CHAPITRE III
Hydrographie.
L Océan Pacifique baigne toute la cdte occidentale de la République, depuis le parallèle de Mejillones jusqu'au cap de Horn. L'existence de deux courants principaux, Tun portant au nord et l'autre au sud^ c^ partir du parallèle de l'archipel de Chonos, paraît y être parfaitement constatée. On leur assigne une commune origine, car ils sont considérés comme étant la dernière bifurcation du grand courant froid qui, partant près des côtes de la Nouvelle Hollande et de celles de la Tansmanie, se porte vers les régions australes, de l'Amérique du Sud. L'un et l'autre longent nos côtes dans un sens opposé, et sont connus des marins sous les noms de courant du Sud ou du cap de Horn et de courant du Nord ou de-Humboldt.
Le premier, qui peut avoir une largeur moyenne de 60 lieues géographiques près de son origine, arrêté dans son cours de l'ouest à Test par la côte de la* Patagonie occidentale, se dirige vers le'sud, se rétrécit, augmente en rapidité, et pénètre dans POcéan Atlantique à travers le cap de Horn et le promontoire de nie de Diego Ramires, après avoir longé toute la Tôte du sud. Sa vitesse, qui varie selon les lati-
tttdes quil parcourt, est considérablement modifiée par la direction des vents; mais dans son état normal elle se fait sentir davantage vers Textré- . mité du continent. D'après les observations les plus récentes, elle serait de 10 milles au moins, et de 25 au plus, par jour, dans les mers de Touest; mais elle parait encore plus forte à Test du cap; car, suivant les calculs faits à bord de la „ Vénus", elle irait jusqu'à 33 milles près de 111e des États. ^) Quant à Tinflaence des vents sur la rapidité de ce courant, on a observé que ceux de l'ouest le précipitent, tandis que ceux du S. E. le paralysent quelquefois presque en sa totalité.
Le courant Humboldt, seconde branche de la bi-* furcation déjà mentionnée^ va d'abord à VE. N. £. et au N. E. jusqu'à la hauteur de Vaiparaiso, d'où il se dirige vers le N. N. E. en prenant les ondulations que lui imprime la forme de la côte jusqu'au parallèle d'Arica. Sa largeur, en* face de Vaiparaiso, est estimée à 40 lieues, et sa vitesse, qui est toujours plus forte près de terre qu'au large, comme le fait très bien observer le savant auteur des ^Considérations Générales sur TOcéan Pacifique,'' m'a donné une moyenne de 16 milles par jour, entre Talcahuano et Cofpiapô.
L'étude de la température des eaux de chacune de ces branches du courant froid présente des résultats très variés. Le courant du cap, vers son origine, inarque 14^ centigrade, tandis que celui de Humboldt nen signale que 11^4^ sur le parallèle de Vaiparaiso,
') Carte des courants obseryés à bord de la „Véau8'\ dressée par Blr. de Tessan, 1837.
et 14^ 2^ sur celui de Copiapô: le premier conserve encore, à la terre des Etats, une température de 8® 6', au mois d'avril ^), tandis que le second, au mois de février, n'atteignit, à Valdivia, qu'une température aussi basse que celle de Chonos, et un peu plus haute que celle des mers du détroit. ^)
Les marées se font sentir avec assez de régalarite sur les côtes comprises entre Chacao et Mejillonés. La rapidité avec laquelle elles se propagent du nord au sud peut être appréciée par les indications suivantes, que j'emprunte des cartes dressées pour les voyages de King et de Fitz-Roy, et des observations faites par les officiers de la marine chilienne, dont j'ai eu moi-même occasion de constater Texactitude dans les époques syzygiales.
Port Huasco 28 ^ 27^ lat.S« 9 heures 32 min.
«# Picbidanqui. . . . 32 <> 7^ ,/ „ 9 w 20 r/
If Valparaiso '33 ^ V u v % m 32 #
n Talcahuano 36<^ — ' i, nlQ w 14 v
RîoLeubu.... 37^35' u AO n 30 ,r-
PortValdivia 39<> 62' n r/10 ft 35 w
Puerto Montt 4P 30' f/ A^ n 42 ,r
Astillero de Ueloncavi 41 <> 37' ii AI i, 44 ir
La hauteur moyenne des marées, depuis le nord du pays jusqu'à l'embouchure du canal de Chacao, ne dépasse pas 5 pieds; mais à partir de ce dernier point -* qui est le commencement d*une cite fractionnée et remplie dlles^ de baies et de canaux — jusqu'aux mers du cap, les marées offrent des différences bien notables dans leur élévation respective sur les divers
^3 de Keihallet. Océan Pacifique. ]8d6.
2) Adventure et Bcagle. Voy. T. 2. 1839.
points da littoral et des lies. Déjà , dans l'intérieur da canal de Chacao , qai n'est qu^à quelques minutes aa N. £. du port de San Carlos, la marée s'élùve jusqu'à 16 pieds, tandis qn*à San Carlos elle n*en atteint que six. Sur les côtes entre la grande Ile de Cliiloé et le continent, on observe que les marées montent jusqu'à 22 pieds, tandis que sur le même parallèle, à la cdte occidentale de l'Ile, elles montent rarement jusqu'à onze.
En côtoyant le continent et les tles vers le sud, on remarque que l'élévation moyenne des marées varie entre 5 et 10 pieds. Elles sont presque insensibles à l'ouest des lies de Santa Inès, de même que dans le canal de Santa Barbara; aussi, les courants qu'elles y déterminent n'oifrent-ils point d'inconvénients à la navigation. Mais les marins qui traversent le détroit de Magellan ne sauraient trop se prémunir contre les eflfets de la grande accumulation de marées qu'on observe entre la terre de Feu et les tles de FalUand. Au havre Peckett^ qui n'est séparé de la baie de Saint Grégoire que par un goulet, la marée iie monte qu'à six pieds, tandis qu'à Saint Grégroire elle va jusqu'à 40! Il est facile de prévoir la force du courant que doit produire, à certaines époques de la journée, une pareille différence de niveau.
Nous n'avons rien de remarquable à signaler sur la bonté et T abondance des ports qui se trouvent au nord de la baie de Conception. Hormis Caldera et Coquimbo, on peut dire que le Chili n'a aucun port qui mérite ce nom le long de cette partie de sa côte. La région des ports, comme celle des fleuves navigables, ne commence à se caractériser qu'à partir de
la Conception vers le sud; mais l'accès des ports
{Septentrionaux et méridionaux est également facile: la mer a une profondeur considérable le long des côtes, et on n'y trouve ni rochers ni bas -fonds qui puissent mettre en péril les navires qui la fréquentent. ^) Après avoir mesuré du regard sur la carte les trois cours d'eau gigantesques qui arrosent la partie orientale du nouveau monde, on est assez embarrassé pour donner le nom de fleuves aux torrents plus oa moins impétueux et aux ruisseaux tranquilles, tributaires de rOcéan Pacifique, que Pon trouve dans le Chili occidental. Quelle que soit cependant la petitesse relative de ces rivières, elles entrent dans le rang des fleuves, car elles en ont les caractères. Un ne voit pas ché^ nous, comme dans les pampas argentines, des lacs sans issue qui en limitent le cours; les rivières principales n'ont d'autre embouchure que l'Océan, et c*est leur origine, tantôt dans les Andes, tantôt dans la chaîne centrale^ qui en détermine la grandeur et l'importance. Les rivières d'origine andine naissent de sources intarissables, et sont assujetties aux phénomènes des grandes crues dans la saison de la fonte des neiges qui s'amassent en hiver audessous de la ligne de leur région perpétuelle. Les rivières qui prennent naissance dans la chaîne centrale ont des sources précaires qu'alimentent, en général, les eaux atmosphériques et les infiltrations de celles des vallées de la Cordillère qui sont traversées en tout
*) Scarcely any extensivc coast less requircs particulai* description than that of Ghilc. Wlth a tolcrable cbart» and the lead g;uiiig, a stranger may sail into» or out of, abiiost any Chilian port without hésitation.
Fitz-Roy. Appendix to tlie surveyiug Voyages in S. America, p. 208. 1S39.
sens par des canaux d^rrigation et couvertes de prairies artificielles. Toutes les rivières de la première section sont de vrais torrents, depuis leur origine jusqu'à leur arrivée à la vallée andine, la plus riche du Chili par ses productions agricoles. Sa pente, moins rapide, imprime son caractère aux courants d'eau, et comme son sol prend de plus en plus une forme horizontale à mesure qu'il s'approche des côtes maritimes, ils tombent avec moins d'impétuosité encore dans rOcéan. Aussi ^ toutes les rivières au nord du Bio-Bio, malgré la déclivité de leur litWers la mer, sont- elles périodiquement arrêtées à leur embouchure par la marée montante^ qui, en refoulant leurs eaux, les gonfle et leur donne, en général, l'apparence de lacs plus ou moins agités par la houle. Celles du sud, où. la pente du sol est presque insensible près des côtes^ se laissent pénétrer par la marée montante, qui en détermine le cours en sens inverse, quelquefois jusqu'à 12 lieues dans l'intérieur.
Les renseignements que nous avons sur cette section importante de la Géographie physique sont aussi très peu satisfaisants; car^ à l'exception du Maipo, avec ses tributaires, et du Chachapoal, une des principales branches du Bapel, il n'a encore été rien dit sur la vraie longueur des rivières, sur la rapidité de leur cours, ni sur la composition de leurs eaux. Tout ce que j'ai à dire sur ce sujet ne saurait donc avoir d'autre intérêt que celui de montrer Tétat actuel de nos connaissances dans une branche qui est encore presque tout entière à étudier.
En parcourant du nord au sud les rivières les plus considérables de la première section^ c'est-à-dire celles qui dérivent leur origine des Andes,, nous trou-
vons d^abord le faible ruisseau de Copiap6, dpnt no«s ne faisons mention qu'à eause de son importance tîtaie pour l'industrie des mines. C'est aussi la pre* mière rivière qui se présente après le désert d*Atacaifna, dont elle longe la partie méridionale, et qui forme la transition entre la nature morte et aride dn nord et la végétation luxuriante du sud.
Trois torrents, se précipitant des Cordillères du Potro et de la Pe&a negra, le Turbio, le Pulido et le Manflas, sont ses principales sources, et leur jonction près de Jorquera, à plus de 1960 mètres au-dessus du niveau de l'Océan , constitue la rivière - qui porte le nom de Copiapô jusqu'à son embouchure dans la mer, par 27® 15' 1. S. Ses eaux saumâtres causent presque toujours des dérèglements momentanés dans les fonctions digestives des personnes qui en boivent pour la première fois. Elles sont totalement absorbées par le désert, à peu près à vingt lieues de la côte, près de laquelle elles reparaissent après sous la forme de marais salins. Ces marais entretiennent dans la vallée de Ramadilla une végétation d'autant plus admirée, qu'elle contraste avec les sables brAlants des collines environnantes.
La rivière Huasco, qui vient après celle du Copiapé, est formée par le concours de cinq torrents andins et de la rivière de los Naturales, laquelle prend sa source dans deux petits lacs andins situés par 28® 48' lat. S. Elle se dirige d'abord vers l'ouest; mais arrivée à Ramadilla, considérablement grossie par la rivière de los Espanoles, qu'elle reçoit du nord, elle prend la direction du nord - est^ traverse les villes de Ballenar et dn Huasco, et va se jeter dans la mer à quelques milles au nord du port du même nom, par
SB^ 27^ lat S. Son cours principal peut être de 29 lieues. Les deux rivières que je yiens de signaler, nériteraient à peine le nom de ruisseaux, si elles n'a- Tsioif pas, sauf la quantité d'eau, la qualité de tra- Terser toute la largeur du pays et d'aboutir directement à la mer. Elles doivent leur existence aux neiges, qui dans cette contrée se soutiennent à peine contre l'ardeur du soleil, dé sorte qu'en été elles sont souvent presque taries, ce qui porte un grand préjudice à l'agriculture et aux mines, dont les travaux en dépendent. Les eaux du Huaeco ne sont pas plus potables que celles du Copiapô ; mais c'est dans les petites et riantes vallées qu'elles arrosent que Ton trouve les figues, dont rien ne peut égaler la douceur, et les vignobles si renommés par la bonté du raisin qu'on y récolte.
La rivière du Coquimbo est déjà un vrai torrent. Elle prend sa source principale dans la Laguna, petit lac andin, à 29^ 54^ lat. S., et à 1560 mètres au-dessous da grand plateau par lequel on passe la (cordillère qui conduit à San Juan, dans les Provinces Argentines. Elle a, à elle seule, plus d*eau que les deux antérieures réunies. Elle va d'abord à l'ouest, prend, en arrivant à Guanta, la direction du sud-ouest, passe près des petits villages de Diaguita et de San Isidoro, reçoit par le sud le torrent du Potrero grande, et traverse la belle vallée d^Elqui; arrivée près de l^'Algarrabito, elle tourne au nord-ouest, et va se jeter dans la mer, au nord de la ville de Serena, par 29^ dO' lat. S., après un cours de 30 lieues environ.
On trouve les sources de la rivière de Limari, par 30^30^, dans les torrents des Cordillères de les Patos, à 5160 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa direction générale est de l'est & Touest, avec
une légère inclinaison vers le $ad jusqa*à son embonehure dans l'Océan, par 30^ 43^ lat. S. Elle reçoit, par le bord du sud, le torrent de Caren et la petite rivière que lui envoient les montagnes du Pavillon, et, par la rive du nord^ à Guamalata, la rivière de Hurtado, qui a son origine dans le plateau de la Cordillère de Santa Rosa, à quelques milles au nord de celle de los Patos. Cette rivière, malgré le peu de volume de ses eaux, est pourtant de premier ordre par les grands services qu'elle rend à l'agriculture et aux travaux des mines de cuivre. Son cours principal ne dépasse pas 26 lieues.
La rivière Chuapa ou Illapel a ses sources dans /es Andes, entre le 31««® 15' et le 32««® lat. S. Ses nombreux torrents se réunissent au fond de la petite vallée du Totoral. Sa direction générale est à l'ouest, mais avec une petite inclinaison vers le nord. Elle reçoit dans son cours, par la rive du nord, près de la ville dillapel, la rivière du même nom, qui naît dans les versants méridionaux de la Cordillère du Pavillon. La rivière de Chuapa, comme toutes les précédentes, ne se prête à la navigation sur aucun de ses points; mais elle est de la plus haute importance pour Tagriculture et pour l'exploitation des mines.
La rivière de Quillota ou d'Aconcahua, qui traverse les vallées les ^lus riantes et les meilleures terres du sol chilien, a sa source dans le versant méridional du grand pic d'Aconcahua. Elle se précipite en bouillonnant vers le sud, et passe à l'est du lac andin de l'Inca, situé sur le plateau de las Calaveras, i'avant-demier étage des Andes dans le chemin d'Uspallata. Ce lac, que l'on croit sans issue, s'est pourtant creusé des canaux souterrains à travers les
moDtagnes qui lui servent d'enceinte 9 et lance ses eaux dans la rivière d'Aconcaliua, laquelle — grossie par les torrents qui roulent sur les versants septentrionaux des montagnes de la Leona^ et par ceux qui sy joignent du côté du nord — se dirige vers Touest jusqu'à son entrée dans la vallée d'Aconcahua, près de la ville de los Andes. Les eaux de cette rivière ont du être longtemps réunies en forme de lac sur un des vastes échelons des Cordillères, car on voit encore dans le Salto del Soldado une traverse de montagne coupée à pic dans une effrayante crevasse, au fond de laquelle on entend mugir le torrent dans Tob- «curité avant de le voir reparaître au fond de la vallée. On prétend que cet abtme, creusé par les eaux, doit son nom à un soldat poursuivi, qui le franchit d'un bond. A partir de Snnia Bosa de los Andes, Undustrie agricole puise dans TAconcahua, par de nombreux canaux d'irrigation, la source des richesses que cette rivière ne cesse de répandre sur les riantes campagnes de San Felipe et de Quillota jusqu'au moment de se jeter dans la mer. Son embouchure est au sud du port de Quintero, par 32® 55^ lat. S. Elle n'a pas d'affluents dignes d^ètre mentionnés.
La rivière du Maipo est une des plus importantes du Chili, tant par la masse de ses eaux que par sa situation près de la capitale de la République. Elle se forme, à 3442 mètres d'élévation, dnns la province de Santiago, sur le plateau qui sépare le volcan de Maipo de la montagne de la Cruz de Piedra. Une foule de petites fontaines, jaillissant h 23 mètres audessus du lac andin Diamante, qui était autrefois Torigine principale qu'on lui assignait, sont ses premières sources. Dans sa direction vers le nord -est, elle
reçoit par U droite les torrents Negro, Voleaiit Yeso et Colorado, et par la *gaache la Cmz de Fiedra, le Barroso, ie Claro et quelques autres de moindre {m*portante, qui partent d'autant de cl^eies de la Cordillère. Au moment de déboucher dans les belles plaines de Santiago, elle détache eu nord le canal artificiel qui porte son nom. Ce canal, eétoyant le pied des montagnes dont la vallée est bordée k Test, ▼a grossir les eaux du Mapocho presque taries par les innombrables canaux d^irrigation des environs. Arrivé près de San Juan, le Maipo^ dont la masse d'eau ne parait nullement entamée par les saignées que l'agriculture y fait en tout sens, prend droit i Touest, et passe sous ie beau pont horizontal de los Morros, un des ouvrages les plus grands et les plus coûteux construits dans TAmérique espagnole après son émancipation politique. Dans le voisinage de San Bernardo^ on entend le Maipo rouler avec fracas ses eaux ëcumantes et blanchâtres sous un modeste pont suspendu, qui conserve encore la simplicité primitive des ponts indiens , dont l'Europe a su tirer un .si grand parti pour la construction de ses ponts en fer. Près du village de Maipo, il reçoit du sud les eaux de l'Angostura, et, considérablement grossi par sa jonction avec le Mapocho, près de San Francisco del Monte, et avec le Puanqni, qu'il reçoit dans le district de las Juntes par son bord septentrional, il s*élance dans l'Océan, à Santo Domingo, par 33^ 38^ 40^^ lat. S. Son embouchure, très large, et remplie de bancs mobiles de sable^ est en lutte constante avec faction des marées. La mer, en venant s'y briser avec impétuosité, détourne le Maipo vers le nord, et c'est après avoir longé la côte, en parcourant plusieurs
nille», qull se confond avec l*Océan à la pointe septentrionale dn port de San Antonio. Son cours, diaprés Pissis, serait de 24 myriamètres, son inclinaison moyenne, depuis sa source jusqu'au pont de los Morros, de 1 sur 79, et, depuis los Morros jusqu'à rOcéan, de 1 sur 991. Le Mapocho est sa principale rÎTière tributaire.
Le Mapocho est une charmante petite rivière qui arrose et embellit la riante vallée de Santiago. Elle a sa source dans un petit lac andin de la Cordillère del Plomo, à 3670 mètres au-dessus de non confluent avec le Maipo. Elle coule d'abord vers le sud -ouest; mais, grossie par les neiges du versant méridional des montagnes de la Dehesa et par les eaux que lui envoient les flancs septentrionaux des montagnes de la Yerbaloca et del ToUo, elle prend à l'ouest, reçoit par le sud les eaux du canal de Maipo, traverse la ville, et disparaît quelques milles plus loin soùs le gravier et les marécages des plaines de Benca. Elle reparaît ensuite à Pudaguél, à 5 lieues à l'ouest de Santiago, et unissant ses eaux à celles qui lui viennent des montagnes centrales de Colina et de la Dormida, elle prend droit au sudouest, et se jette avec force dans le Maipo, près de San Francisco del Monte. Les eaux du Mapocho, après celles du Copiapé, sont sans doute les plus utiles et les plus convoitées pour l'exploitation agricole et métallurgique; aussi les petits canaux artificiels dont il est bordé sont si abondants et si rapprochés les uns des autres, qu'il a fallu augmenta ses eaux par celles du Maipo pour qu'elles parviennent jusqu'à Renca sans se tarir.
Rien ti*est plus pittoresque que la vallée andtne du Mapocho: il suffit de la voir une seule fois pour en garder toujours Pagréable souvenir. On observe dans cette rivière deux époques très remarquables. On s'étonne à la vue des remparts formidables que la ville a fait construire sur ses bords pour empêcher ses débordements, et à celle du pont massif en piètre de taille et en brique jeté sur un cours d^eau qui, en automne, mériterait à peine le nom de ruisseau. Mais lors de la fonte des neiges, ce modeste ruisseau s'accroît, se gonfle, remplit son large lit, et, transformé en un torrent épouvantable, se précipite à travei*s la ville j où il cause quelquefois autant de ravages que dans les campagnes qu'il parcourt.
Les eaux du Mai po ont des propriétés très importantes pour Tagriculture: elles forment l'amendement annuel des terres par les grands dépôts qu'elles y laissent dans les irrigations. Dans l'année 1820, les plaines de la vallée de Maipo, ressemblaient, par leur aspect aride et par la quantité infinie de pierres et de gravier dont elles étaient couvertes, à un vrai lit de rivière lavé et abandonné après par les eaux; quelques arbustes épineux se soutenaient à peine dans leur sol sec et embrasé par les rayons du soleil d'été; le prix du terrain y était plutôt conventionnel, que proportioné à f^a valeur. Mais la richesse et les besoins agricoles appelèrent sur ce désert les eaux fécondantes du Maipo; on vit avec étonnement la pierre disparaître sons la vase qu'apportait la rivière; les canaux se multipli.èrent , et le désert fut conveiîi en un jardin dont le terrain, chaque fois plus riche, augmente sans discontinuer les récoltes et les gras pâturages. J'ai
examiné plusieurs fois les eau^x du Maipo dans les caJOBes de la tlordillère, pour apprécier la quantité des ferres qu'elles entraînent en dissolution, et j'ai trouvé sur quelques points qu'un verre d'eau en repos laissait un dépôt de un sur trois.
Le fleuve Kapel est formé par le confluent «des deux grandes rivières Cachapoal et Tinguiririca, d'origine andine. La première n sa source dans la pente occidentale du massif de la Cruz de Piedra, par 34^ 20^ lat. S. Sa direction générale est â l'ouest; mais^ en recevant le Rio Cinro, elle prend au nord-ouest jusqu'à sa jonction avec la Tinguîririca; alors elle change de nom. Elle reçoit par le nord, dans son trajet par la Cordillère, les rivières de las Vegas, de Cumpeu et de Colla, et dans la vallée de la Cordillère^ à l'ouest de Kancahua, celle du Machali. Plusieurs autres de moindre importance, qui naissent dans la chaîne centrale, se joignent à elle par le nord. Le plus grand de ses tributaires qui lui apportent les eaux du sud, est le Rio Claro, d'origine andine, dont les crues fréquentes, occasionnées par la fonte des neiges, ont fait d*affreux ravages dans le petit village de Rengo qu'il traverse.
La rivière de Tinguiririca sort des Cordillères de San Fernando et de Curicô. Deux torrents, courant en sens opposé, et s'unissant dans les hautes vallées de la Cordillère, en sont les sources principales. Le premier a son origine dans le versant méridional du volcan de San Fernando, et le second, dans la Cordillère de las Damas, département de Curicô. C'est dans cette dernière source qu'on trouve les traces qui expliquent la cause de la forte inondation des plaines
de San Fernando, rapportée par la tradition. Par on de ces grands cataclymes qu^on observe si souvent dans les Andes, une immense section de montagne tomba dans la vallée del Cobre, formée par cette rivière, dont le cours fut arrêté par un monceau de dé* combres d'un quart de mille d'épaisseur. L'écoulement des eaux se trouvant subitement intercepté lors de la fonte des neiges, il se forma dans la Cordillère un vaste lac, en même temps que la végétation et les prairies artificielles éprouvaient dans les basses vallées la plus grande disette d'eau, sans qu^on pût en expliquer la cause. Tout -à- coup, la muraille, débordée par la masse d'eau qui y était accumulée, cède, et les eaux, se précipitant avec furie, inondèrent toutes les plaines et y firent un immense dégât. — La Tinguiririca^ grossie par les eaux du torrent Claro, passe par San Fernando avant d'opérer sa jonction avec le Cachapoal. Là, elle prend le nom de Kapel, lequel, continuant son cours vers le nord -ouest, reçoit l'Alhué par sa rive du nord, et va se jeter dans la mer par 33^ 53^ lat. S. Le cours du Cacbapoal peut être évalué à 18 lieues, celui de la Tinguiririca à 21, et celui du Bapel, qui les conduit à la mer, à 12. Jlnsiste de nouveau sur Tappréciation approximative de ces chiffres, comme on ne peut répondre de leur exactitude* dans Tétat actuel de nos connaissances topographiques.
Après le Rapdl se présente la rivière du Mata* quito, formée par le confluent du Tenu et duLontué. La rivière du Tenu a son origine bien près de celle de la Tinguiririca, dont elle n'est séparée que par une
crête de montagne. Les premiers torrents qui en forment les sources^ naissent dans le versant septentrional du volcan Planchon et dans les pentes meriodionales des montagnes de las Damas, par 33^ 50^ lat. S. Elle se porte d'abord à l'ouest, et, après avoir dépassé la ville de Curicé, elle coule vers le sudouest jusqu'à son terme. Cette rivière, quoique de peu d'étendue^ est rapide, et sujette, en été, à de fortes crues, comme toutes les rivières d'origine andine. En 1826, les campagnes en furent inondées, et, an mois de février 1837, une grande éruption du Planchon lança des laves enflammées sur la couche de neige des plateaux environnants, d'où il s'ensuivit une nouvelle inondation, dans laquelle on vit de grands blocs de neige roulés au loin dans les plaines par le torrent.
Le Lontué, seconde source du Mataquito, est une rivière plus puissante encore que le Maipo. Sa pente, dans tout son cours, est si rapide, qu'elle oifre des difficultés sérieuses pour l'établissement des ponts et pour le passage à gué. Elle naît entre le volcan du Planchon et celui du Descabezado, dans les neiges étemelles du Cerro del Medio^ par 35^ lat. S. Le torrent qui s'en dégage court quelques lieues au nord dans le plateau de la Cordillère, et se jette avec force dans le petit lac de Mondaca, d'où il prend la direction de Touest qu'il conserve, en, général, dans tout son cours. Sa jonction avec le Tenu s'opère à quelques milles à Touest de la ville de Molina. Ces deux rivières perdent leur nom dès qu'elles se sont réunies, et prennent celui de Mataquito, qu'elles gardent dans leur marche vers l'ouest jusqu'à leur embouchure dans rOcéan. Le Mataquito, malgré sa grande masse
d'eaii, ne se prête pas à la navigation. On le traverse en bateau 8ur plusieurs points ; mais on n'a pas encore essayé de suivre son cours dans une embarcation^ à cause des craintes qu*inspirent la violence de son courant et les fréquents bancs de sable lilouvant qui se forment dans son lit. Ces difficultés s^aplaniraient cependant, s1i y avait à son embouchure ou aux environs un mouillage assuré pour les navires; car l'ayant moi-même traversé en bateau dans plusieurs directions, l'ai trouvé que les périls de sa navigation sont plutôt exagérés que réels.
Le Maule est déjà une rivière navigable; il forme la ligue de division entre les rivières accessibles du sud et les torrents impraticables que nous avons parcourus jusqu'ici. A partir de ce points le sol s aplanit davantage et les vallées s'élargissent de plus en plus. C'est dans les versants occidentaux du volcan Descabezado que le Maulç « son origine. Son cours, accru d'abord par le Claro, quil reçoit par le nord, et par le Melado, qui s'y joint par le sud, a la direction générale de l'ouest ^ au sud jusqu'à son embouchure dans TOcéan, par 35^ 20' lat. S.
Cette rivière a deux grands tributaires: le Lircay, qui lui vient du nord, et la Loncomilla, qui conflue avec elle au sud^ à 8 lieues de son embouchure. Les sources du Lircay sont dans les montagnes centrales de la province de Talca, par 35^ lat S., et celles de la Loncomilla réunissent les eaux des Andes et de la Cordillère centrale de la province de Maule, par 35 ^ 50 ^ Le port de la Constitution, à Tembouchure du Maule, est excellent, une fois qu'on est parvenu à dépasser la barre de sable que las courants en lutte avec les marées forment à son entrée. Les difiicultés augmentent lorsque les
navires sont par le travers du promontoire de l'Eglis^^ où les vents sont tout-à-coup interceptés, en sorte que les embarcations sont livrées à la merci du courant. Le Gouvernement a remédié à cet inconvénient, en y faisant stationner un bâtiment à vapeur, spécialement chargé de remorquer les navires à leur entrée et à leur sortie. Le Maule est accessible à des navires de 900 tonneaux jusqu'à sa jonction avec la Loncomilla. Limportance d'une pareille voie d'exportation, dans une province si riche et si éloignée des grands centres de consommation, a fait penser, à diverses reprises, aux moyens de détruire la barre par Taugmentatiou artificielle des eaux du Maul«, et plusieurs projets ont été présentés au Gouvernement sur la canalisation du Lontué, pour le joindre à cette rivière. Mais je crois qu'en traçant les bases d'un semblable projet, on a compté sur le résultat probable plus qu'on n'a observé les causes qui produisent ces grands bancs de sable à Tembouchure de quelques rivières. Ce n'est pas le manque d'eau qui les produit, car la rivière de Valdivia a certainement moins d'eau de source que le Maule; le MauUin en a encore moins: et cependant ces deux rivières n'ont point de barre. Si nous examinons les grands cours d'eau débouchant dans rOcéan, nous n'en trouvons aucun digne d'être comparé avec celui des Amazones; et pourtant ce fleuve, qui a près de 50 brasses de profondeur, et qui repousse rOcéan jusqu'à 60 lieues de son embouchure sans y mêler ses eaux, a une barre formidable. Ce n'est donc pas le manque ni l'abondance d'eau qui détermine la formation de la barre à Tembouchure des rivières; c'est plutôt à leur orientation par rapport aux vents régnants, à Tinclinaison plus ou moins grande
de leur lit, et surtout i Tinfluence àen marées, qu^on doit la présence ou Tabsence de ces bancs. L'em* bouchure du Maule peut être bien améliorée sans doute par la main de l'homme, mais seulement au moyen de travaux locaux et constants qui seront tôu* Jours en lutte avec les lois de la nature*
La rivière dltata a sa source principale dans le lac andin d'Huaquete, situé dans les Cordillè^ res de la Piedra Lise, par 86^ 54' lat S. Son cours générai est au nord^ouest jusqu'à son em*bouchure dans l'Océan^ par d6^ lat. S. Ses deux tributaires les plus considérables viennent du nord, et se nomment le Diguillin et le Nubie. Le premier, qui a son origine dans le Renegado, gros torrent sortant de la montagne andine de Chillan, connue sous le nom Purgatorio, descend droit à l'ouest jusqu'à son confluent avec l'Itata, par 36® 24 ^ Le second, qui sort d'un petit lac andin, situé sur le plateau de la Cordillera Blanca, par S6^ W lat. S., coule d'abord vers le nord, et tourne à Touest après avoir été enflé par une foule de petits torrents, tombant des pentes orientales et occidentales qui encaissent la vallée. Il reçoit du sud les ruisseaux de Cato et de Chillan, et par le nord celui de Changerai^ et il se confond avec l'Itata par â6® 10' lat. S. Cette rivière, malgré sa quantité d*eau, n^est pas accessible à son embouchure, cependant elle est pré* cieuse pour les irrigations des beaux champs de blé que Ton cultive avec un grand succès dans les vallées^ et pour Tentretien des vignes et des pâturages. Son cours est à peu près de 30 lieues, et celui de sa branche la plus importante, le Nubie, est de 36.
Le Bio-Bio est la plas grande de toutes les ririères da Chili occidental. Ses affluents embrassent une étendue de 96 milles du nord au sud. Il natt dans le petit lac andin Gualletu, situé sur le plateau qui est fonné par le versant oriental de la montagne de Nihualve et par le versant occidental de la chaîne de Cholhuecura, à 3»^ 18' lat. S. Il se dirige au nordoaest jusqu'à Santa Barbara, et s'incline ensuite à l'ouest avec une légère déviation vers le nord. Après avoir atteint la ville de Nacimiento, il se porte au nord jusqu'à son confluent avec la Laja; puis il reprend de nouveau sa marche vers le nord-ouest, et parvient ainsi à son embouchure, vers le sud-ouest de la ville de la Conception, par 86^ 48' lat. S. Cette rivière compte quatre principaux tributaires: deux lui apportent les eaux du nord, et deux celles du sud. Ceux du nord sont le'Duqueco et la Laja. Le premier, réunissant les torrents des Andes, par 37® 26' lat S. , va droit à l'ouest et se jette dans la rivière principale. La Laja prend naissance dans le lac andin du même nom, situé, par 37® 8' lat. S., entre le Vplcan d'Antuco et la Cordillère de Pichanchen. Son cours, d*abord au nord-ouest, dans les hautes régions, change peu à peu, et suit la direction générale à l'ouest avec une faible inclinaison vers le sud jusqu^à sa jonction avec le Bio-Bio, à quelques milles au sud de la ville de Rere, par 37® 10' lat. S. Elle s'accroît, dans son cours de 23 lieues à peu près, par un grand nombre de torrents qui s'élancent des Andes, et reçoit aussi par le nord la rivière Claro, dont la source se trouvé dans les lacs d'Avendaiio, situés dans les montagnes centrales. La Laja est la seule rivière du Chili qui présente le phénomène d'une vraie
cataracte. Vers les deux tiers de sa route, elle se précipite en masse et avec fracas sur un lit de rochers, d*nne élévation de plus de 200 pieds, tout à côté de son passage, qu^on traverse à gué et sans aucun péril. Les deux tributaires que le Bio-Bio reçoit du sud sont le Bergara et le Tubuleo. Son embouchure est au nord de la colline de Marihueno et au sud des montagnes appelées Tetas del Bio-Bio. Malgré sa largeur, qui dans les grandes crues atteint quelquefois près de mille mètres, il n'est pas accessible aux grands navires ; il a peu de fond, et il est couvert de bancs de sable, qui changent la direction de ses canaux par leur mobilité. Une fois l'embouchure dépassée, les embarcations de peu de portée arrivent facilement et commodément jusqu'à Santa Juana, à 30 milles dans lintérienr. Déjà, différentes entreprises particulières y ont introduit la navigation à vapeur, et les récoltes abondantes de blé, production principale de la province de Conception, se multiplient en proportion des moyens d'extraction que le commerce leur offre* Cependant la grande largeur du Bio-Bio, cause de son peu de profondeur et du changement continuel des canaux, sera toujours un grave inconvénient pour la communication fluviale intérieure, à moins qu'on ne parvienne, par des travaux bien conduits, à fixer le cours de cette rivière dans un canal bien délimité et soigneusement entretenu.
La rivière Impériale a sa source, par 3B^ 34^ lat. S., dans plusieurs torrents qui, se précipitant des versants du nord et du sud du volcan de Llaima, font leur jonction à l'ouest de Maquehua. Son cours, généralement très sinueux, ne s'écarte pas sensiblement de la direction de l'ouest. Elle a d'à-
bord le nom de Quepe , mais après avoir reçu par le nord, vers les deux tiers de sa route, la rivière Cholehol, elle prend celai d'Impériale, et va se confondre avec la mer par 38^ 48^ lat. S., après un cours de 32 lieues environ. Le Cholchol^ son affluent le plus considérable, qui a son origine dans la chaîne centrale de Nahuelbuta, par 38^ 10^ lat. S., côtoie du nord au sud la base orientale de ces montagnes, et, agrandi par de nombreux torrents, que lui envoient les Cordillères de l'est, il s'unit par le nord au Quepe pour former la rivière principale.
Jusqu'à présent Pembouchure de l'Impériale a été jugée impraticable. Elle se présente, en effet, droit au sud-ouest, qui est la direction des vents régnants: par conséquent, les courants sont refoulés, et la houle se brise avec force dans le bas-fond qui se trouve à son entrée. Cependant la navigation intérieure y est facile, les grands bateaux pourraient s'avancer jusqu'à 18 milles^ car elle a partout un fond suffisant, et les courants n'yentratnent pas avec la violence qu'on observe dans le Bio-Bio et dans le Maule. Un examen plus attentif du canal principal, qui met cette rivière en communication avec TOcéan, pourra seul décider la question importante de son accès aux embarcations. Tout porte à croire que l'entrée n'en est pas aussi difficile qu'on le prétend. Les restes de la ville maritime Impériale, qui était située sur les bords de la rivière, au-delà de son embouchure, et les traditions historiques qui accréditent que, lors de la destruction de la ville, les Espagnols s'embarquèrent dans lés navires qu'ils avaient dans le port, et se dirigèrent sur Valparaiso, attestent assez clairement que cette rivière a été fréquentée par les vaisseaux espagnols, du
temps de la conquête. On «ait aussi qu'une ville BwuA florissante que l'était llmpériale, n'avait que la voie maritime pour pourvoir à tous les besoins de son commerce et de son industrie. Le qualificatif d'ittpossible n'est, le plus souvent, que le moyen dont la paresse ou l'incapacité se sert pour se tirer d^embarras dans les commissions délicates dont les résultats offrent des difficultés à la révision.
Il se peut bien que le canal d'entrée soit aujourd'hui plus resserré par Taction lente du temps qall ne rétait auparavant; mais cela ne prouve pas que cette difficulté ne puisse être aplanie par les moyens nombreux et efficaces quon emploie dans toutes les rivières pour en approfondir les canaux. Le beau fleuve Impérial, aux poétiques souvenirs, ne tardera pas longtemps à être du nombre des voies les plus importantes pour l'exportation et la navigation intérieure de la République.
La rivière du Tolten' — d'après les renseignements obtenus dans la dernière expédition qui y a été faite par ordre du Gouvernement, sous 'le commandement du capitaine de frégate de la marine nationale L. Sefioret, ainsi que d'après les observations que je tiens de plusieurs voyageurs intelligents — a sa source dans le lac de Villarica, situé au pied des Andes, dans la vallée centrale, par 39^ lat. S. Ce petit lac, qui doit son nom aux richesses fabuleuses qu'on prétend que les Indiens y cachent avec soin à la cupidité des Européens, est le premier des grands dépôts d'eau andine qui existent, à partir de cette latitude, le long de la vallée centrale vers le sud. Alimenté, comme les autres, par la fonte des neiges et par les sources nombreuses qui jaillissent
4e§ fl«Dc« des Cordillères ^ âont il ^t bordé à Test» U a son issue h l'ouest, sous le nom de Tolten. Le cours de cette rivière^ appelée à devenir avec le temps ane des plus importantes du Cbili, va à l'ouest avec une petite inclinaison vers le nord. Arrivée à la cbalne centrale, elle se détourne pour prendre au snd| et, après une marche de dix lieues à travers la belle vallée de la côte, elle se décharge dans la mer par 390 7^ 80^^ lat. S, Elle a, à son embouchure, deux canaux d'entrée, dont la profondeur moyenne est de dix pieds, l/eau s'y brise contre le banc de sable formé par le courant à un mille de la rivière, h^ei^ plorafion eut lieu au mois de janvier, et M. Senoret dit qu'il ne doute pas que, dans les mois d'hiver et de printemps, la profondeur ne puisse atteindre 25 pieds, car c^est l'époque des grandes crues. Quoique l'exposition de son embouchure soit à l'ouest, le cap Impérial, au nord, et le Morro Bonifacio, au sud, la protègent beaucoup contre la houle du sud -ouest. Le bas-fond qui précède son entrée n'a qu'un demi^ mille de largeur, et, au-delà, la sonde marque 25 pieds dans tout le canal de la rivière, qui n'a pas plus de 100 mètres de largwr. La force du courant, à là marée descendante, atteint 5 milles à l'embouchure; un mille plus loin elle n'est que de 3, jusqu'au banc de Tregualeo, 9 milles à l'est La soude marquait sur Tregualeo 4 pieds de profondeur; mais, comme lé capitaine Senoret le fait parfaitement bien remarquer, ce bas -fond n'étant pas fréquenté par les Indiens, il est à présumer qv'dB^ autres époques de Tannée il est d'oM profondeur considérable. L'expédition con« tinua ses explorations 21 milles encore au-delà de ce banc, et elle obtint pour résultat que la rivière n'a
pas de sinaositës violenter; que la force de son courant augmente jusqu'à 6 milles, à mesure qu^on remonte, et que son fond varie entre 7 et 40 pieds, mais qu'il se soutient, en général, avec assez d'uniformité entre 18 et 20. L'effet des marées se fait sentir à 30 milles de l'embouchure, et, d*aprés les renseignements que j'ai recueillis sur les points que je n^ai pas visités moi-même, le Tolten est praticable pour de petites embarcations presque dans tout son cours, si l'on excepte les bas-fonds qui s'y interposent, et dont les Indiens proBtent pour faire la traversée à cheval. Il peut avoir 24 lieues et n'a pas d'affluents qui méritent une mention particulière.
La rivière de Valdivia est à présent la plus importante de toutes les rivières navigables de la partie occidentale de la République. Elle a, à son embouchure, un port qui, par sa bontés son abord facile et son ancrage admirable, excelle sur la plupart des meilleurs ports du Chili. Ses affluents tranquilles et nombreux sont tous navigables et s'étendent comme un réseau sur la vallée dont elle porte le nom* Elle est formée par le confluent de deux grandes rivières, la Calle-Calle et le Cruces. La première, d'origine andine, prend naissance dans les lacs de Huanehue, de Riftihue, de Huitahue et de Lajara, qui sont situés au sud du lac de Villarica, et qui reçoivent leurs eaux des versants occidentaux des Andes, dont ils sont bordés à l'est La Calle-calle coule à Touest sous le nom de Quinchilca^ qu'elle garde jusqu'à la moitié de son cours, où, prenant celui d'Arique, elle tourne au sud-ouest jusqu'auprès de la montagne intermédiaire de Quita-Calzon. C'est là
seulement qu'elle adopte le nom de Calle-Calle, qu'elle porte jusqu'à la ville de Valdivia , où elle opère sa jonction avec la rivière de Cruces. Cette dernière sort des montagnes centrales de San José, dans la province de Yaldivia, par 38^ 19^ lat. S. Elle marche d'abord au sud -sud -ouest, mais s'incline de plus en plus au sud, dès qu'elle a dépassé la ville de San José, et après avoir reçu une foule de canaux qui s'ouvrent en tous sens sur son passage, elle effectue sa jonction avec la Calle-calle au nord et au sud de la ville de Valdivia, dont elle est séparée par l'tle de Valenzûela. Elle continue sa route, sous le nom de cette ville, jusqu'à son embouchure dans le port de Corral, où elle se confond avec la mer sans le moindre effort, par 39^ 55^ lat S. La rivière de Valdivia a près de 4 lieues de cours. Les marées sont sensibles dans ses affluents jusqu'à 30 milles de son embouchure. Les bas -fonds qu*on trouve de temps en temps dans cette rivière sont dus aux vieux troncs d'arbres qui, imbibés d'eau à force d'être portés et reportés par l'action contraire des marées, ont coulé à fond. On a vu plusieurs fois des trois-mâts de 300 tonneaux à Tancre dans la ville même de Valdivia; des goélettes et des bateaux destinés au transport des bois sont constamment en mouvement des chantiers au port; la marée descendante les y conduit, et^ en remontant, elle les ramène vers les établissements d'abatage des forêts, placés le long des bords attrayants et pittoresques de la rivière. Ses canaux nombreux, au cours tranquille, à Teau pure et transparente, se joignent, se séparent, se divisent pour se joindre encore, et forment dans llntérieur des
Cerre$ im vrai archipel de petites llee^ qui paraiiMiit avoir leur siège sur on lac. La maio prévoyante de la nature, en tragant ces canaux à travers les forêts inaccessibles, pour faciliter ^extraction du bois, a as^ signé à cette province la place du premier chantier de bois de construction de la mer Pacifique*
Le Rio Bueno est encore une rivière de la plus grande importance pour la navigation intérieure. Elle est beaucoup plus large et plus profonde que celle de Valdivia; mais ses affluents ne sont, à beaucoup près, ni aussi nombreux ni aussi praticables que ceuK du Cruces. Le Rio Bueno est formé par le confluent du Trumag et du Rahue, qui naissent dans les Andes. Le Trumag a sa source dans le grand lac de Banco, situé dans la vallée centrale, au sud de celui de BiSihue, par 40^ 18^ lat. S. Ce beau lac, rempli dlles et environné, au nord, au sud et à Test, de hautes montagnes, dont les pentes et les vallées intérieures lui envoient nombre de torrents, n'a d'autre issue que la rivière de Trumag, donC le cours est au sud^^mest jusqu'à son confluent avec le Rahue, La longueur approximative du Trumag n'excède pas 15 lieues. Son principal affluent est le Pilmaiquen, qui, prenant naissance dans le petit lac de Futa-Cullem, situé dans la vallée centrale, se dirige au nord-nord-est, sous le nom de Lefi^Leufu, jusqu'à son point de réunion avec le Trafun. Ce dernier a son origine dans le Pullebna, grand lac de la même vallée, au sud de Ranco. Les deux rivières réunies prenn^it le nom de Pilmaiquen, et tombent par le cdté du sud dans le Trninag, à quelques milles de son confluent avec le Rahue. Cette dernière rivière a sa source dans le l^C de Llauquihue, dans la vallée centrale, au nord
da Tolcan d'Osorno, par 40 ^ 50^ lat. S. Son coora, quoi* (pie tortaenx, se dirige en général à l'oaest jusqu'à sa réunion avec le CoihueGo, qui lui amène ses eaux des Tersants occidentaux du cAne de Pinganilla; de là, elle prend au nord-ouest, reçoit par la gauche le Rio Negro, tourne au nord-nord-est, sincorpore, à la ville dt)somo, avec la rivière de las Damas, qui lui vient par la droite, et, poursuivant sa marche vers le nord, fait sa jonction avec le Trumag, dans la mission de Quilacahuin. Son principal affluent, le Rio Negro, lui vient du sud. Cette rivière prend naissance, par le 41 ^ 12 ^ lat* S. , dans la montagne centrale, dont elle côtoie la base orientale dans la direction du nord jusqu'à son confluent avec le Rahue, à trois lieues au sud d'Osorno.
Le Rio Bueno, ainsi formé, prend sa direction générale à Touest quart au nord, et se jette dans la mer par le 40™« ® 3^ lat S. Il était encore question, an nord de la République, de savoir si cette belle rivière se prétait ou non à la navigation, et elle était déjà visitée par un grand nombre de petits bâtiments qui, partant de Chiloé, y rapportaient les productions du riche département d^sorno qu'ils embarquaient sur les rives du Trumag. Elle a malheureusement, comme presque toutes les autres rivières, un banc de sable près de son embouchure; mais un bateau à vapeur vient de faire, avec un heureux résultat, Texploration du canal principal, qui a donné un fond moyen de 15 pieds dans la barre; llntérieur varie, jusqu*au Trumag, à 13 lieues de Tembouchure, de 18 à 45 pieds de profondeur. Son courant est tranquille et aussi posé que celui de la rivière de Valdivia. On éprouve Peffét des marées jusqu'au confluent du Pilmaiquen
avec le Trumag, à 13 lieues de la mer. L'exportadon c1e8 blés d'Osorno pour Valparaiso, par cette nouTelle voie, appellera davantage, de jour en jour, la coueurrenee des navires, et le Rio Bueno entrera dans la ligne des ressources naturelles que le commerce et la navigation exploitent toujours avec fruit La rivière du Bahue mAme présente dans tout son cours une foule d'endroits accessibles aux petites embarcations. Un grand bateau, chargé de bètes à cornes, en descendit le cours, depuis la ville d'Osorno jusqu'au Kio-Bueno, sans le moindre inconvénient; et près du grand lac de Llanquihue, à 11 lieues d'Osorno, on est encore forcé de se servir d'embarcations pour la traverser. Quel avenir pour le département d'Osorno, lorsque la population et l'industrie pourront utiliser les grands avantages que la nature leur offre spontanément dans ces rivières^ dont le cours n'est intercepté que par de vieux troncs d'arbres et par Tamoncellement partiel des sables qui est la conséquence de leur permanence dans l'eau. Les contrées qu'arrosent l'Impériale, le Tolten, le Queuli et le Valdivia sont dans le même cas.
Après le Rio -Bueno se présente le Maullin, la dernière rivière d'importance du Chili occidental, celles qui suivent jusqu'au détroit de Magellan devant être plutdt considérées comme des canaux océaniques encaisses dans les terres, que comme de vraies rivières . Le Maullin a sa source, par 41^ 20^ lat. S., dans le grand lac de Llanquihue, qui est aussi le dernier de cette succession de lacs placés dans la vallée centrale. Le premier tiers de son cours n'a pu être encore précisé, à cause des difficultés qu'offre au voyageur une immense forêt dont la rivière est couverte. On
a pourtant remarqué qu'elle a une chute assez considérable avant de reparaître , dégagée, 4 lieues après son origine. Là, elle est large et profonde; sou cours vers Touest est tranquille lors de la marée montante; mais, à la marée descendante, elle acquiert dans un banc, à deux lieues de la chute, un courant de 7 milles. Après ce banc, qu'on appelle primer saito, elle prend la direction du sud*ouest, et va se jeter dans la mer par 41 ^ 36 ^ lat. S. Son cours peut être de 14 lieues. Elle n'a aucun affluent digne d'être mentionné. Cette rivière, qui joue un rôle si notable dans le commerce de bois d^alerce, est la plus large et la plus profonde de toute la contrée; la marée y remonte avec toute sa force jusqu'à 10 lieues, et les nombreuses goélettes d'Âncud la parcourent en tout sens; mais l'embouchure en est dangereuse à cause des rochers; les gros navires ne pourraient y pénétrer sans être remorqués par des bateaux à vapeur. Une fois l'embouchure dépassée, rien ne peut égaler la sâreté qu'elle présente à l'intérieur.
Telles sont les principales rivières d'origine andine, à l'occident des Cordillères des Andes. On y trouve une foule d'autres cours d'eau plus ou moins importants qui, partant des chaînes centrales, vont aussi aboutir directement à l'Océan. J'en parlerai dans la description de chaque province en particulier, et j'y ferai également mention des lacs nombreux qui embellissent le sol chilien.