est impossible de faire manœuvrer la sonde, ainsi quele conseilleM.Gensoul.Nouscroyons avoir fait disparaître ces obstacles, et aujourd'hui, au moyen de notre procédé, nous pouvons sonder des malades qui n'auraient pu l'être auparavant. Voici un exemple que j'observais tout récemment : sur une femme de trente-cinq ans environ, je cherchais à répéter la manœuvre du procédé de M. Geiisoul et de Laforest, je ne pouvais y parvenir ; j'eus alors recours à mon procédé, et immédiatement je rencontrai le canal nasal ; j'ouvris ensuite

les fosses nasales, et je reconnus qu'il y avait une forte dévialion de la cloison de ce côté. Cela m'expliquait suffisamment la cause de mon échec dans ma première tentative, et je vis dès lors un avantage de plus pour mon procédé.

Je ne pourrais dire maintenant si, dans les cas où le cornet est fortement appliqué sur la paroi externe, l'application de mon procédé serait possible. N'ayant pas eu l'occasion de rencontrer des cas semblables, je ne dois pas invoquer l'expérience ; mais l'inspection seule des parties me porte à croire que je réussirais dans de pareilles circonstances, parce que l'extrémité antérieure du cornet, n'offrant pas une grande dimension, ne peut pas s'enroulei' et obturer le passage de la sonde d'une manière considérable.

Ainsi, dans les cas ordinaires, notre pi'océdé ^ra préférable aux procédés anciens, parce qu'il ne provoque pas, comme eux, de l'irritation, de rinfïammation, etc. ; dans les cas où les procédés anciens ne peuvent pas êti'e appliqués, notre procédé nous permet encore d'arriver dans le canal nasal. Mais nous devons examiner ici, en terminant, une question importante.

Et d'abord, pouvons-nous cathétérisor tous les canaux nasaux? Y aurait-il des cas où il ne serait pas permis d'y avoir recours? D'après toutes les considérations qui précèdent, il est facile de répondre que le calhétérisme du canal nasal, de bas en haut, sera presque toujours possible. Je dis presque toujours possible, non parce que j'ai eu occasion de rencontrer des cas où il n'en était pas ainsi, mais parce que, sur un pareil sujet, il ne faut pas établir de proposition trop absolue.

Ainsi, quant à moi, si je rencontrais un individu qui aurait un écartemenl de deux grands, angles dépassant 0,35 millimètres je n'oserais pas le soumettre à cette manœuvre opératoire ; ou du moins, si je m'y décidais, ce ne serait qu'après l'avoir prévenu de la difficulté de l'entreprise.

Je dois ajouter, pour terminer ce chapitre, que, chez les enfants, notre procédé sera assez difficile à appliquer dans les premières années de la vie, jusqu'à l'âge de six à sept ans, quoique l'on ait eu soin de donner aux instruments une forme convenable, des dimensions plus petites. Gela tient à ce que le cornet est encore appliqué contre la paroi externe des fosses

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nasales. Mais, à partir do col âge, on peut tenter le catliétérisme; on se trouve, à peu de chose près, dans les mômes conditions que chez l'adulte. Je n'ai pas remarqué qu'il y eût de différence suivant les seses relativement à la manœuvre opératoire.

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