ER ENG EU
- des de la race indigène, ni des besoins locaux ! Les résultats obtenus dans notre région n'étaient pourtant, si l’on en croit M. Sinoir, guère encourageants.
« C’étaient presque toujours des chevaux manqués, décousus, dont les membres longs et menus supportaient un tronc trop lourd pour la fragilité de la base, dont l’encolure mince, allongée, trop horizontale, avait à lutter contre le poids d’une tête énorme. »
Evidemment ce n'était pas brillant et il ne pouvait guère en être autrement avec la richesse üe l’alimentation réclamée par le demi-sang.
Dans nos contrées, à cette époque, la culture était loin d’avoir atteint le développement actuel, ce qui ne veut pas dire que tout y est maintenant parfait. Cette nouvelle race mal nourrie restait informe. Mais il y avait un autre obstacle : la nature du travail demandé. Dans les régions où l’on fait du demi-sang, en quoi consiste ce travail A'ILse réduit à peu de chose, presque toute la terre étant laissée en herbage ou couvertel de vignes. Là, point de labours pénibles défonçant profondément le sol et, par conséquent, point besoin d’un cheval lourd et fortement musclé.
Dans la Mayenne on produit beaucoup de céréales, le sol, comme nous l’a montré l'étude géologique, y est très accidenté. Nos chevaux doivent être construits en force et pouvoir, rien qu'en se tendant dans le collier, entraîner déjà par leur masse une partie de la charge. Il nous faut aussi
des chevaux calmes, sachant s'arrêter au Cours d'un effort
Le
og
pénible et repartir sans à-coups. Car, et nous en parlons en connaissance de cause, toutes les exploitations ne sont pas à proximité des routes et la plupart des cultivateurs regardent comme un luxe inutile l'entretien des chemins qui y accèdent. Que viendraient faire les chevaux de sang pour sortir à la route les lourds chargements de grains ou de pommes, pour transporter dans les champs les tombereaux d'engrais, le long de ces chemins boueux, aux pentes rapides, aux ornières profondes, auprès desquels ceux suivis par le coche de La Fontaine sembleraient des pistes d’autodrome ? Après deux ou trois efforts infructueux le pauvre demi-sang préférerait reculer ou se coucher que de tenter d’en sortir. Nos cultivateurs le savent bien, eux qui vendent sans hésitation toute jument trop vive et peu franche de collier. Elle part pour une autre région, où elle assurera un service de trait léger. Il ne s'ensuit pas d’ailleurs qu’elle soit d’un prix inférieur à celui d’une autre, mais elle ne convient pas chez nous. Et voilà la raison pour laquelle lPélevage du demi-sang était voué, dans la Mayenr>, à un lamentable échec. À chaque contrée son type de cheval, . type déterminé non par sa valeur marchande exc'usive, mais par les services qu’il peut rendre sur place. L'élevage c'est bien, exporter est une source de revenus, mais la culture du sol procure également des bénéfices et vient en premier lieu par ici; la production du poulain re passe qu’ensuite. Certes on ne conserve pas souvent les juments
stériles, même si elles sont bonnes de collier, maïs on ven-
dra encore plus sûrement et plus vite, même si el'es font chaque année des poulains, celles qui sont inaptes au iravail.
Si les pionniers du cheval de sang étaient venus sur place consulter les intéressés sur leurs besoins, ils auraient été rapidement fixés et ils auraient évité une expérience qui tourna à leur confusion.
Ce fut donc la victoire de ceux qui préconisaient le chæ val lourd, victoire survenant d’ailleurs en plein découragement général. L'élevage de la Mayenne n'existait plus, les cultivateurs mal servis, et ne trouvant plus d’acquéreurs pour leurs chevaux, se tournaient vers la production bovine. Les régions voisines en profitèrent pour augmenter leur avance sur nous, ce dont nous serons longtemps encore les victimes.
Cette déchéance ne rebuta pas les amateurs de cheval de trait qui se mirent courageusement à l’œuvre. Mais les vicissitudes de notre élevage n'étaient point encore finies. Ce fut l’éternelle histoire. Dans la hâte d'échapper au demisang, on adopta le cheval massif et l’on passa d’un extrême à l’autre. La raison de cette nouvelle erreur semble être l'anarchie dans laquelle était alors plongée la production chevaline. On avait répudié les directives des haras nationaux, il n’y avait plus de tête, chacun agissait à sa guise.
C'est alors que M. Sinoir poussa son cri d'alarme.
La deuxième partie de son opuscule n’est qu’une suite de remarques judicieuses sur la façon d'éviter de tomber de
Charybde en Scylla.
ae
« Ce qu’il faut rechercher avant tout, dit-il aux éleveurs, ce n’est pas la masse, mais la puissance musculaire. » Et pour étayer sa thèse, il prouve, chiffres en main, que la production du gros poulain laisse un bénéfice moindre que celle du poulain de volume moyen. Une grosse poulinière coûte plus cher d'entretien, sans produire pour cela un travail supérieur, et la plus-value réalisée par la vente
« de son produit n’équivaut pas. à l'augmentation du coût de | Ja ration de la mère. ;
Mais ce n’est pas tout. Le gros cheval importé est fort souvent d’un modèle défectueux. On doit exiger de l’étalon un minimum de qualités dont l'absence doit le faire rejeter. Tous ces conseils excellents ont été suivis et il est intéressant de noter que ce qu’il préconise est précisément ce qu'on demande actuellement lorsqu'il s’agit de choisir un reproducteur. Il affirme déjà à cette époque (1875) que tout animal porteur de formes doit être éliminé et ce n’est que ces dernières années que l’on a appliqué strictement ce précepte.
Le prix peu élevé de la saillie provoque aussi ses observations. Il est impossible, en effet, de demander aux étalonniers d'exercer sans en retirer un bénéfice appréciable leur dur métier. Il ne faut pas oublier que l’époque de la monte coïncide pendant une notable période avec les grands travaux des champs et la fenaison, ils doivent se lever avant l'aube et se coucher à une heure avancée de la nuit pour
satisfaire à toutes leurs obligations. Les chevaux coûtent
sp cher d’achat et aussi d’entretien. Il faut amortir le capital . et couvrir les frais de nourriture et de personnel. Si le prix de la saillie est peu élevé, on achète à bas prix des étalons qui sont les résidus des pays d'élevage. Mais, direz-vous, qui empêche les étalonniers de demander la juste rémunération qui leur appartient ? D'abord le manque d’entente entre eux. Certains, comme dans toute corporation, préfèrent travailler beaucoup en gagnant très peu, que réaliser un bénéfice honnête en rapport avec l'effort fourni. Mais la principale cause est la concurrence des haras de l’Eta’ Là, comme dans nombre d’autres cas, l'Etat est un mauvais commerçant. Il paie cher les étalons qu’il achète, les nourrit bien et entretient pour leur service un nombreux personnel. Un particulier, qui travaillerait ainsi avec un prix de saillie dérisoire, se ruinerait. L'Etat, lui, ne se ruine pas : il demande au contribuable un petit effort supplémentaire ce: le tour est joué. Il serait évidemment fort intéressant d’opposer en deux tableaux ce que coûte chaque année à l'Etat un de ses étalons et ce qu’il lui rapporte. Mais qui pourrait le faire ?.. Les étalonniers qui, eux, doivent réaliser, selon la formule du jour, le « superéquilibre budgétaire », sont dans l'obligation d'acheter des reproducteurs inférieurs et d'économiser sur leur nourriture aux dépens de leurs futurs produits.
Nous devons reconnaître que la situation n’est plus tout à fait aussi noire que nous la dépeignons. Dans notre région tout au moins la direction des haras d'Angers fait tous
ses efforts pour nous aider dans notre tâche. Le prix des saillies a été peu à peu relevé dans les stations qui en dépendent et les primes de conservation aux étalons pa:ticuliers ont été augmentées. La concurrence est ainsi atténuée, mais quand létalon national rapportera-t-il à l'Etat ce qu’il lui coûte, sans parler de bénéfice ?
Notons en passant que l’auteur, dont nous suivons pas à pas l’ouvrage dans cette étude rétrospective, préconisait en outre pour encourager l'élevage : les primes de conservation aux étalons ; l'acquisition d’étalons départementaux, cédés à des particuliers et l’organisation de concours pé1odiques pour les reproducteurs des deux sexes. Toutes ces dispositions ont été depuis lors adoptées pour le plus g'ind bien de notre élevage régional. | |
Tout d’ailleurs dans cet opuscule est intéressant et instructif.
La plupart des avis qu’il contient semblent maintenant choses superflues tellement on a pris l'habitude de les suivre, mais à l’époque où ils étaient donnés, ils étaient fort utiles, puisque l'élevage en était encore à sa période de tâtonnements et d'erreurs.
C'est ainsi qu’il s'élève contre le fait de faire saillir des chevaux de moins de trois ans. Comme il le dit, pour être un bon producteur, un être doit avoir atteint son entier développement et ne consacrer à sa fonction de reproduction que l’excédent de ses forces vitales. Si, à son époque,
les dérogations à cette règle étaient fréquentes, cette pra-
tique, d’ailleurs interdite, est maintenant très exceptionnelle.
Une autre observation concerne le trop grand nombre de saillies effectuées par un étalon. Il y a là une erreur encore couramment constatée. On ne se rend pas assez compte que le surmenage sexuel, en admettant qu'il n’épuise pas rapidement certains sujets particulièrement vigoureux et ne les conduise pas à la sénilité précoce, nuit néanmoins à la production en diminuant le nombre et la qualité des sujets : procréés.
Enfin le régime de l’étalon a aussi une grande importance. « Il doit être tonique, composé habituellement d’avoine, de paille et de bon foin de prairie, Un service régulier, actif même, passé l’époque de la monte, assureraït la parfaite santé du reproducteur, la vigueur de ses produits et indemniserait de son coûteux entretien. Pendant huit mois . de l’année, l’étalon pourrait être chargé de tous les travaux pénibles de la ferme. Bien nourri, il ferait entre les mains de celui qui saurait l’utiliser la besogne de deux juments et deviendrait un précieux auxiliaire au lieu d’être, comme : à présent, un embarras, une charge et souvent un danger .»
On ne saurait raisonner plus. juste et nous livrons ces lignes, extraites de ce qui devrait être leur bréviaire, aux réflexions des étalonniers. Il est vrai que peu d’entre eux, sans doute, seront tentés par la lecture de notre ouvrage, si nous en jugeons par le petit nombre de ceux qui sunrissent celui que nous analysons en ce moment.
Notre principale ambition est d’ailleurs de marquer
Colin. 3
PA
l'étape accomplie, d'inciter nos producteurs à redoubler d'efforts pour progresser toujours. N'oublions pas, en effet, la maxime qui dit : « Qui n'avance pas, recule. » A rester sur place on se laisse devancer par les autres et on finit par se trouver en queue de Ja colonne.
Voyons donc où nous en sommes et essayons de mesurer le chemin qu'il nous reste à parcourir pour atteindre le but. Il est vrai que là, comme en beaucoup de choses, le but recule à mesure que l’on avance vers lui, mais ne dût-on jamais l’atteindre, il est là pour nous encourager et nous montrer la route, comme autrefois l'étoile guidant la marche des rois mages.
c) Le type actuel. — Poursuivant notre étude et abordant la période nettement contemporaine, nous allons suivre le développement de la Société du stud-book, dont la marche ascendante marque pas à pas les progrès de notre élevage.
C'est le 24 août 1905 que, sur le rapport fourni par M. Janvier, maire de Bais, fut adopté par le conseil général le principe de la création du stud-book mayennais.
Le 26 janvier 1907, le même rapporteur, s'appuyant sur des documents provenant des Deux-Sèvres, du syndicat hippique ardennais et du syndicat boulonnais, proposait un projet de statuts et demandait l'inscription au.budget départemental d’une somme de mille francs « pour frais de création et d'organisation du syndicat hippique mayen-
nais ». |
Dès lors la nouvelle société commençait sa propagande.
LRU
Le 31 août 1907, le bureau définitif. en était constitué. I se composait de : -
Un président : M. de Lorière ; Trois vice-présidents : M. Bidault pour Mayenne ; M. Le Breton pour Laval ; M. de Villebois-Mareuil pour Chäteau-Gontier.
Deux secrétaires : MM. Janvier et Picoreau ; Un trésorier : M. Masseron.
Il est décidé:
1° Que la société nouvelle prendra le nom de Société hippique du cheval de trait mayennaïis ;
. 2° Que le type à rechercher est celui du cheval percheron de volume moyen.
Des efforts d’ailleurs avaient déjà été faits dans ce sen;, puisque au Congrès hippique de Paris, le 18 juin 1909 sous la présidence de M. Loubet, M. Lavalard constatait que la Mayenne est un pays de production où les poulains
vendus jeunes s’en vont en Eure-et-Loire et dans l'Orne et
que cette production devient plus méthodique, les juments
et pouliches se distinguant par la solidité des membres, la correction et le dégagement des allures.
Malgré ces améliorations, il fallait ordonner cette production encore bien irrégulière et c'était la tâche entreprise par la Société hippique.
Elle tint, le 19 octobre 1907, une nouvelle réunion à la-
LG
quelle ‘assistaient deux confrères : MM. Pommier, d'Ernée et Pinot, de Laval. |
M. Janvier y fait une description du modèle à rechercher ; description empruntée au dictionnaire d'agriculture d’Henri Sagnier :
« Le cheval percheron est, dans son ensemble, d’une véritable élégance résultant non seulement de proportions harmoniques des diverses parties du corps, mais aussi des lignes gracieuses qui les limitent.
« La tête est relativement volumineuse, mais cela tient à la forme épaisse de son extrémité libre. L’encolure suifisamment longue et bien musclée, le poitrail large, la poitrine ample et profonde, les épaules obliques, le garrot épais et haut, le dos court, la croupe arrondie et la cuisse bien descendue, l’avant-bras long, les pâturons un peu courts, les articulations des membres fortes, le sabot généralement solide et bien fait en font un cheval véritablement beau à voir. é
« Ce qui contribue aussi avec ses formes élégantes dans une corpulence robuste à lui donner son cachet de distinction c’est l’absence presque complète de fanon aux boulets avec des crins longs et fins à l’encolure et à la queue.
« En désignant petit ou gros percheron on veut indiquer qu'il ne s’agit entre ces deux types que de différence de taille et de volume.
« Le petit percheron est, sans contredit, le plus remar-
quable cheval de trait léger. Sa taille ne dépasse pas
1 m. 60. Au-dessus de 1 m. 60 on a le gros percheron. Celui-ci n’est qu’une amplification absolue du petit. Il n’en diffère ni par sa forme, ni par sa robe. Il tend à dominer de plus en plus. La raison en est très simple, c’est qu'il a une valeur commerciale plus élevée. Il y a donc intérêt pour nos cultivateurs à le produire plutôt que le petit.
« Sans doute des raisons pourraient faire réagir contre cette tendance mais cela ne produirait aucun résultat réel.
« On ne produit pas, en effet, dans des vues purement | spéculatives de prétendue conservation de race une marchandise moins chère quand on peut en produire une plus chère et, par conséquent, plus lucrative.
« La conservation de la race percheronne n’est d’ailleurs nullement engagée dans cette question. Les gros percherons sont tout autant de pure race que les petits, seulement ils se vendent, à conformation et à vigueur égales, 300 à 400 francs plus chers que ces derniers.
« On peut même dire que ce n’est pas de propos délibéré que le petit percheron est produit maintenant. Tout éleveur tend à le produire gros mais il n’y réussit pas toujours, de là la persistance des petits. »
Nous avons tenu à reproduire intégralement ce texte parce qu’en dehors de la description du modèle à rechercher, standard qui n’avait pas encore été exposé, on y trouve l’écho de la lutte entre partisans du gros et du petit percheron qui s’est déroulée non seulement dans la Mayenne
mais dans toutes les régions intéressées à l'élevage de cette !
race,