‹ Essai sur le Cheval de trait du MaineChapitre 5 sur 21 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le cheval Mayennais

a) Son type primitif. — À peu près disparu à l'heure actuelle, quoique certains spécimens en puissent encore être rencontrés dans quelques petites fermes, ce cheval a été fort bien étudié dans son opuscule La production chevaline dans la Mayenne (1875), par notre confrère M. Sinoir exerçant à cette époque à Laval. |

Voici la description qu’il en faisait :

« Le cheval de la Mayenne, variété de l’ancienne race bretonne, était généralement de la taille de 1 m. 45 à 1 m. 55 ; de couleur indéterminée, bai ordinairement foncé, souvent avec liste en tête prolongée jusu’aux nasaux, balzanes haut-chaussées (on l’appelait alors « Margot » dans le pays) parfois gris, très fortement truité, parfois rouan qu'on appelle ici « pêchard », enfin il n’était pas ie d’en trouver de couleur pie, baie où noire. |

« Sa tête carrée, un peu lourde, était néanmoins douée

d’une grande expression de vigueur et d'intelligence. Ses

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naseaux largement ouverts ; son chanfrein droit et court ; son œil grand, roux, à fleur de tête ; son crâne large ; ses ganaches un peu fortes, mais évidées ; ses oreilles un peu grandes, mais hardies, étaient des indices certains de vigueur.

« L’encolure longue, bien sortie, un peu trop horizontale, garnie d’une abondante crinière ; le garrot saillant, le dos droit, le rein court, formaient un ensemble irréprochable jusqu’à ce point de la ligne du dessus ; seulement à partir des reins, cette même ligne manquait de longueur et de direction et se terminait par-une croupe trop courte et avalée:e R

« L’épaule longue, quoique un peu droite, bien attachée au garrot et fortement musclée, l’avant-bras long et gros, le genou large et épais, le canon et le tendon volumineux et nets, le pâturon court et bien dirigé, le sabot un peu évasé, mais solide et bien conformé, des lignes d'aplomb parfaites, composaient la remarquable organisation des membres antérieurs. Aussi, malgré le poids écrasant dont on chargeait le cheval à cette époque, poids représenté souvent par deux cavaliers, des bagages ou des valeurs en grosse monnaie, la solidité de la monture offrait une sécurité absolue, en dépit de l’état pitoyable des voies de communication.

« Les membres postérieurs ne présentaient pas, à beaucoup près, une conformation aussi excellente, les lignes étaient mauvaises comme longueur et direction.

«. La croupe défectueuse, ainsi que je l'ai dit, la queue at-

tachée bas, la cuisse et la jambe trop grêles, le jarret coudé, clos (d’où la qualification de cheval crochard ou crochu), étaient à coup sûr des imperfections réelles que l’on devait essayer de corriger, néanmoins la netteté du jarret et l’absence de toute tare assuraient une grande force à cette articulation qui, par suite, imprimait à la machine une impulsion vigoureuse.

« En somme, court, trapu, près de terre, fortement musclé, vigoureux, rustique, exempt de tares ou de maladies graves comme la pousse, la fluxion périodique, les jardons, les éparvins, les mollettes, les vessigons, etc., doué de remarquables aptitudes pour les allures rapides, tel était l’an- cien cheval de la Mayenne, admirablement conformé, comme on le voit, pour les services pénibles. Combien n’a-t-on pas regretté ces précieuses qualités, qui ont disparu depuis l’accouplement avec le cheval de sang ? » |

Il est certain qu'après une teile description, où l’on sent le regret de cette race, on en vient à se demander si l’on a bien gagné au change. Si le cheval actuel est mieux conformé, en revanche, il paie un lourd tribut aux diverses tares ou maladies dont l’ancien était exempt. D'où vient cette hérédité ? Est-ce du cheval de sang, qui l’a affaibli en voulant l'affiner, ou du percheron qui, lui non plus, n'échappe pas hélas ! à toutes ces misères ? Il nous semble que c’est ce dernier que l’on pourrait accuser, s’il n’était à supposer que M. Sinoir, qui avait surtout assisté à la période de gâchis et de tâtonnements et en avait été navré,

n’ait un peu trop flatté son modèle.

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b) Les croisements. — Quoi qu’il en soit, l’auteur précité prétendait que l’on eût dû, pour l’amélioration de notre cheval, avoir tout simplement recours à la sélection. Le progrès de la culture permettant de lui fournir une nourriture plus abondante et substäntielle lui eût déjà permis de se développer davantage et d'augmenter un peu de format.

Mais la sélection, lorsqu'elle n’est pas accompagnée d'u apport d'éléments présentant déjà les qualités que l’on recherche, est un travail de longue haleine. Qui sait où nous en serions, avec cette méthode, rendus à l’heure actuelle a Si l’on en juge par la difficulté que l'on rencontre pour faire éliminer un animal défectueux, nous n’aurions pas fait beaucoup de chemin. Alors, quel avantage y aurions-nous trouvé ? L'absence des tares si abondantes à notre époque ? Rien n’est moins prouvé. Il semble que l’augmentation du bien-être diminue en tout organisme la résistance et augmente les chances d’imperfections, physiques tout a’ moins. Ne sommes-nous pas, alors que tous nous vivons mieux que nos ancêtres, beaucoup plus fragiles qu'eux ? Le cheval doit, lui aussi, payer son tribut aux progrès de la civilisation. Celui d'autrefois, nourri de foin grossier et d’ajoncs, habitant des écuries ouvertes à tous les vents, était plus robuste que ses descendants, dont l’alimentation est plus riche et le logement plus confortable. Le tempérament y perd de sa vigueur et les risques de tares deviennent plus grands et cela d'autant plus que l’avoine est chè-

re : on la vend au lieu de s’en servir pour fortifier les os

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et les muscles de nos pouliches soumises trop jeunes à des travaux pénibles. Voilà sans doute la raison de nos malheurs actuels ; n’en rendons responsable personne que nous-mêmes. C’est d’ailleurs le meilleur moyen de ne froisser qui | que ce soit.

. Donc, à notre avis, la sélection seule n’eût présenté aucun avantage sérieux tout en ‘payant l'inconvénient d'être très lente dans ses effets.

Halte-là, nous dira-t-on, et la question « économies » qu’en faites vous ? Ne serait-il pas infiniment plus profitable, en prenant chez nous nos reproducteurs, de ne pas porter aux voisins notre argent ? — La différence n’en sera pas grande car si nous achetons chez ces voisins, chaque année, des reproducteurs qu'ils nous vendent très cher, ne viennent-ils pas, en échange, les chercher chez nous, par dizaines, sinon par centaines, sous forme de poulains ? [I est fort probable que la balance, en cette occurence, penche en notre faveur. N’ayons donc plus de regrets : notre procédé est certainement le meilleur. Aussi bien qui pourrait croire que notre cheval sélectionné eût pu quelque jour rivaliser avec celui de nos voisins percherons, normands ou bretons ? |

La difficulté était de bien choisir la race amélioratrice, et ce n’est malheureusement pas ce qui s’est produit au début. Trois races nous entouraient, dont deux : la percheronne et la bretonne, pouvaient convenir. On choisit la troi-

sième et l’on voulut chez nous faire du demi-sang,

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Opération néfaste, s’il en fut, qui tendait à transformer ce cheval rustique et endurant en un animal de luxe.

Dans le recul du passé cette tentative nous semble insensée, mais si l’on remonte à l’époque où elle eut lieu, c'est-à-dire vers 1830, on notera qu'il existait alors un engouement énorme pour ce genre de cheval. Beaucoup de gens estimaient qu'un certain degré de « sang » était indispensable et qu’en l’absence de ce caractère, on ne pouvait avoir que des animaux mous, [lymphatiques et sans courage. La race actuelle est là pour infliger à cette théorie, s’il en était encore besoin, un sérieux démenti.

Pourtant les yeux ne s’ouvraient pas. Jusqu’en 1860 l’Administration des haras, qui dirigeait à sa fantaisie tout ce qui était production chevaline en France, s’obstina. Les étalonniers eux-mêmes durent sacrifier au goût du jour et le temps n’est pas loin où l’on rencontrait encore chez quelques-uns des étalons de demi-sang. Ils disparurent faute de clientèle, mais on en trouve des descendants çà et là dans les fermes. Les produits de ces juments n’ont d’ailleurs aujourd'hui qu’une valeur très réduite. Ils s’en vont en Basse-Bretagne se faire naturaliser, comme le font dans le Perche nos poulains plus étoffés.

Mais pourquoi donc les haras s’obstinèrent-ils ainsi contre toute évidence ? Question de remonte tout simplement. On voulait des chevaux de cavalerie et d’artillerie légère. Il en fallait, c’est bien certain, mais pourquoi pré-

tendre en faire produire partout, sans s'occuper des aptitu-

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